‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 55 sur 134 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Beatus qui intelligit super erenum et paaperem ; lu die mala liberabit eum Dominus.

Psaumes, xl, 1.

[)ernière maladie de Cauchy. — Ses sentiments de piété. — Il s'occupe encore de bonnes œuvres. — Récits de ses derniers moments. — Discours funèbres. — Lettres et témoignages divers.

Malgré le déclin sensible de sa santé, Cauchy avait conservé toute son ardeur pour l'étude. Pendant les dernières années de sa vie, il continuait de développer les conséquences de ses nombreuses découvertes, et, lorsque la mort est venue le saisir, il s'occupait encore d'un travail important relatif à l'astronomie. Mais ces efforts mêmes contribuaient singulièrement à diminuer ses forces et à hâter le moment fatal.

D'un autre côté il éprouvait cette tristesse à laquelle nul homme n'échappe en vieillissant et qu'on pourrait appeler le sentiment du vide. Dans le cours de peu d'années il avait vu disparaître plusieurs des objets les plus chers de ses affections de famille. Après la mort de sa mère, survenue en iSSg, il avait eu à déplorer, en 1848, celle de son vénérable père, qui avait conservé jusqu'à l'âge de quatre-vingt-neuf ans la plénitude de sa verte intelligence. L'année suivante, la mort prématurée de sa belle-sœur. M™** Eugène Cauchy, venait lui causer un nouveau et bien vif chagrin. Son frère Alexandre ne devait le précéder dans la tombe que de quelques semaines. Ces deux frères, qui n'avaient cessé d'être unis depuis

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leur enfance par les liens d'une afTection si tendre, éuien destinés à passer en même temps de cette terre d*exiida» la pairie céleste ; on a pu leur appliquer avec vérité Fapression touchante de nos livres saints : c Amabihû decori in vitâ suâ^ in morte quoque non suni dwisi. » L'éflMtion douloureuse que ressentit Augustin Cauchy en pédant son frëre^ ne fut peut-être pas étrangère à lalliiblissement général qui précéda sa fin. On peut à peioe qualifier de maladie grave l'affection dont il se troun atteint» tant les premiers symptômes furent légers et presque insignifiants dans leur caractère; c'étaient toot au plus ceux d'une simple fièvre catarrhale; le malade espérait même s'en relever au bout de peu de jours et reprendre la suite de quelques bonnes œuvres qu'il avait interrompues avec grand regret. Mais il comptait sans Tépuisement produit par le travail et la fatigue, plus eicore que par les années; sa constitution délicate était de venue semblable à un de ces terrains qui, après avoir été minés peu à peu, finissent par céder sous un dernier et léger effort. L'affection avait d'abord paru assez bénigne pour que, de l'avis des médecins, il fût transporté à sa campagne de Sceaux, où la saison paraissait favorable poar le rétablissement de ses forces; mais tout à coup, le jour de l'Ascension, les symptômes prirent un caractère alarmant, et peu d'heures après, cette belle intelligence, qui avait rendu à la science tant de services signalés, s'éteignait ici-bas pour revivre dans un monde meilleur (le samedi, 22 mai 1857).

Cauchy est mort comme il a vécu, avec la simplicité d'une âme droite, d'une conscience qui se tient toujours prête à paraître devant Dieu et qui par conséquent envisage sans efiroi rapproche du dernier moment. Dès qu'il connut la gravité de son état, il fit avec générosité le

sacrifice de sa vie et ne pensa plus qu'à se recueillir une dernière fois pour mourir saintement. Le savant avait disparu, le chrétien seul restait. Sur ses lèvres pas un mot de ^regret pour ses travaux interrompus, pas un retour sur ^ ses travaux passés, sur ces belles découvertes dont Téclat devait perpétuer sa mémoire. Il avait accompli courageusement sa tâche d'homme, il avait rempli avec honneur sa mission, et il laissait à Dieu le soin de la récompense. Et d'ailleurs qu'étaient ses travaux, et combien ils devaient lui paraître peu de chose en présence de l'éternité! Là^ le chrétien allait trouver son Dieu, avec la réalisation des espérances de son âme et de son cœur; là aussi, le savant allait posséder, dans toute sa plénitude, cette science à laquelle il avait consacré son existence et dont il n'avait pu entrevoir ici-basque quelques rayons faibles et décolorés. C'est ainsi que la créature terrestre doit disparaître devant le créateur, et que l'intelligence humaine doit se perdre pour être transfigurée dans l'intelligence divine. Bossuet, dans son magnifique langage, a entrepris quelque part de décrire cette transformation céleste, et jamais peut-être le tableau qu'il en trace n'avait été mieux réalisé (i). t Je me suis levé, dit-il, pendant la nuit avec David, pour voir vos deux qui sont l'ouvrage de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez fondées. Qu'ai-je vu, ô Seigneur, et quelle admirable image des effets de votre lumière infinie! Le soleil savançait, et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous côtés. Les étoiles étaient disparues et la lune s'était levée avec son croissant, d'un argent si beau et si vif, que les yeux en étaient charmés. Elle semblait vouloir honorer le soleil

(1) Traité de la Concupiscence^ chap. XXXII.

