‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 44 sur 122 · Adlung, MîLsica niechanka, etc., 1. 11, p. IKi · texte numérisé non relu

Adlung, MîLsica niechanka, etc., 1. 11, p. IKi

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» de cent musiciens étaient concentrés dans Tim- » mortel Jean-Sébastien Bach ». Non seulement il avait acquis la connaissance parfaite de la facture instrumentale, mais il fut encore un admirable professeur. De tous les grands musiciens allemands de son siècle il est le seul autour duquel se groupa toute une phalange de disciples qui, pour la plupart, doivent leur renommée à leur maître. Sans compter ses fils, qui ont été des artistes hors de pair, ceux qui ont acquis le plus de célébrité sont : Agricola, Ziegler, Altnikol, Homilius, Kirnberger, Goldberg, Miittel, Kittel, Vogler, Trauschel et surtout Joseph et Louis Krebs. Ce qu'il appréciait le plus chez ceux qui venaient lui demander ses conseils, c'était l'assiduité au travail, et en cela seulement il se donnait comme exemple. « Il a fallu que » je sois studieux, disait-il, et quiconque le sera, ar- » rivera tout aussi loin que moi. » Il semblait compter pour rien ses dons naturels extraordinaires. 11 nous reste un document qui est précieux, car il est d'un grand secours pour nous faire connaître sa manière d'enseigner, au moins en ce qui touche au mécanisme pratique. C'est le Clavier -bûchlein (petit livre de clavecin), dont j'ai déjà dit un mot, et qu'il rédigea, le 22 janvier 1720, pour son fils Friedemann. alors tigé de neuf ans, après qu'il se fût assuré de ses heureuses dispositions musicales. Cet opuscule commence par les premiers éléments et arrive progressivement aux grandes difficultés.

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Les formes, d'abord simples, s'élargissent et se terminent par la fugue. Il s'y trouve aussi onze préludes que le maître a reproduits dans son « clavecin y> bien tempéré ». Au commencement de 1723 il mit la dernière main à ses « Inventions et sympho- » nies [Inventlonen und Sinfonien) », auxquelles il donna le titre suivant * : « Méthode sincère, par » laquelle on démontre aux amateurs de clavecin » (clavires), particulièrement à ceux qui désirent » s'instruire, une manière claire non seulement de » jouer à deux parties, mais aussi, par des progrès » ultérieurs, de bien exécuter à trois parties obli- » gées, et en même temps d'obtenir, avec de bonnes » inventions {inventlonen), un avant-goût de la com- » position. »

Quand un sujet musical est combiné de façon qu'à l'aide d'imitations et par la transposition des parties l'ensemble de la composition se déroule naturellement, on nomme le tout une Invention. Le thème étant donné, le reste consiste en développements qu'on trouve de suite, dès que les procédés sont euxmêmes connus -. A proprement parler^ ces Inven^ fions ne sont que des Imitations.

Ce qui distingue Bach de ses plus éminents confrères allemands, c'est, indépendamment d'une indomptable persévérance, l'admirable abnégation

1. Appendice n" 2, troisième année; vol. I des Œitvj'ea pour le clavier.

2, Forkel, oiiv, cité.

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avec laquelle il mit son savoir au service de ses semblables. Il s'y croyait obligé et l'a donné à entendre par cette devise, placée par lui en tête de ses recueils de chorals : « Honorer le seul Dieu tout- » puissant et instruire son prochain ». Beaucoup de ses plus beaux morceaux pour le clavecin et pour l'orgue ont été écrits en vue d'aider aux exercices pratiques de ses élèves ; et ces élèves, il ne les cherchait pas chez les nobles et les riches qui auraient |Hi largement payer ses leçons, mais parmi les fils de modestes cantors ou organistes n'ayant que leur taient pour toute recommandation.

Si Bach fut un organiste et un claveciniste incomparable, il était aussi excellent violoniste. Nous sa- V(Uîs que son père avait commencé à lui apprendre la musique en lui mettant un violon dans les mains; nous avons vu aussi que pendant son premier et cdurt séjour à Wéimar il ligura comme violoniste dans l'orchestre de la chapelle ducale, et que plus tard, devenu maître des concerts de cette même cour, il occupa le pupitre de violon conducteur, et (pioique ni ses contemporains, ni son fils Ch.-Ph.- Kmmanuel ne le citent comme violoniste, il n'est pas supposable qu'il n'ait possédé sur cet instrument qu'un talent ordinaire. Il entendait si bien la structure du violon qu'il inventa, à Cœthen, un instrument tenant le milieu entre la viole et le violoncelle, qu'il nomma Viola pomposa, monté de cinq cordes ninsi .iccorflécs : ut, sol, )'é, la, mi. On doit

admettre aussi qu'il fut bon violoncelliste, car il h écrit pour le violoncelle des morceaux qui exigeaienl une connaissance approfondie de ses ressources, et cette connaissance ne s'obtient pas seulement par la théorie.

