PHYSIOLOGIE
Toute la physiologie d'Ai-iiaud de Villeneuve dépend de sa physique. De même que dans le macrocosme, le monde naturel repose sur les quatre éléments ; de même, dans le microcosme, le corps existe, change, se renouvelle et s'altère d'après les modifications des quatre humeurs, suhstratum de la vie. Les quatre humeurs sont : le sang, le phlegme, la cholèi'e et la mélancholie.
Le sang, chaud et humide, est de la nature de l'air : il est la matière des esprits en qui la vie réside, ainsi que toute opération végétale et animale (1).
Plus conforme que toute autre humeur aux principes de vie par ses deux qualités toutes deux modérées, il nourrit mieux le corps et restaure mieux les dépenses que les autres humeurs. C'est, dit Arnaud de Villeneuve, le trésor de la nature, et de sa perte survient la mort. De même qu'on ne peut trouver un élément pur, de même on ne saurait isoler les humeurs : le sang qu'on retire par la saignée n'est qu'un mélange des quatre humeurs où le sang prédomine, il est vrai : on peut le vérifier aisément. Homogène et d'un rouge clair à .sa sortie des vaisseaux, il se divise si on le laisse à lui-même dans une coupelle en cinq couches distinctes : une portion noire au fond du vase et qui est comme le dépôt du sang; c'est la mélancholie. Au-dessus, une portion blanche, semblable à l'albumine de l'œuf, c'est le phlegme. Au milieu, le sang
(i) 102 bc,
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véritable, rouge ou rosé, d'un éclat purpurin. Plus haut, la cholère, sous l'apparence d'une écume jaune, d'une rouille brillante. Les proportions de chacune de ces humeurs doivent être les suivantes dans un sang normal : deux fois autant de sang que de phlegmc, deux ibis autant de phlegme que de cholère, deux fois autant de cholère que de mélancholie. Mais, ajoute l'auteur, cela est un peu schématique et savoir les proportions exactes est chose difficile (1). Enfin, il y a encore à isoler dans le sang deux substances.
L une, aqueuse, semblable à l'urine, surnage au-dessus du caillot sanguin : elle est très analogue au sérum du lait ; elle sert, en rendant le sang plus subtil, à lui permettre de passer à travers les veines les plus petites, pour parvenir jusqu'aux extrémités des membres.
L'autre est une substance charnue, |blanchâtre r c'est un état intermédiaire entre le sang et les membres (tissus fixes). Le sang forme, en effet, les membres par une digestion (troisième digestion) qui commence dans les grandes veines et se termine dans les petits vaisseaux des membres. Plus le sang est liquide, fluide, moins il s'y trouve de cette substance ; au contraire, s'il s'épaissit, sans dépasser une certaine limite, s'il est filant, homogène, sans matières pulvérulentes s'écrasant au doigt, plus il s'y trouve de cette substance (2).
Ce sont là des modifications que le sang subit en lui-même ; ses altérations peuvent aussi provenir des autres humeurs. Son mélange avec du phlegme le rend plus blanc, plus insipide ; avec de la mélancholie, il se trouble, devient plus grossier, noir à l'œil, acide au goût, La cholère le rend amer (3).
(i) I. 55 bb.
(o) I. 56 aa.
(ô) II. lôô ab
ANATOMIE. PHYSIOLOGIE
Le phlegme est, par son humidité, l'humeur la plus voisine du sang : il est froid et humide, insipide, de la nature de l'eau ; sous de certaines inlluences, il se métamorphose en sang'. Aussi n'a-t-il pas de réceptacle propre, mais accompagne le sang dans ses vaisseaux. C'est, dit-il ailleurs, du sang insuffisamment cuit (i) ; sa coction s'opère dans tous les organes, mais spécialement dans certains, le foie, la x-ate, par exemple : le phlegme rend le sang plus apte à nourrir les membres phlegmatiques comme la nuque et le cerveau.
C'est lui qui humecte les jointures et les articulations des membres très mobiles. Il présente différentes variétés; il est rendu mucilagineux par un excès de crudité: c'est celui qui se multiplie dans les intestins et dans l'estomac, qui s'amasse dans la vessie chez les vieillards ; la nature, qui ne peut le chasser suffisamment de l'organisme, comme elle fait chez les adultes, éloigne alors cette humeur des membres nobles et du cœur et l'envoie dans les membres extrêmes : les jambes enflent et l'on y peut produire au doigt des dépressions pathognomoniques. Le phlegme peut être clair, c'est celui du coryza, de la salivation des stomatites. Quand il est très grossier, blanc, on l'appelle phlegme gypsé ; la portion subtile en est alors pai'tie, il ne reste qu'un dépôt qui, s'il se fait dans les jointures, les pétrifie, comme on le voit dans la podagre noueuse. Le phlegme vitré ou vitreux est le plus froid de tous les phlegmes (2).