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en paraissant claire et illuminée par le côté qu'elle toor-

nait vers lui; tout le reste était obscur et ténébreux

Mais à mesure qu'il approchait, je la voyais disparaître: le faible croissant diminuait peu à peu, et quand le soleil se fut montré tout entier, sa pale et débile lumière s'év»nouissant, se perdit dans celle du grand astre qui paraissait, dans laquelle elle fut comme absorbée. On voyait bien qu'elle ne pouvait avoir perdu sa lumière par l'approche du soleil qui Téclairait, mais un petit astre cédait an grand, une petite lumière se confondait avec la grande; et la place du croissant ne parut plus dans le ciel, ou il tenait auparavant un si beau rang parmi les étoiles, t Tel est le sacrifice que toute intelligence doit accomplir au terme de sa carrière terrestre. Ce sacrifice, si pénible à la nature, Cauchy l'accepta avec résignation ; on peut même dire qu'il l'accomplit avec joie et comme sans effort, tant il y était préparé d'avance par tout l'ensemble de sa vie. Mais si, dans ce moment suprême^ la science n'entrait plus pour rien dans ses pensées, son activité se reportait encore sur les bonnes œuvres qu'il avait entreprises et qu'il laissait inachevées. Une d'entre elles surtout lui tenait alors profondément à cœur; c'était l'établissement à Sceaux des frères de la Doctrine chrétienne pour l'éducation des enfants de la commune. Cette œuvre ne devait pas s'établir sans rencontrer, à son origine, d'assez vives résistances. Des écoles avaient été ouvertes, mais simplement à titre d'écoles libres et sans pouvoir obtenir l'appui et les subventions de la municipalité. Cauebv y avait suppléé en soutenant ses protégés de sa bourse, et il espérait qu'avec de la persévérance les difficultés finiraient par disparaître. Il arriva en effet un moment où ces difTicultés s'évanouirent comme d'elles-mêmes, mais ce moment fut le lendemain de sa mort. L'œuvre

sacrifice de sa vie et ne pensa plus qu'à se recueillir une dernière fois pour mourir saintement. Le savant avait disparu, le chrétien seul restait. Sur ses lèvres pas un mot de regret pour ses travaux interrompus, pas un retour sur ses travaux passés, sur ces belles découvertes dont l'éclat devait perpétuer sa mémoire. Il avait accompli courageusement sa tâche d'homme, il avait rempli avec honneur sa mission, et il laissait à Dieu le soin de la récompense. Et d'ailleurs qu'étaient ses travaux, et combien ils devaient lui paraître peu de chose en présence de l'éternité! Lkj le chrétien allait trouver son Dieu, avec la réalisation des espérances de son âme et de son cœur; la aussi, le savant allait posséder, dans toute sa plénitude, cette science a laquelle il avait consacré son existence et dont il n'avait pu entrevoir ici-basque quelques rayons faibles et décolorés. C'est ainsi que la créature terrestre doit disparaître devant le créateur, et que l'intelligence humaine doit se perdre pour être transfigurée dans l'intelligence divine. Bossuet, dans son magnifique langage, a entrepris quelque part de décrire cette transformation céleste, et jamais peut-être le tableau qu'il en trace n'avait été mieux réalisé (i). t Je me suis levé, dit-il, pendant la nuit avec David, pour voir vos deux qui sont l'ouvrage de vos doigtSy la lune et les étoiles que vous avez fondées. Qu'ai-je vu, ô Seigneur, et quelle admirable image des effets de votre lumière infinie! Le soleil s'avançait, et son approche se faisait connaître par une céleste blancheur qui se répandait de tous côtés. Les étoiles étaient disparues et la lune s'était levée avec son croissant, d'un argent si beau et si vif, que les yeux en étaient charmés. Elle semblait vouloir honorer le soleil

(1) Traité de la Concupiscence^ chap. XXXU.

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gna combien ma visite lui faisait plaisir, me dit en souriant et avec calnie un mot de sa santé, puis me parb avec animation de rétablissement, à ses frais, d'un frère des écoles chrétiennes et de l'obstacle qu'il rencontrait dans le conseil municipal. Comme je me disposais aie quitter, après lui avoir promis de dire la messe à son intention le lendemain, il me pria de le bénir.

