‹ La vie et les travaux du Baron CauchyChapitre 54 sur 134 · PHYSIONOMIE DE CAUCHY · texte numérisé non relu

PHYSIONOMIE DE CAUCHY

Toat ainsi donoqaes, comme les peintres qui portrayeot au rif, aussi

nous doit-on concéder que nous allions recbercliant ies signes de l*&me et par iceni formant un portrait au natnrei.

Pldtabqdb^ yie d'Alexandre. — Traduction d'AmroT.

Traits principaux de la physionomie de Cauchy. — Ses qualités naturelles. — Ses amitiés. — Ses relations avec le monde. — Caractère de son génie scientifique. — Reproches adressés à Cauchy. — Discussion à ce sujet.

Avant de dire comment se termina cette belle vie que nous achevons de raconter, le moment nous semble venu de résumer notre travail et en même temps de le compléter par quelques traits que nous aurions pu difficilement rattacher à l'un des chapitres qui précèdent.

Ce qui frappait d'abord dans Augustin Cauchy, c'était sa physionomie noble et digne, et, tout à la fois, remplie de grâce et d'affabilité. Sa figure était distinguée, son front large et élevé, ses yeux vifs et animés; mais son regard n'avait rien de scrutateur ni d'embarrassant : on y lisait la douceur et la bienveillance. Son langage était facile et abondant, affectueux et sympathique; sa conversation plaisait par un naturel empreint de franchise et de candeur. Le sourire qui errait habituellement sur ses lèvres avait un charme indéfinissable de bonté. Sur tous les traits de cette figure, ordinairement pâle et amai-

2^4 ^^ ^'^ D*AOGUSTIlf CAUCHT.

grie, maïs expressive, on pouvait facilement suivre le» impressions mobiles de l'esprit. Prompte à se contracter sons rinfluence d'une contrariété, d'une peine quelconque, elle s'épanouissait bientôt au premier sentiment d'une difficulté vaincue, d'un obstacle surmonté. Cauch

ne savait pas dissimuler sa joie quand il était parvena à faire réussir une œuvre de charité ou à résoudre un problème difficile. Ce n'est pas toutefois que, pour cette iotetligence d'élite, l'étude des parties les plus abstraites des mathématiques eût rien qui sentit ta préoccupation ni la fatigue; c'était au contraire un jeu pour lui, d'appliquer à la solution d'une question scientifique la facilité merveilleuse dont il se sentait doué par la nature; il trouvait a sonder les profondeurs de l'Analyse le même plaisir qu'un grand artiste éprouve à tirer de son instrument de ravissants accords, ou bien à fixer sur la toile, avec un pinceau, l'idéal qui tient sa pensée en extase.

Si le savant ressentait un regret, c'était plutôt de ne pas pouvoir répandre autour de lui et faire admirer, comme il l'aurait souhaité, ces vérités d'abstraction dont la contemplation avait, pour lui-même, un si graod charme. Tout esprit intelligent et cultivé est naturellement apte à comprendre une étude philosophique, a apprécier une œuvre d'art ou de goût; mais, pour juger d'une découverte scientifique, il faut une éducation spéciale, il faut avoir été longuement initié à la méthode et au langage des géomètres. Et cependant Gauchy savait encore rendre intelligibles, par une exposition élémentaire, ses recherches les plus délicates; il avait un talent pa^ tieulier pour traduire en langue vulgaire l'écriture symbolique des mathématiques et pour rendre saisissables, même k l'esprit le plus étranger aux signes de l'algèbre, les traits essentiels des théories qu'il venait de découvrir.

^ La santé de Caucby n'avait jamais été bien robuste. Les privations dont avait souffert sa première enfance, pendant la famine qui sévit en France sous le régime de la Terreur, n'y furent peut-être pas étrangères. Il se livra de bonne heure à l'étude avec une ardeur extrême; mais si, chez lui, les forces vives de l'intelligence reçurent de ce travail un précieux accroissement, celles du corps en furent au contraire sensiblement amoindries. Avec le temps, sa constitution finit cependant par reprendre le dessus, et, quoiqu'elle ait été toujours délicate, elle offrait à l'activité nerveuse de son âme un appui suffisant, et lui permit de poursuivre', sans trop d'efforts, le cours de ses incessantes recherches; quelques rides précoces sur son large front étaient les seules traces du travail opiniâtre de sa pensée.