En mars 1721 il termina uji Recueil de six concertos qui eut un sort tout particulier \ Il avait fait à Carlsbad la connaissance du margrave de Brandebourg, Chrétien-Louis, prince éclairé, passionné pour la musique, lequel avait éprouvé à l'entendre un plaisii" indicible, et qui lui demanda de lui écrire quelque chose pour sa chapelle. Demeurant tantôt à Halberstadt, dont il était prévôt, tantôt ù Berlin et tantôt dans son château de Malchow, partout il se livrait avec ardeur à son goût pour la musique. Au printemps de 1721, il était à Berlin, oii Bach lui envoya ces six concertos avec cette dédicace en français : « Six concertos avec plusieurs instruments, dédiés à Son Altes {sic) Royale M?'' Chrétien-Louis, Margrave de Brandebourg, etc., etc., par son très humble et très obéissant serviteur Jean- Sébastien Bach, maître de chapelle de S. A. le prince n'unant d'Anhalt -Cœthen. 1722. » Le margrave

I. ApjiPitdiir 11° 1^ dix-iioiivièiiic iiiiiu'é'; vol. 111 di' hiHfus'Kjur (le flifniilirc.

\:;i VIE HT ŒUVRIiS DE J.-S. BACH

(Hant mort en I73i, le i^récieux manuscrit courut le danger d'être vendu à vil prix avec d'autres morceaux de musique; un heureux hasard le préserva de tomber entre des mains impies. Il nous a été conservé, et, par lui, nous avons le plus ancien exemple du développement du concerto.

A cette époque le mot concerto, quoique exclusivement appliqué à la musique instrumentale, avait une signification moins restreinte que celle qu'on lui donne de nos jours. Bien des spécimens de cette forme ressemblent plutôt à des symphonies qu'à des concertos, dans la moderne acception de ce terme. Bach a intitulé ceux-ci concerts avec plusieurs instruments; mais, eu égard aux coutumes de son temps, on devrait les comprendre dans ce qu'on appelait alors concerti grossi, où plusieurs instruments — trois d'ordinaire , et jamais un seul — concertaient en tutti.

Le premier de ces concertos est en fa majeur, avec le quatuor des cordes, renforcé à la basse par un violone grosso (contrebasse), et au premier violon par un violino piccolo (petit violon au son plus clair et sonnant une quarte plus haut que le violon ordinaire), deux cors, trois hautbois, un basson et un clavecin d'accompagnement [continuo). Il n'y est nullement question- de solos ni de tutti. Les instruments réunis jouent le premier morceau, puis se séparent ])our en dire les diffih'iMits motifs. L'adagio est lin (iniii'iihi i\v> plus p;illii'li(|iii's, suivi d'un me-

Vlli I:T LëUVRRS DR J.-S. BACH l.iS

nuct et d'une polacca, tous deux avec trios. <( Belle » et spirituelle musique, dit M. Spitta, mais qui » n'a, en réalité, rien de commun avec le concerto » proprement dit. »

Le second est également en fa majeur, avec trompette, flûte, hautbois, violon et le tutti des cordes. C'est aussi un véritable concerto grosso. Le dessin du premier morceau est d'une clarté et d'une simplicité charmantes. L'andante, en ré mineur, qui est superbe, est exécuté par un quatuor de llùte, hautbois, violon et violoncelle, avec accompagnement de clavecin. Le dernier morceau, d'un mouvement allegro assai, est une fugue discrètement accompagnée par le tutti.

Le troisième concerto est écrit en sol majeur, pour trois violons, trois violes, trois violoncelles, un violone (contrebasse) et un clavecin. Par ses développements, le premier morceau ressemble à celui du premier concerto, qu'il surpasse en traitement artistique. L'adagio est suivi d'un final en 12/8, mesure peu usitée alors; mais, en cela encore, Bach sortit des sentiers battus et se servit, un des premiers, des mesures composées les plus compliquées. Dans son Clavecin bien tempéré, on trouve fréquemment

1 emploi des mesures -^ -^ -r ~ïr ir

Ï6, Î6, Te.

Le quatrième, aussi en sol majeur, a pour inter-

vu VIE ET (ËUVRES \)E J.-S. H ACM

prêtes un violon, deux flûtes et le quatuor des cordes. C'est un concerto grosso dans le genre du n° :2. Le premier allegro, en 3/8, a un caractère des plus agréables. L'adagio, en mi mineur, joué alternativement par le quatuor et le concertino, est un morceau d'une admirable gravité. Le tout se termine par une fugue grandiose, presto, en mesure ordinaire (C^; profondeur, élan, richesse de détails, éclat et grâce, tout se trouve réuni dans cette production, une des meilleures de Bach.

Le cinquième est en ré majeur, pour flûte, violon, clavecin et le quatuor habituel pour tutti. A vrai dire, ce n'est point un concerto de clavecin avec accompagnement; le clavecin, uni au violon et à la flûte, fait contraste avec le tutti. Pour être bien jouée, la partie de clavecin de ce concerto exige une agilité de doigté comme nul autre que Sébastien n'en possédait de son temps. Le caractère général de l'œuvre, qui appartient comme les précédents aux concerti grossi, eii^Xxxioi calme et agréable que grand et profond.

