Nécrologe, p
VIE Et ŒUVRES DE J.-S. BACH ' ?,?,-j
tit pour Halle, et Frédéric pour Biickebourg. Henri trouva un asile auprès de Altnikol à Naumbourg, et Emmanuel prit chez lui son jeune frère, Jean- Chrétien, âgé de quinze ans. Les fils de Sébastien Bach, doués de grandes qualités et protégés par la gloire de leur illustre père, se séparèrent et s'en furent chercher fortune au loin. Pendant une génération encore le nom de Bach brilla dans les annales artistiques de l'Allemagne, puis il s'éteignit comme un météore.
La veuve, demeurée sans ressources avec trois filles, tomba dans la misère. Ses fils ne voulurentils ou ne purent-ils pas l'aider? C'est ce que l'on ignore. Toujours est-il qu'en 1752, elle reçut un modique secours de la ville ; mais sa malheureuse position n'ayant fait qu'empirer, elle vécut de la charitipublique et mourut indigente [olmosenfrau) le 27 février 1760. Ainsi Leipzig laissa s'éteindre dans le dénuement la compagne de l'homme qui fut un de ses citoyens les plus illustres, l'une de ses gloires les plus pures; de celui auquel elle devait plus tard élever une statue ! vanïtas vanitatum !
Ses trois filles eurent la douleur de traverser une époque pendant laquelle on oublia jusqu'au nom de leur père. Catherine-Dorothée vécut jusqu'au 14 janvier 177i, et Jeanne-Caroline cessa de vivre le 18 août 1781. Seule, la plus jeune, Régine-Jeanne, put voir éclore le moment oîi l'Allemagne se ressouvint de Jean-Sébastien Bach et comprit que son
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devoir et sa dignité Tobligeaient à l'honorer. La pauvre solitaire connut aussi le besoin ; mais grâce à Rochlitz, qui eut le mérite d'appeler l'intérêt public sur la plus jeune fille de Bach, ses dernières années furent au moins à l'abri des soucis de l'existence matérielle. « La famille Bach, » écrivait Rochlitz en mai 1800, dans VA/Igemeine Leipsiger Muslkzeitung, « la famille Bach est présentement » éteinte à l'exception d'une fille du grand Sébastien » qui est maintenant d'un âge avancé et dans le » besoin. Peu de personnes le savent, car elle ne » peut, elle ne doil pas mendier ! » — L'appel fut entendu et les secours affluèrent. Beethoven voulut venir en aide à cette grande infortnne. Il donna ordre à la maison Breitkopf et Martel de Leipzig de transporter sur la tête de la fille de Bach sa part de bénéfices dans une de ses dernières productions. Cet acte est d'autant plus beau que ce grand homme n'était et ne fut jamais dans une position bien brillante. En outre, des banquiers envoyèrent des sommes d'une réelle importance. — La pauvre femme, pénétrée de reconnaissance, fit insérer dans un journal de Leipzig de mai 1801, ses remerciements ainsi conçus : « J'accepte avec des larmes » de joie cette somme qui dépasse de beaucoup » mon attente. Pas un seul des jours qui me restent » à vivre ne s'écoulera sans que je ne pense avec » gratitude à mes bienfaiteurs. » — Elle mourut le li décembre 1809.
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Ne nous appesantissons pas sur l'affligeant tableau qu'ofTre la perpétuelle ingratitude des hommes et leur ignorance souvent volontaire. Malheureusement, l'humanité est trop facilement portée à méconnaître ce qu'elle doit à ceux qui lui ont rendu les plus grands services. Le propre du génie est de forcer la postérité à lui rendre justice, aie venger de l'indifférence de ses contemporains et, comme le phénix, il renaît de ses cendres. C'est ce qui est arrivé pour Jean-Sébastien Bach, dont le nom et les œuvres sont aujourd'hui vénérés et admirés, non seulement en Allemagne, mais encore dans le monde entier. La moindre bourgade où l'art musical est en honneur se glorifie de pouvoir lui rendre hommage. Si, du haut de l'empyrée, les ombres des grands hommes ont le privilège de suivre ce qui se passe sur notre monde sublunaire, celle de Bach doit être satisfaite de la réparation qui lui a été accordée. La reconnaissance des peuples pour être tardive n'en est que plus éclatante dans ses manifestations.