On a souvent remarqué que les hommes de génie avaient été frêles et maladifs. Il ne faudrait pas croire, en effet, que la plénitude de la santé soit indispensable pour le complet développement de la pensée; en réalité l'intelligence se loge difficilement dans un corps athlétique. Il ne faut pas sans doute que l'instrument fléchisse et se brise entre les mains de l'ouvrier, mais souvent un esprit fortement trempé supplée à l'insuffisance de la nature. Un caractère ferme, une volonté énergique réagissent sur les organes du corps, le relèvent dans ses défaillances et lui communiquent une vigueur dont on ne l'aurait pas cru capable. C'est ce qui arriva pour Caucby quand il fut parvenu à la maturité de l'âge ; on vit alors son talent et ses nobles qualités se produire dans tout leur éclat. Mais, avec les années, cet heureux équilibre s'altéra peu à peu et finit par se rompre tout à fait.

On a conservé des portraits de Caucby à diverses époques de sa vie. L'un d'eux, peint par Roller, et dont la

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lithographie fait partie de la galerie des eootemporans illustres, le représente à Fàge de quarante à quannt^ cinq ans, c*est-a-dire dans la force de Tâge et du talent: il est difficile d*iniaginer une figure répondant mieux à Fidéal qu'on aime à se faire d*un homme de génie. DayM d'Angers Ta représenté plus tard dans un de ces médaît- Ions ou il réussissait si bien. Les traits du savant ont pris un caractère plus sérieux ; on lui trouve un air plus itcueilli et plus méditatif; on reconnaît Thomme qui a vieilli dans Tétude ; on peut aussi y démêler une âme qui a souffert et qui a perdu'ses premières illusions au milieu des épreuves de la vie. La mort viendra bientôt achcTer le portrait en faisant briller sur cette noble figure, aa lieu d'une empreinte terrestre, Fidéal du ciel et Téclat de la vertu consommée.

Après la physionomie du corps, nous pouvons tracer la physionomie de Tàme. Celle de Gauchy avait pour traits principaux la simplicité et la modestie. Dans ses actions il n'y avait rien de faux ni d'emprunté ; tout reposait sur le fondement d'une piété solide. Il avait sans doute la conscience de son mérite et de l'importance de ses découvertes, mais s'il en parlait, c'était plutôt avec naïveté qu'avec orgueil. Dans son commerce habituel il avait des manières simples, ingénues et bienveillantes, des paroles pleines de bonté, même dans les relations passagères. S'il s'agissait de rendre un service, il était toujours prêt k obliger avec un cœur bienfaisant et libéral, et du reste avec une délicatesse extrême.

Ses amitiés étaient essentiellement solides et durables. Klles étaient fondées avant tout sur la conformité des Hrntirnents chrétiens. Amicitia aut pares invertit^ (uufacU: telle était sa devise. Un cœur craignant Dieu, une âme gouvernée par les plus pures maximes de l'Évangile,

Celles étaient les premières conditions qu'il recherchait dans un ami. On aura, du reste, une idée de ses relations d'intimité en citant les noms de quelques-unes des personnes avec lesquelles il fut le plus lié. Dans ce nombre, on trouve le marquis de Brignoles Sales, le comte de Senft, le comte de Trivulce dont il fit la connaissance pendant son séjour à Turin ; le comte Alexis de Noailles, le duc Mathieu de Montmorency ; MM. de Montalembert, de Falloux et Wallon, de l'Institut. Citons encore Frédéric Ozanam, dont il se trouvait naturellement rapproché par un même zèle pour les bonnes œuvres. Ajoutons enfin que, dans ses voyages en Italie et en Allemagne, Cauchy avait conquis les plus nobles et les plus solides amitiés, fondées sur l'estime inspirée par sa foi religieuse et politique, sur l'admiration provoquée par son généreux dévouement : à peine avait-il posé sa tente dans une ville, qu'il savait se rallier par un attrait sympathique tout ce qu'il y avait de plus éminent dans la science, la noblesse et la vertu.

