CHAPITRE XVII
Séjours à Turin, à Virieu et à Châteaumorand ; réconciliation avec Diane. — Affaires de famille. — Les Tristes Amours de Floridon. — La Sylvanire; théorie du vers sans rimes ; la Silvanire de Mairet.
Description des « Tristes amours ».
Description des deux « Silvanires ».
Après une longue halte au pays enchanteur de VAstrée, nous revenons à l'histoire d'Honoré d'Urfé. Il paraît avoir entièrement renoncé à Paris et à la cour, ou du moins aucun fait certain ne nous permet d'établir qu'il soit revenu à Paris pendant les dernières années de sa vie. Sans doute il ne serait pas prudent de trop conclure du silence des documents, ou, si on aime mieux, de notre ignorance. Il est même peu vraisemblable que les relations d'Honoré, ses intérêts, les nouvelles éditions de ses ouvrages, la publication de la Sylvanire et des Tristes amours de Floridon (1) ne l'aient jamais ramené à Paris. Mais il semble que depuis 1619 jusqu'à sa mort, il n'y a plus fait aucun séjour un peu prolongé. Pendant que le public lit encore les Epistres morales et le Sireine, dévore XAstrée, et attend fiévreusement cette quatrième partie qui se fait toujours désirer, M. le marquis d'Urfé est en Piémont, au fond du Bugey ou à Châteaumorand, en apparence indifférent à tout ce bruit de gloire qui arrive jusqu'à lui : à la fois célèbre et presque inconnu.
Vers ce temps-là, Honoré d'Urfé est redevenu tout à fait Savoyard par les titres qu'il prend maintenant dans les actes
(i) Ces deux ouvrages n'ont paru qu'après sa mort, en 1627 et 1628; mais les privilèges étant antérieurs à la mort d'Honoré, il a probablement préparé lui-même la publication des Tristes amours et de la Sylvanire.
publics, OÙ il se qualifie " chevalier de l'Ordre de Savoie, colonel général des gardes à pied de Son Altesse, lieutenant de la compagnie de gendarmes des ordonnances du roi entretenue en France sous la charge de Monseigneur le prince de Piémont (1). j, Mais, surtout depuis le mariage de Madame Chrétienne, fille de Henri IV, avec le prince de Piémont (2), les cours de France et de Savoie vivent dans un accord si étroit, que servir le duc, c'est pour ainsi dire la même chose que servir le roi.
M. d'Urfé s'attarde donc volontiers à Turin, où il a peut-être son petit hôtel particulier aux environs du palais. Le duc Charles-Emmanuel aime les lettres ou croit les aimer, et leur donne quelques heures avec plaisir, quand sa tête en ébullition et obsédée de vastes desseins politiques lui permet d'y penser. Il a d'ailleurs pour M. d'Urfé, qu'il appelle son cousin, une estime sincère et même de l'affection. Le marquis d'Urfé, sans être mêlé de très près aux conseils de la cour de Savoie, y est très écouté, et on espère en son crédit pour obtenir du duc certaines faveurs (3).
Quand Honoré d'Urfé repassait la frontière, il retrouvait, à quelques lieues de la Savoie, son château de Virieu-le-Grand, son installation, ses meubles, ses doux et chers livres, ces bonnes gens du Bugey devenus ses amis, les vastes horizons qui lui étaient familiers, ces rudes montagnes du Valromey dont il goûtait la sauvage beauté.
Nous avons ailleurs esquissé le tableau de sa vie de propriétaire terrien et de seigneur féodal, et nous n'aurions pas grand'chose à y ajouter. Ce sont éternellement les mêmes affaires :
(i) Cependant dans un acte du 4 sept. 1623 (Arch. de Châteaumorand), il ajoute à ces qualités celle de n- conseiller du Roy en ses Conseils d'Estat et privé d .
(2) Il assista très probablement à son entrée à Chambéry, le 30 octobre 161 9, car il était le 2 novembre suivant à Virieu-le-Grand.
(3) MUGNIER, Corresp. du prés. Favre (lettres du 21 mai 1620 et du 9 janvier 1621); René Favre, le Bien public, p. 40. — L'inventaire du château de Virieu mentionne un mandat de payernent du prince Thomas de Savoie au profit d'Honoré, du 31 août 1621. Divers titres de la Chambre des comptes de Turin, de 1622, 1623 et 1624, nous ont été communiqués; mais on ne voit pas s'ils concernent Honoré d'Urfé ou son frère Jacques. — Remarquons qu'il est étrange qu'on ait eu l'idée d'attribuer à Honoré d'Urfé la Seconde Savoisienne, ouvrage hostile à la maison de Savoie, et au surplus publié cinq ans après la mort d'Honoré.
baux de ferme à renouveler, comptesdu receveur à contrôler, vieux procès mal éteints à poursuivre, droits à faire respecter par des vassaux récalcitrants, etc. (1).
