‹ La vie et les travaux de Jean SturmChapitre 18 sur 26 · DEVOIRS DES PROFESSEURS ET DES ÉLÈVES, ETC · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES PROFESSEURS ET DES ÉLÈVES, ETC

Qua&d les élèves étaient affranchis de la discipline des dasses et admis ans cours publics, Stnrm leur donnait des indications précieuses sur la meilleure manière d'étudier. Sojl traité de la noblesse lettrée est une véritable méthodologie, utile non-seulement aux jeunes nobles , mais à tous les étudiants; il traite des cours publics et des études privées, de la répartition des leçons , des lectures et des exercices entre les heures de la journée, du choix des auteurs à Hfc et à imiter. Pour comprendre les auteurs difficiles, il faiil suivre les cours des professeurs ; on lira soi-même les écrivains plus faciles, en ayant constamment la plume à laimaia pour noter les observations que ces lectures suggèrenL Certains ouvrages doivent être médités sans cesse ; telssiMit la Bible et les livres de Cicéron; pour d'autres, il suflitde les avoir lus une fois; d'autres encore ne sont nécessaires que quand on poursuit un but spécial. Les études quiiicpnduisent jusqu'aux premiers grades académiques , peuvent être accomplies en trois ans; si l'on fuit les mauvaiîjes sociétés , la débauche , la paresse , et si l'on partage bjei^ sa journée , on peut, en cet espace de temps, lire les pripçipaux auteurs, suivre les cours prescrits et faire les exercices de parole et de style ; l'essentiel est de ne jamais s'écarter du principe qu'il faut se nourrir d'idées sages et de xxMUiaissances utiles, et rechercher une élocution correcte, pure et élégante.

Alix parents Sturm donnait des conseils non moins sages *. C'^t à eux à fticiliter aux maîtres leur tâche*. S'ils aiment qu'Oi) loue leurs fils, qu'ils aiment aussi qu'on les châtie ; qu'ils allient à la bonté une sévérité salutaire , ceux qui ne connaissent de mesure ni dans la punition ni dans l'indulgence n'étant pas propres à faire l'éducation de la jeunesse. Qu'ils inspirent à leurs enfants l'amour du travail et

< De literarum ludiêrecte aper., p. 92 et suiv.

le respect du maître ; qu'ils ne les empêchent pas d'étudié en les employant à trop d'occupations domestiques ; qu'i|s veillent à leur conduite et à leur mise extérieure, afin que rien ne trahisse des sentiments pervers ou bas. Qu'ils consultent leurs capacités pour éloigner des études ceux qui en manquent; mais qu'ils ne se hâtent pas de porter un jugement définitif, car tel esprit, d'abord lent à comprendre les sciences , a fini par s'y distinguer. Qu'ils regar4ent même , jusqu'à un certain point, à la constitution physique ; un enfant maladif, quand même il aurait des moyens, supporterait difficilement la fatigue d'un travail assidu.

Enfin , pour donner à l'instruction publique de l'extension et de la durée, il faut le concours des gouvernements. C'est une gloire pour une cité d'avoir une école florissante ; c'est donc un devoir pour le magistrat de chercher, Içs meilleurs professeurs. Il importe de faire & cçu}^*ç\ 4?^ traitements convenables, non-seulement pour enlever ,w parents le prétexte d'une rétribution scolaire trop élevée , mais aussi pour mettre les professeurs eux-mêmes en état de se consacrer tout entiers à l'enseignement ; on abaisserait leur dignité, en les obligeant de pourvoir à leur existence par des occupations étrangères à leur tâche*. Il convient aussi d'accorder à l'école quelques privilèges , afin d'honorer les lettres et de récompenser les professeurs de leurs peines. Les villes peu riches doivent aux enfants au moins l'instruction élémentaire ; il ne devrait pas y avoir une seule ville dans la chrétienté où l'on ne trouvât les moyens d'apprendre les rudiments du latin et du grec. Là où les ressources le permettent, il faut compléter l'enseignement par la rhétorique et la dialectique. Le plus grand honneur pour un État est d'avoir une université composée de toutes les facultés. Sturm était d'avis qu'à la création de

1 « Âd reipublicœ felicitatem pertinet, magistratum erga eos, qui erudiendoB juventali prœficiuntur, Hberalitatem exercere,» 0. c, p. 88.

