‹ La vie et les œuvres de Du BartasChapitre 39 sur 52 · LATTES · texte numérisé non relu

LATTES

rassans (I, 5). Vivans seulement du jour à la journée (IT, Artif.). C'est ainsi que Molière dit : Et du nom de maris fièrement se parants; et Racine : Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants (Andr., 1004). Ces sombres regards errants à l’aventure (Brit. 380).

Souvent aussi, le participe demeure invariable, conformément à l'usage moderne. Ex.: Ses membres sentant (I, 1). Tous deux unissant ([bid.). Nous, adjoustant (I, 5), etc.

Quant au genre, le participe présent employé comme verbe ne varie pas. Ex.: Les pastourelles mariant (T, 2). La vertu congnoissant (I, 3). Les cailles couvrant (I, 40). On le trouve au pluriel masculin, avec un substantif féminin pluriel. Ex. : Tant de mers menaçans nos chefs (I, 2). Leurs dextres, pressans (Ibid.). Les dents qui maschans (I, 7).

Le gérondif ou le participe présent ne se rapportent pas nécéssairement chez du Bartas au sujet de la proposition. Il use de la même liberté que pour la construction des infinitifs. Ex. : Ou si le voile espais d’une aveugle ignorance Eust en naissant bandé les yeux de leur enfance (II, Ed.). Une jalouse peur lui becquete le cœur, voyant que (II, Imp.). Ses entrailles gourmandes Se vuident en mangeant (II, Fur.). Les écrivains du XVIT siècle n’ont aucun scrupule à construire ainsi le participe présent. Boileau dit : Si son astre en naissant ne l’a formé poète; et Racine : Je vois qu'en m'écoutant vos vœux au ciel s'adressent.

. Du Bartas emploie le participe présent dans un sens conditionnel. Ex. : Au contraire prenant la brillante clarté Des saincts ambassadeurs de sa divinité, Il craignoit... — s’il prenait (II, Imp.). Nous serions obligés, dans l’usage actuel, de dire: en prenant. Cette omission de la préposition en devant le participe présent employé comme gérondif est fort commune au XVII siècle. Il y en a dans Corneille de très nombreux exemples. Racine a dit : Que voyant de près ce spectacle charmant Je sens croître ma joie et mon étonnement {Iph. 543). Si je n’eusse songé... que pensant à moi vous penseriez aussi Qu'il faut aimer beaucoup pour obéir ainsi (Théb. 337).

L'emploi du participe passé est généralement le même que dans la langue moderne. Lorsque le complément précède, le participe est d'ordinaire variable, Ex. : Celuy qui les a joints (I, 2). Les

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torches que l'Eternel a semees (Ibid.), ete. Quelquefois le verbe auxiliaire et le participe sont séparés par le complément ; ce cas rentre dans le précédent, et, par suite, il y a accord. Ex. : Dieu a nos cris escoutez (Il, Imp.). C’est ainsi que Corneille dit : Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie (Hor.).

Cependant, même quand il suit son régime, le participe passé peut être invariable. Ex. : Qu'une guerre civile a tenu prisonniers (I, 5). Je te doy bien comgnoistre, à mastine traistresse, T'ayant dedans mon cœur quatre ans eu pour hostesse (II, Fur.). Les Vierges que Nature a paré richement (II, Voc.). Regorger tous les flots que jadis elle a beu (II, Artif.). Ceux que Jacob avoit n’aguères teint (IT, Loy). — Les exemples de constructions analogues se rencontrent très fréquemment au XVII siècle. Corneille dit : Les premiers effets qu'ait produit sa valeur (Cid. 1132). Misères Que durant notre enfance ont enduré nos pères (Cin. 174); La Bruyère : Leurs éloges qu’il n’a pas cherché (I, 127). Les hasards qu’ils ont couru (11, 119).

Quand le complément suit, le participe est invariable. Mais il y a de fréquentes exceptions. Ex. : Ils avoyent mille fois calcinée la matière (I, 2). Il en eust démolie la cité (I, 6). Où Nature a prodigue estalees Ses plus riches beautez (IT, Ed.). Cet accord du participe est très rare dans les écrivains classiques. Cependant on peut citer deux exemples de Corueille : C’est enfin à lui que mes vœux ont donnée Cette virginité (Théod. 875). Et même la gazette a souvent divulgués... (Ment. 169). :

‘ Le participe passé est souvent employé par du Bartas d’une manière absolue. Ex. : Pensez-vous Que, couverte la peau, le pesché soit couvert ? (IT, Imp.). On trouve dans Corneille quelques exemples de cette construction latine (Cf. Pompée, 1105 ; Soph., 271).