Nous négligerons ces obscurs détails qui ne peuvent avoir qu'un intérêt local. Mais nous rappellerons une scène émouvante. Urfé affectait une grande force d'âme, se comparant au diamant que rien ne peut entamer; il ajoutait cependant ce correctif : " Me veux-tu couper comme tout autre, et peut estre encore plus facilement? Approche la pitié de mon âme : tu trouveras qu'il n'y a rien de si mol que moi, ni qui fasse moins de résistence (2). ,; Et en effet, sous une fierté un peu dure que lui avait laissée son métier de soldat, il cachait une âme sensible et tendre.
Nous avons dit quelle amitié mêlée de vénération il avait vouée à François de Sales. Le saint évêque mourut à Lyon, dans la loge du jardinier de la Visitation de Belle cour, le 28 décembre 1622. Ce fut une question diplomatique où intervint l'ambassadeur du duc de Savoie en France, de savoir à qui appartiendrait sa dépouille mortelle, âprement disputée entre Lyon et Annecy, et il fallut que le roi lui-même écrivît à M. Olier, intendant de Lyon, de cesser toute opposition au départ.
Le cortège funéraire se mit en route le 18 janvier 1623. Le voyage de Lyon à Annecy fut une immense procession triomphale, car de tous côtés les curés accouraient à la tête de leurs paroisses. Le 20, quand le corps approcha de Saint-Ramberten-Bugey, survint un incident touchant que nous laisserons raconter à un des premiers historiens de saint François de Sales : " Comme l'on continuoit, dit-il, le chemin contre la ville de Sainct Rambert, voilà arriver en poste Honoré d'Urfé, marquis de Valromey, chevallier du grand Ordre de Savoye, ayant desjà faict trois lieues pour atteindre la procession funèbre. Il fleschit les genoux au milieu d'un bourbier, arrousa la chasse du deffunct prélat de larmes très amères, et fist à haute voix des prières à sa bien-heureuse mémoire (3). „
(i) Renseignements divers aux archives de Châteaumorand.
(2) Epis très morales, liv. I", ép. 9.
(3) Ch. Aug. DE Sales, Hist. du bien-heureux François de Saks, Lyon, 1634, in-4'', p. ^88. Voir aussi le récit à peu près semblable de sainte Jeanne DE Chantal, dans ses Œuvres diverses, Paris, 1876, 2 vol. in-8**, t. II, p. 239, et un manuscrit de Lyon résumé par M. l'abbé M. Bernard,
Antoine Favre mourutà son tour le 28 février 1624; Honoré d'Urfé s'en alla l'année suivante. De cet intéressant groupe savoyard et bugésien, il ne resta que le bon Camus, évêque de Belley. Il survécut longtemps à ses trois amis, continuant à ne pas trop aimer les moines, et à écrire des histoires dévotes pour " déromantiser „ les âmes ensorcelées par VAstrée.
Si Honoré d'Urfé a vécu ordinairement à Virieu ou à Turin pendant les six dernières années de sa vie, il revenait si souvent dans le Forez, il avait tant d'occasions de revoir Diane, que nous devons bien admettre qu'une réconciliation sérieuse l'avait rapproché de sa femme. Urfé est à Châteaumorand en 1621, il y passe l'été et l'automne de 1623, il y est encore en 1625, deux mois et demi avant sa mort, et c'est de Châteaumorand, le 10 mars, qu'il répond à la lettre des Parfaits amants que lui avaient envoyée des princes et de grandes dames d'Allemagne.
Nous retrouvons ensemble Honoré et Diane à Saint-Just-en- Chevalet et à Bâgé; ils se concertent pour marier et doter Charlotte-Emmanuelle d'Urfé. Le 22 janvier 1621, Honoré d'Urfé donne même à Diane une marque extraordinaire de confiance en lui passant une procuration générale pour le gouvernement et l'administration de tous ses biens (1).
Est-ce bien encore la séparation? Oui, si l'on veut, en ce sens qu'on fait habituellement " ménage à part ,; ; mais une séparation tant de fois interrompue, que c'est bien près d'être purement et simplement le retour à la vie commune (2).
J'ai mis quelque ténacité à détruire une légende, et on peut voir maintenant ce qui subsiste de cette vieille fable qu'Honoré et Diane, peu d'années après leur mariage, se seraient séparés pour ne plus se revoir.
Il est vrai que Diane de Châteaumorand obtint du bailliage de Forez, le 14 août 1621, une sentence qui la déclara séparée de biens d'avec Honoré d'Urfé, et capable de les régir sans
Mort et funérailles de saint François de Sales {Revue hebdom. du dioc. de Lyon, IV" année, passim).
(i) Cet acte est en extrait authentique, signé du notaire, aux archives de Châteaumorand.
