INTRODUCTION. XIX
leurs propres pensées et rendre stériles leurs qualités éminentes, pour les avoir séparées de la source féconde qui pouvait seule les vivifier.
Voulons-nous savoir à quoi mènent les hautes sciences et le fruit qu'on doit en tirer? Écoulons encore, sur ce sujet, les sages conseils que Bossuet adressait aux savants de son temps (i) : t Philosophes de nos jours, de quelque rang que vous soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la nature inférieure, et attachés à ce qu'on appelle physique, ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans les autres ; je ne veux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées, car, de vérité en vérité, vous pouvez aller jusqu'à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source delà vérité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et invariables, qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en eux-mêmes, et néanmoins au-dessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences, mais ne vous y laissez point absorber. Ne présumez pas, et ne croyez pas être en quelque chose plus que les autres, parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses;
(i) Élévations sur les mystères y XVII* semaine, 3' élévation.
XX LA VIE d'aUGUSTIN CAUCHY. — INTRODUCTION.
vaine pâture des esprils curieux et faibles qui, après lout, ne mène à rien qui existe, et qui n'a rien de solide qu'autant que, par Tamour de la vérité et l'habitude de la connaître dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul. >
Tels sont les grands principes qu'il ne faut pas se lasser de proclamer, et jamais peut-être il n'a été plus opportun d'en rappeler le souvenir. Rendre à la Science sa dignité et son véritable caractère, en remontant h sa céleste origine, est un des intérêts les plus pressants de notre époque.
Je viens, après tant d'autres, apporter à cette cause un effort modeste mais dévoué. Je laisserai à de plus habiles le soin de revendiquer les droits de la raison méconnue ou de la foi outragée; je me contenterai de donner, par l'exemple d'un savant de génie, une réfutation pratique de l'erreur. Les grands hommes des siècles précédents avaient déjà laissé, à cet égard, de magnifiques enseignements; Augustin Cauchy est venu nous apprendre que leurs nobles traditions ne sont point perdues. Hâtonsnous d'ailleurs d'ajouter que si, parmi les hommes célèbres de notre temps, il brille au premier rang par la puissance de son génie et par la pureté de sa foi, il ne serait pas difficile de montrer à sa suite de nombreux et d'illustres imitateurs.