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velle note ; il précise les conditions sans lesquelles il ne peut lui accorder les sacrements de TÉglise durant sa vie et l'admettre 5 la participation des suffrages de l'Église après sa mort : M. Grégoire devra « clairement, formellement, sans déguisement, sans détour, abjurer les erreurs de la Constitution civile du clergé, dont il a été jusqu'à ce jour le fauteur, le propagateur et le défenseur, et les condamner parce qu'elles ont été condamnées par le Saint- Siège apostolique,... au jugement duquel les évêques, sauf quelques exceptions, qui ne sont d'aucun poids, ont adhéré,... en sorte que ce jugement doit être regardé... comme un jugement de l'Église universelle, encore qu'elle ne se soit pas prononcée en concile œcuménique... — Déplorer le schisme et l'intrusion dont il s'est rendu coupable... — Demander pardon à l'Église et au Saint-Siège de sa trop longue résistance... — Réclamer de leur indulgence la levée des censures qu'il a encourues... — Se soumettre à la pénitence qu'ils voudront lui imposer et réparer, autant qu'il sera en lui, le mal qu'il a fait par ses discours, ses écrits et ses actes... Puisse cette explication franche et claire ne laisser aucun doute lurles principes posés par M. l'archevêque... Daigne surtout le Seigneur éclairer M. Grégoire par une lumière de sa grâce,... de manière à ce qu'il se détermine à remplir des conditions sans lesquelles... il demeure toujours hors de la foi et de l'unité catholique, malgré les protestations vagues et générales de foi et de catholicité qu'il pourrait faire de vive voix ou par écrit. » Dans un post-scriptum, l'archevêque affirme, sous la foi du serment, qu'il a tenu la même conduite, il y a 18 mois, à l'égard de l'évêque constitutionnel de l'Aveyron, et
qu'il a été approuvé par le Saint-Père. L'abbé Baradère n'osa pas placer sous les yeux du malade les termes de cette note; il se borna à lui en faire un résumé; Grégoire fut d'avis de ne pas y répondre.
i4 mai. — L'abbé Guillon se rend chez l'archevêque, il lui expose les motifs de sa conduite, il lui offre de l'introduire dans la chambre du moribond, dont la tête est encore saine. — M*^"" de Quélen y consent, mais, durant la nuit, il change d'avis, il charge le curé de l'Assomption de le remplacer. La scène fut pénible, on discuta, on ne décida rien : « Si je pouvais, dit le curé, donner à Monseigneur quelques espérances, il viendrait vous voir. — Je suis très sensible à l'honneur que M. l'archevêque voudrait me faire, je vous prie de lui en témoigner ma reconnaissance,... mais je mourrai, comme j'ai vécu, fidèle à mes principes... S'il vient je le recevrai avec plaisir, mais je ne pourrai que lui répéter ce que je viens de vous dire... Au surplus, il est inhumain de tourmenter ainsi les derniers momens d'un vieillard, à son lit de mort ! »
i5 mai. — Rien n'a pu modifier la résolution de Grégoire ; il signe le procès-verbal rédigé, le 9 mai, par l'abbé Guillon, mais il y ajoute cette note : « Je réitère au respectable M. Guillon l'expression de ma profonde reconnaissance et de mon attachement inviolable,... reconnaissant le droit et le devoir qu'il a d'expliquer, suivant ses scnlimens et ses impressions personnelles, sa charitable conduite à mon égard, je déclare ici... qu'on n'en peut inférer de ma part aucune adhésion à ce que M. l'archevêque aurait voulu exiger. »
i7 mai, — Le refus de sacrements, la menace de fer-
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mer l'église à la dépouille mortelle de Tancien évêque de Blois, agitent ropinion publique ; on craint des troubles, on parle de mesures pour maintenir Tordre ; ses amis politiques protestent contre l'intolérance du clergé, ses ennemis insultent le vieux conventionnel, rebelle au pape et à TÉglise. L'abbé Desjardin, vicaire général, écrit à M. Baradère : « M. l'archevêque est tourmenté d'apprendre l'état d'angoisse et l'imminent danger de M. Grégoire, il voudrait aller lui offrir encore et de vive voix les secours et les consolations dje la charité la plus ardente et la plus compatissante. J'allais porter au malade l'expression de cette sollicitude... Mais on me représente qu'il est sans connaissance, que je ne serais pas admis... Chargez-vous donc de tout tenter pour obtenir son adhésion aux brefs de Pie VI et de Pie VII... » L'abbé Baradère répond sur-le-champ : a. Il n'est que trop vrai, M. Grégoire est mourant, sans connaissance depuis trois jours... 11 ne saurait correspondre à l'expression de votre sollicitude, vos prières seules peuvent en ce moment lui être utiles, devant Dieu... Les graves motifs qui ont déterminé M. Guillon à lui administrer le sacrement des mourants et le délire qui agite le malade, depuis trois jours, pendant lesquels la grâce peut agir sur son cœur, devraient vous porter à lui ouvrir les portes du temple après sa mort... Il ne comparera pas à l'athée Lalande, à l'impie Volney, qui ont été enterrés avec toutes les cérémonies religieuses... un homme qui par ses vertus chrétiennes a édifié, étonné tous ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher. »