(2) Il importe aussi de noter que, dans le récit des opérations militaires racontées au chapitre suivant, Honoré d'Urfé est ordinairement appelé « Monsieur de Châteaumorand -n .
l'autorisation de son mari. Mais en examinant de près cet acte et les circonstances qui l'ont amené, on voit qu'il ne suppose aucune désaffection. C'est une simple mesure légale de conservation pour écarter certains créanciers d'Honoré, qui prétendaient avoir prise sur les biens propres de Diane. Et au moment même où se traitait cette affaire. Honoré était bien tranquillement au château de Châteaumorand où, de concert avec sa femme, il réglait une fondation de messes avec un curé du voisinage.
Le 22 août 1619, Honoré et Diane passèrent avec Anne d'Urfé, à Saint -Just-en-Chevalet, une convention assez curieuse (1). Anne d'Urfé, fort désintéressé des choses de ce monde depuis qu'il était entré dans les ordres et ne pensait plus qu'à son salut éternel, avait laissé à Châteaumorand divers objets de grand prix, " assavoir une tapisserie de haulte lisse relevée de soye, de l'histoire de Jacob; une autre tapisserie aussy de haulte lisse faicte en figures de grotesque, relevée de flores; oultre plusieurs autres meubles qui ne sont point icy désignez ,;. Comme M. et Mme d'Urfé disaient en avoir encore " grandement affaire „, Anne d'Urfé, toujours accommodant, leur en abandonne la jouissance pendant leur vie; après leur décès, le tout pourra rester à Châteaumorand, moyennant 1 2 000 livres qui seront payées par le futur héritier de Diane à la maison d'Urfé.
Ainsi Diane de Châteaumorand, probablement pour la première fois depuis vingt-deux ans, se retrouva en présence de son premier mari. Que se passa-t-il? quelles furent les idées échangées, les souvenirs rappelés entre le grand seigneur d'autrefois, aujourd'hui ecclésiastique à la mine sévère, et la femme du monde, restée presque jeune et encore séduisante malgré ses soixante ans?
Une autre grosse affaire occupa longtemps les deux époux. Honoré d'Urfé avait un peu élevé Charlotte-Emmanuelle d'Urfé, fille de son frère Christophe et de Marie de la Forest.
(1) La sentence du bailliage, le règlement de messes et la convention de Saint-Just sont aux archives de Châteaumorand. — Deux jours avant cette convention, le 20 août 16 19, « haute et puissante dame très noble dame Diane de Châteaumorand, femme de très illustre Honoré d'Urfé » , avait été, au château de la Merlée, marraine de Gaspard du Palais (reg. paroissiaux de Noirétable en Forez.)
Du moins la jeune fille, orpheline de bonne heure, venait voir familièrement son oncle à Virieu, et y passait des mois entiers, traitée en enfant de la maison. Après des négociations auxquelles prit intérêt toute la noblesse de Savoie et le duc lui-même, (1) Honoré la maria à Henri de Maillard, marquis de Saint-Damien et comte de Tournon en Savoie. La cérémonie du contrat de mariage, à laquelle le duc avait délégué un sénateur du Sénat de Chambéry, s'accomplit avec grande solennité au château de Bâgé, le 1 1 janvier 1621, en présence d'Honoré et de Diane qui promirent, l'un 20 000, et l'autre 5 000 ducations (2).
Pendant toutes ces affaires, Urfé s'était remis à son Astrée; oh! sans se presser, travaillant à son loisir, en gentilhomme au-dessus de la gloriole littéraire et peu soucieux de l'impatience du public. Mais en attendant de " donner le repos à ses bergers j;,il écrivait les Tristes amours deFlorldon, petite nouvelle dans le goût de Y Astrée, et détachait de la quatrième partie de son roman l'épisode de \2iSylvanire.S\ on met à part les Epistres morales, on peut dire qu'Urfé n'est jamais sorti de la pastorale, où il s'était cantonné comme dans sa province.
Les tristes amours de Floridon, berger, et de la belle Astrée, naïade, n'ont paru que trois ans après sa mort, mais le privilège est du 3 février 1625 (3). Personne n'aurait osé, de son vivant, se faire donner un privilège sous son nom. Ce mince opuscule est donc d'Hororé d'Urfé, bien qu'il soit très faiblement conçu et exécuté. Nous conjecturons que cette plaquette n'a été imprimée qu'à un nombre restreint d'exemplaires, car elle semble avoir passé inaperçue, et elle est extrêmement rare (4).
L'ouviage est précédé de cette dédicace à M. de Chambrey, premier capitaine du régiment du marquis de Salerati, au service du duc de Savoie : " Monsieur, Voicy un berger plein d'amour, de constance, de souspirs et de plaintes, qui se
(i) MUGNIER, Corresp. du président Favre (lettre du 9 janvier 1621); A. DE Foras, Armoriai et Nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, t. III,
(2) Copie simple aux archives de Châteaumorand. On trouve un extrait
du contrat dans A. DUFOUR, les Maillard, Chambéry, 1891, in-8% p. 129.
