‹ La vie et les œuvres du Docteur L.A. BertillonChapitre 39 sur 51 · Mouvement de la mortinatalité · texte numérisé non relu

Mouvement de la mortinatalité

93. Criminalité; attentats contre la vie de la première enfance. 4° Criminalité révélée par les mort-nés illégitimes ; 2° criminalité officiellement constatée ; 3° criminalité révélée par la mortalité des illégitimes pendant les premières semaines.

94. Mortalité des nouveau-nés en France et par départements. 4° Mortalité enfantine par départements ; 2° analyse des cartes de mortalité en France. — 95. Accroissement ou diminution de la mortalité en chaque département. — 26. Mortalité relative des deux sexes en chaque

. département. — 27. Conclusions.

« 4° Vu l’irrégulière inscription des décès si nombreux des premiers jours, la mortalité de la première année de la vie est une des plus difficiles à apprécier avec quelque exactitude. En ce qui concerne cette mortalité, les diverses nations de l’Europe ne peuvent être comparées entre elles, attendu qu'il n’est pas prouvé que les différences provenant des inégales inscriptions ne soient pas plus grandes que celles qui résultent vraiment du danger de mort.

« Cependant, en faisant la correction des faux mort-nés dont la proportion nous est donnée par les documents belges, nous pouvons, je pense, comparer la mortalité de nos enfants avec celle des enfants des pays scandinaves, dont la comptabilité est exacte et précise. Gette com-

paraison nous montre que la mortalité de nos petits enfants est bien supérieure à celle des Danois, Suédois et Norvégiens ; mais que la différence, très faible dans les villes, est surtout marquée entre nos campagnes et les leurs : très forte en France chez les populations rurales, est très faible en Suède. | ,

« L'analyse par sexe donne toujours une mortalité plus forte aux garçons qu'aux filles, mais la différence est un peu moins marquée pour les enfants nés hors mariage. L'illégitimité aggrave donc davantage la mortalité des petites filles. |

« L'analyse de la mortalité par âges et par états civils met au jour ce fait paradoxal : tandis que la mortalité des enfants légitimes décroit, de la‘ première semaine à la seconde, de 20 à 25 pour 100, celle des 1llégitimes s'accroît, de la première semaine à la seconde, environ de 10 pour 100 dans les can pagnes et de 15 à 18 dans les villes.

« C’est là un résultat très grave que la physiologie ne peut expliquer et qui dénonce sûrement une intervention... ou plutôt une passivité criminelle aboutissant à la mort par inanition d’un nombre annuel très considérable (environ 1,400) d'enfants illégitimes.

« La comparaison des villes et des campagnes en France montre d’une part que la mortalité des enfants pendant le premier mois de leur vie est plus élevée à la campagne qu’à la ville ; que la campagne ne commence guèëre à profiler aux jeunes enfants qu'après le troisième mois (pour les enfants légitimes). Mais pour les enfants illégitimes, leur mortalité est toujours beaucoup plus élevée à la campagne ; tandis que dans les villes l'écart qui sépare la mortalité illégitime de la mortalité légitime va en diminuant avec l’âge, en sorte qu'après le sixième mois de la vie elle est à peu près nulle, cet écart va au contraire en s’accroissant dans les campagnes. |

« La mortalité suivant les départements montre deux grands centres : 4° autour de Paris; 2° et le bassin du Rhône, entre Lyon et Marseille. Les nourrices mercenaires sont à elles seules la cause du centre parisien, et elles contribuent largement à faire le second centre auquel concourent également les grandes chaleurs de la Provence.

« Les grandes villes ont une mortalité enfant ne qui, sans doute, est toujours plus considérable ; mais en France elle est très difficile et souvent impossible à déterminer à cause des nourrissons envoyés dans les campagnes.

« L'influence des mois de l’année est complexe. Dans les premières semaines de vie, ce sont les mois les plus froids qui donnent lieu au plus grand nombre de décès ; mais au delà du premier mois d’âge, ce

de de fe du

sont les chaleurs de la fin de l'été et du commencement du printemps qui augmenent la mortalité dans les plus fortes proportions.

« En résumé, il ressort de cette investigation sur la mortalité des petits enfants qu’elle est très mobile, très facile 4 aggraver comme à diminuer; la mortalité minimum de la première année d'âge est au-dessous de 100 pour 1,000 naissances vivantes, elle peut certainement descendre à 90 et à 80 et même à 70. Mais en France elle s'élève à plus de 200, c’est-à-dire du double au triple de la mortalité nécessaire (en notre temps). Il est manifeste que les désidérata concernant les soins et l'allaitement maternels sont les premières et importantes causes de ces aggravations de la mortalité, puis les excès de chaleur de la fin de l'été et de l'automne, ainsi que les émanations palustres qui les accompagnent, et aussi pour les premières semaines de la vie les froids des mois d'hiver; mais encore, mais surtout le délaissement, pour les enfants nés hors mariage, ainsi que les soins intelligents pour les enfants des classes illettrées.

« En ce qui concerne la mortinatalité, le rapport des mort-nés aux naissances de 1841 à 1858 monte d’abord rapidement de 33 (par 1,000 naissances générales) à 43; ce qui peut être attribué en partie aux progrès des inscriptions. Mais ensuite ce croît caractérise surtout les naissances hors mariage qui bientôt offrent une mortinatalité double (82) de celle des naissances légitimes (41).

« Cependant cette énorme différence, propre à la France, ne reconnait pas pour cause une nécessité physiologique, car elle est beaucoup moins prononcée dans d’autres pays (Bavière, Danemark, etc.) et chez nous elle est à peine marquée dans nos maternités. Dans nul autre pays tenant une bonne comptabilité des mort-nés, elle n’est aussi grande qu'en France où tout démontre que la mortinatalité 1llégitime est par son excédent sur. les nécessités physiologiques une annexe formidable de la criminalité (infanticide, avortement) el que nous estimons devoir s'élever annuellement, pour la France, à beaucoup plus de 1,500!