> Cependant on était allé prier M. le Curé de venir lai donner les derniers sacrements. Il était absent, son vicaire aussi ; je m'étais arrêté dans une maison où j'avais laissé deux élèves ; on vint m'y chercher, et je retournai avec le saint viatique et les saintes huiles, que je déposai dans le salon; puis je me rendis auprès du cher malade, qui ne connaissait pas la gravité de son état. Dès que je lui eus dit que je venais, avant de le quitter, lui ofTrir une grande consolation, celle de recevoir Notre-Seigneur, il me répondit : c Oh ! bien volontiers, mais avant tout je veux que le grand escalier par où doit passer Notre-Scigneur soit orné de toutes les plus belles fleurs du jardin. » Je lui dis qu'ayant peu de temps, j'avais déjà apporté le saint sacrement, mais que toutes les fleurs du salon orneraient sa chambre à coucher, et que sa famille honorerait Notre-Seigneur de son mieux. Sans insister il me dit avec une aimable simplicité : f C'est bien, mon Père, mais je désire me confesser. — Vous l'avez fait hier; cela n'est pas nécessaire. — Je le désire, car leP. Lefebvre a eu peu de temps à me donner. >

> Pendant l'extrénoe-onction, il répondit a toutes les prières et interrogations du rituel avec une simplicité, une foi et une ferveur vraiment sublimes. Le P. Billot, venu de la rue des Postes, m'assistait. Le pieux malade, qui était attentif à tout, craignit que son oreille gauche n'ayant pas été assez découverte, l'onction n'y eût pas été

SA MORT ET SES FtlNÉRAILLES. ^03

alors fut acceptée par tous comme un legs de sa charité. Cauchy ne pouvait prévoir un dénoûment aussi prochain ; il craignait toujours que le succès ne répondit pas à ses efforts, et c'était pour lui l'objet d'une préoccupation constante.

Parmi les marques précieuses d'intérêt et de sympathie que Cauchy reçut pendant sa courte maladie, rappelons celles qui lui furent données par Son Éminence le cardinal Morlot, archevêque de Paris. Cet illustre prélat était allé à Sceaux, le jeudi 20 mai, pour y administrer le sacrement de confirmation ; dès qu'il eut appris Pétatdu malade, il s'empressa de se rendre auprès de lui pour fortifier son courage et lui montrer, par cette démarche, tout le prix qu'il attachait au rétablissement de sa santé. On était encore loin de se douter que le mal fût sans remède.

Nous aurions pu, d'après les pieux souvenirs de la famille, écrire nous-même l'édifiant récit de cette mort. Mais nous trouvons ce récit déjà imprimé dans un ouvrage où il est associé à la sainte mémoire d'un des amis les plus vénérables et les plus illustres d'Augustin Cauchy (i). Nous nous bornerons donc à reproduire la lettre même que le P. Coué , alors recteur du Collège des Jésuites à Yaugirard, adressa, à cette occasion, a l'un des PP. de sa Compagnie : .

€ Mon Révérend et Cher Père, le jeudi, fête de l'Ascension, M. Cauchy, malade depuis dix jours, donna des craintes sérieuses. Le P. Lefebvre fut appelé, alla le jour même à Sceaux, et le confessa. Le lendemain j'y allai moi-même. Je le trouvai dans un grand assoupissement d'où on le fit sortir en me nommant. Il me témoi-

(i) Fie du P, de Ravignan, par le P. de Pontlevoy.

266 Là VIE d' AUGUSTIN CAUCHY.

restent. > La sœur qui le soignait lui ayant dit : cYoq$ souffrez, je prie Dieu de vous soulager » , il lui répondit: c Mais non, je ne souffre pas beaucoup. > On ponnit croire en effet, à sa patience admirable, k son sourire si bon, si naïf et si bienveillant, qu'il souffrait peu.

c Le samedi ^3 mai, M*"^ de TEscalopier, sa fille, m'écrivait : c Nos craintes ne se sont que trop réalisées. Après avoir conservé jusqu'à trois heures du matin toute si présence d'esprit, mon père a prononcé, vers trois heures et demie, les saints noms de Jésus, Marie, Joseph; pour la première fois il a paru s'apercevoir de la gravité de son état, et, vers quatre heures, il remettait son âme entre les mains de Dieu, avec un calme qui doqs faisait douter encore de notre malheur, lorsqu'il était arrivé. »