28 mai, — L'anéantissement est complet, toutes les facultés ont disparu, la nuit précédente ; la respiration
LA Vit: ET LES ŒUVRES
/lée présage une calastroplie ; à (juatre heures après idi, sans secousse, sans effort, Grégoire s'éteint, à l'àgc e 80 ans, 5 mois et 24 jours. « Personne, dit l'abbé Baradère, n'a vu la mort avec plus de sang-froid, plus de résignation... pas une plainte, qui ne fût une prière, ses yeux baignés de larmes se portaient d'eux-mêmes sur son crucifix... Il parlait de sa mort comme d'un événement ordinaire... Il nous pressait les mains... Mes amis ne vous attristez pas, soyez les consolateurs de ma bonne mère adoptive... Ce monde est un lieu de passage et d'exil... Je pouvais, comme tant d'autres, disparaître au milieu des orages politiques, je meurs dans mon lit, entouré des secours de la religion, de la médecine, de Tamitic... Dans les plus fortes crises, il ne semblait occupé que de ceux qui l'entouraient... Dans son délire, il parlait des Haïtiens... Sa douloureuse agonie dura trois jours, on n'a pu recueillir que des paroles incohérentes, ([uelques versets de psaumes. . . Il répétait souvent : In mantes tuas commendo... Urbs Jérusalem beata... Ses yeux éleinls se portaient encore vers le crucifix, par fois il tendait les mains vers le ciel... » On avait religieusement exécuté tout ce qu'il avait demandé que l'on fît durant i^a maladie; MM. Dutrône et Duplès, conseillers à la cour, MM. Boycr père et fils, Lherminier et Fabré-Palaprat, ses médecins ordinaires, secondaient l'abbé Baradère dans les soins qu'il prodiguait au malade.
Si mai. — M. Carnot, qui a vécu dans l'intimité de Grégoire, qui a admiré sa naïve et profonde piété, nous a raconté ses funérailles; il a parlé de cette foule silencieuse et triste, qui se porte durant deux jours au domicile du défunt, qui, revêtu des habits épiscopaux, est
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exposé; la face découverte, dans une chapelle ardente, — de ces amis de la liberté qui viennent rendre hommage au noble et persévérant champion de leur cause, — de l'imprudente opiniâtreté du clergé, qui n'a laissé dans réghse que les ornements les plus usés, — de la vive fermentation qui règne dans la multitude, — des jeunes gens qui détellent les chevaux du char funèbre et le traînent à bras jusqu'au cimetière, de ce cortège d'au moins vingt mille personnes, ouvriers, étudiants, décorés de Juillet, députés de l'opposition, anciens proscrits, — il nous a conservé le discours prononcé sur la tombe par le conventionnel Thibaudeau, qui l'appelle son collègue, son ami, son honorable complice; — il ne semble pas frappé du contraste étrange qui résulte de ces paroles de haine et des violences de cette harangue impie, avec les pieuses espérances de ce vieillard, dont les testaments, qui résument si bien la vie morale et religieuse, affirment la charité et la foi, je ne dirai pas orthodoxe, mais chrétienne.
En Lorraine, on célébra sans bruit plus d'une messe de Requiem pour le salut de son âme ; j'ai vu des larmes dans les yeux de ses vieux et fidèles amis, lorsque je m'indignais devant eux contre les manifestations sacrilèges qui se produisirent, le 31 mai, au cimetière Montparnasse. A Haïti, à Saint-Domingue, sa mort fut un deuil public; le président Boyer ordonna des prières solennelles dans toute l'étendue du pays.
La presse Ubéràle attaqua l'archevêque avec violence; M. Carnot l'accuse de fanatisme, il est tenté devoir dans sa conduite « une comédie politique : le clergé ultramontain veut répondre par une victoire gagnée sur l'illustre
apôtre de la démocratie à l'aversion du peuple de Paris* . » Soyons plus justes : M. de Quélen épargne à son ministère une faiblesse coupable, il obéit à sa conscience ; ce qu'il fait pour Grégoire, il le fera sept ans plus tard pour l'un des chefs de TÉglisc constitutionnelle, Tévêque d'Autun, et ici, je ne puis m'empécher de comparer la conduite du prince de Talleyrand à son lit de mort avec celle de Tévêque de Blois. — En 1823, l'archevêque avait en vain conjuré le prince de retourner à la foi de l'Église; en 1838, l'heure de Dieu arrive. Plus heureux et plus habile que l'abbé Baradère, l'abbé Dupanloup est l'instrument de ses miséricordes. Au terme d'un gi*and âge, après une longue expérience, le diplomate ne discute pas, il adresse au souverain Pontife des déclarations brèves, précises, complètes : il blâme l'égarement et les excès du siècle auquel il a appartenu, il condanme franchement les graves erreurs qui ont troublé l'Église de France et auxquelles il a eu le malheur de participer... Jamais il n'a cessé de se regarder comme un enfaut de l'Eghse ; il déplore les actes de sa vie, qui l'ont contristée, ses derniers vœux sont pour elle et pour son chef suprême... Le Saint-Père, dans sa justice, daignera apprécier toutes les circonstances qui ont dirigé ses actions... Il s'en rapporte en tout à l'indulgence et à l'équité de l'Église et de son vénérable chef*. — 1832. Un grave conflit s'élève entre les exécuteurs testamentaires: M™° Dubois accuse Baradère d'avoir soustrait la croix et l'anneau de Grégoire ; elle obtient de faire