Ses relations avec le monde étaient caractérisées par beaucoup d'aménité et d'abandon. D'ailleurs son commerce était toujours noble et distingué. C'était d'abord le résultat de ses qualités naturelles et le fruit de son éducation première. Son père lui avait inspiré de bonne heure le goût des manières polies. Encore enfant et écolier, il s'était trouvé en rapport, au palais du Luxembourg qu'habitait son père, avec Lagrange, Laplace et les autres membres les plus considérables du Sénat ; jeune homme, il s'était vu accueilli et même recherché par les hommes les plus distingués dans la science ; partout son mérite et ses hautes qualités lui avaient donné accès dans l'élite de la société. On pouvait seulement lui reprocher d'être un peu étranger à ces délicatesses de convention

2^6 LA VIE d'AlUGUSTIN CAUCHY.

lithographie fait partie de la galerie des contemporaios illustres» le représente à l'âge de quarante à quarantecinq ans, c'est^k-dire dans la force de l'âge et du talent; il est difficile d'imaginer une figure répondant mieux à l'idéal qu'on aime à se faire d'un homme de génie. David d'Angers l'a représenté plus tard dans un de ces médaillons où il réussissait si bien. Les traits du savant ont pris un caractère plus sérieux ; on lui trouve un air plus re* cueilli et plus méditatif; on reconnaît l'homme qui a vieilli dans l'étude ; on peut aussi y démêler une âme qui a souffert et qui a perdu'ses premières illusions au milieu des épreuves de la vie. La mort viendra bientôt achever le portrait en faisant briller sur cette noble figure, au lieu d'une empreinte terrestre, l'idéal du ciel et l'éclat de la vertu consommée.

Après la physionomie du corps, nous pouvons tracer la physionomie de l'âme. Celle de Cauchy avait pour traits principaux la simplicité et la modestie. Dans ses actions il n'y avait rien de faux ni d'emprunté ; tout reposait sur le fondement d'une piété solide. Il avait sans doute la conscience de son mérite et de l'importance de ses découvertes, mais s'il en parlait, c'était plutôt avec naïveté qu'avec orgueil. Dans son commerce habituel il avait des manières simples, ingénues et bienveillantes, des paroles pleines de bonté, même dans les relations passagères. S'il s'agissait de rendre un service, il était toujours prêt a obliger avec un cœur bienfaisant et libéral, et du reste avec une délicatesse extrême.

Ses amitiés étaient essentiellement solides et durables. Elles étaient fondées avant tout sur la conformité des sentiments chrétiens. Amicitia aut pares inçenù^ aut/acit: telle était sa devise. Un cœur craignant Dieu, une âme gouvernée par les plus pures maximes de l'Évangilei

telles étaient les premières conditions qu'il recherchait dans un ami. On aura, du reste, une idée de ses relations d'intimité en citant les noms de quelques-unes des personnes avec lesquelles il fut le plus lié. Dans ce nombre, on trouve le marquis de Brignoles Sales, le comte de Senft, le comte de Trivulce dont il fit la connaissance pendant son séjour à Turin ; le comte Alexis de Noailles, le duc Mathieu de Montmorency ; MM. de Montalembert, de Falloux et Wallon, de l'Institut. Citons encore Frédéric Ozanam, dont il se trouvait naturellement rapproché par un même zèle pour les bonnes œuvres. Ajoutons enfin que, dans ses voyages en Italie et en Allemagne, €auchy avait conquis les plus nobles et les plus solides amitiés, fondées sur l'estime inspirée par sa foi religieuse et politique, sur l'admiration provoquée par son généreux dévouement : à peine avait-il posé sa tente dans une ville, qu'il savait se rallier par un attrait sympathique tout ce qu'il y avait de plus éminent dans la science, la noblesse et la vertu.