PROSPÉRITÉ DE l'ÉCOLE DE STRASBOURG, ETC. 305

pliai'eilles écoles il fallait consacrer une partie des revenus de rÉglise ; les catholiques devaient y destiner les preberides non indispensables à l'entretien du culte, et les protestants y affecter les biens des couvents supprimés va transformer les chapitres en établissements scientifiques. Employés à Tinstruction de la jeunesse, ces revenus avaient tin usage plus utile qu'entre les mains de moines

* ignorants ou de chanoines paresseux. Sturm voulait aussi ^on s'en servît pour faciliter les études aux jeunes gens 'pauvres. Une grande cité, où règne l'esprit chrétien, doit s'occuper d'eux avec une sollicitude particulière ; tout nomme a droit à l'instruction et à l'éducation ; le talent, îtttfêîiôiidanl de la fortune, est caché souvent sous les vête-

* mënts les plus misérables ; si le mendiant a des sentiments ' iénobles, c'est qu'on ne fait rien pour le relever de son abjection. Une fois admis à l'école, le pauvre doit être mis à l'a'bri du besoin; l'éfùdiant qui est obligé de mendier son pàîil, risque de perdre la conscience de sa dignité, et le public s'habitue à peu respecter les lettres. Un dernier point que Stûrrti recommandait aux magistrats, c'éiaitla concentration des études dans de grandes écoles ; il n'y trouvait pas seulement une économie , mais surtout un puissant moyen d'émulation pour les élèves comme pour les maîtres*.

Prospérité de V école de Strasbourg, Établissements fondés d'après les principes de Sturm.

Tous ces principes étaient largement réalisés à Strasbourg, dont l'école, ainsi que son fondateur, faisait Fad-

miration des humanisles et des hommes d'Etat du seûiàiBe siècle. Sturm avait la réputation d'être un des plus illustres latinistes de son époque. Dans ses cours de théologie y:Rur cer ne cessait de recommander à ses disciples l'étude cons^ tante des ouvrages rhétoriques de son savant ami^ Rog^ Asjiam, d'abord précepteur de la reine Elisabeth, plus lard son secrétaire pour la correspondance latiae^ un des meilfleurs écrivains latins de l'Angleterre, adopta les ptrindpes de Sturm sur l'imitation de Cicéron, et exposa danis un jou-^ vra^e anglais son système pédagogique*. Les Italiens «ux^ mêmes, peu disposés à louer ce qu'on faisait en deçà des Alpes , avouaient que , parmi les modernes , personne^^lus que lui ne s'était rapproché de l'ancienne élégance latioe^i Paul Manuce luf écrivait des lettres fort respeetaeusea. Eà Allemagne, ses mérites étaient universellement appréciés. Mélanchthon , qui l'appelait la lumière de son pays , disait qu'il lui était difficile de rivaliser avec Sturmquant au style*; Georges Fabricius , qui avait passé quelques- années auprès de lui à Strasbourg, désirait que sa méthode trouvât de nombreux imitateurs*. On ne passait pas pour avoir éi\i4i^X^i de la parole, si on n'avait pas suivi les leçons de ce roi de l'éloquence ® ; on le nommait au premier rang parmi les rès-

1 11 disait : « Exemplaria Sturmii nocturnà versate manu , versate diurnà.T» Préface de J. Cocinus à son édition des leçons de Sturm sur Hermogènes, De ratione tractandœ gramtatis occuUœ^ 1571.

2 Prœceptor; dans ses English works. Lond. 1761, in-4». - V. sa lettre à Sturm, 1568; dans Ashami Epp., p. 3.

3Bernegger, Orationes academieœ. Strasb. 1640, in-12, p. 284.

* L. c. — Burkhardt, De fatis linguœ lat,, T. I, p. 479.

^ (I Studiorum ratio placet mihi vehementer, atque utinam viam illam docendiy quam habet Sturmius, scirent multijet hujus Reipublicœ iri' stitutum civitates.sequerentur omnes.n A Wolfg. Meurer, 28 nov. 1544, de Strasb. Fabricii Epp,, p. 12.

^aÀd hune quasi dicendi magistrum y ut erat profectà princeps illiui ordinisy ex longinquis etiam terri» multi confluebant, nec putabatur in Germanià eloquentiœ studio incumbere, qui Sturmiumnonqudivisset,*

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