LA VIE BT LES ŒUVRES
révélaient les crimes des tyrans et les droits des peuples étaient les sans-culottes des bibliothèques. » L'énergie du gouvernement révolutionnaire imprimera de la célérité à la confection et à l'envoi des catalogues, un règlement et une instruction ont été rédigés; « dans huit ou dix mois, le travail sera terminé... On y trouvera des résultats d'une utihté réelle sur l'imprimerie, ce bel art, qui n'eut pas d'enfance, qui me vieillira pas^ qui a fait notre révolution... et aussi des matériaux, abondans pom* l'histoire... Quand le catalogue général sera fait, nous appellerons le goût et la philosophie pour exploiter cette mine féconde... L'esprit de discernement présidera au triage, la justice en fera la répartition... Dans l'hypothèse que ce scrutin épuratoire réduise même à cinq millions le nombre des ouvrages à garder, ce serait encore plus de 55,000 volumes pour chaque
département... L'instruction est le besoin de tous... Les bibliothèques et les musées sont en quelque sorte les ateliers de l'esprit humain; que le jeune homme fréquente ces asiles, où sans cesse il pourra converser avec tous les grands hommes de tous les âges... Près d'eux l'art trouve toujours des modèles... La patrie repousse ces hommes qui étudient pour briller... Elle n'avoue pour ses enfans, que ceux qui s'occupent sans cesse de devenir meilleurs, pour la mieux servir. » La Convention adopte le projet de décret; elle ordonne l'impression du rapport, et l'envoi aux administrations de district, qui, dans la décade qui suivra la réception, lui rendront compte de la confection des catalogues. La correspondance inédite de Grégoire est remplie de documents relatifs à ce sujet: le curé de Château-Salins, lui écrit:
« Nous avons vu des livres de toute espèce enlassés dans un coin... Le curé de Bellange, qui en gémissait comme moi, a témoigné qu'en les vendant, la nation en tirerait profit... Un administrateur lui a répondu: Oui, pour propager les principes du fanatisme, nous en ferons un autodafé... Ils ont été ensachés, nous ne les avons plus vus... J'oubliais de vous dire que nous lisons vos rapports, avec joie et admiration... Je suis pour la vie votre ami, Thomassin. »
i^ juin (i3 prairial). — Au nom du comité d'agriculture, de commerce et d'instruction, Grégoire fait adopter un décret qui affecte cent cinquante mille francs à la conservation et à l'entretien des jardins botaniques*. Ce remarquable rapport fait ressortir l'utilité de ces établissements, « il faudrait les créer, s'ils n'existaient pas... Les végétaux les plus précieux à la nourriture de rhomme sont des étrangers naturalisés chez nous... Il importe de cultiver les plantes médicinales, dont Tac- (|uisition est si dispendieuse ; un docteur a compté quatre mille maladies qui peuvent nous attaquer, elles sont pour les trois quarts les enfants de l'imprudence, du luxe, de l'immoralité, elles peuvent être réduites à un très petit nombre par Veffet d'une révolution, qui, au physique et au moraly reconstitue pour ainsi direV espèce humaine... Le moment est venu de former une pharmacie indigène... Déjà l'on peut citer d'heureux essais... Nos colonies nous offrent des ressources; le Muséum est pour ainsi dire un réservoir commun, qui fournira aux autres jardins et recevra d'eux des échanges... » Il y a dans ce