‹ La vie et les travaux de Jean SturmChapitre 19 sur 26 · PROSPÉRITÉ DE L'ÉCOLE DE STRASBOURG, ETC · texte numérisé non relu

PROSPÉRITÉ DE L'ÉCOLE DE STRASBOURG, ETC

t»ntilettrsf deë lettres classiques * . Aussi sa réputation et céllb^ du Gymnase et de l'académie attiraient-elles à Strash&tà^g dés élèves de tous les pays de l'Europe, de toutes les cfeiissès jde tous les cultes. A côté des fils de la bourgeoisie straslK)ui^ôise Venaient s'asseoir les nobles et les princes. Parmi les Français, nous pourrions citer les fils de plusieurs des principales familles huguenotes , et ceux de quelques catiaoliques distingués*. Outre iin grand nombre de nobles. des divers pays de l'Allemagne ', Sturm eut pour élèves -et en partie pour pensionnaires les fils des comtes deliUnebourg j de Lippe, de Solms, de la Frise orientale, d©îS([attsfeld,.,eeux du rhingrave Philippe -François; en i5&4^;]e margrave Albert de Brandebourg lui recommanda èeëéhidiaiits, issus de familles nobles de ses États*. Le

Gâsélius, Bhetor sive de magistro dicendi^ c. 8; m Opp, Francf. 1633,

. • i ' >' -• fLO^aJbo€y$ehola Sturmiana, salve, :. *j , « 1 1 ; T . -'.:/,; Faùufidûi^ima Régis eloquentis ,

. Salve /î/ta...» G. Galaminus, ad illustrem Argentorat.

schôlam , dans Âctus magistrorum philosophiœ in academià Argent, habiiùi. Strâsb. 1678, in-4o.

i> lieBi *primus inGermanià» qui a rétabli la bonne méthode rhétorique et dlialecjtfque des anciens. Jean Cocinus , préface à la Rhétorique d'Aristote,

'^ P. ex. Claude de Montfort, le marquis de Meslet, Salomon, fils de Raguier d*Est^nay, Guillaume Robert , duc de Bouillon , Jean , comte de la Mark , le fils de Louis Gaillard , chancelier de l'évêque de Metz , etc.

3 P. ex. Wolfgang, fils de Georges, comte de Castell, Jacques, baron de Geroldseck, Gaspard de Schomberg, les barons Vitus, Wolfgang et Ernest de Schœnberg, les barons de Staremberg, les neveux de Lazare de Schwendi, le fils de Jean Lœser, maréchal de Saxe , les fils de Thaddée de Hagek et de Grato de Graflheim , médecins de Tempereur, etc. Sturm avait aussi eu comme pensionnaires les frères Fréd. et Jean Rhodius « Lutheri ex sororis fUià nepotes,*

* Albert recommanda à Sturm les frères Gans , 20 avril 1564 ; arch. de Kô-

nigsberg. Le prince dit dans cette lettre : « ...nachdem une eure schule zu

Strasburg fUr andern hoch gerUhmet und gelobèt wirdt, das sie mit guten

christlichen ordenungen und treuen fleissigen lectoribus , inspectoribus ,

auch sonsten woll und notturftig vorseften sein solL*

308 CHAPITRE THI. ' '

margrave Charles de Bade , dont le père déjà attiit eu bean-^ coup d'estime pour Sturm, voulut que son fils Jacques ifréquenlât pendant deux ans le Gymnase* ; enfin, le landgrave Philippe de Hesse lui écrivit une lettre très-intéressante pour le prier de prendre en pension deux de ses fils'. Il y eut des élèves venus de la Bohême, de la Styrie, de la Pologne, du Danemarc, de TAngleferre et même de l'Italie. A ceux de ces jeunes gens que ne rebntaienftpas les nombreux exercices , Sturm avait le talent d'inspirer une vive admiration pour l'antiquité et pour Téloquence latine. Ils la rapportaient dans leur patrie, propageaient ses idée», excitaient partout le désir de voir s'établir deà éeo*és pareilles à la sienne. En 4581 , J. J. Grynéus comparait le Gymnase de Strasbourç au cheval de Troie, k cMse do grand nombre de défenseurs de la science qui en étaient sortis déjà'.

