‹ La vie et les œuvres de Jean-Sébastien BachChapitre 6 sur 122 · Musica mechanica organaedi. Berlin · texte numérisé non relu

Musica mechanica organaedi. Berlin

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ait été éclipsé par son illustre neveu, Jean-Sébastien, il occupe une place éminente dans l'histoire de la musique. Sa vie a été des plus simples. Dirigé par son père, ayant développé par un travail persévérant ses heureuses qualités, il devint à vingt-trois ans organiste de l'église d'Eisenach, et plus tard de la cour. Il conserva ces fonctions jusqu'en 1703, époque de sa mort, soit pendant plus de trente-six ans. De ses quatre fils, le seul que nous ayons à mentionner est Jenn-Nicolas (1669-1753), qui passe pour avoir été un musicien distingué. Jean-Christophe a été remarquable par ses qualités morales, par ses tendances incessantes vers un idéal élevé, et par ses connaissances techniques. Non seulement il fut un des plus habiles organistes et l'un des meilleurs compositeurs de son temps, mais encore un des artistes les plus éminents de tout le XVII* siècle. Sa famille le vénérait à ré2;al d'un saint, et Jean-Sébastien, de même que Ch.-Ph. -Emmanuel, ne parlaient de lui que dans les termes les plus élogieux. — « Les ouvrages de Jean-Christophe Bach, dit Pétis \ indiquent dans leur auteur un talent de premier ordre. Original dans ses mélodies, énergique et pénétrant par son harmonie, il est surtout remarquable dans ses compositions vocales. Les archives des Bach contiennent un chant de noces à vingt-deux voix qu'il a écrit sur

\JJiiogra})hie universelle des musiciens, t. T ; p. 18G.

ces paroles : E's erhnb ftich ein strcif, « Une discussion s'éleva » ; c'est un morceau de la plus grande beauté; on n'y aperçoit pas l'embarr s qui semble devoir résulter d'un si grand nombre devoir ». — Malgré cela, sa renommée ne s'étendit pa.> au loin pendant sa vie, et, après sa mort, il n'a été que trop tùt oublié. Peut-être faut-il attribuer cette indifférence à l'écrasante personnalité diî son colossal neveu, à la nature calme, simple et réservée de cet homme excellent qui ne vécut que pour son art et sa famille, et peut-être aussi au genre de ses compositions. N'éprouvant aucune sympathie pour le style italien alors en faveur, il exerça son art à sa manière, sans s'occuper de ce qu'en pouvaient dire ses contemporains. L'un de ses ouvrages les p]us considérables est une sorte d'oratorio pour double chœur et orchestre intitulé : £c combat dn saint Michel et (lu démon. Jean-Sébastien qui tenait cette muvre en haute estime, la fit exécuter à Leipzig, et Ch.-Ph. -Emmanuel, qui partageait l'admiration de son pè'e pour son oncle, en donna aussi plus tard une audition à Hambourg. Ses autres œuvres, que l'on conserve dans la bibliolht'que royale de Berlin, sont : 1° Le motet à vingt-deux voix dont j'ai parlé; !2" le motet, Liaher Herr Goft, inccke uns aiif « Grand Dieu, veille sur nous », à huit voix, en ûenx chœurs; 3° le motet à quatre voix, Jch lasse dich nicht, «Je ne te laisserai pas», véritable chef-d'œuvre de mélodie et d'harmonie ; 4° celui à huit voix,

Unsres Herzens Freude hat e'me Ende, « La joie de notre cœur a une fin»; 5° celui également à huit voix, Herrnun lassest du deiner Diener, u Seigneur, abandonnerais-tu ton serviteur»; Q>° le motet à cinq voix, avec basse continue, Der gereichte Obergleich ; 7" Une sarabande pour clavecin avec deux variations, et enfin, deux autres motets à quatre voix et un solo d'alto avec accompagnement de violon, d(i violes de Gambe et basse continue. Jean-Christophe possédait un admirable talent d'organiste; Forkel dit avoir vu à Hambourg de ses pièces d'orgue qui lui ont paru être des modèles de style et de force harmonique. Ses doigts et sa tète avaient tant de facilité à traiter l'harmonie pleine, qu'il ne jouait qu'à cinq parties réelles. Gerber a eu en sa possession un volume avant appartenu à la famille Bach, contenant huit pièces de Jean-Christophe, lesquelles consistaient en préludes variés et fugues pour des chorals. Malheureusement, les ineptes héritiers de Gerber ont laissé perdre ce trésor inappréciable.