) Voir, à la fin de ce chapitre, les notices sur les Tristes amours et sur
yylvanire.
(4) Nous ne l'avons trouvée qu'à la bibliothèque de l'Arsenal.
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présente à vous pour recevoir quelque soûlas. Ce berger est amoureux, puis qu'il a l'âme belle et susceptible d'affection. Il est constant, puis qu'il perciste toujours et ne peut oublier sa belle Astrée. Il est plein de sanglots et de gémissemens, puis qu'il est sur le point de mourir pour contenter les cruelles rigueurs de sa nymphe. Bref il se plaint jour et nuict, puis qu'il ne la peut esmouvoir à compassion. L'autheur vous la présente, comme dans un tableau, à fin qu'à son exemple, si Cupidon vous blesse de ses traicts, vous appreniez à patienter et à espérer. „
Comme on le voit, le fond est toujours celui des histoires de V Astrée. Floridon est un autre Céladon, non moins fervent et constant en amour, et non moins malheureux; si mal payé de ses soins, qu'il pense sérieusement à mourir des dédains de sa barbare maîtresse. L'amour est toujours un pouvoir irrésistible, " si puissant que rien ne peut résistera ses efforts ,/.
11 nous grandit et nous élève, ayant sa source dans la partie la plus noble de l'âme. Comme dans VAstrée, des vers sont intercalés dans le récit. Nous y retrouvons aussi les Commandements d'Amour, écrits en lettres d'or sur une feuille de vélin encadrée de cœurs traversés par une flèche! Les Tristes amours sont la mise en action de quelques-uns des lieux communs sentimentaux où s'alimentait traditionnellement la pastorale, mais qui ne sont pas ici relevés par les ingénieuses fictions et les analyses morales de VAstrée.
La Sylvanire, ou la Morte-vive, dont le privilège est du
12 avril 1625, n'a aussi été imprimée qu'après la mort d'Honoré d'Urfé, en 1627(1).
Le sujet de la Sylvanire a été traité deux fois par Urfé, dans sa pastorale dramatique et dans la IV' partie de VAstrée. Mais ayant d'abord écrit en prose, pour en faire un épisode de son roman, l'histoire de Sylvanire, l'a-t-il ensuite réduite en actes et en scènes? Ou bien au contraire est-il parti du drame pour l'adapter après coup au roman? Je ne puis trancher cette petite question de généalogie littéraire. En tout cas, l'épisode du roman est allégé de deux personnages, le Satyre et le fol Adraste, dont le rôle est absolument inutile. Urfé
(i) Publiée peut-être par Borstel, l'éditeur de la V® et de la VI" partie de la Pseudo- Astrée. Du moins le libraire, Robert Fouet, est le même.
paraît les avoir introduits dans sa pièce pour lui donner, comme il dit, des " habits italiens ,/, et faire plaisir à la reine Marie de Médicis, qui l'avait prié de donner à son ouvrage cet accoutrement étianger (1).
Urfé a donné à la Sylvanire la forme régulière d'un drame partagé en cinq actes, avec un prologue et des chœurs; mais n'allons pas croire qu'il l'ait destinée au théâtre. Un homme de la qualité de M. le marquis d'Urfé pouvait bien écrire une tragi-comédie pastorale, mais il ne la faisait pas jouer, et d'ailleurs on ne joue pas une pièce de 429 pages. On verra plus loin que la Sylvanire n'est que le prétexte d'une théorie sur le vers sans rime, et une application de cette théorie. Peutêtre aussi Urfé a-t-il voulu prouver qu'après avoir fait une pastorale en stances, comme le Sireine, une pastorale en prose mêlée de vers, comme VAstrée, son talent était assez souple pour plier le genre à la forme dramatique.
L'action, qui se passe en Forez, est annoncée par un prologue que récite la Fortune déguisée en bergère. Les lecteurs de VAstrée y reconnaissaient avec plaisir cette géographie du pays du Lignon que tout le monde savait si bien :
Voicy bien le Forests, Ma plus chère contrée, Où je fis naistre Astrée L'honneur de l'univers, Et voicy bien Lignon :
Je le cognois à ces belles prairies Qui suivent son rivage.
Voicy les bois d'Isoure, Et voicy Mont-Verdun, Plus en çà Marcilly; L'un semblable à l'escueil Dans le sein de la mer, L'autre comme un rocher.
Le rempart du rivage.
La fable est très complexe; mais en négligeant les chœurs, l'intervention d'Adraste, du Satyre et d'Echo, qui tient aussi son personnage, elle se ramène à peu près à ce thème.