Semblable au verre fondu, il se trouve le plus souvent joint au sang ; le phlegme salé, très voisin de celui-là, a de l'affinité avec la cholère, à l'opposition du phlegme ordinaire qui se rapproche
(i) II. lô.") bc, (a) II. i6f) abt
88 AKNAUD DE VILLENEUVE
plus de la mélancliolie par sa qualité acide, et par ce fait que tous deux produisent riiorripilation (1).
Le phlegme salé se trouve souvent dans l'estomac des grands buveurs et des mangeurs d'épices ; il produit des excoriations intestinales et le tenesme anal. Le phlegme acide, joint à la mélancliolie, affecte quelquefois le caractère pontique. Il révèle alors une fermentation généralement stomachale du phlegme.
La cholère, troisième humeur, participe encore de la chaleur naturelle ; mais elle est chaude et sèche, c'est-à-dire de la nature du feu. C'est une écume du sang produite par la combustion de ce qui est subtil dans le sang, la portion la plus grosse se changeant en mélancholie. Légèrement mordante, elle est d'un jaune safran et d'autant plus rouge qu'elle est plus chaude ; l'endroit où elle se forme en plus grande quantité est la tête : elle se divise là en deux parties dont l'une va avec le sang dans les veines, l'autre dans la vésicule biliaire (2).
La partie qui accompagne le sang sert à nourrir les membres cholériques et à subtiliser le sang ; celle qui va à la vésicule a pour rôle :
1° De nourrir cette vésicule ;
2° De purifier le tube digestif en nettoyant les intestins des matières fécales et du phlegme qui y adhèi'cnt, et en excitant les intestins et les muscles de l'anus pour qu'ils sentent ce qui leur est nuisible et accélèrent l'e.xpulsion des résidus de digestion.
La cholère, pas plus que les autres humeurs, n'est donc hostile à la vie, indifférente ou nuisible à la nutrition ; toutes les humeurs ont, dans le processus physiologique, des rôles différents, mais
(i) II. 162 ab.
(•i) On ne peut s'empêcher de songer ici ù la formation de la cholestériue et des calculs biliaires à la suite d'efforts cérébraux et d'activité nerveuse.
ANATOMIE. PHYSIOLOGIE
nécessaires et ce n'est pas au seul sang qu'il est donné de nourrir ou de transformer. Ces quatre humeurs sont quatre éléments vitaux, tous indispensables au bon fonctionnement de l'individu. Nous verrons plus loin d'où est venue cette idée erronée que la cholère ou la mélancholie étaient des humeurs pathologiques.
La cholère ne présente de propriétés néfastes que dans ses variétés qui sont déjà des altérations maladives, soit qu'elle se trouve mélangée de phlegme comme dans la fièvre tierce ; ou qu'elle soit brûlée, incinérée, ce qui est la vérité la plus dangereuse ; ou mélangée de mélancholie et alors elle ressemble au sang veineux ; ses effets dans ce cas sont moins graves. En ellemême, parles modiflcations de sa propre génération, dans le foie, par exemple, par une combustion incomplète ou excessive, elle peut naître avec d'autres qualités également mauvaises ; telles sont la cholère rouillée et la colère verte ou vitelline.
La mélancholie est l'humeur la plus éloignée du principe de vie. (( Enjiemie de la. joie et de la franche expansion, ijarente de la vieillesse et de la mort, » dit Arnaud (1).
C'est une humeur froide et sèche, de la nature de la terre, dépôt du sang qui se purifie en l'abandonnant. Sa saveur participe à la fois du doux et de l'aigre. Lorsque cette humeur a été engendrée, et cela a lieu principalement dans le foie, elle se divise en deux parties : l'une accompagne le sang dans les veines, l'autre va à la rate. La portion qui se trouve mélangée au sang nourrit les membres mélancholiques, c'est-à-dire froids et secs, comme les os : elle épaissit et fortifie le sang pour qu'il puisse alimenter ces membres plus résistants. La partie qui va à la rate y va: 1" pour être évacuée ; 2° pour nourrir la rate ; 3" pour se déverser de là à l'estomac et c'est à cette action de la mélancholie sur l'estomac
(i) I. lôâ ab.
que sont dues, pour l'auteur, l'excitation de l'estomac et la sensation de faim. Arnaud invente même un canal allant directement de la rate à l'orifice de l'estomac (peut-être les vaisseaux spléniques) et qui sert à ce passage. C'est ainsi que plusieurs fois et surtout pour les questions d'anatomie, le besoin de symétrie ou de simplicité analogique a conduit Arnaud de Villeneuve à des erreurs anatomiques grossières, même pour son époque.
