USAGE DES PRÉPOSITIONS
À. — Signifiant pour devant un substantif ou un pronom. Ex. : Double perte à leur maistre (II, Voc.). Que le père soit barbare à son fils (II, Bab.). Cf. Corneille : L'admirable rencontre à mon âme ravie (Clit. 669). Ce coup est un peu rude à l’esprit le plus fort (Hor. 1457); Bossuet : Les animaux qui étaient au premier homme un divertissement innocent.
Signifiant pour devant un infinitif. Ex. : Si vigoureux à faire des enfans (IT, Ciss). Cf. Corneille : Il lui faut un grand crime à tenter son devoir (Nic. 1245): Racine : Tous deux à me tromper sont-ils . d'intelligence ? (Baj. 1066); Bossuet : Infatigable à instruir& (Mich. le Tellier).
Mis pour de avec un infinitif. Ex. : Je n’ay d'autre plus grand désir qu'à mener (II, Ci®s). C£. Corneille : Nous ôtait tout prétexte à lui percer le sein (Cin. 952).
Mis pour dans, en. Ex.: Au sang d’un jouvenceau je noye l’univers (Il, Pères). Sublimant mon âme au fourneau de la foy (II, Ed.). Introduit au cabinet d’un prince (II, Col.). Cf. Corneille : Rome entière noyée au sang de ses enfants (Cin. I, 2). S'il ne revivait pas au prince Nicomède (Nic. 912).
Mis pour de avec un substantif. Ex. : Ne vous souillez point au sang de vos germains (IT, Arche).
Mis comme par. Ex. : Il marche à sauts (II, Voc.). Le roc à bonds se précipite (II, Artif.). Un feu présagieux à languettes s’allume (II, Loy.). On peut rattacher à ces exemples ceux qui suivent : Fait sortir à fils rouges son âme (II, Kur.). Voit sauter une rouge vapeur à flots (11, Art.).
Avec un infinitif précédé du verbe se laisser ou laisser. Ex. : Laisser Aux roides flots de l’ire emporter sa raison (II, Arche). Se laissent vaincre aux chants (II, Col.). Cf. Racine : Je me laissai
conduire à cet aimable guide (Iph. 501); Pascal : Ne nous laissons pas abattre à la tristesse (6° lett. à Mie de Roannez).
Notons encore les constructions suivantes :
Au long d’un clair ruisseau (Il, Ed.). Une froide sueur luy coule au long du corps ([1, Imp.); cette locution subsista au moins jusqu'à Vaugelas, qui la condamne (I, 282). Voir à clair (II, Ed.). Cf. Molière : On voit à plein le traître (Mis. I, 2).
A peut aussi exprimer la possession. Ex. : La fille à Pharaon (IT, Magn.). Cette construction est restée dans la langue populaire.
AvEC. — N’avoir rien de semblable avec (IT, Ed.).
Après. — Vieillir après la langue des Romains (II, Bab.). Cf. Corneille : Comme il est ardent après la nouveauté (Perth. 1177); Racine : Tenait après son char un vain peuple occupé (Mith. 766).
À TRAVERS. — À travers et des airs et des cieux (Tri. 1). A travers du point (II, Col.). Cf. Bossuet: A travers de ces affaires et de ces épines (Impén. 2).
AU TRAVERS. — Au travers près, torrens (II, Loy). Cf. Buffon : Le lynx ne voit pas au travers la muraille.
DE. — Du Bartas supprime quelquefois la préposition de ; après rien, quelque chose, etc., suivis d’un adjectif ou d'un adverbe, il l'emploie d'ordinaire, contrairement à l'usage de son temps qui devait se perpétuer jusqu’à Malherbe et même Vaugelas (V. Remarq. sur la lang. fr., IX, 400). Ex. : N’a rien de corporel (II, Voc.). Tout ce que de plus beau tu possèdes ici (IT, Imp.). Mais il l’omet dans les locutions suivantes : Et quoy plus ? (Jud. 2). Avant mourir (IT, Col.). Ne fait-il pas beau voir ? (IT, Cap.). Cf. Corneille : A qui venge son père il n’est rien impossible (Cid. 417).