Aglante et Tirinte, bergers du Forez, sont tous les deux
(i) Voir la dédicace à la reine mère du roi : « C'est par vostre commandement qu'elle (la bergère Sylvanire) est ainsi vestue, y ayant quelques années qu'il pleust à vostre Majesté de me le commander. »
amoureux de la bergère Sylvanire, belle et vertueuse comme on l'est sur les bords du Lignon. Ils ne l'auront cependant ni l'un ni l'autre, son père Ménandre ayant décidé de la donner à Théante, sot et laid, mais riche. Théante, comme on voit, ressemble assez au Délio du Sireine.
Il semble bien à Sylvanire qu'elle aime Aglante; mais, tout occupée du plaisir de la chasse, son cœur ne s'est encore qu'entr'ouvert à l'amour. L'honneur ne lui permet pas d'ailleurs de rien laisser paraître, contre la volonté de ses parents, des secrets mouvements qui la portent vers Aglante. Tout au contraire, elle le rebute à ce point par ses mépris affectés, qu'il tombe dans un sombre chagrin.
Hylas entreprend de le guérir par ses faciles maximes. Il est, lui Hylas, le plus fortuné des bergers du Forez, parce qu'il ne commet pas la folie d'attacher son bonheur à la constance en amour :
Je les veux bien aymer,
Ces gentilles bergères,
Mais avecques raison,
Et non pas insensé
De sotte passion,
M'emporter tellement
Que je sois un esclave.
Cent et cent fois ne m'a-t-on pas ouï dire Parmy ces bois et parmy ces campagnes : Si l'on me desdaigne, je laisse La cruelle avec son desdain.
Mais la philosophie d'Hylas sur les délices de l'inconstance vient échouer contre le désespoir d'Aglante.
Tirinteest encore plus malheureux; il se résout à se donnei la mort. Son ami Alciron, fatigué de ses plaintes, lui proposé de lui enseigner le moyen de s'assurer le cœur et la possession de Sylvanire. Il a un miroir magique qu'il tient du druide Climanthe, ce Climanthe si fameux dans VAstrée par ses fourberies odieuses ; ce miroir a la propriété de faire tomber celui qni s'y regarde dans une mort apparente. Alcidon le donne donc à Tirinte, mais sans lui révéler sa vertu singulière; il lui conseille de l'offrir à Sylvanire, et qu'à ce prix la bergère sera à lui.
A peine Sylvanire a-t-elle regardé le miroir enchante, qu'elle pâlit affreusement, prise d'une torpeur mystérieuse et
invincible. Elle va mourir, on la mène au temple d'Esculape pour implorer le dieu; sur la route on rencontre Aglante, désespéré de l'état où il voit sa bien-aimée. Sylvanire, d'une voix expirante, fait alors l'aveu de son amour et exprime un dernier vœu : mourir unie à Aglante. Les parents ne s'opposent pas à cette fantaisie d'une mourante, qui ne peut avoir aucune suite fâcheuse, et consentent à la donner à Aglante. Son suprême désir satisfait, une syncope s'empare de Sylvanire; elle est morte, on le croit du moins, et les pleurs des campagnes environnantes l'accompagnent au tombeau.
Cependant Tirinte, fou de douleur, veut venger dans le sang d'Alciron la mort de Sylvanire; mais Alciron lui apprend qu'elle est simplement endormie. Ils vont au tombeau de la Morte-vive, et soulèvent la pierre ; Sylvanire ouvre les yeux, elle est rappelée à la lumière et à la vie. Tirinte veut l'enlever et l'entraîner de force dans sa chaumière; Aglante arrive à point pour l'arracher à ses mains et la ramène à ses parents.
Tirinte, condamné à mort par le conseil des druides, doit son salut à une ancienne loi, d'après laquelle un condamné avait la vie sauve, s'il se trouvait une femme qui consentît à l'épouser. Or précisément la bergère Fossinde aimait depuis longtemps Tirinte, sans avoir pu jusque-là réussir à s'en faire aimer. Avec une astuce bien féminine, elle l'accable devant les juges pour être mieux sûre d'obtenir sa condamnation, puis elle demande à l'épouser !
Et Sylvanire? direz-vous. Les druides ont déclaré bonne et valable la promesse de sa main faite in extremis à Aglante. Tout le monde est heureux, même Tirinte qui s'en tire à bon compte, et tout le pays ségusien, espérons-le, célébrera par des chansons et des danses ces événements merveilleux.
Trop merveilleux même. La magie, qui n'est dans YAstrée qu'à dose modérée, est ici le nœud essentiel de l'action, tout entière suspendue à la vertu du fatal miroir. Nous sommes dans l'italianisme pur, et le plus mauvais peut-être.