Comme les autres humeurs, la mélancholie peut présenter des états anormaux où les qualités primordiales prennent une intensité excessive. Si le sec prédomine, si la mélancholie nait d'une cholère brûlée, elle devient cendre (1) (résidu) de cholère et son amertume est caractéristique. Résidu de phlegme, elle est salée ou acide. Un excès de froid et de sec en fait une matière acide, d'odeur désagréable et grossière.
Ces quatre humeurs sont les quatre colonnes sur lesquelles repose l'édifice du corps : leur existence avait sufïi à bien des générations pour s'expliquer la vie et ses apparences, comme le quaternaire des éléments leur avait suffi à établir des théories cosmologiques. L'esprit plus analytique d'Arnaud chercha dans le microcosme ce qu'il avait trouvé dans le macrocosme : l'action d'une cinquième essence, plus- subtile, capable de produire les phénomènes vitaux, de mettre en rapport le ciel humain avec son monde élémentaire. Le même terme spiritus servit à désigner ce nouvel agent : il l'emploie tantôt au singulier, tantôt au pluriel 2 ; il montre cet esprit, qu'il ne définit d'ailleui-s pas, lésé tantôt par des influences matérielles : un air trop chaud, trop sec ou trop froid (3) ; l'action d'un minéral ou d'un végétal (4) ; tantôt par un
( [) La mélancolie porte souvent le nom de cendre par analogie au résidu des opérations chimiques. Cf. i3c au, (•>) i57 ac (3) i5f) ah.
(/|) ir)9f/i-.
ANATOMIE. l'HYSIOLOGIK 91
maléfice, par une présence antipathique, une passion ou par une imagination surexcitée (1).
C'est, en un mot, la forme la plus raréfiée, sous laquelle on pouvait alors concevoir la vie, quelque chose de très voisin déjà du fluide nerveux. Dans un autre passage (De parfe operativa) (2), il indique même cet esprit allant du cerveau aux organes des sens. Son bon fonctionnement permet toutes les fonctions de relation (3). Son retrait au cerveau produit la léthargie, la syncope (4), comme son arrêt de circulation local, la paralysie (5).
Cet esprit est nettement distingué des vapeurs appelées quelquefois aussi spiritus et qui émanent d'une fermentation gastrique par exemple, d'une modification d'humeurs (6).
Arnaud le rapproche de la lumière solaire et dit (7) que rien ne fortifie plus l'esprit vital que la chaleur et la lumière qui lui sont semblables. La découverte n'est pas grande, sans doute : mais c'est une preuve de plus de la parenté du spiritus physiologique à l'esprit astrologique, et cette notion garde encore dans Arnaud sa marque originelle. Répandu dans tout le corps, comme l'éther dans tout l'Univers, il est condensé dans des centres spéciaux, le cerveau par exemple (8), comme l'éther dans les centres planétaires, pour y accomplir les différentes fonctions. Malgré sa grande mobilité, il est uni instinctivement à l'organe où il se trouve et l'on ne saurait léser un coin du corps sans le blesser ; la chair détruite
(2) i54 bc.
(3) (< Spiritus animalis a quo habettir sensus et motus non potest ad ipsos nervos libère transite. » II. 28 ac.
(4) i55 aa, i55 6a.
(5) II. 28 ac, déjà cité
(6) ,Î5 ba.
(7) 91 bc. , 460 ac.
(8) 56 ba.
se reforme s'il est épargné ; s'il a été détruit, la fonction est perdue, l'organe s'atrophie (1).
Ne reconnaît-on pas là ce fluide conservateur des formes, dispensateur de la vie, dont la notion se répandait en même temps dans les sciences dites mathématiques d'alors ? Si l'on ajoute à cela qu'Arnaud place l'origine du spiritus dans le cœur (2) (monde
oyen), et qu'il indique son rôle important dans la formation des images, dans les impulsions de l'inconscient, qu'il le cite comme le médiateur entre l'âme et le corps, tantôt maître et tantôt serviteur (3), on ne saurait nier que cette conception de l'esprit vital, nouvelle dans la médecine à cette époque, ne soit l'exacte application au microcosme des théories relatives à l'esprit astral dans le macrocosme.
