‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 34 sur 122 · MATURITÉ · texte numérisé non relu

MATURITÉ

(CŒTIIEN. 1717-17-23)

Un rapide coup d'œil sur le prince que J.-S. Bach allait servir pendant six ans et sur sa cour ne sera pas inutile pour la suite de cette histoire, car c'est pendant le séjour de notre héros à Cœthen qu'il donna toute sa perfection à son talent; c'est par son incessante application à la musique instrumentale, ou de chambre, que son génie se fortifia, grandit, mûrit et put enfin suivre la a oie qui devait le conduire au but pour lequel il se sentait né.

Le prince Léopold d'Anhalt-Cœthen touchait alors à sa vingt-quatrième année. Son père étant mort en 1704, samère, Giselle-Agnès, avait gouverné l'état en ])rincesse énergique et prudente pendant la minorité de son fils, cjui, en 171"j, prit en mains h^s rênes du gou-

vernement, quelques mois seulement avant le mariage de sa sœur avec le duc de Weimar. Léopold avait fait ses études à l'école des cadets [R'dterakademie) de Berlin, comme presque tous les jeunes princes allemands. En 1710, il les termina par des voyages complémentaires de toute bonne éducation ; il visita la Hollande, l'Angleterre, et retourna chez lui en passant par l'Italie. Au printemps de 1713, il revenait à Cœthen, après avoir touché à Vienne. Son séjour en Italie ne lit qu'accroître son goût pour la musique; à Rome, il s'attacha Heinichen, Jean-David, bon musicien allemand, qui lui servit de cicérone sur cette terre classique de la musique, que l'on pouvait qualifier alors de patrie des arts.

La musique que l'on faisait à Cœthen était surtout celle dite de chambre, à laquelle prenait part le prince qui jouait non seulement du violon, mais encore de la viole de Gambe et du clavecin; il était de plus bon chanteur et savait tirer parti d'une assez belle voix de basse. Bach disait de lui « qu'il aimait la musique, la connaissait, et la comprenait ». Stricker, Reinhai'dt, que Léopold avait connu à Berlin pendant ses années passées à l'école militaire, était devenu son maître de chapelle. Mais le goût de cet artiste le portait vers la musique vocale, et les ressources en ce genre n'abondaient pas à Cœthen, ce qui expliquerait le départ de Stricker, que Bach allait remplacer. Non seulement on ne trouve plus une trace de chapelle vocale en cette ville,

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mais encore c'est à peine s'il reste un vestige de la chapelle instrumentale. De Jean-Sébastien Bach hii-mème, maître de cliapelle et directeur de la musique de chambre du prince, à part quelques notices disséminées dans les registres de la paroisse, on ne rencontre pas la moindre mention. « Le » temps, dit M. Spitta*, a éteint et recouvert toutes » ces traces, comme l'herbe qui couvre maintenant » la cour du château que le maître parcourut si » souvent. De môme que les salles qui retentirent » des accents de sa musique sont vides et désertes, » de même son nom s'est évanoui de la mémoire » des habitants de cet endroit. »

C'est à Cœthen que Bach passa les plus heureuses années de sa vie; il s'y trouvait si bien qu'il espérait y finir ses jours. Là, il put donner un libre cours à son goût pour la musique instrumentale, objet de ses prédilections. Le prince, encore célibataire, affectionnait ce genre de musique et le cultivait avec ardeur. Il eut bientôt compris la haute valeur de Bach, auquel il prodigua les marques d'estime; il ne pouvait se passer de lui ; il l'emmenait dans ses voyages et le traitait en ami. Aussi Jean-Sébastien conserva-t-il toujours un tendre et reconnaissant souvenir de ce prince, mort trop jeune.

Le premier acte d'hommage qu'il lui consacra fut la composition d'une sérénade pour sa fête. Le

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