> Tout le monde est convaincu que le saint homme est allé droit en paradis. A la rue des Postes, on disait: «Ce bon monsieur Cauchy ! il sera entré au ciel comme il entrait dans nos chambres, sansfrapper àla porte. > Le lundi, au convoi, tout le monde savant et religieux, venu de Paris, se montrait recueilli et pénétré. Le maire de Sceaux, avec quelques paroles bien senties, a fait couler beaucoup de larmes. J'ai vu de pauvres ouvriers, de pauvres femmes, depauvres filles pleurer comme des enfants autourde cette tombe où descendait un père, un ami, un bienfaiteur. > Ce qui domine surtout dans ce récit de la mort de Cauchy, c'est la simplicité de son âme et la naïveté touchante de sa foi. Â la vue du chrétien mourant qui reçoit son Dieu pour la dernière fois, on se souvient aussitôt de l'enfant qui se préparait jadis avec tant de sollicitude à sa première communion; entre ces deux actes extrêmes il s'est passé une vie tout entière, vie féconde pour la science et les bonnes œuvres, vie illustrée par le génie et la

vertu ; mais l'esprit est demeuré le même, la foi a conservé toute sa pureté, et la charité toute sa ferveur. On peut rencontrer des morts plus solennelles, on en citerait difRcilement de plus édifiantes. Chacun révèle, à cet instant suprême, le caractère propre de son âme : les uns ressentent plus vivement la grandeur et la majesté de Dieu, ou la crainte de ses jugements redoutables; les autres s'inspirent plutôt de sa bonté et de son amour et font paraître dans Taccent de leurs dernières paroles le sentiment de confiance qui les anime. Pour lui, au milieu des angoisses de la maladie et jusque dans l'agonie, il conserve le même calme; à ses yeux, le passage de la vie à la mort est un événement semblable à tous les autres; il Tenvisage sans terreur et s'y prépare sans trouble. Cette sérénité et cette douceur en face delà tombe ont quelque chose de vraiment sublime, et ce spectacle d'un grand génie, se courbant devant la mort avec l'humilité d'un saint et la docilité d'un enfant, est un des plus beaux qu'on puisse proposer à l'admiration des hommes. On se rappelle à celte occasion ces paroles des livres sacrés : * Si vous ne devenez comme des petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. >

Nous venons de raconter parallèlement la vie du savant et celle du chrétien ; après la mort, ce dernier titre devait rester seul inscrit sur la tombe du grand géomètre et du grand homme de bien. A quelques cents mètres de l'ancienne maison de campagne de la famille de Bure, sur la route ombragée de grands châtaigniers qui conduit de Téglise de Sceaux au joli coteau de Plessis-Piquet, on rencontre un modeste cimetière de village dont les allées ressemblent encore à celles d'un jardin. C'est la que repose Augustin Cauchy. Sur une pierre carrée servant de piédestal à une croix de fer, on peut lire ce verset du

a68 LA. VIE d'augustin cauchy.

psaumo : Beatus qui intelligit super egenum et pauperm. C'est toute son épitaphe ; j'en connais peu de plus simple, de plus touchante et en même temps de plus vraie.

La mort de Cauchy fut l'occasion d'un deuil génénl. Dans le nombreux cortège qui se pressait derrière le char funèbre, on voyait, à côté de ses parents désolés, les députés de toutes les Compagnies savantes. C'étaient les Membres de l'Institut, ceux du Collège de France, de h Sorbonne, de l'École Polytechnique, où il avait donné,! diverses époques, un si brillant enseignement. C'était aussi la jeunesse des écoles qui voulait rendre à ce maître vénéré un double tribut d'hommage et de reconnaissance. On distinguait ensuite une foule d'hommes dont les noms antiques rappelaient les plus beauxsouvenirs de la France: ils ne pouvaient oublier la fidélité du savant à une race royale et infortunée, ni les preuves d'un dévouement d'autant plus pur qu'il avait éclaté dans des jours mauvais. On y voyait encore les dignitaires et les membres de toutes ces œuvres charitables dont il avait été le fondateur ouïe coopérateur. Puis venaient les petits, les déshérités de ce monde, les pauvres qui composaient sa famille adoptive et qui pleuraient un bienfaiteur, un père; et enfin les flots pressés d'une population dont il avait été, pendant de longues années, l'honneur et l'exemple.

Des discours furent prononcés sur sa tombe; ils furent éloquents. Comment ne l'auraient-ils pas été en présence d'une telle vie et d'une telle mort ! Ils retracèrent à grands traits les travaux du savant; ils racontèrent aussi les vertus et les nobles actions de Thomme de bien et du chrétien. Nous allons donner une analyse de ces discours; ils feront mieux connaître qu'un simple récit les sentiments dont chacun était animé; ce sont du reste des pièces désormais inséparables de l'histoire de l'illustre géomètre.

M. le baron Charles Dupin parla d'abord au nom de 'Académie des Sciences : « Nos regrets les plus légitimes, lit-il, doublent d'amertume quand la cause en est imprévue et quand le malheur frappe avec acharnement la Déme maison, qui commandait, à des titres divers, nos ;ympathies, notre estime et notre admiration.

c Nous venons rendre un dernier hommage au membre e plus célèbre d'une famille vénérable, affligée, il y a si )eu de semaines, par la perte d'un magistrat honorable lutant qu'honoré. (M. Alexandre Cauchy.)