L'intervention de cette quinte-essence permet à Arnaud de Villeneuve, de se rendre un compte bien plus exact des modifications vitales physiologiques ou pathologiques. Les éléments sont agités dans le monde sublunaire d'un mouvement complexe dû aux résultantes des actions élémentaires dans les mixtes qui les entourent : de même, les quatre humeurs subiront les actions du spiritus d'une part, et de l'autre, les réactions des membres, déjà modifiés par les humeurs.
En outre, le monde élémentaii'e entier qui vit autour du corps soumis aux mêmes lois quaternaires, réagit sur lui par ses qualités variables de chaud, de sec, de froid et d'humide. Le corps appartient à ce monde qui en réclame sans cesse la propriété ; les marées élémentaires, le mouvement régulier et rythmique du monde sublunaire, les saisons, les heures agissent sur le corps (4), jusqu'à ce
(1) 5fi hb.
(2) I. i59 ab et II. 9.92 a.
(3) 1.^)7 6a, 157 bb.
(4) Arnaud parle àplusieurs reprises de ces révolutions cycliques de l'orga-
ANATOMIE. PHYSIOLOGIE
que le cours des années le reprenne pour le soumettre à de nouvelles obligations vitales. Le corps humain est ainsi plus mobile, plus délicat que tout autre : la loi de sa vie, le fonctionnement de ses organes, bien que soumis aux mêmes formules générales est ainsi plus complexe et, constatation qui importe surtout au physiologiste, le maintien de ce fonctionnement, la conservation de l'existence humaine, reposera sur la connaissance de ces actions qui tendent sans cesse à modifier l'état actuel du corps humain et à faire prédominer en lui l'action dès lors dangereuse, de l'une des qualités premières.
Un tempérament ne sera on effet pondéré — eucratiim — et l'état de santé atteint qu'au moment où nul excès no tendra à détruire l'équilibre obtenu entre ses qualités manifestées par ses humeurs. Chacuned'elles agissant alors harmonieusement, et selon ses propres fonctions, l'être .sera normal ; rien ne troublera le fonctionnement de la vie.
Hippocrate (Ane. médecine, S 19) avait dit que le chaud et le froid n'étaient pas mauvais en soi, mais seulement par leur excès ou prédominance. « Toutes les humeurs dans le corps sont d'au- « tant plus douces et d'autant meilleures qu'elles ont subi plus de « mélanges et l'homme se trouve dans l'état le plus favorable « quand tout demeure dans la moyenne et le repos sans que rien « manifeste une qualité prédominante. » (Trad. Littré Daremberg). Le spiritus est alors à cet état de calme qui fait du corps humain une image de l'équilibre harmonieux du ciel (1); l'homme est à l'état de santé (2), mais que le milieu vienne à changer, exaltant
nisme, II. i54, ab. — II, i6i, bc. —II, 162, ab..., etc.. La théorie des crises, des rémissions régulières s'appuie sur la même conception,
(1) ib-j ba.
(2) I. I, bc.
ARNAUD DK VILLENEUVE
l'une des qualités premières, qu'une passion vienne à émouvoir le spiritus, qu'un aliment, introduit dans le milieu intérieur y développe une action chaude ou froide, qu'un organe vienne à faiblir dans son action productrice ou destructive des humeurs, l'équilibre est rompu, le corps altéré, prêt à la maladie si une thérapeutique habile, une hygiène prudente ne viennent remédier à l'accident.
Souvent la nature elle-même, par le spiritus (1) son intermédiaire le plus rapide, veille à ces chutes, dirige les fonctions organiques.
Les organes ne sont pour Arnaud que [les lieux de formation et de destruction des quatre humeurs. C'est sur ce plan quaternaire, d'après le rôle qu'ils jouent par rapport aux quatre fluides que les organes sont classés (2).
Le foie, le cerveau, le cœur et la rate, voilà les membres importants internes; en eux, se produisent toutes les générations et destructions des liquides ; les voies d'absorption et d'excrétion ne sont que les avenues un peu délaissées de ce centre physiologique. D'ailleurs, malgré la prédominance accordée aux fonctions intimes de nutrition (3), Arnaud de Villeneuve ne néglige pas complètement l'étude de la digestion (digestion seconde) (4) de la respira-
La nature a deux instruments qu'elle envoie immédiatement aux points blessés : le sang et l'esprit. » I. i5o, aa.