On reconnaît Urfé à la pudeur délicate, un peu farouche de Sylvanire, à qui la modestie fait une loi de ne pas écouter ou de paraître ne pas comprendre les aveux d'Aglante; aux spirituelles boutades d'Hylas, qui égayent l'intrigue; à la ruse à la fois comique et touchante de Fossinde; à de belles discussions morales et à de fines observations. Sylvanire, qui ne
peut pas épouser Aglante parce que ses parents s'y opposent, et ne veut pas épouser Théante parce qu'elle ne l'aime pas, déclare qu'elle se fera plutôt vestale; et ce trait nous transporte brusquement au siècle même de l'auteur, où de pareils dénouements se rencontraient quelquefois.
Mais que tous ces personnages sont donc prolixes et bavards! Sylvanire du moins, qui est une fille si sage, devrait bien savoir que la réserve de son sexe lui interdit de longs développements oratoires. Il est vrai que ce défaut paraîtra moins sensible, si on se souvient que ce drame n'a pas été écrit pour le théâtre, et que la Sylvanire est comme un prolongement des conversations de VAstrée.
Dans le roman (1), l'histoire de Sylvanire est exposée plus simplement. Elle s'y achève et s'y complète par un débat précis, qui n'est qu'ébauché dans la pièce, sur le droit des parents et ses limites naturelles. Sylvandre, pressé d'en dire son avis, décide cette question délicate avec une remarquable fermeté de raison.
En principe, dit Sylvandre, les enfants sont obligés d'obéir à leurs pères, mais ce n'est pas à dire que le père puisse tout sur la volonté de son enfant. La différence est grande entre le pouvoir du maître sur son esclave, et du père sur son enfant. Il faut, sans aucun doute, que le père soit obéi, mais il faut aussi, et c'est la condition même de sa puissance morale, qu'il commande avec raison; car l'autorité de la raison sur un homme, c'est-à-dire sur une âme raisonnable, est encore supérieure à celle du père. Si donc l'enfant recevait un ordre qui ne serait pas selon la raison, il ne serait plus tenu de s'y soumettre.
Mais alors c'est la porte ouverte à l'insubordination de l'enfant, qui ne manquera pas de penser et de dire que tout commandement qui va contre son caprice est contraire à la raison! Hé! non. Hors les circonstances où l'ordre est évidemment inspiré par un despotisme intolérable, ou réprouvé par le sens commun, pour peu que le cas soit douteux, l'enfant doit se ranger au parti de l'obéissance, et estimer que son père est plus prudent que lui, jusqu'à ce que ceux qui ont autorité pour en juger l'aient autrement déclaré.
(i) IV« partie, livre III.
Arrivons, comme on dit, à Vespèce. Ménandre ne veut pas que sa fille épouse Aglante, il veut qu'elle épouse le riche Théante, et il n'a pas d'autre raison que l'entière puissance que les parents ont sur leurs enfants. Ménandre convient qu'il l'a un moment donnée à Aglante; mais cette promesse ne l'oblige pas pour deux motifs : le premier qu'il avait déjà promis Sylvanire à Théante, et que cette promesse annule la seconde; l'autre qu'il ne l'accorda à Aglante, que parce qu'alors elle était expirante, et qu'il croyait donc cette promesse sans danger.
Les motifs de Sylvanire et d'Aglante sont que la promesse faite par Ménandre à Théante n'a jamais été ratifiée par Sylvanire, tandis qu'au contraire elle s'est très librement engagée elle-même à Aglante, et cette promesse a été faite en présence de son père, avec son exprès consentement : " L'essence du mariage, dit Sylvandre, consistant principalement en la volonté des deux parties qui se marient, il n'y a pas de doute que la raison n'ordonne qu'elle (Sylvanire) soit plus obligée à tenir cette promesse, que celle que Ménandre dit avoir fait à Théante, où elle n'a jamais esté appellée, tant s'en faut qu'elle y ait consenty. „
Quant à l'autre argument de Ménandre, qu'il a consenti au mariage de Sylvanire et d'Aglante seulement parce qu'il croyait que sa fille allait mourir à l'heure même, il faut répondre qu'on ne contracte point par la pensée, mais par des paroles; que si une telle défaite était admise, si on pouvait se réfugier derrière des restrictions mentales, il n'y aurait plus de convention possible entre les hommes.
Sans porter atteindre au principe sacré de l'autorité paternelle, Sylvanire doit donc, selon Sylvandre, appartenir à Aglante, à qui elle a engagé sa foi, et à qui son père même l'a donnée.
La Sylvanire est en vers blancs de six syllabes entremêlés de quelques vers de dix syllabes. On n'expliquerait guère qu'Urfé eiit refait sous la forme dramatique un épisode de son roman, si son dessein n'avait pas été de chercher une occasion de nous faire part de ses idées sur le vers sans rime, de les appliquer, pour les rendre plus claires, à un grand épisode de VAstrée, et de montrer par cet exemple l'usage qui pourrait en être fait par les poètes français. Comme on le sait, ce mode de versification, essayé avant Urfé, repris encore après
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lui, n'a définitivement pas eu de succès. L'expérience paraît avoir prouvé que notre langue poétique, sans accentuation ni véritable prosodie, ne peut pas se passer de la rime, qui règle, soutient et rend comme palpable la mesure.