» Celui-ci, du moins, avait laissé quelque intervalle 3ntre le dernier de ses jours et les justes inquiétudes ]u'inspirait à ses amis le déclin de sa santé; mais aucun lïe nous n'avait le soupçon de la perte irréparable que Qous allions faire dans la personne de son frère, le membre de l'Institut.

> Permettez-moi d'indiquer, en termes généraux, pour que chacun puisse en concevoir l'idée, la recherche de longue haleine au milieu de laquelle M. Augustin Cauchy 3' est trouvé surpris, enlevé à ses amis, à ses admirateurs.

> Jusqu'à la dernière séance qu'ait tenue l'Académie ies Sciences, ce confrère, l'un des plus zélés, des plus assidus, et j'ose ajouter des plus illustres, prenait encore une part active et profonde a nos travaux. Il poursuivait la reieherche d'un nouveau moyen de perfectionner les calculs,' si délicats et si difficiles, du mouvement des astres qui composent notre système planétaire. Par un artifice ingénieux il étendait le domaine des séries au moyen d'un régulateur qui sépare, qui groupe des approximations successives, transformées en coefficients de ses puissances croissantes. Ce service accompli, le régulateur disparait comme ces étamines cachées qui séparent, dans nos moulins perfectionnés, des atomes de. plus

2'JO LA VIE D^AUGUSTlir CAUCHT.

en plus impalpablesetdoDtla somme est le produit désiré.

• Telles étaient» jusqu'au dernier moment, la fécosdité et la vitalité d*un génie qui, depuis quarante-tn» ans, ajoutait sans relâche aux découvertes de TÂnaly» transcendante^ à ses applications. Et déjà Theure étail marquée par le Créateur des hautes intelligences» où cd usage immortel des facultés d'un puissant esprit allait cesser tout a coup» et pour jamais» ici-bas! >

M. Ch. Dupin rappelle ensuite les principales eircoistances de la vie du savant» il retrace les éclatants suceèi de ses débuts» les succès non moins brillants de son professorat; il raconte son entrée a TAcadémie, son exil, son séjour auprès de la famille de Bourbon» et tâche de caractériser les traits essentiels d'une vie si bien remplie:

c Je terminerai» ajoute-t-il» cet hommage trop impa^ fait» par une réflexion involontaire sur le cortège qui se presse sur le bord d'une tombe illustre et modeste. La grandeur du monde et les prérogatives du pouvoir étalent à des funérailles la somptuosité, la pompe et l'éclat passager» impuissant contraste entre les vanités de la vie et l'humilité de la mort. Ici s'offre à nous un autre spectacle. Les hommes dont le génie a médité pour découvrir les vérités immuables de l'étendue, de la force et de ces nombres qui» suivant la parole éloquente de Platon» régissent le monde; ces hommes» nos contemporains» nos pi^eepteurs» dont le génie a soulevé quelques-uns des voiles qui cachent les lois de l'univers» je les vois rassemblés ici pieusement» humblement autour de la tombe d'un confrère qui prit sa part dans leurs découvertes sublimes; leurs fronts s'inclinent a la pensée du maitre souverain de ces lois, qui permet parfois que le génie de l'homme les découvre et s'identifie par la gloire à leor durée. Voilà la piété» voilà l'honneur des travaux de

su MORT ET SES FUNÉRAILLES. 27 1

resprit humain. Dans un semblable spectacle, qui n*est loisible qu'à nos âmes, se révèle à nous, je ne saurais dire quelle alliance immortelle où les œuvres du Tout-Puissaot contribuent à cette grandeur que Bacon appelait la dignité, la majesté des sciences. »

M. Combes, Membre de l'Académie des Sciences, ancien disciple de Cauchy, prit ensuite la parole pour rappeler les services du professeur et pour rendre hommage à sa foi. Nous avons eu déjà occasion de citer quelques passages de ce discours remarquable, c La foi de M. Cauchy aux croyances de l'Église catholique, disait en terminant M. Combes, était absolue, active, ardente; elle n'admettait point, et sa conduite l'a bien prouvé, ce que l'on appelle des capitulations de conscience; mais elle était entièrement exempte de fiel et d'intolérance. C'était la foi naïve d'un enfant, celle que le Seigneur aime. »

M. Despretz, dans un discours prononcé au nom de la Faculté des Sciences, crut devoir encore insister sur le caractère élevé de la piété du savant, c M. Cauchy, dit-il, était simple, doux, pieux, charitable et du caractère le plus honorable. Resté fidèle aux convictions et aux attachements de sa jeunesse, il laissait aux autres leurs convictions et leurs attachemenjts, quelque différence qu'il y eût entre ses sentiments et les leurs.

