CIV. — Mutualité
(Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.)
CT. — Sur la durée des générations humaines, réponse à une question posée par M. d'Abbadie devant la Société d’anthropologie.
M. d’Abbadie faisait cette question dans le but d'élucider un texte relatif à l’histoire des Oromo (ou Gallas) de l’Afrique orientale. Ces peuples ne comptent les générations que de père en fils, à l'exclusion des filles. « On entend donc par génération le temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu’à la reproduction d'enfants mâles vivant assez longtemps pour devenir adultes et se reproduire à leur tour. »
Naturellement, il n’y a pas moyen de fixer par la statistique cette Jongueur de temps pour les Oromo. M. Bertillon estime que pour les peuples européens, et notamment pour les Français, elle est de 29 à 33 ans.
CVI. — Des modifications à introduire dans les registres de l'état
civil au point de vue des naissances, des mariages et des décès.
(Lecture au congrès d'hygiène de Bruxelles, 1876.)
(Voy. aussi Bull. de la Société de médecine publique, 26 déc. 1877.)
Les conclusions de ce mémoire sont trop connues pour que nous les analysions longuement. Ce sont elles en effet qui ont été adoptées par le congrès de démographie de Paris de 1878, et plus tard par la commission de statistique de la ville de Paris. Elles ont reçu depuis 1880 la sanction de l'expérience.
CVIT, — Considérations générales sur la démographie, appliquée tout particulièrement à la Belgique.
. (Bull. de l’Académie royale de médecine de Belgique, 1876.)
M. Bertillon remarque que les femmes mariées sont rares en Belgique, mais elles sont très fécondes. Ces deux faits sont surtout accentués dans les provinces flamandes, où la natalité légitime est de 300 à 317 naissances annuelles pour 1,000 épouses de 15 à 50 ans (au lieu de 180 en France et de 286 en Prusse).
Mais si les femmes mariées sont très fécondes dans les Flandres, il faut ajouter que leur nombre est faible par rapport à la population (à peine 400 femmes sur 1,000 de 15 à 50 ans). M. Bertillon remarque que les provinces où les mariages sont les plus rares sont celles où les couvents sont les plus peuplés et où le catholicisme a le plus d’attaches.
CNIL. — Natalité.
(Diclionnaire encyclopédique des sciences médicales.)
Définition. — Au lieu de calculer la natalité en comparant le nombre des naissances à l'ensemble de la population, l’auteur le compare à la population féminine de 15 à 50 ans, c’est-à-dire à la seule partie de la population qui soit capable de produire des naissances.
Ce rapport est celui qui exprime le plus exactement la natalité,
mais ce n’est pas le seul dont on puisse faire usage ; on doit se plier
aux nécessités qu impose l’état des documents.
Une comparaison internationale très soignée montre combien la natalité française est inférieure à celle des autres nations.
Inégale proportion des femmes appelées à la maternilé. — Ce résul-
tat est d'autant plus digne d’attention que les Françaises appelées à la fécondité, c'est-à-dire mariées, sont relativement assez nombreuses. Il y a 542 femmes mariées sur 1.000 femmes de 15 à 50 ans; en Belgique, par exemple, ce rapport n’est que de 495. Mais la fécondité de ces 425 femmes compense et au delà leur faible nombre. Ce qu’on vient de lire de la Belgique est applicable à plusieurs autres pays encore, tels que la Hollande et la Suisse.
En Prusse, la proportion des femmes mariées est à peine inférieure à ce qu'elle est en France, mais leur fécondité est en outre très supérieure. |
Mouvements de la natalilé. — Il y a lieu de distinguer les mouvements passagers, dus à une guerre ou à une disette, et les mouvements prolongés et permanents qui tiennent à des causes plus générales. Par exemple, en France, la natalité va sans cesse en décroissant depuis le commencement du siècle (moyennes décennales depuis 1801 : 33, 32, 31, 29, 27, 26, 26), et cela est d'autant plus remarquable que la nuptialité a plutôt tendance à augmenter.
De même la natalité décroît avec constance en Suède. Elle augmente légèrement en Angleterre et en Prusse, etc. Les mouvements permanents de la natalité sont étudiés de même dans tous les pays de l’Europe.
Quant aux mouvements passagers de la natalité, nous n'en rapporterons pas ici les exemples nombreux et généralement bien connus.