Jean-Micuel, le plus jeune des fils de Henri, et frère du précédent, naquit à Eisenach, en 1648. Comme son frère, il reçut de son père son instruction musicale et le seconda dans ses travaux professionnels. En 1673, il obtint la place d'organiste à Gehren, sur les confins de la forêt de Thuringe, 011 il mourut en 1694, âgé seulement de 46 ans. H eut six enfants : un fils qui mourut jeune, et cinq filles dont la dernière, Maria Barbara CMarie

VIE F,T ŒLiVHl'S I) K J.-S. liA(;U 17

Barbe) fut la première femme de Jean-Sébastien. Jean-Michel était d'une nature identique à celle de son frère Jean-Christophe ; comme lui il se distinguait par la noblesse de son caractère, par sa piété et par l'élévation de ses sentiments. Il pouvait rivaliser avec son frère en profondeur et en abondance des idées, mais celui-ci le surpassait de beaucoup quant au sentiment de la forme. Ce fut là le point faible de Jean-Michel. A cette époque de recherches incessantes de formes nouvelles, on sent qu'il hésite, qu'il craint de s'aventurer sur un terrain neuf. On voit bien qu'il voudrait rompre avec le passé, mais le courage lui manque; son contrepoint demeure toujours contraint et guindé. Cependant, ses dons naturels lui auraient probablement fait atteindre la perfection, même dans cette direction, si la mort lui avait laissé le temps dp développer son talent. C'est surtout dans ses motets que se laissent voir les défectuosités de forme dont il vient d'être question. En musique instrumentale, il semble avoir mieux réussi parce qu'il se montra plus accessible que son frère au style italien. Walther ' dit qu'il écrivit des sonates fortes, c'est-à-dire remarquables, et ce qu'il y a de certain, c'est que ses pièces ont été estimées davantage et plus longtemps que celles de Jean-Christophe. Dans le livre d'orgue de Gerber dont j'ai parlé plus haut, se trouvaient

1. Musikalisc/ies Lexicon oder musikalische Bibliothek. Lepzig, d132, in 8<».

au moins soixante-dix préludes pour chorals, fugues et figurés, de la composition de Jean-iMichel. La bibliothèque royale de Berlin possède de lui des motets, airs et pièces d'église avec accompagnement instrumental qui donnent une très haute idée de son mérite. Ses œuvres vocales ont évidemment servi de mo lèles aux cantates religieuses de Jean-Sébastien avec lequel on devine sa parenté par la profondeur et la force de son expression. Jean-Michel s'est aussi occupé avec succès de la facture instrumentale.

Il y eut encore un Jenn-Mïchel, né vers 17o4-5o, qui descendait, à ce que l'on croit, de la branche établie à Schweinfurt. Il devint cantor à Touna, voyagea ensuite en Hollande, en Angleterre et même en Amérique. Revenu en Allemagne, il étudia à Gœttingue, et s'établit comme avocat à Giistrow, en Mecklembourg. En 1770. il publia un ouvrage intitulé : « Courte et systématique introduction à l'étude de l'harmonie *. »

Jean-Nicolas, fils du célèbre Jean-Christophe, né en 1669, fut organiste de la ville et de l'Université d'Iéna, où il mourut en 1753. Pendant longtemps il fut l'ainé, et par conséquent, le chef de la famille, mais ses fîls étant morts en bas âge, sa branche s'éteignit avec lui. Il a eu de la réputation comme compositeur de Siiifni et une messe écrite de sa main

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