Ses relations avec le monde étaient caractérisées par beaucoup d'aménité et d'abandon. D'ailleurs son commerce était toujours noble et distingué. C'était d'abord le résultat de ses qualités naturelles et le fruit de son éducation première. Son père lui avait inspiré de bonne heure le goût des manières polies. Encore enfant et écolier, il s'était trouvé en rapport, au palais du Luxembourg qu'habitait son père, avec Lagrange, Laplace et les autres membres les plus considérables du Sénat ; jeune homme, il s'était vu accueilli et même recherché par les hommes les plus distingués dans la science ; partout son mérite et ses hautes qualités lui avaient donné accès dans l'élite de la société. On pouvait seulement lui reprocher d'être un peu étranger à ces délicatesses de convention

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qui constituent l'étiquette du monde ; c'était le naturel qui dominait chez lui. Il avait conservé dans Tàge mûr toute la candeur de Tenfance, mais il avait aussi quelquefois les défauts de cette qualité. Les anciens racontaient que la fontaine d'Âréthuse traversait la mer sans s'y mêler et sans perdre la pureté de ses eaux ; on peat dire de même de Gauchy qu'il traversait les sociétés da monde les plus illustres tout en conservant sa physionomie originale, qui, par sa naïveté même, se faisait aimer davantage. Quelques personnes, peu au courant de ses habitudes, étaient portées à le mettre au nombre de ces savants singuliers et distraits qui, toujours absorbés dans la sphère de leurs méditations et de leurs calculs, ne savent jamais en descendre pour rentrer dans la vie commune. Telle n'était point cependant sa disposition d'esprit : nul ne passait avec plus de facilité d'une occupation à une autre, d'une recherche d'analyse k une étude littéraire, d'un calcul difficile à une bonne œuvre. Il n'était point distrait, mais il était pressé, et il supportait diffrcilement la perte d'un temps dépensé en pures bienséances. Il y avait, du reste, un moyen infaillible de ranimer alors l'entretien, c'était de lui parler de ses œuvres charitables; son esprit, subitement réveillé, retrouvait tout son feu et toute son énergie ; une transformation s'était opérée, et, à partir de ce moment, la conversation devenait intarissable.

Un autre trait du caractère de Cauchy, c'était la sobriété, ce que les anciens appelaient temperantia ; mais ici nous exprimerons par ce mot, non-seulement la tempérance qui concerne l'usage de la fortune et des biens matériels, mais surtout celle qui se rapporte à l'ànac elle-même. Peu d'hommes se sont montrés aussi indépendants des choses qui constituent le bien-être de la

SA PHYSIONOMIE. a5l

'H lui a reproché aussi quelquefois de ne pas se tenir iz au courant de ce qui se passait autour de lui dans la Xïce^ de ne pas faire assez large la part de son temps 1 donnait à la lecture des travaux de ses confrères, ^es émules. Il en est résulté, en effet, que plusieurs ^es œuvres semblent difficiles à aborder, comme une ^ii Ton n'aperçoit pas de rivage; mais si l'on considère Progrès général de la science, a-t-elle donc à regretter défaut qui lui a valu tant de méthodes neuves et fécon- ? Chacun suit la pente de son génie. Celui d'Augustin chy était de produire et d'avancer sans cesse. Les nées mathématiques, comme les sciences d'observa- , ont besoin sans doute de rencontrer des esprits litatifs et patients qui résument dans de lumineux >sés, en les complétant eux-mêmes, les œuvres sucives de plusieurs générations de savants, et qui, par arté du classement et de la méthode, impriment aux aux qu'ils perfectionnent ou rectifient une forme tée et presque définitive, du moins en attendant un veau progrès. Mais la science se trouve bien aussi de montrer, de temps à autre, de ces hommes qui frayent oute, qui déplacent les bornes des connaissances laines et qui, semblables aux pionniers de l'Améle, préparent de nouveaux champs de travail aux érations à venir.

