‹ La vie et les œuvres du Docteur L.A. BertillonChapitre 30 sur 51 · Conclusions · texte numérisé non relu

Conclusions

Dans ce dernier chapitre, nous relevons le passage suivant :

« Aujourd’hui nous pouvons prédire avec une approximation très grande combien 1l reste d'années à vivre à un groupe, par exemple à 1,000,000 d'hommes. Notre prévision ne perdra rien de sa rigueur, si au lieu d’un million on ne nous donne que 10,000 vivants, maïs à un âge déterminé, par exemple de 30 à 35 ans. Si on nous renseigne sur la condition d’aisance, sur la profession, nous pourrons encore être moins exigeant sur le nombre des individus nécessaires pour asseoir nos prévisions; si on nous dit leur sexe, leur état civil, la limite pourra encore être resserrée. Et ainsi de suite. À mesure qu'une des influences subies par le groupe étudié sera connue et mesurée dans ses effets sur la vitalité, les prévisions de la science se parliculariseront ; elles s’'appliqueront plus directement à un nombre plus circonscrit d'individus et l’enseignement pratique que ce petit groupe pourra en retirer pour éloigner les causes de mort prématurée deviendra de plus en plus précis. Il n’y a pas lieu d’assigner où peut s'arrêter cette prescience de l’avenir touchant la vie ou la mort assignable à un groupe pouvant devenir de plus en plus petit à mesure que notre analyse pourra atteindre et mesurer un nombre de plus en plus grand des conditions de nos existences : la limite dont on se rapprochera sans cesse... sans jamais l’atteindre je le veux bien, c’est l'indiviau. »

XCI. — De la population française ; mortalité à chaque âge et en

: chaque département, et particuliérement dans le département du Rhône. Lecture au congrès tenu à Lyon par l’Association française pour l'avancement des sciences, 1873.

(Compte rendu du congrès. — Revue screntifique, etc.)

M. Bertillon, dans le but de répandre le goût des études statistiques et de stimuler le zèle des statisticiens habitant la province, a fait à chacun des congrès de l’Association française des études démographiques sur la région dans laquelle se réunissait le congrès.

C'est ainsi que, dès 1865, il avait lu au congrès médical de Bordeaux une étude sur la mortalité du département dela Gironde. C’est ainsi qu’au congrès de Lille et au congrès du Havre il a fait des communications de même ordre.

XCIT., — Aperçus anthropologiques et démographiques sur le recensement de 1872.

(Revue d'anthropologie, 1873. — Journal de la Soc. de statistique, 1873.)

XCIT. — Divers articles dans la Revue d'anthropologie. (Dénombrements de l'Algérie depuis 1856. Développement comparé de la colonisation française en Algérie et de la colonisation française à Victoria. Documents ethnographiques et statistiques sur la Finlande, etc.)

XCIV. — Études sur la population française. Lecture à l’Académie de médecine, 19 août 1875.

(Bulletin de l’Académie de médecine, — Union médicale, — Gazette hebdomadaire de médecine,— la Nature, et autres journaux).

L'auteur insiste notamment sur les inégalités qui séparent les différents départements français. Les uns sont extrêmement frappés par la mort à tous les âges (Hautes-Alpes, Corrèze, Finistère); d’autres sont toujours épargnés (Ardennes, Aube, Haute-Marne, Yonne, etc.).

XCV. — Communication du D' Bertillon à la Commission parlementaire chargée d'examiner le projet de loi de M. le D' Th. Roussel, membre de l’Assemblée, relatif à la protection des enfants du premier âge et en particulier des nourrissons.

(Rapport de M. Th. Roussel, n° 2446.)

Lorsque M. Théophile Roussel proposa à l’Assemblée nationale un projet de loi pour protéger les enfants du premier âge contre les exploits des nourrices mercenaires, il s’appuyait en grande partie, pour affirmer la nécessité de cette loi, sur les travaux de M. Bertillon. Aussi Ja commission d’études résolut d'entendre M. Bertillon. C’est le compte rendu des explications fournies par M. Bertillon qui figure dans le rapport.

À cette communication est jointe une carte de France empruntée à l'ATLAS DE DÉMOGRAPHIE FIGURÉE DE LA FRANCE, et montrant la répartition et l’intensité de la mortalité de la première enfance dans chacun des départements de France.

En outre, interrogé par la commission parlementaire, l’auteur dit la mortalité comparée de l’enfance dans les villes et dans les-campagnes pendant les premières semaines et les premiers mois de la vie, tant en France qu’en Suëde, et montre ce fait inattendu que, pendant ces premières semaines de la vie, la mortalité est plus forte dans les campagnes, mais en France seulement.

