‹ La vie et les œuvres de Jean Jacques RousseauChapitre 16 sur 184 · Du mois d'octobre 1729 au mois d'avril · texte numérisé non relu

Du mois d'octobre 1729 au mois d'avril

aimable et entreprenant, qui a reçu de l'éducation, mais qui n'a pas voulu en profiter. 11 n'en fallait pas tant pour enthousiasmer le pauvre Jean-Jacques, et nous pouvons nous attendre à voir se renouveler en faveur de M. Yenture de Villeneuve le fol engouement dont il s'était pris, à moins de frais, pour M. Bâcle. Cependant M""^ de Warens s'étant alarmée des dangers d'une aussi mauvaise connaissance, Rousseau obéit à moitié à ses remontrances et montra un peu plus de circonspection. Bientôt même une occasion s'étant présentée d'éloigner Jean- Jacques de son nouvel ami, M^"^ de Warens la saisit avec empressement.

M. Lemaître, fort bon homme au fond, avait un défaut, il était buveur ; et comme un défaut ne vient jamais seul, quand il avait bu, il devenait ombrageux et susceptible. A propos donc d'une difficulté qu'il eut avec le chantre, il se fâcha et résolut de s'enfuir la nuit suivante , M""" de Warens combattit bien son projet; mais voyant que c'était en vain, elle prit le parti de le favoriser, et lui donna Jean- Jacques pour l'accompagner, au moins jusqu'à Lyon.

C'était aux environs des fêtes de Pâques. Il était piquant de laisser le Chapitre dans l'embarras à cette époque de l'année, sans maitre de musique, et même sans musique; car Lemaitre entendait bien emporter la sienne. Pour comble d'espièglerie, une fois parti, on réussit, à force d' effronterie et de mensonges, à s'amuser largement aux dépens du Chapitre et à se faire héberger par un brave curé des environs; puis, au moyen d'autres mensonges, à se faire accueillir à Belley. Enfin on arriva à Lyon, Lemaitre buvant de plus en plus, Jean-Jacques mentant de mieux en mieux. Par malheur , les libations

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