Natalité illégitime. — M. Bertillon la calcule en comparant le nombre des naissances illégitimes au nombre des femmes non mariées de 15 à 50 ans. Ce rapport diffère de celui qui est généralement usité, et qui, sans être dénué de signification, est assurément moins logique.
Il compare ces deux rapports dans les différentes nations de l'Europe. Les Pays-Bas, la Suisse sont ceux où 1l est le plus faible, tandis qu'il est élevé dans les pays scandinaves et surtout en Danemark, et aussi dans la plupart des pays allemands.
Rapport des sexes des nouveuu-nés. — I naît 106 garçons contre 100 filles, mais cette proportion est moindre parmi les naissances illégitimes. Après avoir expliqué ces règles bien connues, M. Bertillon cherche dans quelles circonstances elles se modifient.
Influence de la primogéniture sur la sexualité. — Parmiles premiers, nés légitimes, il y a 110 garçons pour 100 filles (au lieu de 105 pour les puinés); parmi les premiers-nés illégitimes, il y a 103.6 garçons pour 100 filles (au lieu de 106 pour les puinés). Cette règle bizarre, fondée sur un document autrichien, se vérifie dans toutes les provin-
198 COMPTE RENDU DÉS OEUVRES DU DOCTEUR Le-A. BERTILLON
ces de l'empire, sans exception. Elle est confirmée indirectement par
un document danois, et surtout par une enquête faite en Norvège. Voici les conclusions de cette enquête :
Combien de garcons pour 100 filles ?
St le mariage des parents date de 1 à Gans. . , A PAESRE 46 1 4 T2 Ans; 3547 NO UNE dé 19 ans ét plus. "7 run 94
Ainsi les garçons sont nombreux si le mariage est de date récente; et ils deviennent progressivement plus rares à mesure que le mariage devient plus ancien.
On peut analyser encore ce résultat, en distinguant à la fois l’âge des époux et la durée antérieure du mariage. On trouve ainsi que chez les jeunes époux la prédominance des garçons devient considérable, surtout si le mariage date de peu de temps; pour des époux de moins de 25 .ans, la proportion des garçons atteint, pendant la première année du mariage, 208 garçons contre 100 filles.
Si au contraire le père a plus de 35 ans, les filles deviennent plus nombreuses que les garçons, quel que soit l’âge de la mère (92 garçons pour 100 filles, si elle a moins de 25 ans; 95, si elle a de 25 à 35 ans ; 87, sielle a plus de 35’ ans).
Ces résultats, que nous résumons en quelques lignes seulement, sont en contradiction avec les recherches de Salder et de Hofacker, lesquelles s’appuyaient sur des nombres insuffisants.
Rapport des sexes suivant les classes de la société. — Cette recherche est fondée sur un document suédois. La proportion des garçons est surtout élevée dans les familles de pasteurs (108.7) ; elle est faible (98) dans les familles nobles. C'est en vain qu’on chercherait à expliquer ces différences par l'âge auquel les différentes classes de la société contractent mariage. |
M. Bertillon cite ensuite les expériences de zootechnie qui peuvent expliquer les phénomènes qui précédent.
Natalité selon l’âge des mères. — Cette recherche est fondée sur les documents scandinaves. En Suède et en Danemark, on distingue l'état civil des mères en même temps que leur âge.
Pour les femmes mariées, la fécondité est extrêmement élevée au début du mariage, et par conséquent à l’âge de 15 à 95 ans. Pour les femmes non mariées, au contraire, la fécondité n’atteint son maximum que de 25 à 35 ans. Voici les chiffres :
Sur 1,000 femmes de chaque âge, combien de naissances annuelles ?
(SUÈDE) ‘Légitimes. Illégitimes.
1542207 anse. Us AU, CALRERA 477 3
DO AID ER STE, did 464 30
25 à 30 — ....., METEO 307 47
RE = ste nel à» 318 44
DD M AO eme save 251 32
40 à 45 — .,....... ga 142 14
AD AE DORE PE à à de ele 22 4 Natalité comparée selon les mois de l'année. — Relalion entre les mois où les mariages sont nombreux el ceux où il y a plus de con-
ceplions.
Naissances mulliples.
Concordance des mouvements de la natalité et de ceux de la mortalité.
Rapport entre l’aisance et la natalité.
Des causes générales qui agissent sur la natalité. M. Bertillon les résume par cette formule, qui reproduit en la corrigeant sur certains points essentiels l'opinion des précédents auteurs :
Dans un pays salubre, pour un même groupe ethnique et un même état mental, la populalion, el par suile sa mullirlicalion ow natalité, tend à se proportionner à la quantité de travail productif, facilement disponible (c'est-à-dire accessible au type humain éludié).