» Pénétré de l'excellence et de la vérité des principes du christianisme, profondément persuadé que la religion est une condition essentielle du bonheur de l'homme, il était toujours disposé à éclairer ceux qu'il croyait dans Terreur, mais il attendait qu'on l'interrogeât sur ces matières délicates. Il sortait néanmoins de sa réserve habituelle si, en sa présence, on jetait le plus léger doute sur certains points de la religion, qu'il considérait comme des vérités éternelles. »

272 L4 VIE D AlUGUSTIN CAUCHY.

Mais c'est surtout a M. Guyon, maire de Sceaia qu'était réservée la tâche de rendre hommage au chrétien. Quoique le zële charitable de Cauchy fût bin connu, on ne savait pas à quel degré celte belle qualité était portée chez lui, tantsa modestie était sincère etsoo humilité profonde. Aussi le discours de M. Guyoo fat pour un grand nombre une sorte de révélation; la foak silencieuse et attentive était comme suspendue aux lëvm de celui qui avait été le confident intime du défunt, le témoin oculaire de ses bonnes œuvres; et cependant il m faisait que soulever un coin du voile ! Chose remarquable! dans cette circonstance solennelle, l'émotion fut si générale, que beaucoup de personnes, peu habituées à s'attendrir aux funérailles d'un savant, se surprirent à verser des larmes. Ce discours caractérise trop bien la mémoire de Cauchy pour que nous ne le rapportions pas en entier.

c Avant que cette assemblée d'élite se sépare, dit M. Guyon, permettez. Messieurs, que le maire de la ville de Sceaux, interprète des plus chers sentiments de sa commune, vienne essayer d'apporter aussi au pied de cette tombe l'expression de ses regrets personnels et de la douleur unanime d'une population si soudainement, si cruellement frappée par la perte de son plus véritable ami.

> En venant s'établir au milieu de cette population, on pourrait dire que M. Cauchy l'adopta et qu'elle devint pour lui une seconde famille. Tous furent l'objet de ses sollicitudes : aux uns les secours matériels, aux autres les encouragements, à tous enfin l'exemple d'une vie irréprochable, de bons et utiles conseils, et surtout des enseignements capables de leur faire apprécier la grandeur de nos destinées futures.

> Les vieillards, les enfants, tout ce qui est intére^(sant et faible, était particulièrement l'objet de ses soins.

» Sans cesse occupé de bonnes œuvres, et ordinairement de plusieurs à la fois, s'il atteignait son but, il ne savait pas pour cela se reposer; mais l'ardeur infatigable de sa charité lui faisait trouver des occasions nouvelles; de l'exercer encore.

» Presque tous les jours je recevais sa visite, souvent même plusieurs fois par jour; visites courtes, exemptes de vaines causeries : le temps était trop précieux pour celui qui en faisait un si digne emploi; c'était pour me recommander un pauvre infirme, un orphelin, une jeune fille à placer dans une maison hospitalière, un jeune soldat à rendre à une famille dont il était le soutien. J'admirais cette activité incessante, cette persistance de zèle qui ne se rebutait jamais. Il y avait dans notre si regrettable ami comme deux existences ou deux vies distinctes : la première, une vie chrétienne; puis une autre vie consacrée à l'étude de la science ; toutes les deux si bien remplies, si complètes, qu'une d'elles aurait suffi à illustrer un homme; mais la première surtout le faisait bénir.

» M. Cauchy pensait qu'assurer à la jeunesse les bienfaits de l'instruction, et surtout d'une éducation morale et religieuse, était le plus grand service qu'on pût rendre à la société; aussi rien ne lui coûtait pour y réussir : soins, démarches, fatigues, argent, il prodiguait tout; il allait toujours en avant, sans s'effrayer des obstacles, Dsarchant comme un véritajble apôtre dans la voie qui devait le conduire au but : la moralisation de ses frères.

» C'est ainsi que cette Commune lui doit l'établissement des sœurs de Saint-André, une conférence de Saint- Vincent de Paul, un patronage pour les jeunes garçons, et l'introduction des Frères des Écoles chrétiennes comme école libre. 11 avait rêvé davantage encore pour cette dernière institution: quelques jours de plus, et I. i8

^74 ^^ ^1^ ^ AUGUSTIN CAUCHT.

peut-élre aurait-il pu voir la réalisation de son œuvre chérie. Il y pensait sans cesse et surtout dans ses derniers jours. Pour en assurer le succès il avait fait de grands sacrifices pécuniaires, et comme je m'en étonnais un jour, il me dit avec une naïveté charmante : « Ne vous 1 effrayez pas, ce n'est que mon traitement, c'est TEmpe- > reur qui paye. > Vous n'avez pas oublié. Messieurs, à la faveur de quelle exception les chaires du haut enseignement public avaient été rouvertes à M. Cauchy, exception aussi honorable pour le Souverain qui accordait cette exemption politique au génie, que pour celui dont l'iaimense savoir et le noble caractère la provoquait, et qui savait en faire un si généreux usage.