el était Cauchy. On doit l'excuser de n'avoir pas jours eu le temps de s'occuper des publications d'au- , quand il n'a pas trouvé dans le cours de sa propre le loisir nécessaire pour relier et classer ses travaux sonnels. Ne semblait-il pas même, par instant, oublier découvertes antérieures lorsque, l'abondance de son ie le portant de nouveau vers un but déjà entrevu, 3 surprenait à refaire quelques parties d'un précédent

Mémoire? Depuis vingt ans et plus, les instaocesdeftliie famille et de ses confrères pressaient Augustin CaocIfliB de refondre» dans un grand corps d'ouvrage» les Mi» In moires détachés qu'il avait produits en si grand noiiiki,1ir à mesure qu'il se sentait inspiré, sur tel ou tel sujel?!» ne pouvait souffrir en effet qu'une idée nouvelle reHili captive dans son esprit» et l'intervalle de huit jours pif sépare les séances de l'Académie lui semblait quelquefabli bien long» telle était son impatience de cooimuDiqucrkli ses collègues tout ce qui» dans ses recherches» poovak Ii intéresser la science. Lorsqu'on lui faisait remarqurl combien une méthode de classement et d'ensemble dot* 1 nerait de prix à ses divers travaux» combien surtout dkl en faciliterait l'étude aux jeunes savants, pour lesq«di| son affection était si paternelle» il se laissait persuate aisément. Il prenait de tout cœur la résolution de seoMltre à l'œuvre et d'y consacrer tout le temps que ne réclameraient pas d'autres devoirs. Puis» à peine avait-il saii la plume pour écrire son livre, qu'une idée nouvelle sa^ venant aussitôt Tentrainait, par un charme invîncible»à la poursuite d'un résultat important dont il jouissait déjà par avance» comme un chasseur qu'une proie plus belle détourne de la Irace qu'il avait d'abord suivie. Mais q« pourrait s'en plaindre» s'il est vrai, comme FassureoC lef maîtres de la science, que ces résultats atteints presque à la dérobée, et qui semblaient le distraire d'une manière regrettable de l'accomplissement d'un grand desseii. reniormcnt, au contraire, des éléments d'étude du plo^ haut prix pour les savants futurs ?

L'unique moyen de contenir sa verve, de la faire reatrcr comme un fleuve trop abondant dans son lit» c*eit été» sans nul doute, cet exercice du professorat doot il sentait lui-même qu'il avait besoin pour compléter sa

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ine. Les fonctions de professeur ne lui offraient pas seurinnent la satisfaction de ce sentiment d'expansion génédMise qui le portait à se mettre en communication intime rifrec les jeunes gens des écoles qu'il aimait, qu'il admet- ^it dans son cabinet de travail comme dans son salon, iivec lesquels il s'entretenait familièrement en ami plutôt i|B'eD maître; son enseignement n'eût pas été moins iilile au progrès de la science qu'à celui de ses élèves. ^ nécessité d'exposer oralement ses idées l'aurait obligé ^. en dessiner, pour ainsi dire, plus nettement les con- |0urs. Lorsqu'il enseignait ses méthodes, il leur donnait ^us de précision et de netteté, il en coordonnait avec ^us de soin les principes. La craie à la main, ses for- ^nnles s'exprimaient, ce semble, plus aisément sur le ^iy>leau qu'elles n'eussent pu le faire avec la plume dans iMB cahiers, car son génie si fécond retrouvait encore au eontact de ses auditeurs une activité nouvelle, et un >nyon de joie illuminait les traits de sa figure lorsque la I démonstration qu'il cherchait à rendre sensible frap- Ipait d'évidence son auditoire. Son cours terminé, ses leçons se seraient classées d'elles-mêmes pour former les j chapitres d'un livre. On l'a vu par les seuls volumes qu'il , lit publiés en corps d'ouvrage sur le calcul infinitésimal^ et qui n'ont fait que reproduire ses leçons données à rÉcoIe Polytechnique. Qui peut douter que dans des cours libres, comme ceux du Collège de France et de la Sorbonne, où il eût été maitre de choisir chaque année le progranfime de son enseignement, il n'eût développé successivement, dans toutes leurs conséquences, ces belles théories d'Analyse mathématique, de Physique et d'Astronomie auxquelles son nom restera particulièrement attaché?

