En interligne, d'une autre écriture : on lui avait dit
ANECDOTES DE SA VIE
vivre, pauvre vieille femme de plus de 80 ans, seule, sans servante, dans un grenier ; sans lui je serois morte de froid et de faim ! » Je répétai la chose a Rousseau mot pour mot. Je le devais^ me dit il, elle m'avoit élevé orphe- 5 lin. Cependant il ne voulut pas recevoir mon camarade, quoique j'eus' tout disposé pour l'y engager. Ne me V amenés pas, dit il, il m'a fait peur : il m'a écrit une lettre ou il me met toit audessus de J. Christ.
Son pere lui aprit a connoitre ses lettres dans Plu-
10 tarque. A deux ans et demi il le faisoit lire, auprès de son établi, dans la Vie des Hommes Illustres. Dés cet âge il s'exprimoit avec sensibilité. Son pere qui lui trouvoit beaucoup de ressemblance avec l'épouse qu'il regrettoit, lui disoit quelquefois, le matin, en se levant : « Allons,
1$ Jean Jacques, parle moi de ta mere. — Si je vous en parle, disoit il, vous allés pleurer, » Ce n'etoit point par singularité qu'il aimoit a porter ce nom de Jean Jacques, mais parce qu'il lui rappelloit un âge heureux et le souvenir d'un pere dont il ne me parloit jamais qu'avec
20 attendrissement. Il m'a raconte que son pere etoit d'un tempérament très vigoureus, grand chasseur, aimant la bonne chère eta se rejouir. Dans ce temps la on for[moit]2 a Genève des cotteries dont chaque membre, suivant l'esprit de la reform[e], prenoit un surnom de l'ancien
25 testament. Celui de son pere étoit Da[vid]. Peut être ce surnom contribua t il a le lier avec David Humes, car il aimoit a attacher aux mêmes noms les mêmes idées,
10 l'âge de deux ans