Les prolestants surtout adoptèrent la méthode pédagogique de Sturm ; ils lui attribuèrent le mérite d'avoir le premier posé le pnncipe que l'instruction a pour but la piété savante, pietas literata*. A plusieurs reprises ii fut

< sturm à Jacques de Bade , 5 déc. 1578, en tête de tOnomûsticon de Gol. — En 1546, en revenant du camp de Donauwôrth, Sturm passa par Pronheim, où le margrave Ernest l'invita à dîner et s'entretint avec lui sur 1^ affaires du temps et 8ur des questions tbéologiques.

- Déjà vers 1546 le landgrave envoya au Gymnase son fils Guillaume; il demeura chez Giinther d'Andernach (Specklin , Colleetanea ad usum ehroniei Argent., ms., vol. II, f» 282»). En 1561, il y envoya les fils qu'il avait eus de Marguerite de Sahla ; il s'offrit à payer pour chacun cent écus par an , « vor die zwo malzeiten, suppe, unterzehr^ Schlaflrutih ^ wonung ^ kostgeld, betlwerk , wascherlohn und anders,* (A Sturm, 12 juill. 1561; cette lettre a été plusieurs fois imprimée.)

"^^ Dans une lettre adressée à Georges de Sayn , comte de Witgenstein , et à Philippe , baron de Winnebourg , et faisant un parallèle entre Sturm et Théophraste, 10 oct. 1581. Grynœi Epp:, p. 146.

'♦Préface des Instilutiones literatœ, Thorn , T. F. — Crusius, AnncUês Suev , L. XI, P. III, p. 634.

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luiTiaême appelé en Allemagne pour appliquer sa méthode ; en 4548, il réorganisa la célèbre école de Pforla, en Saxe; en 4565, celle de Lauingen, en Bavière; en 4573, il inspecta le Gymnase de Hornbach, dans le Palatinat, qui, depuis vingt ans, avait eu plusieurs professeurs distingués *. Lorsqu'en 45M Thomas Plaler, ancien élève de Sapidus à Schlestadt, fut chargé par le magistrat de Bâle de réformer récole de cette ville, il se rendit à Strasbourg pour s'entendre avec Sturm ; il adopta en grande partie le programme de notre Gymnase*. Après son séjour à Strasbourg, Calvin, de retour à Genève, s'occupa dès 4542 de la réforme de l'instruction publique d'après les idées de Sturm ; le plan d^études, prescrit en 4559 pour les sept classes de l'école de Genève, est exactement conforme au nôtre '. Le réformateur strasbourgeois Paul Fagius, appelé en 4546 à Heidelberg par l'électeur palatin, pour donner son avis sur les Églises et les écoles du pays , proposa l'établissement d'un pœdagogium organisé d'après les idées de Sturm; ce projet fut agréé par le prince; l'école fut ouverte, on y introduisit les ouvrages rhétoriques et dialectiques de notre recteur, et au nombre des professeurs on comprit un de ses élèves, Antoine Schor*. Un autre de ses disciples, Jacques Bobhart, de Strasbourg, professeur à Pforzheim , recommanda sa méthode au magistrat de cette ville, jadis renommée comme un foyer de science'. En 4557, Michel Toxités, qui avait exercé pendant quelque temps des fonctions sco-

1 sturm aux scolarques , 19 juill. 1573.

2Fechter, Geschichte des Schulwesens in Basel bis 1^89. Bâle 1837, p. 63.

3Baum, Lehen Beza's, T. Il, p. 19, où le plan d'études est pour la première fois publié.