Si l'on veut, du reste, apprécier convenablement le génie

^54 LA VIE d'augustin caucht.

de Cauchy, il suffira de rappeler les témoigna^ies <(■ lui ont rendus les savants les plus illustres. A tousccn qui ont déjà été cités, je joindrai ici celui d*un géomêlR éminent qui, pendant sa trop courte carrière, a enricki la science de plusieurs découvertes capitales. Le Norvégien Âbel avouait hautement que c'était dans les osvrages de Cauchy qu'il avait puisé les premières idéa de ses recherches, et il écrivait un jour que c parai les savants de Tépoque, Cauchy était celui qui compRnait le mieux comment il fallait étudier les mathén»tiques. >

Toutefois, à côté des éloges, il y eut des critiques plos ou moins vives, et il faut bien reconnaître queCauchj, soit comme savant, soit comme homme privé, n'a pu toujours été jugé avec bienveillance, que même quelques appréciations ont manqué a son égard de justice et dispartialité. Il était difficile qu'en beaucoup de circoDstances un homme d'un si rare talent ne fût pas exposé à être J'objet de l'envie. Cauchy eut des envieux, il eot des adversaires, et, malgré ta noblesse et la bonté de soi caractère, on pourrait aller peut-être jusqu'à dire qu'il eut des ennemis. Il est bien loin de ma pensée de vouloir raviver des préventions que le temps a déjà fort affaiblies, mais il n'est cependant pas possible de passer complètement sous silence ce côté triste de la vie da grand géomètre. C'est un fait trop connu que Cauchy ne rencontra pas toujours dans le monde savant, et même auprès de plusieurs de ses collègues de l'Institut, les sympathies dues à son mérile et à sa personne. Dans plusieurs occasions il fut l'objet de tracasseries injustes, et, plus d'une fois, des hommes que leur rang et leur talent devaient mettre au-dessus des passions vulgaires protitèrent de telle circonstance, où le savant pouvait se

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vie. Les fonctions de professeur ne lui offraient pas seulement la satisfaction de ce sentiment d'expansion généreuse qui le portait à se mettre en communication intime avec les jeunes gens des écoles qu'il aimait, qu'il admettait dans son cabinet de travail comme dans son salon, avec lesquels il s'entretenait familièrement en ami plutôt qu'en maître; son enseignement n'eût pas été moins atile au progrès de la science qu'à celui de ses élèves. La nécessité d'exposer oralement ses idées l'aurait obligé à en dessiner, pour ainsi dire, plus nettement les contours. Lorsqu'il enseignait ses méthodes, il leur donnait plus de précision et de netteté, il en coordonnait avec plus de soin les principes. La craie à la main, ses formules s'exprimaient, ce semble, plus aisément sur le tableau qu'elles n'eussent pu le faire avec la plume dans ses cahiers, car son génie si fécond retrouvait encore au contact de ses auditeurs une activité nouvelle, et un rayon de joie illuminait les traits de sa figure lorsque la démonstration qu'il cherchait à rendre sensible frappait d'évidence son auditoire. Son cours terminé, ses leçons se seraient classées d'elles-mêmes pour former les chapitres d'un livre. On l'a vu par les seuls volumes qu'il ait publiés en corps d'ouvrage sur le calcul infinitésimal^ •t qui n'ont fait que reproduire ses leçons données à inScole Polytechnique. Qui peut douter que dans des cours libres, comme ceux du Collège de France et de la Sorbonne» où il eût été maître de choisir chaque année le progranfime de son enseignement, il n'eût développé successivement, dans toutes leurs conséquences, ces belles théories d'Analyse mathématique, de Physique et 4' Astronomie auxquelles son nom restera particulièrement attaché?

