‹ La vie et les œuvres de l'abbé GrégoireChapitre 32 sur 52 · Gazier, Hev. hist · texte numérisé non relu

Gazier, Hev. hist

plupart des communes, un petit Robespierre, et, tandis que le moderne Catilina a expié sa férocité sur Féchafaud, ses lieutenans sont tranquilles... Dans cette année de terreur et de crimes, où la barbarie étendait son crêpe sur le berceau de la République, les amis de la France étaient désolés... i^ Le compte rendu remplit neuf colonnes du Moniteur; on en vota l'impression. J'ai lu une lettre du curé d'Achain, le très cher ami, qui lui donne les détails les plus précis sur les dégradations et aussi des nouvelles de son vicaire Crousse.

2i décembre (i^^ nivôse). — « Persuadé que le règne de la cruauté et du délire devait avoir son terme, je n'allais pas aux séances sans avoir en poche mon discours sur la liberté des cultes ; je Tavais communiqué à mes collègues dans Tépiscopat. Une discussion sur les ridicules fêtes décadaires, dont rétablissement mort-né a coûté tant d'argent, de larmes et de sang, était l'occasion favorable, je la saisis... Vous avez fondé la République, il vous reste à en consolider l'existence et à porter remède aux troubles religieux qui agitent et désolent la France... Persécuter quelqu'un, parce qu'il est financier, ci-devant noble ou prêtre..., cette conduite est digne d'un roi... Le Gouvernement ne peut adopter, encore moins salarier aucun culte..., il doit les tenir tous dans la juste balance, empêcher qu'on ne les trouble et qu'ils ne troublent... Un peuple qui n'a pas de liberté des cultes, sera bientôt sans liberté... Les orages de la Révolution ont pu motiver quelques actes de rigueur..., ces mesures doivent céder avec le besoin... Ne parlons plus de Vinquisition, nous en avons perdu le droit, car la liberté des cultes n'est que dans les décrets, la persécution

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trouble toute la France... Lorsque, par votre ordre, nous sommes allés dans les Alpes-Maritimes et le Mont-Blanc, leur imprimer la forme républicaine, en votre nom, au nom de la loi, nous avons juré la liberté des cultes, dont ils redoutaient la perte, ils Tout perdue, et je ne veux pas être parjure. » Il flétrit les mesures odieuses que Ton prend contre la religion, Tespionnage tyrannique exercé au sein des familles, les accusations insensées de fanatisme et de superstition... «Voltaire, qui croyait en Dieu, fut un jour traité de fanatique... choisirai-je, pour fixer le sens de ce terme, les discours merveilleux concernant les déesses de la Raison, ou ceux qui chantent le Dieu de la liberté, ou la harangue, dans laquelle Clootz prêche Talhéisme, ou celle de Robespierre, qui fait à l'Être suprême l'honneur de le reconnaître ?» Il oppose la conduite des prêtres « qui se sont élancés sur la brèche pour combattre le despotisme avec celle de ceux qui à la barre, il y a un an, ont renoncé à la prêtrise... En 1790, on persécutait les prêtres pour leur faire prêter le serment ; ensuite on les persécuta pour le leur faire abjurer... La faim, les injures, les cachots ont été leur partage et on ose parler de la Saint-Barthélémy?... La persécution est toujours exécrable..., le culte catholique est celui d'une grande partie de la nation; on Ta représenté comme incompatible avec la République... Lorsqu'une loi a supprime le culte, j'ai recommandé le calme à ceux qui voulaient en réclamer la hberlé... Charles IX et Louis XIV sont-ils ressuscites et faudra-t-il nous traîner sur des rives étrangères, en mendiant un asile et la liberté? » Le président lui maintient la parole, malgré les interrupteurs. «Il faut assurer l'entière et indéfinie liberté do

tous les cultes, sauf à rappeler, dans une adresse au peuple, les règles que commande cet ordre de choses..., le moyen de concilier les jours de travail et de repos consacrés par nos idées religieuses, avec ceux que la Convention a établis... La loi existe, la loi doit être exécutée..., pourquoi le même temple qui réunira successivement les citoyens des divers cultes pour leurs actes religieux ne les réunira-t-il pas simultanément autour de la statue de la Liberté pour les fêtes civiles et politiques ? » Il termine en proposant un décret qui oblige les autorités à garantir à tous l'exercice libre de leur culte, y compris celui des fêtes décadaires. — Legendrc (de Paris) ne doute pas des bonnes intentions de Grégoire, mais il croit que son discours peut faire beaucoup de mal; il demande Tordre du jour, qui est voté au milieu des plus vifs applaudissements. Le Moniteur a caché la vérité, Grégoire la rétablit... « Ot^and j'eus fini de parler, Legendre prétendit que la religion consiste à être bon époux, bon père, bon fils, bon ami... Après ces beaux raisonnemens, on passa à l'ordre du jour, en levant les chapeaux et en criant: « Vive la République ! » comme si l'on eût remporté une victoire... Pendant les trois quarts d'heure que j'occupais la tribune, les Montagnards étaient comme des patients sur la roue, je leur fis éprouver toutes les crispations de la rage, surtout en leur représentant l'admission à la barré des prêtres apostats ; d'une part, les interruptions multipliées de la Montagne, de l'autre, les applaudissemens prolongés des tribunes formèrent un contraste pigî^a^i^*. » J'ai peine à croire at^

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