‹ La vie et les œuvres de Honoré d'UrféChapitre 5 sur 78 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

Mais enfin le personnage n'est plus une ombre. On le voit vivre, et pour la première fois il apparaît dans la réalité précise de son existence de soldat, d'homme politique et de gentilhomme. Et pourtant, hélas! combien de lacunes encore, de trous noirs, d'années pendant lesquelles il ne nous est pas possible de suivre la destinée de notre héros !

Les érudits nous seront indulgents. Nous osons même espérer qu'ils nous aideront à combler ces lacunes, à corriger aussi quelques erreurs pour ainsi dire inévitables, quand on est en contact avec une multitude de documents, qui, au surplus, n'offrent pas tous des garanties absolues d'exactitude (1).

Pour la partie littéraire, elle ne pouvait se renouveler comme la biographie. Sans doute il nous semble que nous avons examiné avec un peu plus de soin que nos devanciers les ouvrages secondaires d'Honoré d'Urfé, tels que le Sireine^ les Epistres morales et la Sylvanlre, et nous avons découvert deux opuscules de circonstance, une pièce politique et une sorte d'apologie, qu'on peut avec probabilité lui restituer (2).

Mais VAstrée, la seule de ses œuvres, à vrai dire, dont il ne soit pas permis d'ignorer le titre, a été, depuis soixante ans, admirablement analysée, étudiée sous tous ses aspects. Naturellement ces pages d'excellente critique, qui paraissent avoir presque épuisé le sujet, ont été mises à profit.

Notre travail contiendra beaucoup de renseignements positifs sur VAstrée et très peu de critique.

tion d'épuiser notre dossier, sans omettre cependant aucune particularité véritablement intéressante.

(i) Toute communication (document nouveau ou rectification) serait accueillie avec gratitude, et peut être adressée soit à Saint-Martin-d'Estreaux (Loire), soit à Lyon, 58, rue Pierre-Dupont.

(2) Voir les pages 190 et 195.

Faire la critique d'un livre, du moins dans le sens très étroit du mot, c'est dire que ce livre vaut ou ne vaut pas la peine d'être lu, et apporter les raisons qu'on a ou qu'on imagine avoir d'en parler ainsi. Mais ces raisons sont d'ordinaire subjectives; donc elles ne s'imposent pas, ou rarement, par leur évidence, et il arrive que le même ouvrage, en passant par des mains différentes, est ou exalté, ou traité avec la dernière rigueur.

Précisément \Astrée offre un bon exemple de ces variations et de ces révolutions du goût. Prônée, dédaignée, réhabilitée, elle a connu successivement toutes les vicissitudes. La Harpe aura un souverain mépris pour ce qu'il appelle le " galimatias i; de XAstrée, et M. Brunetière la mettra dans le voisinage immédiat de nos chefs-d'œuvre. La scolastique sentimentale de VAstrée dont, pour mon compte, je fais un cas médiocre, en est estimée par d'autres la part la plus originale, la plus profonde et la plus fine.

Voilà pourquoi, tout en disant modestement notre avis, et en l'expliquant de notre mieux, nous avons réduit la critique proprement dite à des jugements assez sommaires.

Considérant avant tout VAstrée comme un fait, mais un fait véritablement décisif dans notre histoire littéraire par son retentissement et ses conséquences, nous avons essayé d'abord de laisser du roman une impression aussi exacte que possible. Le tournant et retournant dans tous les sens, nous avons disséqué, isolé les multiples éléments qui entrent dans la texture de cette œuvre immense et complexe, à la fois roman d'amour, roman pastoral, roman d'aventures chevaleresques et guerrières, roman historique, où des incursions dans la théologie gauloise se mêlent à la psychologie du cœur la plus déliée. Qu'il soit bien entendu cependant que cette étude ne pré-

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