> Toujours modeste, toujours oublieux de sa pe^ sonnalité, M. le baron Cauchy était ingénieux à faire remonter à autrui le mérite de ses bonnes actions. Peo soucieux de son corps, on eût dit, tant il s'en inquiétait peu, qu'il n'était pas le sien, que s'en occuper n'était pas son affaire ; il ne songeait qu'à son âme.

> Peu d'instants avant sa mort, et lorsque des symptômes effrayants annonçaient qu'elle n'était que trop prochaine, il s'entretenait encore avec M. le Curé de la paroisse, comme s'il eût été en pleine santé; il s'occupait toujours des intérêts de cette Commune; il faisait des combinaisons nouvelles, des recommandations qu'il fallait, disait-il, ne pas manquer de me transmettre; et comme il s'agitait beaucoup, M. le Curé, cherchant à le tranquilliser sur l'affaire qui l'occupait si vivement, l'engageait à rester calme, à seconder ainsi TefTet des prières qui allaient se faire à son intention dans une pieuse solennité : c Monsieur le Curé, dit-il en interrompant, les hommes passent, mais les œuvres restent: priez pour l'Œuvre. »

9 C'est dans ces nobles et sublimes pensées que s'est éteinte cette illustre existence; c'est animé jusqu'au dernier instant de l'amour du bien public, et en contemplant le ciel, où il devait trouver sa récompense, qu'a fini le plus vertueux et le plus saint des bommes. Notre reconnaissance ne fera défaut ni à ses derniers vœux ni à son honorable mémoire. >

Nous ne passerons pas sous silence, parmi tant de précieux témoignages, les éloquentes et sympathiques paroles prononcées par M. le comte de Montalembert à la séance des cinq Académies, le 18 août 1 867 :

c Douloureusement frappée par la perte de ce grand expérimentateur (M. Thenard), l'Académie des Sciences et l'Institut tout entier l'ont été presque au même instant par la perte de M. Cauchy, le premier peut-être de nos géooriëtres et le plus hardi des voyageurs dans les océans infinis des calculs. Vous savez comment la politique troubla sa vie sans jamais troubler son honneur ; comment il sut sacrifier à sa conviction tous ses intérêts, jamais ses principes ni ses amitiés ; comment il resta toujours infatigable et serein, voué a l'unique poursuite des conquêtes de l'abstraction et des richesses de l'analyse. Vous vous rappellerez longtemps cette grande taille, ce beau front, ce regard candide et lucide, qui, après avoir sondé les profondeurs de la mécanique céleste, s'abaissait si volontiers sur le jeune et modeste étudiant, sur le pauvre, sur l'enfant, sur tous ses frères souffrants. »

A tous ces hommages publics et éclatants vinrent se joindre des hommages privés, qui sont peut-être plus touchants encore. Dans les discours publics on peut craindre que l'orateur ne cède trop facilement au désir de faire ressortir les qualités de celui qu'il célèbre, et ne soit porté à quelque exagération dans la louange. Il en est

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autrement dans des lettres intimes où le cœur parle seul. 011 les sentiments de la douleur, du regret, de restirof, se produisent librement et dans toute leur sincérité Noos allons rapporter quelques-unes de ces lettres qui achëreront notre récit. Et d'abord, il ne sera pas sans intérêt de montrer comment ceux-là même qui n'étaient pas dans l'intimité de Caucby appréciaient le vide causé par sa mort. M. le premier Président Portaiis répondait ainsi à une lettre de M. Eugène Caucby :

€ Lorsque j'ai reçu votre triste lettre, mon cher Monsieur, j'avais déjà été averti par l'Institut de raccroissèment de douleur et de la nouvelle épreuve que la Providence divine vient d'imposer à votre excellente famille et à vous. Ce coup, tout à fait inattendu pour moi, m'a vivement ému, d'abord à cause de vous, Monsieur, dont il aggravait la récente blessure, ensuite à cause do vide immense que laissera votre illustre frère dans les sciences où il tenait une si grande place, dans ces œuvres de miséricorde où il avait une si grande part, et enfin dans la société chrétienne où l'exemple de ses vertus, rehaussé par la profondeur de ses connaissances, était un si puissant sujet d'édification. Je ne l'avais pour ainsi dire qu'entrevu, mais j'avais été pénétré de la plus haute estime pour la simplicité de sa science, la modestie de sa piété et l'ignorance si sincère où il était de son mérite. C'est vous dire que je m'associe à vos regrets du fond de l'âme et au deuil de tous les siens. Pour lui je ne saurais douter qu'il n'ait obtenu ce qui faisait l'objet de ses plus constants efforts.

€ Recevez, etc.

» Comte PoRTALis. •

Le cardinal Morlot dont la visite avait été pour Caucby,

dans sa maladie, une marque d'affection si paternelle, fut du nombre de ceux qui ressentirent le plus vivement le vide causé par sa mort. On peut en juger par la lettre de condoléance qu'il s'empressa d'écrire à M°^® Cauchy.