(:>.) I. lo, ba. << Les sages ont divisé tout le corps humain en quatre parties : <( la première est la région des vertus animales, à savoir le cerveau et les or- <( ganes adjacents ; la deuxième est la région de la vertu spirituelle ou vitale, « cœur et organes adjacents; la troisième est la région de la vertu naturelle, « c'est-à-dire l'estomae, le foie et les intestins. La quatrième est la région de « la vertu générative.: testicule, verge, matrice et col de la matrice. »
(?) i4 ab-
(A) 56 aa.
ANATOMIE. PHYSIOLOGIE
tion (1), des sécrétions et des excrétions (2) et mêniC; il esquisse une théorie de la sensibilité (3).
Mais ses théories à ce sujet, ses observations sur le mouvement en particulier n'ont plus de rapport avec les grandes divisions admises auparavant, et dans cette contradiction si remarquable apparaît bien le double caractère de notre auteur : d'une part, traditionnel, méthodique; de l'autre, novateur et déjà savant libre et sagace observateur. Déjà nous avons parlé du sang (4), nous n'avons pas cru devoir omettre ses observations personnelles sur la nature du sang et les différents liquides qu'on y pouvait séparer ; et cependant c'était déjà une infraction à sa propre règle et le premier pas d'un dégagement hors de la tradition : ici. nous voyons mieux encore ce mélange et ces oppositions.
Les observations du fonctionnement des contractions intestinales (5) et de leur accentuation par l'action de certains excitants, du rapport des lésions stomachales et des vertiges (6), delà digestion dans les petites veinules (capillaires) (7) etc., tout cela est le résultat d'une science qui demande tout à l'observation qui note, quitte à réunir et à induire plus tard, qui ne déduit pas. Au contraire, les affirmations : qu'il existe un canal unissant la rate à l'estomac, parce que la rate doit épurer les superlluités mélancoliques; que le cerveau évacue ses humeurs par la luette (8), parce que le cerveau, origine du phlegme, source de tout rheuma ou
(1) i4 ««• — I. iJ tt'-" etc..
(2) 17 ac, 12 bb, i5 ab, 5i bc.
(5) 256 ab. II. 28 ac.
(4) Cf. plus haut, p. 92.
(5) 68 ac et 6a.
(6) 91 aa.
(7) 56 aa.
(8) 48 or.
96 AUNAUD DE VILLENEUVE
fluxion (1) doit avoir un organe émonctoire : que le vomissement provoqué est nécessaire, parce que l'estomac n'a pas, comme l'intestin, la cholère rouge pour se purifier (2); sont uniquement déductives et ne reposent que sur l'autorité de quelques noms et de quelques théories. On n'échappe pas aux erreurs d'une fausse hypothèse par un raisonnement même impeccable, par un jugement sûr : l'observation seule, le classement de faits bien enregistrés, l'étude de la nature loyalement faite sont les véritables moyens d'arrêter les écarts de la raison. Or, à l'époque d'Arnaud, cette observation directe et cette expérimentation [étaient impossibles, proscrites, condamnées par l'Eglise et par les mœurs. Il faut donc, loin de lui faire un reproche d'avoir cédé parfois à l'entrainement général, admirer au contraire tous les efforts qu'il fît pour y résister : et, vraisemblablement à en juger par certaines descriptions des oriiices de l'estomac (3), des membranes du cerveau (4) et de ses ventricules (5), des nerfs moteurs etsensitifs (6), des villosités intestinales (7), il est probable que malgré les ordonnances papales, Arnaud fut un de ceux qui disséqua des animaux et fit bouiUir des cadavres (8); le renom de magicien, la réputation terrible qu'il conserva, viennent sans doute en grande partie de ses travaux, et ses œuvres nécromantiques se bornèi'ent vraisemblablement à des études anatomiques.
(1) lôi bb.
(2) 145 ab.
(5) 12? bb.
(4) i52 bb.
(5) i37 ac, 56 ac.
(6) II, 28 ac.
(8) Hœfer fait remarquer (Op. ci<., p. 4o) que pour décrire les ulcérations de rititestin dans les cas d'empoisonnement par les arsenicaux (II, 209 ac), Arnaud avait dû faire des autopsies.