Mémoire remis, le 19 avril 1742, à M. Boutet, Anlonin
— Vie de M. Rossillon de Bernex, évêque de Genève, par le P. Boutet, religieux antonin, 17ol. — M. MuGNiER (ch. m), croit que le Mémoire de Bousseau fut domié dès 1738 ou 1739.
— 2. FrÉron, Année littéraire,
1763, t. IL — Musset-Pathay, qui paraît gêné par la foi religieuse de son héros, cherche à rabaisser la valeur de son témoignage et prétend qu'en 1729, il n'était même pas à Annecy {Histoire de J.-J. Bousseau, t. I, p. 10 et t. II, article de Bernex). Mais si Rousseau
LA VIE ET LES ŒUVRES
D'où, soit dit en passant, on peut conclure que les Confessions de J.-J. Rousseau ne reproduisent pas tous ses sentiments ; qu'elles en omettent même parmi les plus importants et les plus élevés. Règle générale, il ne faut jamais oublier, quand on consulte les Confessions , que cet ouvrage, donné par leur auteur comme révélant surtout l'état de son âme, a été écrit à une époque où cet état n'était plus, depuis longtemps, celui qu'il prétendait décrire.
L'avis de M. d'Aubonne ayant prévalu, Jean- Jacques fut mis au séminaire d'Annecy. Il y alla, comme il aurait été au supplice. C'était une mauvaise disposition pour bien juger de la maison et des habitants. Le supérieur, qu'il peint sous des traits ridicules, l'accueillit pour une modique pension, que l'évêque voulut bien payer. Jean-Jacques devait recommencer, pour la troisième ou quatrième fois, ses études de latin. 11 prit en aversion son premier professeur; aussi en fait-il un assez vilain portrait. Celui qui lui fut donné ensuite était plus de son goût. Il était affectueux, sensible, il se dévoua, mais bien inutilement, à Tinstruction de son élève ; car celui-ci ne put jamais rien apprendre sous des
n'avait pas été présent à l'événement, se serait-on adressé à lui, et aurait-il consenti à recertifier? Le raconterait-il comme y ayant assisté? Enfin, appelé directement en cause et n'ayant qu'un mot à dire
pour mettre les rieurs de son côté : je n'étais pas là; j'ai donné un certificat de complaisiince. Ne l'aurait-il pas dit, ce mot, s'il eût été vrai, ou seulement vraisemblable?
maîtres. Hélas! comme si nous étions condamné à contredire sans cesse Rousseau, nous dirions, si le portrait qu'il fait était véritable, que l'abbé Gatier, c'était son nom, ne mérite pas tant d'éloges. Il avait eu le malheur, étant vicaire, d'avoir un enfant, et l'autorité diocésaine s'en était émue. Il paraît que l'imputation est fausse * ; mais , s'il est singulier qu'en fait de prêtres, Jean-Jacques n'aime et ne vante que ceux qui manquent a leurs devoirs, n'estil pas plus que singulier qu'en pareille matière , il ne prenne seulement pas la peine de dire la vérité? L'abbé Gatier servit de second modèle au Vicaire savoyard \ ce n'est pas là ce qui nous réconciliera avec lui.
L'épreuve du séminaire ne pouvait être longue. Au bout de deux mois^, Jean-Jacques fut renvoyé, non comme vicieux, mais comme incapable. Il semble que la note à lui appliquer aurait dû être précisément le contraire.
Pendant tout le temps qu'il avait été séparé de sa chère maman, il avait eu pour unique distraction un livre de musique assez difficile, dont il était venu à bout de déchiffrer quelques morceaux. Ce détail fut un trait de lumière pour M"'^ de Warens, et aussitôt elle se mit en tête de faire de son protégé un musicien. C'était peut-être sa dixième profession (nous ne les comptons plus). « J'étais destiné, ditil lui-même, à être le rebut de tous les états. » Celui-ci eut au moins l'avantage de lui plaire. Jean- Jacques fut donc mis en pension chez le maître de musique de la cathédrale, M. Lemaître ^ La maison
1. MuGNiEH, ch. III. — 2. Au mois d'août 1729. — 3. Son véritable nom était Louis Ni-
coloz; on rappelait Lemaître, du nom de sa profession.
de Lemaltre était à vingt pas de celle de M™*" de Warens ; le professeur et l'élève y venaient souvent souper. Ce fut, avec Féglise, la seule sortie de ce dernier pendant six mois^ Sauf l'assujettissement d'une vie égale et réglée, il passa, dit-il, cet hiver de la façon la plus calme et la plus heureuse. Chose étonnante, depuis son départ de Turin, il n'avait point fait de sottises. Si toutefois ce n'était pas déjà une folie que le sentiment passionné qui absorbait toutes ses facultés, et le mettait hors d'état de rien apprendre, pas même la musique, pour laquelle il eut toujours un goût si prononcé. Cependant cette passion qui le paralysait pour le bien, devait être impuissante à le sauver de son esprit romanesque : il ne fallait qu'une occasion pour l'engager dans de nouvelles aventures.
Un jour donc , c'était un soir de février arriva chez Lemaître un jeune homme, qu'un mince habit noir, usé et rapé, et les restes disparates d'une mise jadis élégante, garantissaient mal du froid et de la neige. Il venait de Paris, s'appelait Yenture de Villeneuve et se donnait comme musicien. On lui offrit, en cette qualité, le souper et le gîte ; il en avait grand besoin et ne se fit pas prier. On le fit, ou plutôt, on le laissa causer; car il parlait avec un égal aplomb sur tous les sujets, et ne se vantait jamais davantage que des choses qu'il ne savait pas. Le lendemain, à la messe, on le fit chanter; il s'en tira admirablement. Il n'était pas jusqu'à l'irrégularité de sa taille qui ne disparût presque sous l'aisance de ses manières et la facilité de ses discours. Tout en lui dénotait, en un mot, le jeune débauché,