‹ La vie et les ouvrages de Jean-Jacques Rousseau;Chapitre 19 sur 58 · Ces trois mots sont biffés au crayon · texte numérisé non relu

Ces trois mots sont biffés au crayon

J.-J. ROUSSEAU

d'ailleurs il etoit fort bien proportioné. Il avoit le teint brun, quelques couleurs aux pommette des joues, la bouche belle, le nés très bien fait, le front rond et élevé, les yeux pleins de feu. Les trais obliques qui 5 tombent des narines vers les extrémités de la bouche, et qui caractérisent la phisionomie, exprimoient dans la sienne une grande sensibilité et quelque chose même de douloureux. On remarquoit dans son visage trois ou quatre caractères de la mélancolie par l'enfoncement des

10 yeux et par l'affaissement des sourcils ; de la tristesse profondes par les rides du front ; une gayeté très vive et même un peu caustique par mille petits plis aux angles extérieurs des yeux, dont les orbites disparoissoient quand il rioit Touttes ces passions se peignaient successivement

1$ sur son visage suivant que les sujets de la conversation affectoient son ame ; mais dans une situation calme sa figure conservoit une empreinte de touttes ces affections, et offroit à la fois, je ne scais quoi, d'aimable, de fin, de touchant, de digne de pitié et de respect 2.

18 a la fois^ par un mélange très intéressant^ ne sçais quoi

1. On trouve dans un autre dossier un passage analogue, qui semblecomposé de notes prises en vue de la rédaction que nous publions : « de taille moyenne..., la tete inclinée en avant, une épaule un peu haute ; deux corps (sic) au pied et les etoilles sur son soulier ; toujours mis fort proprement, jamais de couleur eclatatante ni de noir, mais le gris ou more dauré, perruque ronde poudrée.

Sa tete semblable a celle de M. Tronchin, Tair occupé, triste, et charmant quand il se deridoit ; les yeux pleins de feu.

On distinguoit a la fois gravité, tristesse, sensibilité et finesse au long du nés et des lèvres, qui est le lieu de la sensibilité exquise, car c'est la ce qui fait revenir les sens, et ou on jette de Teau au visage.

Il etoit d'un tempérament très fort pour son âge. souvent après dîner de la rue Platrière ou il demeuroit [il donnait] rendés vous aux Champs Elisées, et de la faisoit la traverse du bois de Boulogne [à] revenir par la Muette. » [f. 147.]

2. « On voit chés M"^ Necker un portrait de J.J . Rousseau fort ressemblant. Mais de touttes les gravures qu'on a donnés de lui au public je n'en ai vu qu'une seule ou l'on reconnut quelques uns de ses traits ;

ANECDOTES DE SA VIE

Près de lui etoit une epinette sur laquelle il essaioit de tems en temps des airs. Deux petits lits de cotonine rayée de bleu et de blanc comme la tenture de sa chambre, une commode, une table et quelques chaises faisoient tout S son mobilier. Aux murs etoient attachés un plan de la forest et du parc de Montmorency ou il avoit demeuré, et une estampe du Roy d'Angleterre son ancien bienfaiteur. Sa femme etoit assise, occupée a coudre du linge ^ ; un serin chantoit dans sa cage surpendue au

lo plafond ; des moineaux venoient manger du pain sur ses fenêtres ouvertes du côté de la rue, et sur celle de l'antichambre on voyoit des caisses et des pots remplis de plantes telles qu'il plait a la nature de les semer. Il y avoit dans l'ensemble de son petit ménage un air de propreté,

1$ de paix et de simplicité, qui faisoit plaisir.

Il me parla de mes voyages ; ensuitte la conversation roula sur les nouvelles du temps ; après quoi il nous lut une lettre manuscritte en réponse à M. le Mquis de

lo suspendue au plancher ; des moineaux — i6 parla d'abord de mes — i8 manuscritte qu'il avoit faite en réponse

c'est une grande estampe de lo a 12 pouces, gravée, je crois, en Angleterre. Il y est représente en bonnet et en habit d'Arménien. On en pourroit faire une exellente d'après le buste de M'^ Houdon qu'on voit à la bibliothèque du Roi. Cet habile sculpteur l'a modelé, dit-on, après sa mort. Il s'etoit refusé pendant sa vie aux instances de tous les artistes. » (Note de B. de St-Pierre). — Sur cet habillement d'Arménien, on trouve dans un autre dossier la note suivante, prise à la suite d'une conversation avec Jean Jacques :

« Pourquoi vous a-t-on représenté en arménien ? — J'ai été incomodé, me dit-il, longtems d'une descente et rétention d'urine. Je me servois de sondes, de bandages, je vivois a la campagne, ou j'etois toujours dans les bois sans voir personne ; je pris une robe fourée, et [trouvant] que le bonnet etoit encore plus comode et plus convenable avec cet habit qu'une perruque, je m'en servis. Mais comme cet ajustement faisoit courir les enfans après moi, j'ai ete force d'y renoncer. » f. 134.

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