Urfé a exposé sa théorie du vers blanc ou sans rime dans un long avis au lecteur, qui est, à notre avis, la partie la plus intéressante de l'ouvrage. L'examen de VAmedelda nous avait déjà ouvert un aperçu sur les facultés critiques d'Honoré d'Urfé. Cette fois, ce ne sont pas les idées des autres qu'il apprécie, ce sont les siennes qu'il nous fait connaître, et il faut, pour saisir tous les aspects de son talent, savoir comment il conduit une discussion de ce genre.
Il le fait modestement, sans prétendre donner des leçons à personne. Urfé remarque en passant que nous devons nous garder de farcir nos drames de grandes sentences morales. Les anciens ont beaucoup moralisé dans leurs tragédies, entre autres Euripide et Sénèque; mais nous les avons réformés sur ce point, et nous avons bien fait : " En ce temps-là, le but essentiel de la poésie estoit de profiter, et par accident de plaire; au contraire maintenant nostre poésie a pour but essentiel de plaire, et par accident de profiter ». A ce propos, prenant d'avance position dans la querelle des anciens et des modernes, il ajoute que, si les anciens sont plus grands que nous, les modernes, à certains égards, voient mieux et plus loin qu'eux, " tout ainsy qu'un nain sur la teste d'un géant „. Nous pouvons donc, sans manquer à la révérence qui leur est due, ne pas nous croire obligés de nous traîner servilement sur leurs traces.
Mais Urfé ne touche qu'accidentellement à cette question. Ce qu'il se propose, c'est d'expliquer et de justifier le parti qu'il a pris d'écrire une pastorale dramatique en vers blancs; car il a bien prévu que plusieurs trouveraient cette tentative étrange et d'une mauvaise conséquence, si son exemple venait à être suivi. Mais il a passé sur cette considération, par « l'extresme désir qu'il a eu de nous ouvrir un chemin par oii le poëme tragique ou comique peust parvenir à sa perfection, qui jusques icy luy avoit esté desniée „.
Honoré d'Urfé restreint sa théorie au théâtre. Il n'entend d'aucune façon proscrire le vers rimé, qui gardera sa prééminence. Même dans la Sylvanire, il n'a pas absolument exclu la
rime, par exemple quand il a rapporté un proverbe populaire, et surtout dans les dialogues rapides et pressés, où la rime aiguise la réplique. Mais en général, le vers non rimé sera d'un emploi plus judicieux dans la poésie dramatique, principalement si elle met sur la scène, comme la tragi-comédie, la comédie et la pastorale, des personnages de moyenne ou de petite condition.
Les Italiens, les modèles d'Urfé, et parmi eux les plus illustres, ont souvent écrit leurs pièces en vers non rimes, et on ne dira pas que c'était impuissance : " Je voyois le Tasse, dont la Hiemsalem est admirable, l'Arioste, dont le Roland furieax a tant esté approuvé, le Guarini, de qui les vers lyriques sont si pleins d'esprit et d'amour : le premier avoir fait son Torrismond et son Aminte en vers non rimez, l'autre tant de tragédies et de comédies de mesme sorte, et le dernier son Pastor fide ». Si ces grands maîtres, qu'on ne soupçonnera pas de s'être dérobés aux difficiles contraintes de la rime, l'ont abandonnée dans leurs compositions dramatiques, ils ont eu quelque bonne raison de faire choix d'un rythme plus libre, plus voisin de la prose.
Cette raison, c'est la vmye-semblance : le drame sans rimes est plus conforme à la vérité de la vie qu'il veut mettre sous nos yeux. Un roi à la tête de son armée parle-t-il à ses bataillons en vers rimes? Un marchand fait-il ses comptes avec son commis en vers rimes? " N'est-ce pas commettre cette mesme faute que de rimer les tragédies et les comédies? Cette raison me contenta grandement. „ Cette faute sera encore bien plus choquante, si le poète fait parler des bergers, dont le langage doit être simple comme leur costume et leurs humbles pensées.
Mais les Grecs et les Latins n'ont-ils pas écrit leurs tragédies et comédies en vers? A peine; ce sont des vers qui, surtout dans le débit, se rapprochent tellement de la prose, qu'à peine on peut les en distinguer : " Le plus habile ne sçauroit recognoistre, lors que l'on récite Térence, si ce sont des vers. „
Voilà pourquoi Honoré d'Urfé s'est mis à défricher ce champ qui, selon lui, n'a pas encore été " recogneu de nos François ,;.