« Les efforts que l’on a tentés pour prouver une diminution des attentats contre la vie des enfants sont sans valeur parce que l’on n’a tenu compte ni de l’affaissement de la natalité, ni de l’accroissement tout à fait anormal de la mortinatalité des nouveau-nés illégitimes de la première à la seconde semaine, accroissement antiphysiologique et révélateur de crimes, d'infanticides par inanition!

« Enfin il faut rappeler ici les raisons qui nous empèchent de - connaître la mortinalité réelle de nos en/anls assistés, groupe artificiel

dans lequel entrent et sortent (par légitimation, etc.) des enfants de tout Âge ; mais, parmi ces entrants, ceux qui appartiennent aux mères assistées ont d'ordinaire plus d’un mois d'âge, c'est-à-dire n’ont plus à subir le danger de mort si considérable du premier mois de l’existence. C’est pourquoi on ne saurait, comme on le fait pour ces enfants, considérer en bloc l’âge de 0 à 1 an, ni les comparer aux groupes naturels de cet âge. — Les vivants comme les décès que fournit ce groupe artificiel doivent être séparés en tout petits groupes d'âges, au plus par semaines d’âges pour ceux âgés de moins de 1 mois; par mois, pour ceux de 1 à 12 mois, puis par années d’âge. Sans ces données analytiques, aucune détermination de la mortalité des enfants assistés n’est acceptable, et les nombreux raisonnements fondés sur elle sont frappés de déchéance !

« Nous devons, en terminant ce long travail, rendre hommage à l'instrument encore méconnu (et par suite encore imparfait) à l’aide duquel nous avons mené ces laborieuses recherches à leur fin.

« Cet instrument, c'est la statistique, méthode d'investigation perspicace et puissante, mais dangereuse aussi, car si elle n'est pas guidée par la méthode, ni éclairée par la critique, elle est aussi redoutable pour la vérité que le serait pour le malade la main armée du chirurgien non guidé par l'anatomie, ni éclairé par la physiologie.»

M. Henri Roger, terminant l'analyse de ce mémoire, mémoire auquel l’Académie de médecine avait accordé le premier prix, ajoulait :

« L'ouvrage de M. Bertillon, où aucun point de la question n’est laissé dans l'ombre, est le fruit des recherches les plus étendues et les p'us profondes. Le problème de la mortalité aux diverses sections de la première année était presque insoluble avec les documents incomplets et disparates qu’il fallait retrouver, analyser, rectifier; de cet amas de chiffres accumulés sans ordre et comme au hasard, il a ‘su tirer des conclusions précises, importantes, et les faits qu’il y a découverts, il les a représentés dans des tableaux numériques et figurés qui parlent aux yeux pour mieux se graver dans l'esprit.

« Notre laborieux confrère semble à l'aise au milieu des calculs les plus ardus, les plus compliqués et les formules mathématiques les plus complexes. |

« Il excelle à faire sortir la vérité du puits obscur et profond de la statistique. |

« L'auteur de l'Esprit des lois avait retrouvé les titres du genre humain. Quand M. Berullon aura parachevé l’œuvre immense qu’il a

entreprise, où il étudie les races, les familles, les individus, il aura dressé la statistique de l'humanité. »

CXIT. — Place de la démographie dans les sciences anthropologiques. (Leçon d'ouverture du cours de démographie en 1878,)

(Annales de démographie, 1878.)

CHQIT TRS Instructions pour l'Exposition de démographie et de géographie médicale. (Exposition universelle de 18T8, section des scvences anthropologiques.) :

CXIV. — Discours d'ouverture du premier congrès de démographie tenu à Paris en 1878.

CXV. — Rapport sur l'enregistrement de l'état civil et la constatation médicale des naissances et des décès, présenté au congrès de démographie en 1878. |

CXVI. — Rapport sur l'enseignement de la démographie, présenté au congrès de démographie de 1878.

CXVIL. — Des moyens de mesurer la fécondité des populations. (Communication à la conférence internationale de statistique tenue à Paris les 22, 23 et 24 juillet 1878.)

CXVIIT. — Des moyens de mesurer la mortalité par âges (tables de mortalité, mortalité des enfants en bas-âge, des enfants assistés) (Communication à la conférence internationale de statistique de

CXIX. — Quelles sont les recherches statistiques à prescrire pour constater l'influence de l’école sur le développement physique de l'enfance ? (Rapport au congrès international de l’enseignement tenu à Bruxelles en 1880 (section d'hygiène scolaire).

: CXX. — France.

(Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.)

Cet immense travail est une des œuvres magistrales de M. Bertillon. Nous renonçons à en publier même le titre des paragraphes, comme nous l'avons fait pour les travaux principaux de notre auteur. Pour

l’article France, cette énumération serait trop longue et paraitrait fastidieuse.

Le plan adopté pour l’article FRANCE ressemble d’ailleurs à celui qui a été suivi pour les autres pays. Mais l'auteur, en possession de documents complets dont il connaissait le fort et le faible, les analyse dans tous leurs détails.

Cet ouvrage, qui est fort étendu, se compose de trois parties : 1° étude de la France ancienne; 2° étude de la France considérée dans son ensemble; 3° étude de la France considérée par départements. Cette dernière est la plus importante, la-plus étendue et la plus nouvelle des trois. Ce sont pour ainsi dire trois études séparées. Dans chacune d'elles, l’auteur, fidèle à son plan habituel, étudie successivement la population à l'état stalique (autrement dit les données du recensement) et ensuite les mouvements de population (mariages, naissances, décès).

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