Le participe passé accompagné d’un nom a quelquefois un sens équivalent à celui qu’aurait actuellement le substantif tiré du verbe auquel appartient ce participe, avec le nom exprimé pour complément. Ex. : Sans que le frotement Ou le lict rechangé leur donne allègement (IT, Fur.). Le laurier mangé sert de rubarbe au merle (Ibid.). Cette tournure, longtemps encore après du Bartas, a été employée par les meilleurs écrivains. C’est un latinisme. Cf. Raeine : De Joas conservé l’étonnante nouvelle (Ath. 1688). Dois-je oublier Hector privé de funérailles ? (Androm., 993).

On trouve encore le latinisme suivant : Leurs rameaux ils plient, Les enlacent pliez, puis enlacez les lient (II, Artif.). Ces sortes de vers rappellent ceux dont les poètes qui florissaient dans les premières années du XV[° siècle avaient fait un genre particulier sous le nom d’anadiplosis.

L'usage des temps est à peu près le même que dans la langue actuelle. Ce qu’il y a de notable, c’est que Du Bartas passe aisément du présent au passé, ou réciproquement ; soit à l'indicatif. Ex. : Tout aussitôt qu'Adam vid nostre jour, il commence (II, Ed.); soit au subjonctif. : Ex. : Car Dieu veut que celuy par qui la torche saincte De l’immortelle loy dans Juda fust esteinte Aït esteints ses deux yeux et que son corps ne vist En la terre plus clair qu’en la foy son esprit (II, Déc.).

On trouve un verbe au singulier avec plusieurs sujets du même nombre, soit sans conjonction. Ex. : Le beau nom que l'Enfer, le Ciel, la Terre adore (Lép.). L’effroi, le bruit, l'horreur roule (II, Arche); soit avec conjonction. Ex.: Le Nord, Le Sud, l'Est et l'Ouest sans huissier entre et sort (IT, Artif). En ces vitaux esprits gist sa flamme et son air (I, 2). L’aune et le sapin ne verra jamais (I. 4). La neige, le brouillas, l’oisiveté, la nuict, Le fantosme, la peur et le somme s'enfuit (Ibid.). L’affreux regard L’espouvantable voix et le maintien hagard Prive de sens mes sens (I, 6). Les sujets sont, dans ces exemples, des noms de choses ; mais on trouve aussi, quoique plus-rarement, le singulier avec deux noms de personnes. Ex. : L’Indois et l'Espagnol ne pensoit (1, 4). Où le père et le fils moins père et fils se monstre (Il, Pères). Cette particularité dans l'accord des verbes se retrouve au XVII siècle. Racine dit: Mon repos, mon bonheur semblait être affermi (Phèd. 271); La Bruyère : Le bien et le mal est entre ses mains (I, 387).

Avec deux infinitifs pour sujets, le verbe se met au pluriel. Ex. : Mourir et non mourir estoyent en sa puissance (II, Ed.). Cf. La Bruyère : Faire le familier, prendre des libertés, marquent mieux un fat qu'un favori (I, 212).

Il se trouve encore au pluriel avec un seul sujet, du moins énoncé, au singulier. Ex.: Le temps desjà passé, qui passera, qui passe, Toujours confus ne sont qu'un temps devant sa face (Lép.).

Notons encore l’ellipse fréquente de verbes déjà exprimés, mais qui, dans le français moderne, devraient être répétés. Ex.: Ne re-

cerche en quel lieu Ce parterre fut fait des propres mains de Dieu, Si sur un mont voisin des cornes de Latone, Si dessous l'équateur (IT, Ed.). En quelle sorte ils eussent engendré, Si sans embrassement (11, Ed.). S'ils veulent une nesfle il leur faut quelquefois Traverser la longueur d’un effroyable bois, Si la mûre... = s'ils veulent la mûre (II, Artif.).

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