Mais quand il en vint à l'exécution, il hésita sur le choix du mètre. Urfé explique pour quels motifs il se décida enfin pour le vers de six syllabes, entremêlé de vers de dix syllabes dont le second membre, étant aussi de six syllabes, s'accouple si na-
turellement avec le premier, que l'oreille entre de l'un en l'autre sans s'en apercevoir.
Il y aurait à discuter cette théorie sur la plus grande vrai» semblance du vers non rimé dans la poésie dramatique; il nous paraît inutile de le faire. Mais, deux réflexions viennent tout de suite à l'esprit. Sans doute un général ne harangue pas ses troupes en vers rimes! mais il ne les harangue pas non plus en vers non rimes. Et si Urfé tenait tant à se rapprocher du langage usuel de la conversation, que n'écrivait-il donc sa pastorale tout uniment en prose?
En fait et tout système mis à part, l'essai a-t-il été heureux? On ne peut nier que ces vers, qui ne sont presque pas des vers, n'aient un caractère flou, mal arrêté, que ce rythme, dont le défaut est encore aggravé par la brièveté du vers, ne soit sautillant et monotone. Mais cependant nulle part, si on en excepte à peine quelques charmants morceaux de VAstrée, Urfé n'a trouvé un tour plus facile (1).
Vers 1629, Jean Mairet s'avisa de refaire la Sylvanire (2). Il rétablit l'alexandrin dans ses droits traditionnels, simplifia l'action pour l'adapter au théâtre, supprima les personnages du fou et du satyre, les scènes à écho et d'autres scènes peu utiles , retrancha ou abrégea les monologues , les débats moraux, les longues conversations, et se contenta d'ajouter un songe de Sylvanire et quelques traits de détail.
A tout prendre, la transcription est presque littérale. Mairet d'ailleurs ne dissimule pas les sources oii il a puisé, et renvoie lui-même le lecteur à VAstrée et à la pastorale dramatique d'Urfé. La pièce ainsi reconstruite fut présentée au public, en 1631, dans une édition somptueuse, ornée dun beau frontispice et-d'estampes de Michel Lasne.
On a dit que Jean Mairet avait très parfaitement réussi à faire un poème très régulièrement ennuyeux. Mais, quoi qu'il en soit, sa pastorale, comme celle d'Urfé, nous intéresse bien
(i) Lire, par exemple, le spirituel dialogue d'Aglante et d'Hylas dans la première scène, dont nous avons donné plus haut un court extrait.
(2) Sur la Silvanire de Mairet, voir BONAFOUS, Etudes sur l'Astrée, p. 148; Bizos, la Vie et les œuvres de Jean de Mairet, Paris, 1877, in-8% chap. m; RiGAL,*/^ Théâtre au dix-septième siècle avant Corneille (Hist. de la langue et de la Utt. franc., t. IV, I"* partie, chap. iv); Marsand, la Pastorale dramatique, p. 374 et 410.
moins par elle-même que par les explications dont elle est précédée; car les deux Sylvanires ont eu cette fortune de servir d'occasion à des thèses littéraires.
Urfé avait plaidé la cause du vers non rimé. Mairet, dans une préface à grande allure, étudie les conditions du poème dramatique, ses formes, ses parties, ses règles; ce qui l'amène à un manifeste en l'honneur des unités, et surtout de la règle des vingt-quatre heures, exactement observée dans sa pastorale, qui n'est pas une " pièce à l'advanture „ : il ne s'y " trouve pas un seul effect qui vray-semblablement ne puisse arriver entre deux soleils „.
Mairet, passant à la dissection de sa pièce, prodigue cette érudition pédantesque dont Molière s'est diverti plus tard : " Je la veux, dit-il, diviser en quatre parties, sçavoir est en Prologue, Prothèse, Epithase et Catastrophe. Le Prologue recommande la pureté de la fable et contient une partie de l'argument. La Prothèse comprend les nopces prétendues de Silvanire et de Théante, fondées sur l'avarice de Ménandre, l'aversion de Silvanire pour ce berger, l'effect du miroir d'Alciron. L'Epithase contient la maladie de Sylvanire, avec le mariage inespéré d'elle et d'Aglante, du consentement de ses parents, sa mort, le désespoir d'Aglante, la rage de Tirinthe, et tout le Forests en dueil. La Catastrophe embrasse la résurrection, le dernier consentement du père en faveur d'Aglante, la délivrance de Tirinthe par l'invention de Fossinde, et bref le repos de ces amans après tant de tumultes. „
Les règles n'y font rien. La Silvanire de Mairet n'a pas beaucoup plus d'intérêt scénique que la pastorale d'Urfé qui, lui du moins, n'avait pas prétendu l'écrire pour le théâtre. Mais le manifeste qui sert d'introduction à la pièce de Mairet a provoqué un mouvement d'idées et des discussions dont la ittérature dramatique a tiré quelque profit.