^ Hautz , Lycei Heidelbergensis origines, Heidelberg 1846, in-8o, p. 26 et

BUiVi

5 De studio literarum. Tubing. 1552, in 40.

laires à Strasbourg et en Suisse'^.fiit chaîné par- k-dtté Christophe de Wurtemberg d'organiser toutes lèë écokë du pays d'après le plan de Sturm'. Il écrivit à. cette occasion un traité entièrement basé sur les principe» du recteur de Strasbourg; car, dit-il, il n'en connaît pas de plus féconds , ni pour donner aux jeunes gens une in3tFuotion so^ lide, ni pour leur inspirer la piété. C'est d'après ces furincipes que, deux ans plus tard, le duc Christophe piiblia un règlement pour les écoles de ses États*. En 1575, Valentin Ei^thréus, professeur de rhétorique à Strasbourg ? disciple et ami de Sturm, fut appelé pour être le premier recteur du gymnase fondé à Altdorf par le magistrat de Nuremberg, et organisé sur le modèle du nôtre*. Le dac Jules de Brunswic avait demandé la coopération d'Erythréus pour un but pareil ; mais ce savant mourut peu après avoir inauguré l'école d'Altdorf. Le plan de Sturm se retrouvé aussi dans le règlement scolaire de son admirateur l'élec^ teur Auguste de Saxe'. Deux de ses disciples y Matthias Schenk et Martin Crusius, organisèrent, le premier, l'école d'Augsbourg; l'autre, celle deMemmingen®. La réforme dw

I Toxitès fut obligé de quitter Strasbourg, parce qu'il ne voiilait pas se soumettre à l'Intérim. Sturm le recommanda à Boniface Amerbacfa , de B^lç^, .11 sept. 1548, 25 mars 1549. Arch. ecclésiast. de Bâle. -. En 1549 et 1550, il fut maître d*école à Briigg , en Suisse.

•^ En 1557, il est à Tubingue , « occupatissimug propter scholas toiius du^ caltis. » Toxitès à Pierre Ds^sypode.

3 Consultatio de emendandis recteque inslituendis Uterarum ludis. Tubingue 1557, in-4o, daté de Tubingue, 13 juill. 1557. — V. le règlement de Christophe, chez PfafF, Geschichie des gelehrlen Unterrichtwesens in Wurtemberg Ulm 1842, p. XXXI. Pfaff ignore les faits relatifs à Toxitès et n*a pas vu son traité.

* Fikenscher, Das Gymnasium in NUrnherg. Nuremb. 1826, in-4o, p. 12. — Le discours prononcé par Erythréus pour l'inauguration de cette école se trouve dans IntroducHo novœ scholœ Aldorfianœ. Nuremb. 1576, in-4o, et dans le T. 11 des Institutiones literatœ de Thorn.

SRaumer, Geschichte der Pœdagjgik, T. I, p. 262.

6 Ibid. — V. la lettre de Sturm aux scolarques de Memmingen , s. d. Bibl. de Stuttgart.

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Gymaase de Thorn, en Prusse, et celle de Técole de Saint- Jeian, à Hambourg, furent également accomplies d'après ses vues*. Jean Cocinus en proposa l'adoption au magistrat de Prague, en exprimant le désir qu'elles servissent de règle dans tous les établissements classiques de la Bohême*. Les catholiques s'en emparèrent à leur tour. Lorsque l'évêque de Strasbourg , Jean de Manderscheid , érigea une école à Sàverne, Henri Schor, prévôt de Surbourg, chargé de l'orgahiser, le fit en partie d'après les principes de Ramus, en partie d'après ceux de Sturm'. Les jésuites euxmêmes paraissent avoir subi l'influence de cette admiration universelle. Ils introduisirent dans leurs collèges un plan d'études tellement analogue à celui de Sturm, que ce dernier en montra une grande surprise * ; habiles à se servir de tout ce qui a de l'éclat pour l'accommoder à leurs fins, ils cherchèrent à attirer la jeunesse catholique, en adoptant une méthode semblable à celle qui faisait la gloire des écoles du protestantisme.

: Cependant il vint un temps où cette méthode dut devenir insuffisante. A mesure que l'enthousiasme de la Renaissance se refroidit, on voit les études latines tomber en décadence. D'un côté, les partisans de jour en jour plus intraitables d'une froide orthodoxie décrient les humaniora comme entachés de paganisme, et négligent non-seulement les auteurs classiques , mais la grammaire elle-même ® ;

1 Y. la lettre du recteur et des professeurs de Thorn à Sturm , 1586, en tête des InstUutiones literalœ. — Calemberg , Geschichle des Johanneum zu Hamburg, Hamb. 1829, in-8o.