C'est le contraire en Suëde, etc., etc.

Enfin, sur la demande expresse de la commission, il expose les meilleures mesures qui, selon lui, seraient à prendre en faveur de la préservation de la vie de la première enfance. Le rapport cité fait suivre cette communication de cette note (page 117) : « La commission donne une entière adhésion aux idées exposées par M. Berüllon et décide que l'application en sera recommandée dans le rapport. »

XCVI. — Des combinaisons de sexe dans les grossesses gémellaires (doubles ou triples), de leur cause et de leur caractère ethnique.

(Bull. de la Soc. d'anthropologie, 2 avril 1874. — Journal de la Société de statistique, mars 1874.)

Cette étude, dont les conclusions se trouvent résumées dans l’article

NATALITÉ, contient une très curieuse application de la statistique à la physiologie.

En voici le résumé très succinct : |

Si vous jouez un grand nombre de fois à pile ou face avec deux pièces de monnaie bien régulières, et que vous comptiez combien de fois ce jeu vous donne pile et pile, face et face, pile et face, vous trouverez, d'après les données élémentaires du calcul des probabilités, que sur 100 coups 1l y aura 25 fois pile et pile, 25 fois face et face, 50 fois pile et face. |

Si la natalité des garçons était identique à celle des filles, et qu’aucune causé — dans les grossesses doubles — ne favorisât une combinaison plutôt que l’autre, on trouverait de même que sur 100 grossesses doubles il y en aurait 25 composées de deux garçons, 25 composées de deux filles, 50 composées d’un garçon et d’une fille.

(En réalité, la natalité des garçons l'emporte sur celle des filles comme 106.6 est à 100. Les chiffres qui précèdent doivent donc être modifiés comme suit : si aucune cause spéciale ne favorise dans les grossesses doubles une combinaison plutôt qu'une autre, le calcul indique que sur 100 grossesses doubles 1l doit y en avoir 26.5 composées de deux garçons, 23.4 composées de deux filles, 50 composées d’un garçon et d’une fille.)

Or il n’en est pas ainsi. L'expérience montre que, dans tous les pays, et à toutes les époques, les grossesses unisexuées sont plus nombreuses que je ne viens de le dire. En France, par exemple, sur 100 grossesses doubles, il y en a 33.5 composées de deux garçons, 31.6 composées de deux filles, 35 composées de garçon et fille.

Il y a donc dans les grossesses doubles une cause constante qui favorise la parité des sexes. Quelle est cette cause ?

M. Bertillon rappelle que, parmi les grossesses doubles, il en est où les deux jumeaux ont chacun un chorion spécial; d’autres où tous deux sont inclus dans les mêmes membranes.

D'autre part, dans les monstres doubles (qui appartiennent forcément à cette seconde catégorie de grossesses doubles), on sait que les deux individus sont toujours du même sexe.

M. Bertillon demande si les jumeaux inclus dans les mêmes membranes n’ont pas également une tendance spéciale à être du même sexe. « Si les accoucheurs, dit-il, nous renseignaient sur le nombre respectif des jumeaux inclus dans le même chorion, ainsi que sur leur sexe (enquête qui serait facile dans les maternités, écoles où l'observation soignée de tous les phénomènes est d'obligation), nous pourrions

alors résoudre les problèmes que le calcul des probabilités nous a signalés dans l'étude des grossesses gémellaires et dire précisément

la part qui, dans les portées unisexuelles, doc être attribuée aux ovules

doubles et celle due aux simililudes des condilions génératrices. »

Parmi les résultats curieux que fournit cette étude, il en est un qui mérite d’être signalé par sa bizarrerie. C’est l'extrême constance du rapport que nous signalions tout à l’heure. Nous disions qu'en France, sur 100 grossesses doubles, il y en a 65 (33.5 + 31.6) unisexuées. Ce rapport se produit chaque année avec une inaltérable constance, En dix ans, il a oscillé entre 64.1 et 65.9. En Prusse, il est de 62.5 ; en dix ans, il a oscillé entre 62.1 et 62.9. Ce sont, comme on voit, des limites extrêmement resserrées. Ce rapport varie avec la race des habitants. En Italie, pays latin comme la France, il est de 64.3. En Autriche, il est de 62 comme en Prusse.

L'étude des grossesses triples donne des résultats non moins inattendus.

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