Le sixième et dernier, en .s* majeur, est écrit |jour deux violes, deux gamhes, un violoncelle, une contre-basse et un clavecin. Le tutti se compose d'un canon confié aux deux violes; les autres instruments ne font qu'accompagner. Une superbe mélodie en mi bémol majeur, en mesure 3/2, forme le thème de l'adagio, qu'interprètent seules les deux violes soutenues par les basses. Elles jouent le thème en

VIE liT ULlVKliS 1)1-: J.-S. l;Ai.ll loii

style fugué, seules d'abord, puis les basses le reprennent et l'ensemble produit un admirable effet. Ce morceau est vraiment noble et grand.

Disons en passant que la gambe (ou viola di gamba) était une sorte de violoncelle qui se différenciait de cette dernière en ce que certains virtuoses y ajoutaient des cordes attachées derrière le manche, et sur lesquelles, avec le pouce de la main gauche, ils faisaient des accompagnements en pizzicati. Bach a été le dernier grand compositeur qui ait écrit pour cet instrument, qu'a détrôné le violoncelle. Nous avons de lui trois sonates pour clavecin et gambe S et un certain nombre d'accompagnements obligés pour airs dans ses cantates et sa Passion selon saint Matthieu. Dans la sublime introduction de sa cantate^ : Gottes ZeÀt ist die allerbeste Zeil (Le temps de Dieu est le meilleur de tous les temps), nous voyons trois parties séparées de gambe, combinées avec les violons et les flûtes, qui doivent avoir produit un merveilleux effet.

Les concertos brandebourgeois occupent dans la musique orchestrale allemande une place toute particulière, parce que la forme de la musique d'orchestre n'était pas alors celle des concerti grossi.

1. Voyez Appendice i\" 2, wcnVikniQ année; vol. 1 de \Si Musique de chambre.

2. Voyez Appendice n° 2. vingt-troisième aunée: vol. II. des Caniatef! religieuses.

IJr. VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH

mais celle des Suites rT orchestre ^ qui fut déterminée dans la première moitié du xviii'' siècle, d'après celle des Suites pour le clavecin, laquelle prit racine au commencement du xvu«. Les Suites, qui procèdent directement de ce qu'on appelait « l'ouverture française, » se composaient des airs de danse en vogue à cette époque. Assurément, si quelqu'un dut réussir en ce genre, ce fut J.-S. Bach, qui n'avait qu'à se souvenir de ses ascendants, car son père, son grand-père et ses oncles avaient tous été musiciens de ville [Stadtpfeifer] et s'étaient livrés presque exclusivement à ce genre de musique. Sébastien a laissé quatre Suites d'orchestre, ou Partit a [Partien], qui sont excellentes ': la première en ut majeur, la seconde en si mineur, et les deux autres en ré majeur. Elles commencent toutes les quatre par une ouverture française, terminée parune fugue. Ce mot de partita a été créé, à ce que l'on suppose, au x\'if siècle par les musiciens de ville, qui l'ont donné aux collections d'airs de danse joués consécutivement et qui servirent à former les suites. La désignation de partita n'a plus été employée après Bach.

La Partita en ut majeur contient une courante, une gavotte, une Forlane (danse originaire du Fiioul, en G/4, analogue à la gigue), un menuet, une bourrée et un passe-pied, toutes danses à la mode aux xvu*" et xvni'' siècles. Presque tous ces morceaux mil un Trio. Le nom généralement connu de trio.

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provient de la coutume établie d'abord de le faire jouer par trois instruments; bientôt ce nombre fut dépassé, car il était difficile de s'y restreindre, mais on conserva le nom. Dans la partita en si mineur l'ouverture est suivie d'un rondo, d'une sarabande, d'une bourrée, d'une polonaise, d'un menuetet d'un morceau en 2/4^ que Bach a intitulé Burlesca (badinage, plaisanterie). La forme du Rondo, que nous rencontrons ici pour la première fois dans les œuvres de Bach, paraît avoir été importée de France, Dans cette parlita, au quatuor des cordes l'auteur n'a ajouté qu'une flûte. Les autres consistent en une ouverture, une bourrée, une gavotte, un meimet et une gigue dans le style italien. Elles sont toutes du même ton et, en sus du quatuor, elles ont trois trompettes, trois hautbois et des timbales. On pourrait encore les exécuter aujourd'hui si les trompettes ressemblaient à celles usitées au temps de Bach, et dont il a fait, ainsi que Hiindel, un si fréquent emploi ; il est très probable que c'étaient des trompettes à coulisses, tout à fait délaissées maintenant. Bach a fréquemment écrit ses parties de trompettes en ut à l'aigu, et leur a donné des traits rapides d'une exécution fort difficile et quelquefois impossible pour nos trompettes actuelles. Ainsi, dans le Cum sancto spirltu de la messe en si mineur, dont nous parlerons plus loin, il a écrit la partie de trompette h un diapason tellement élevé qu'elle est injouable. Nous verrcuis, à l'occa-

i;if!i VIK KT ŒDVHIîS 1) K J.-S. BACH

sion ^ par quel instrument ou peut remplacer Ja trompette et rendre exécutables certaines œuvres de Bach où se trouvent des instruments tombés en désuétude.

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