2 Au magistrat de Prague, 25 juill. 1570, en tête de Tédition d*Hermogènes De ratione inveniendi oratorià, Strasb. 1570, in-8o.

3 Schor, Spécimen et forma légitime tradendi sermonis et rationis disciplinas; avec une préface de Sturm. Strasb. 1572, in-S».

^Epistolœ classicœy p. 160,

5 V. p. ex. les plaintes exprimées par Jacq. Monavius dans sa lettre à Bersmann, citée p. 179, note 1 , par Jean Casélius (De Itido litterario recte ape-

d'atttre part, il ne iaut pas se dissimuler qu'une cause plus profonde devait mettre un terme aux efforts tentés st longtemps et avec tant d'ardeur pour la restauration. cicéronienne. Sturm et les humanistes s'étaient chargés d'une entreprise impossible ; il n'était donné à personne de rendre la vie au latin, en arrêtant le magnifique développement des langues nationales. Si plus tard encore on a appelé Slurm le Cicéronde l'Allemagne*, c'estqu'il aeu le mérite d'avoir remplacé le langage barbare et dur du. moyen âge, par un autre plus correct et plus harmonieux; mais son principe de l'imitation, dont il exagérait les avantagea, de pouvait être que transitoire ; les générations moderaes' avaient besoin d'une instruction mieux adaptée aux besoins de leur génie propre. C'est ce qu'a senti Bacon, quand îii dit que la Renaissance a dépassé son but, en s'altaohanf « plus aux mots qu'aux choses , la plupart estimanf; plus une phrase bien peignée, une période bien arrondie, des désinences bien cadencées et l'éclat des Iropes, que le poids des choses, et courant après ces arguments.» Bacon plaisante Sturm d'avoir « consumé un temps et des peines infinis à analyser l'orateur Gicéron et le rhéteur Hermogènes *.» Celte critique est fondée sans doute ; mais Sturm a eu encore d'autres intentions que celle de restaurer à

riendo. Rostock 1579, in-8o, passim), et encore au dix-septième siècle par Morhof, qui dit en parlant de Sturm : «...a cujus methodo utinam non abiissent scholœ germanicœ , substitutis variis obscurorum hominum compendits : ita verum linguœ latinœ nitorem non corrupissent , nec a regià via aberrassent.i» Polyhistor. Lubeck 1714, in-4o, p. 333.

> Gasp. Laurent, dans son édit. d'Hermogènes. Genève 1614, in-S», epist.

nuncupatoria , p. 8 Melchior Adam, Vitœ Germanorum philosophorum,

p. 158. — Schreber, Vita G. Fabricii. Leipz. 1717, in-8o, p. 300. — V. aussi réloge que fait de Sturm Jean Burkhard , directeur du Gymnase de Hildburghausen, dans son discours De amplissimis scholœ Argentinensis laudibus. Hildb. 1715, in-4o.

- De dignitate et augment. scientiarum , Lib. I ; Œuvres de Bacon, trad. par Riaux. Paris 1843, T. I, p. 53.

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loul prix le langage cicéronien, et, par conséquent, il a des titres réels à la reconnaissance de la postérité. C'est par son zèle pour la réforme de Finstruclion, par ses efforts pour rétablir la correction et le bon goût dans les études et l'austérité dans les mœurs , par son dévouement absolu à la cause des lumières et de la foi , par son principe surtout que l'éducation, inséparable de l'instruction, doit avoir pour but l'amélioration de la vie , c'est par là , bien plus que par sa rhétorique, qu'il a exercé une si puissante influence sur la pédagogie de la Réforme.

Le Gymnase de Strasbourg, qui d'abord n'était qu'une école latine, a subi depuis des transformations diverses; il s'est modifié suivant les progrès du temps ; il a changé les méthodes et les objets de son enseignement, mais il est demeuré fidèle à la pietas literata de Sturm, et, aussi longtemps qu'il existera, il se glorifiera d'avoir eu pour fondateur celui qu'un savant de notre époque a appelé le plus grand pédagogue des temps modernes*.

' Vôrael, J, Sturm f p. 100.

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