Pour justifier l'exactitude de cette formule, M. Bertillon étudie les
causes qui modifient la natalité en réglant la production des subsistances. 1OiT
Mais ce ne sont pas les seules ; il y en a d’autres qui sont d’ordre moral : « Ce sont les effets de la civilisation ; ils se manifestent notamment par les rapports qui S'élablissent entre lu natalité et l'enrichissement. Nous avons vu la civilisation, en augmentant la puissance du travail et sa production, augmenter du même coup la multiplication des hommes. Nous allons maintenant voir cette même culture, en s’universalisant, devenir une cause modératrice de la natalité...
UPS En vain l’industrie multiplie la production, elle croît moins vite que les exigences. »
Conclusions.
« Résumé et conclusions concernant la France. — Cependant je ne
saurais quitter ce sujet sans énoncer mes conclusions concernant la . natalité de notre patrie, car c'est le rapprochement de notre nata-
AI
lité avec celle des autres pays qui donne à ces conclusions leur {orce et leur valeur. ;
« La natalité française est en effet, plus que celle d'aucun autre,
pays, le siège d'un phénomène singulier, d’une sorte de transformisme dont, il me semble, nous n’ayons pas assez conscience, et auquel, dés le début de ce travail, j'ai fait une passagère allusion (p. 447, $ VIII),
« [l est manifeste, en effet, que chez nous tout l’effort de nos laborieuses populations agricoles, de notre économe bourgeoisie, se porte à créer, à amasser des capitaux ! La Prusse au contraire parait avoir plus d'aptitude pour produire des hommes, même des guerriers aptes
à saisir de vive force des capitaux tout faits. Je ne m'inquiète pas ici
de ce qui est louable ou ne l’est pas (qu’en savons-nous d’ailleurs ? le frustré non plus que le frustrant ne sont juges compétents), mais je dénonce ce qui est, à savoir :
« Qu'en France nous transformons une partie de notre descendance
en épargne, en Capitaux ; voilà pourquoi notre natalité est si restreinte, et pourquoi, malgré de dures rançons, nos capitaux sont si abondants ; | |
« Qu’en Prusse la plus grande partie de l'excédent de sa production sur sa consommation est employée à la multiplication des hommes ; voilà pourquoi sa natalité est si puissante, el pourquoi, si elle n’avail
les capitaux... conquis, pourquoi ses ressources financières seraient
si restreintes |
« C’est là une vue que je crois juste, rigoureusement démontrable et d'une grande importance pour les pronostics sur l'avenir des nations.
« En effet, on peut admettre qu'à très peu près un ouvrier allemand et un ouvrier français se valent, et l’on peut compter chez l’un et chez l'autre, d'une part, sur un excédent du travail à peu près équivalent, et, d'autre part, sur une tendance que je supposerai à peu près égale à augmenter leur bien-être. Ces hypothèses très peu éloignées de la réalité étant posées, établissons donc avec quelques détails, mais en nombres ronds, le bilan annuel de ce que coûte en capitaux : à l’Allemagne l’excès de sa natalité sur la nôtre; à la France l’économie en capitaux que Jui permet sa De ions natalité.
« L'empire allemand compte actuellement plus de 40, 000,000 d’habitants, et a une natalité générale de 40 par an et par 1,000 (1879-73, Almanach de Gotha 1876), cé qui constitue chaque année 1,600,000 naissances vivantes. Mais si l'Allemagne se restreignait à notre faible natalité de 26 au lieu de 40, elle ne compterait par an que 1,040,000 naissances vivantes ; ainsi comparée à la France, l'Allemagne élève un
ÿ , | ; Sur LE CS
excédent annuel de 560,000 enfants sur ce que donnerait notre natalité, et cet excédent produit annuellement, d'après les tables de mortalité, environ 343,500 adultes de 20 ans.
« Mais d'autre part, si l’on prend pour base, soit ce que coûte un homme à élever, soit ce qu'il rapporte, soit sa valeur marchande quand :l est esclave, on ne peut pas, d’après les évaluations prussiennes, américaines et les nôtres, estimer aujourd’hui à moins de 4,000 fr. la valeur d'un adulte de 20 ans (voy. MicraTioN, p. 659-60 et note), 4,000 francs X 343,500 ou à 1,376,000,000 francs, c'est la somme annuelle que coûte à l’Allemagne l'excédent de sa natalité sur la “nôtre. Le même bilan établi pour la France montre que nous dépenserions chaque année 1,240,000,000 franes à élever les 500,000 nouveau-nés qui nous manquent pour égaler la natalité allemande, lesquels deviendraient en effet 310,000 jeunes gens de 20 ans.
