‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 35 sur 122 · Oiin: cU('. t. I. p. on · texte numérisé non relu

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peu de moyens vocaux que lui offrait Cœthen ne lui permit d'y introduire qu'un soprano et une basse qu'il fit accompagner par le quatuor des cordes, le clavecin, deux flôtcs et un basson. On suppose même qu'il en composa les paroles, car on n'a pas découvert le nom de l'auteur du texte de celte sérénade dont, plus tard, il a utilisé la musique pour une cantate de la Pentecôte.

En 1718, le prince lui témoigna sa considération en tenant sur les fonts de baptême le septième enfant qui^ lui donna, le 15 novembre, sa femme, Maria Barbara. Ce dernier-né du premier lit, qui reçut les noms de Léopold-Âuguste, mourut le 28 septembre 1719. De Maria-Barbara, le maître eut sept enfants, dont quatre seulement vécurent: Catherine-Dorothée, née le 27 décembre 1708, demeurée célibataire ; Wilhem-Friedemann, né le 22 novembre 1712, le préféré de son père; Charles-Philippe-Emmanuel, né le 8 mars 1714, l'artiste le plus impor^ tant de la famille après son père; et Jean Gottfried- Bernard, né le 11 mai 1713.

Au siècle dernier, les eaux de Carlsbad étaient le rendez-vous à la mode des grands personnages de l'Allemagne, qui auraient cru manquer à l'étiquette s'ils n'avaient pas été y faire une cure ou au moins une apparition. Le prince Léopold ne pouvait que céder à la mode régnante et ne dédaignait pas de chercher des diversions à la monotonie de sa petite cour de Cœthen, en se livrant à tous les plaisirs

qii^'ofl'rait cette station thermale. Il s'y rendit dans les années 1718 et 1720, et chaque fois Bach l'y accompagna.

Quoique se trouvant fort heureux à Gœtiicn, Bach ne renonça pas pour cela à ses tournées artistiques : au contraire, il en sentit la nécessité plus vivement encore qu'àWeimar; car, confiné dans un petit endroit peu fréquenté par les étrangers, il tenait à ne pas être ouhlié du monde artistique.

(Juelques semaines après son départ de Weimar, l'Université de Leipzig l'invita à venir recevoir l'orgue nouvellement construit dans son église (Saint- Paul) par le facteur Jean Scheibe. Bach accepta cette invitation, et le 16 décembre 1717, après examen, il déclara que l'instrument était un des meilleurs et des plus complets de l'Allemagne.

L'année suivante, il entreprit un nouveau voyage à Halle, où il espérait rencontrer Handel arrivé d'Angleterre au printemps afin d'engager des chanteurs et des cantatrices pour le nouvel opéra que l'on fondait à Londres. Avant de retourner en Grande-Bretagne, Handel alla passer quelques jours dans sa famille à Halle. Bach com^ut l'y chercher, mais le jour même Handel en était parti! Dix ans plus tard, Sébastien fit une nouvelle tentative pour connaître personnellement le seul de ses

contemporains qui fût son égal ; elle n'eut pas un meilleur sort que la première. On regrette d'avoir à déverser le blâme sur un aussi grand génie que Handel, mais il est évident que ses procédés envers Bach laissent percer une nuance de jalousie indigne d'un tel maître. On dirait qu'il était blessé qu'un autre osât lui disputer la palme artistique, et pourtant Bach ne toucha pas au domaine de l'opéra dans lequel brillait Handel. Il est impossible de nier qu'il repoussa toute occasion de se rencontrer avec son émule. Que la première fois il ait ignoré la venue de Bach à Halle, et qu'il en soit parti par hasard le jour même, on peut l'admettre, quoique l'on ait le droit d'objecter qu'étant en Allemagne depuis le mois de mars, il aurait pu, s'il eût voulu, trouver mille moyens de voir Bach.

Mais la seconde fois, en juin 1729, il est difficile de soutenir qu'il ait péché par ignorance, car Bach, trop souffrant pour entreprendre le voyage de Halle, y envoya son fils aîné inviter Handel à se rendre à Leipzig, invitation à laquelle ce dernier répondit par un refus, en alléguant que, revenant d'Italie, le temps lui manquait et qu'il le regrettait fort. Avouons que cela a bien l'air d'un faux-fuyant, et ajoutons qu'il ne s'intéressa jamais aux compositions de Bach, tandis que celui-ci, au contraire, a laissé des preuves certaines de l'estime qu'il faisait des œuvres de Handel. Il existe encore des copies de diverses productions de ce dernier, entièrement

VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH l^'j

écrites de la main de Sébastien. C'est que Bach avait vraiment l'âme d'un artiste; c'est qu'il rendait justice au mérite partout où il le trouvait; c'est qu'il ne connaissait pas l'envie. Pourquoi n'en peuton pas dire autant de Handel?...

Le 27 mai de l'année suivante (1720), le prince Léopold, toujours accomi)agné deBach, fît un nouveau voyage à Garlsbad, où ils demeurèrent jusqu'à la fîn de juillet. Plein de joie de rentrer dans sa famille, Sébastien ne s'attendait guère à la terrible nouvelle qui l'attendait en franchissant le seuil de sa demeure. Le 7 du même mois, on avait enterré sa femme. Lorsqu'il partit, elle était fraîche et bien portante; une attaque d'apoplexie foudroyante l'avait enlevée à 36 ans, sans qu'il eût été possible d'en aviser son mari. Je n'essayerai pas de décrire la douleur dont fut déchiré le cœur du pauvre époux lorsqu'il alla pleurer sur la tombe de sa chère Maria, qui, dans les treize années de leur union, ne lui avait donné que du bonheur!

Cette perte cruelle n'arrêta ni son assiduité, ni son ardeur pour le travail; il supporta son malheur avec une résignation et une force d'âme dignes d'un stoïque. Il ne renonça même pas au voyage de Hambourg déjà projeté, et qui ne fut qu'un peu retardé. lise rendit dans cette ville dans le courant de novembre, et l'on suppose qu'il y fît exécuter sa

i.iO VIE ET ŒLVKES Dt: J.-S. BACli

canlate^ {Wer s/chsclbst erhohef, dcr soll cnucdrlgt iverden. (Celui qui s'élève sera abaissé.)

Reiaken vivait encore à Hambourg, et, en dépit de ses quatre-vingt-dix-sept ans, remplissait ponctuellement ses devoirs d'organiste à l'église Sainte- Catherine. Il était universellement respecté, non seulement à cause de son grand âge, mais encore et surtout en raison de sa haute valeur artistique. Seulement, sa vanité n'avait pas diminué et les souvenirs contempoi'ains ne le représentent pas sous les plus belles couleurs. Ainsi, Mattheson-, qui se connaissait en vanité pour en posséder lui-môme une bonne dose, fait remaqruer, non sans aigreur, que sur le titre de son Hortus rnusicus, Reinken se qujililie de Orr/anl Narnfjiirrjensis ad diae Calharinn; dlrcctonim CeleOerraiissimian. Bach se fit entendre sur l'orgue de Sainte-Camerine devant les magistrats et les personnes les plus notables de la ville. Pendant deux heures entières il les tint sous le charme en improvisant sur le choral An wasscrflilsscn Babylon (sur les fleuves de Babylone) et obtint un triomphe éclatant. Reinken, quil'avait écouté avec beaucoup d'attention, vint àlui ets'écria : « Je )> croyais que cet art était mort, mais je vois qu'il » revit en vous " ». Deux ans plus tard (2 4 novembre

i. A})pcndiri? Il, 10'^ auuce, \i° i". t. V di'» cantates religieuses.

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