‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 1 sur 48 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

paraît venu, celui de Tindifférence ne semble pas près d'arriver.

Dans cet homme, qui fut un prodige par les ressources de son génie, par son activité, par son influence sur les esprits de son temps, on doit d'abord distinguer, pour ainsi dire, deux écrivains : un poète, qui de son vivant, fut mis en parallèle avec les Homère, les Virgile, les Sophocle, les Corneille et les Racine ; et un philosophe, dont les opinions régnent encore dans l'esprit d'un nombre incalculable de particuliers et même chez quelques hommes politiques.

1. — Pour le premier point, il semble qu'un poète que ses contemporains ont placé si haut par leur enthousiasme, devrait être encore aujourd'hui une des idoles de ses compatriotes. Nous devrions, sinon entendre chanter ses vers, comme en Italie ceux du Tasse, par les bateliers et les voituriers, du moins les trouver gravés dans la mémoire des personnes qui se pi([uent d'aimer la poésie, puisque notre peuple est moins sensible que celui d'Italie aux enchantements des Muses. Mais où trouver, en France, même des gens de lettres qui aient retenu dix vers de suite de Vollaire, je dis de ses grands poèmes épiques ou dramatiques, de ceux (jui auraient pu viser h la gloire de demeurer gravés dans la mémoire de la nation tout entière ?

Vollaire n'a jamais été un poète vraiment national : il n'a écrit que pour une société restreinte de serviteurs dt^s lettres, ou de gens du monde qui se piquaient de

Page 1