« C’est donc un milliard et un quart que capilalise la France au détriment de sa descendance; et c'est plus d’un milliard et un tiers que l'Allemagne paie à sa multiplication.
« Ce serait sortir de mon sujet que de discuter la valeur respective de ces deux placements : de celui qui donne le plus de force pour le présent, ou de celui qui assure le plus l'avenir; mais il était de mon sujet de montrer les rapports de la natalité avec l'épargne, et de mon patriotisme de dénoncer ces virements de capitaux en prolification, et inversement.
« Quoi qu'il en soit, nous avons démontré qu'il n’y a que nous en Europe dont la natalité, déjà bien inférieure, décline continument, tandis que celle de la plupart de nos rivaux se maintient à un taux élevé, et même s'accroît encore |
« Le mouvement rétrograde qui a saisi notre natalité s'arrêtera-t-il ? Au point où nous en sommes arrivés, 1l le faut, sans quoi notre diminution ne serait pas seulement relative, mais absolue. Arrêter notre déclin n’est pas assez : en présence des nations rivales, dont le croit est aujourd’hui trois ou quatre fois le nôtre, il ne suffit plus qu'il s'arrête, il faut qu’il remonte la RE descendue, il faut une restauration de notre natalité ! -
« Sait-on bien où nous conduit ce mouvement, s’il persiste? A devenir une des moindres nationalités en Ewropel!... et, sur la terre ‘entière, que recouvrent déjà les flots pressés des Teutons et des Anglo- Saxons, à n’être plus qu’un vestige. C’est là une conséquence nécessaire, aussi rigoureuse que le calcul qui le démontre.
« Assisterons-nous donc à cette déchéance sans nous défendre ? sans
demander à la science les causes de notre rétrogradation et les remédes à lui opposer ? mais à quelle science s'adresser ? quelle est la science des collectivités humaines qui en étudie les états, les mouvements successifs, les progrès et les déclins ; qui scrute leurs causes et leurs effets, enfin qui a compétence pour présumer et diriger l’avenir d'après le passé?
« Cette science, c’est la démographie: elle devrait être à l’art du législateur et de l'administrateur ce que la physique et la chimie sont à l'art industriel ; mais nos législateurs et plus encore nos hauts administrateurs ignorent jusqu'à son existence et son nom; nous ne som- mes pas (au moins en France) une demi-douzaine d’inconnus à y consacrer nos veilles. C'est donc à nous de signaler les mouvements inquiétants qui ont saisi notre population, d’en indiquer les causes, d'en présumer les origines et les fins. Nous les avons sommairement indiquées ici, nous les analyserons plus expressément à l’article FRANCE (démographie). Nous serons ou ne serons pas entendu, mais, sentinelle avancée, nous aurons fait notre devoir, jeté notre cri d'alarme à la patrie menacée! »
CIX. — Démographie et Géographie médicale, leçon d'ouverture du cours de démographie, le 2 décembre 1876.
(Rev. Géogr. intern., déc. 1876 et janv. 1877.)
CX. — Mouvements de la population dans divers Etats de l'Europe et notamment en France; leurs relations et leurs causes.
(Broch. extr. des 4nnales de démographie, 1877.)
Cet ouvrage est très important et nous ne saurions trop en recommander la lecture à quiconque voudrait prendre rapidement connaissance des résultats généraux de la démographie.
Nous avons souvent entendu regretter que M. Bertillon, toujours entraîné par l'attrait des recherches nouvelles et originales, n’ait pas trouvé le temps de composer un traité didactique de démographie. Cet ouvrage pourrait en tenir lieu. Il indique la place de la plupart des chapitres de la démographie, et les résume presque tous, en indiquant non pas seulement les résultats, mais la méthode à suivre pour les obtenir.
Ajoutons toutefois que cette lecture ne saurait suppléer à celle de
PT
Ge à: ps Sn M ns
— ses grandes monographies. Elle peut seulement préparer à les lire avec plus de fruit.
Voici le titre des différents chapitres de cet important ouvrage :