‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 18 sur 52 · RS · texte numérisé non relu

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furent toujours considérées par eux comme l’œuvre monstrueuse d’une imagination bizarre et désordonnée.

Un des plus fins juges littéraires du XVI siècle, le cardinal du Perron, accuse le poète « d’aller son grand chemin sans suivre aucune règle établie par les anciens qui ont écrit (1) ». Ce reproche est encore exprimé par Sainte-Marthe qui, dit-il, « reproduit l’opinion de quelques sçavans hommes (2) »; d’après eux, du Bartas devait être mis plutôt au nombre des historiens que parmi les poètes. Nous nous sommes déjà suffisamment expliqué sur des critiques de ce genre pour n'avoir pas à y revenir. Î1 y a peu d'intelligence à accuser le poète « d’aller son grand chemin. » Devait-il, dans sa première Semaine, mener sur-le-champ le lecteur in medias res, suivant le précepte d'Horace et l'exemple de Virgile, en commençant par le 3° ou le 4° jour? Et, dans la seconde, pouvait-il, en négligeant l’ordre chronologique, s’égarer à l'aventure dans l’histoire, souvent si confuse par elle-même, du peuple hébreu ? Quant à appeler du Bartas un historien plutôt qu'un poète, le nom ne fait rien à l'affaire, pourvu que l’on veuille reconnaitre en ses «histoires » quelques-unes des plus plus hautes qualités qui distinguent et font le poète.

Michel Quillian, sieur de la Touche, dans l'argument du 1® jour de sa Dernière Semaine, poème justement oublié (3), est vanté d’avoir su échapper à une critique souvent dirigée contre du Bartas et relative à la conduite de sa Création. « Pour asseoir, y est-il dit, le fondement de son œuvre entier, Quillian use d’une fiction fort à propos en évitant le blasme où est tombé le sieur du Bartas à l’endroit de plusieurs, par faute d’avoir coloré sa 1° Semaine de quelque fiction poétique. Celle-là donc, de laquelle nostre autheur use, est telle qu’il feint, sur la fin de ce premier jour, luy estre apparu en songe l'ombre d’un vieillard qui luy monstre en vision le subjet des six jours ensuyvans. » Si c’est là, comme il faut le penser d’après ce passage, un des griefs les plus sérieux que l’on faisait valoir contre la Semaine, reconnaissons qu'il n’y a pas lieu de s'y arrêter : rien ne serait plus puéril que de soumettre une œuvre aussi

(1) Perroniana, loc. cit.

(2) Éloge de du Bartas.

(3) Paris, 1597, chez Breton,

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