« Madame la baronne, personne plus que moi ne s'associe à votre douleur et k vos regrets. J'ai voulu que vous le sussiez tout d'abord et je viens vous demander la permission de vous le dire encore. Quel vide laisse près de vous et parmi nous Tévénement auquel j'étais si loin de m'attendre jeudi dernier ! Mais la sainte Providence en avait autrement décidé, et le moment était venu, pour cette grande âme, de recevoir sa récompense. On ne peut s'attrister de cette tin comme on le ferait de toute autre ; et pour moi je me sens porté à invoquer celui qui nous a quittés, plutôt qu'à prier pour lui. Il y a, dans la pensée et la conviction de son bonheur, quelque chose qui adoucit merveilleusement les larmes et la douleur. Si de tels hommes ne semblent pas pouvoir être remplacés ici-bas, l'espoir d'avoir dans ces élus de Dieu de puissants protecteurs près de lui, console et soutient au milieu des larmes et des regrets. J'ai offert cependant l'auguste sacrifice pour le cher et vénérable défunt. Son souvenir est de ceux qui ne peuvent désormais s'effacer de mon cœur ; le vôtre y reste uni au sien et celui de votre famille si éprouvée, mais si chère à Dieu par cela même. Veuillez agréer. Madame la baronne, mon plus respectueux dévouement en Notre-Seigneur.

» -j- F. N. Gard. Archev. de Paris. »

La Famille Royale, à laquelle Cauchy avait donné tant de preuves d'un dévouement inaltérable, ne pouvait demeurer indifférente dans cette triste circonstance. M*"* la vicomtesse de l'Escalopier avait écrit, de la part de sa mère, pour annoncer la douloureuse nouvelle. M. le

2^8 LA. VIE d'aUGUSTIN CAUCHY.

comte de Montbel répondit de Froshdorf en ces termes, au nom de la cour exilée :

€ Madame la vicomtesse, j'ai rempli avec un douloureux empressement les intentions de Madame votre mërei en mettant sous les yeux de M. le comte et de M"* la comtesse de Charabord la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'adresser. Nos princes ont appris avec de vifs regrets que votre illustre père était enlevé a sa famille dont il faisait le bonheur, à la science dont il était l'une des gloires les plus élevées et les plus pures, aux gens de bien et d'honneur à qui sa loyauté et ses vertus religieuses servaient d'encouragement, de guide et de modèle.

» M. le comte de Chambord aime k se compter au nombre de ses élèves les plus affectueux et les plus reconnaissants. La science et la religion vivaient étroitement unies dans l'âme de. ce juste, que Dieu, dans sa lumière intinie, récompense de son inaltérable fidélité. En apprenant sa mort JMonseigneur a ordonné de célébrer sans retard un service, à son intention, dans la chapelle du château, et la cour exilée, en deuil, s'est unie bien sincèrement devant liieu à toutes vos douleurs, à tous vos regrets, à toutes vos prières.

» En vous priant de remettre la lettre ci-jointe ï Madame votre mère, j'ai l'honneur de vous transmettre l'expression de l'affectueux intérêt de nos princes pour vous et tous les vôtres.

» Une véritable amitié m'unissait a Monsieur votre père; mon cœur restera fidèle à sa mémoire. Il ne m'a pas été donné dé le revoir dans notre patrie d'ici-bas. Puisséje le rejoindre dans cette patrie qui ne connaît ni les séparations, ni l'exil!

» Veuillez présenter, etc.

» Montbel. »

Voici maintenant en quels termes le prince voulut luimême rendre un suprême hommage à la mémoire de son ancien précepteur : ^

c J'apprends, Madame la baronne, le malheur qui vient de vous frapper, et je veux vous dire moi-même la part bien vive que je prends à votre profonde affliction. Dans celui que vous pleurez, la science perd un de ses plus rares génies, TÉglise un de ses plus humbles enfants, la cause du droit un de ses plus fidèles serviteurs, et moi un de mes meilleurs amis. J'avais toujours espéré le revoir. J'aurais été si heureux de le remercier encore de tout ce qu'il a fait pour moi ! Notre seule consolation, dans notre commune douleur, est de penser qu'il reçoit maintenant au ciel la récompense de ses vertus, de son ardente charité, de son dévouement à toute épreuve, de sa pieuse vie et de sa sainte mort. 11 ne cessera de prier dans le sein de Dieu pour tout ae qu'il a tant aimé dans ce monde, pour sa famille, pour la France, et, j'en suis sûr, aussi pour moi. De mon côté, croyez bien que sa mémoire me sera constamment précieuse et chère. Ma femme s'associe comme moi à vos justes regrets. Soyez, dans cette triste circonstance, notre interprète auprès de vos filles et de tous les vôtres, et comptez sur mes sentiments bien sincères.

> Henri. >

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