De est souvent employé par du Bartas pour marquer le rapport que les Romains exprimaient par l’ablatif. Ex. : Louanger d’un discours fabuleux (II, Ed.). Est métamorphosé d’une vertu féconde (Ibid.). Les ruses.. dont tu nous abuses (II, Imp.). Une guiterre D'une sçavante main doctement pincetée (II, Imp.). Forcé d’un Busire (Ibid). Cet emploi de la préposition de est très commun au XVITL siècle. Cf. Corneille : Avouez franchement que pressé de la faim (Illus. 1175) ; Racine : Et d’un sceptre de fer veut être gouverné (Ath. 1395) ; Bossuet : Les canons inspirés de Dieu (Or. Le Tellier).
On trouve de même : Attaché d’épines (IL, Artif.) pour avec des épines.
De est employé où nous l'omettons, dans les constructions suivantes : Comme il estoit de vrai (Jud. 2), Lève-toy de matin (II, Bab.). Racine dit : Du matin, Ménélaüs se lève (Rem. sur l'Odyss.). Au contraire, de est omis dans l'expression pied ferme pour de pied ferme (II, Voc.).
Quand de régit plusieurs verbes à l'infinitif ou plusieurs substantifs, du Bartas n’exprime souvent la préposition qu'une fois. Ex. : Puissance D’aiguiser des humains le docte entendement Et les rendre (IT, Ed.). Armé de flamme et soufre (I, 2). Quelque relique de justice et bonté (I, 7). Cette omission est très fréquente chez Corneille. Racine a dit: Digne emploi d’un ministre ennemi des flatteurs, Choisi pour mettre un frein à ses jeunes ardeurs, De les flatter luimême et nourrir dans son âme Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme (Brit. 819).
Du Bartas emploie de avec une locution usitée très anciennement dans notre langue : Que c’est de. Ex. : Et que de nous congnus Ces fils sachent que c’est de la masle Vénus (II, Voc.). Cf. Corneille : Nous savons que c’est que de péripétie (S. du M. Var 1):
EN. — S'emploie pour sur. En champ de bataille (IT, Voc.). Nous disons encore : en champ clos.
Pour de. Ex. : En quelle sorte (II, Ed.). David devient tout en flamme (II, Troph.). Cf. La Bruyère : Les anciens nous sont inférieurs en deux manières (I, 117).
Pour à... Ex. : Rendre un peu plus douce Judith en mon endroit (Jud, 5). Cf. La Fontaine : Les marques de sa bienveillance Sont communes en mon endroit.
En lieu de s'emploie pour au lieu de. Du Bartas dit : En la terre, en l'antique chaos, etc. (I, 1).
En est omis dans les exemples suivants : Ne leur a pu rien nuire (Jud. 2). Il n'importe rien (II, Col.). Cf. Corneille : À fait beaucoup de bruit et n’a rien profité (Cin.).
Hors. — Se trouve joint directement à son complément. Ex. : Hors les murs (II, Voc.).
Parmi. — Vivant parmi la semence bastarde (II, Loy).
Pour. — Est quelquefois mis avec le sens de au lieu de comme le latin pro. Ex. : Pour les luisantes laines La courge rampe-loin ore ils vont esfeuiller (II, Art.). Pour le laurier sanglant donne-moy le
paisible (II, Troph.). Cf. Racine : Pour deux que l’on cherchait en eût présenté mille (Brit. 188).
PrÈs.— Se construit comme hors. Ex. : Passant près la Colomne (II, Col.). Près Damas (Jud. 6). Là près (Tri. 3). Nous disons encore : près la maison, près l’église, près la cour.
Sur. — À quelquefois le sens de par dessus, plus que. Ex. : Sur tous les bourgeois des flots (IT, Imp.). Et rend l’aveugle sens sur la raison vainqueur (II, Loy). Cf. Corneille: Sur toute chose (Cin. 1425). Dydime que sur tous vous semblez dédaigner (Théod. 389).
Ailleurs cette préposition s'emploie où nous mettrions vers. Ex.: Sur le jour (II, Imp.). Cf. Corneille : Sur le soir (Exam. de la veuve). Sur le départ (Tuil. 123); Racine: Sur les trois heures (Let.). — Elle peut en certains cas remplacer sous. Ex. : Sur peine de mort (II, Imp.). Cf. Corneille : Sur peine d’être ingrate (Mél. 187).
Signalons encore l’emploi des anciennes prépositions dedans, dehors, dessus, dessous, vers pour envers, joignant, etc. La plupart se retrouvent dans nos écrivains classiques.