I . semblent, d'une autre écriture
J.-J. ROUSSEAU
ne pas renfermer la plus légère circonstance que je n'en aye été le témoin ou que je ne la tienne de sa bouche I.
Il etoit né a Genève en 1708 d'un pere de la religion 5 reformée et horloger de profession. Il avoit un frère dont il etoit le cadet. Ils furent élevés par leur mere et par la sœur de sa mere, qui etoient si tendremen unies que, lorsqu'elles les menoient promener, on doutoit à leur affection commune à la quelle des deux ils apartenoient.
10 II m'a cité des vers qui furent faits sur cette union si rare et qui renferment cette idée ; mais je les ai oubliés, ne me croyant pas destiné a rassembler un jour jusqu'aux débris de son berceau. Il perdit sa mere a l'âge de deux ans; sa tante continua de l'élever, et jamais il n'oublia les
15 soins qu'elle avoit pris de son enfance. Elle vit peut être encore, et elle vivoit du moins il y a quelques années ; et voici comme je l'ai scu : un de mes anciens camarades de collège me pria, il y a trois ans, de le présenter à J. J. Rousseau. C'etoit un brave garçon dont la tete etoit
20 aussi chaude que le cœur : [f. 3] il me dit qu'il avoit vu Rousseau au château de Tri, et qu'étant ensuitte allé voir Voltaire à Genève, il avait apris^ que la tante de Rousseau demeuroit prés de la dans un village. Il fut lui rendre visitte : il trouva une vieille femme qui, en aprenant qu'il
25 avoit vu son neveu, ne se possedoit pas d'aise : « Comment, Monsieur, lui dit elle, vous l'avés vu ! Est il donc vrai qu'il n'a pas de religion ! Nos ministres disent que c'est un impie : comment cela se peut il ! Il m'envoye de quoi
10 apartenoient. J. J. Rousseau m'a cité
1. la louche de Rousseau, Aimé Martin corrige ainsi : la bouche même de Rousseau.