‹ La vie et les œuvres de Voltaire (volume 2)Chapitre 2 sur 48 · PRÉFACE VU · texte numérisé non relu

PRÉFACE VU

délicatesse et de bon goût. Orales descendants de ceux qui furent amoureux de sa plume, ont oublié ses vers. N'est-ce pas là un jugement par le fait, et dont on peut chercher les raisons après coup, mais dont il serait inutile d'appeler ? Il n'est pas vraisemblable que la postérite, en possession des œuvres de Lamartine, de Victor Hugo, d'Alfred de Musset, et de tant d'autres brillants poètes, s'avise jamais de retourner à la muse incolore et décharnée de Voltaire.

Il a pourtant laissé un grand nombre d'écrits en vers qui piqueront toujours la curiosité, qui réclameront toujours l'attention des gens d'esprit ; mais ces petits poèmes, quand ils ne sont pas inspirés par la satire, la galanterie ou le libertinage, appartiennent pour la plupart au genre philosophique : la plus grande partie des lecteurs s'y intéresse froidement, et n'y goûte guère que du bout des lèvres, (quand par hasard on les lui présente)^ quoiqu'on y rencontre d'excellents morceaux de morale.

II. — Si le nom de Voltaire frappe encore les oreilles du grand public, c'est avec le titre de philosophe. Demandez à des personnes prises au hasard, parmi celles qui sont un peu lettrées, ce que c'est que Voltaire. Toutes répondront^ sans hésiter, quoique avec des sentiments très divers : « C'est l'ennemi déclaré des préjugés, le destructeur implacable des croyances religieuses, l'ennemi redouté des prêtres ; c'est l'écrivain qui a façonné l'esprit moderne, cet esprit d'indépendance qui

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