Si Ton veut» du reste, apprécier convenablement le génie

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de Cauchy, il suffira de rappeler les témoignantes que lui ont rendus les savants les plus illustres. A tous ceux qui ont déjà été cités, je joindrai ici celui d'un géomètre éminent qui, pendant sa trop courte carrière, a enrichi la science de plusieurs découvertes capitales. Le Norvégien Âbel avouait hautement que c'était dans les ouvrages de Cauchy qu'il avait puisé les premières idées de ses recherches, et il écrivait un jour que c parmi les savants de l'époque, Cauchy était celui qui comprenait le mieux comment il fallait étudier les mathématiques, i

Toutefois, à côté des éloges, il y eut des critiques plus ou moins vives, et il faut bien reconnaître que Cauchy, soit comme savant, soit comme homme privé, n'a pas toujours été jugé avec bienveillance, que même quelques appréciations ont manqué à son égard de justice et d'impartialité. Il était diilicile qu'en beaucoup de circonstances un homme d'un si rare talent ne fût pas exposé à être l'objet de l'envie. Cauchy eut des envieux, il eut des adversaires, et, malgré la noblesse et la bonté de son caractère, on pourrait aller peut-être jusqu'à dire qu'il eut des ennemis. II est bien loin de ma pensée de vou- L loir raviver des préventions que le temps a déjà fort ^ affaiblies, mais il n'est cependant pas possible de passer complètement sous silence ce côté triste de la vie du grand géomètre. C'est un fait trop connu que Cauchy ne rencontra pas toujours dans le monde savant, et même auprès de plusieurs de ses collègues de l'Instituti les sympathies dues à son mérite et à sa personne. Dans plusieurs occasions il fut l'objet de tracasseries injustes, et, plus d'une fois, des hommes que leur rang et leur talent devaient mettre au-dessus des passions vulgaires profitèrent de telle circonstance, où le savant pouvait se

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I science dans Texercice de Fun de ses droits les plus intimes, et, par là même, échappe à^toute discussion.

On voit en résumé quelle est la nature des critiques dont Cauchy a été l'objet; la plupart pe portent que sur ^des suppositions gratuites ou hasardées, et enfin, lors !^ même qu'on voudrait leur attribuer quelque valeur et - quelque poids, elles n'ôtent rien à sa gloire et n'altèrent ^ aucun des traits essentiels de sa noble figure. C'est ce ^ que je tenais surtout à établir.

M. Biot, en commençant la remarquable Notice ( i ) qui ■ est déjà connue de nos lecteurs, exprimait cette pensée : t Qu'il y avait un intérêt moral, autant que scientifique, à montrer au public de notre temps, sous ses traits véritables, comme savant et comme homme, le mathématicien illustre que l'Académie venait de perdre.... La vie d'Augustin Cauchy, ajoutait-il, offre en effet un exemple complet de la vertu chrétienne, unie aux plus hautes facultés de l'intelligence. Il a été l'un des géomètres les plus éminents que la France ait produits; et son caractère personnel n'a pas été moins remarquable que son génie mathématique, t

Tel est le jugement porté sur Cauchy par un homme qui fut le témoin intime de sa vie, par un Académicien illustre qui possédait à un haut degré le sentiment des exigences de l'honneur et de la dignité humaine, et dont chacun se plait à reconnaître le sens intègre et la scrupuleuse impartialité. Après avoir signalé les critiques et énuméré les reproches, il n'était pas inutile de rapprocher ce témoignage décisif de tous ceux que nous avons eu déjà l'occasion de rappeler, et de laisser une voix aussi imposante dire, en quelque sorte, à notre place, le der-

(i) Lettre de M. Biot à M. de Falloux.

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nier mot de ce Chapitre. Les appréciations d*un biographe peuvent quelquefois paraître suspectes: on se tient uturellement en garde contre les sentiments que peut Im inspirer une admiration indulgente; mais quand on îoit une foule d'hommes, non moins considérables par la sipériorité de leur talent que vénérés pour la noblesse de leur caractère» se rencontrer dans un hommage unanine à regard d*un de leurs contemporains, on ne peut s>bpëcher de trouver dans cet accord un gage certain di jugement définitif que la postérité devra prononcer à soi tour.

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