Mattlinson, Der Volkommmer Capellmeister, p. olj
Uti VIE ET ŒUVRES DE J.-S. BACH
lempérament est un vrai défaut, » dit J.-J. Rousseau ^ ; « c'est une altération que l'art a causée à « rharmonie faute d'avoir pu faire mieux »>. Il n'eu est pas moins vrai que le tempérament, qu'il soil un défaut ou une qualité, est devenu une nécessité, car, sans lui, l'accord serait impossible entre les instruments cjui composent l'orchestre et les instruments à clavier; il serait même impossible avec la voix humaine. Les mathématiciens seuls blâment l'adoption du tempérament égal, parce qu'il trouble et dérange leurs calculs ; mais son invention a été un véritable bienfait pour l'art musical et une satisfaction pour l'oreille.
Le clavecin, cependant, ne répondait pas aux aspirations de Bach; il lui reprochait d'avoir le son trop sec et d'être trop peu susceptible d'expression. 11 lui préférait le clavicorde -, malgré ses imperfections, et bien qu'il ne fût pas non plus son idéal. Il aurait voulu un instrument qui tînt le milieu entre le clavecin et l'orgue. Le piano actuel aurait comblé, très probablement, son desideratum. Le maître vécut assez longtemps pour en voir les commencements et le faire profiter de sa savante critique. Vers 1740, Silbermann {Goltfrïed), de Freyberg, en fabriqua un, vraisemblablement sur les données du Florentin Gristofori, c'est-à-dire à deux
1 . Dissertation sur la musique moderne, i. Voyez Appendice, n° 6.
claviers superposés, avec un mécanisme à marteaux remplaçant les sautereaux du clavecin. Bach, après l'avoir essayé, en loua le plan, mais blâma la difliculté d'exécution de l'instrument et la faiblesse des dessus comparée à la rondeur des basses. Silbermann fut sensible à ces reproches, dont il fît son profit ; il travailla plus d'un an à perfectionner son clavier et finit par obtenir de Bach un éloge complet et sans restriction ^ Il ne paraît pas que ce dernier ait possédé un de ces instruments, car son élève Agricola, qui nous a conservé les détails qui précèdent, l'aurait certainement dit. 11 faut croire que le mécanisme des marteaux alourdissait le clavier, qui ne se prêtait qu'imparfaitement à toutes les sortes de doigté adoptées par Bach. Voulant obvier au moins à la sécheresse et à la brièveté du son du clavecin, il imagina, vers 1740, un claviluth {Lauten-Clavicymbel) que façonna, d'après ses |)laiis, le facteur d'orgues Zacharie Hildebrand. Il obtint une plus longue durée des sons au moyen de cordes de boyau adjointes à des cordes métalliques. Quand le son éclatant des dernières était arrêté par un étoufFoir en drap, le son de l'instrument se rapprochait de celui du luth, tandis que, autrement, il ressemblait à celui du théorbe.
Un des didacticiens les plus érudits du siècle dernier, Marpurg, a dit que « les talents variés de plus