‹ La vie et les œuvres de maître Arnaud de VilleneuveChapitre 22 sur 30 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

CONCLUSION

CONCLUSION

L'œuvre de synthèse et de tusion que tous rcoliercluucnt avant Arnaud de Villeneuve, qui devait être le résultat et le couronnement de la période trouble du moyen âge, soutiendrons-nous que noire auteur l'accomplit ? Non, pas plus que Pierre d'Apono, pas plus que Lant'ranc, ni tant d'autres après eux. Un homme n'est pas concialiateur entre deux doctrines qui ont mis des siècles à se former, entre deux courants, dont les sources sont si diverses et si lointaines. Il faut du temps pour cela et bien des oscillations encore.

Quel qu'ait été l effort d'Arnaud de Villeneuve, l'exposé de ses doctrines permet déjuger quelle somme de travail il y consacra ; son œuvre n'a pas les caractères d'unité et d'harmonie qui sont le propre d'un ouvrage pensé dans son ensemble et réalisé avec méthode. On y sent encore et la hâte d'un temps arraché à l'étude, à la pratique ou à l'enseignement et l'influence encore trop intense, accentuée d'autorités et de doctrines acceptées comme indiscutables. Enfin, l'élément nouveau, le germe qu'apportaient les Arabes, mais voilé sous combien d'écorces, Tobservation de la nature, l'expérimentation réfléchie et méthodique, le respect du fait plus que de la doctrine, cet élément nouveau, Arnaud de Villeneuve le négligea quelquefois, ne le considéra pas avec la vision claire et intuitive de tout ce qu'il devait être dans l'avenir. Ces réserves faites qui expliquent comment ne furent pas plus grande encore l'action et plus féconde l'œuvre de notre auteur, nous

nous empressons de rappeler les éloges que nous n'avons pas cessé au cours de cette étude, d'accorder à son élévation morale, à la précision de ses conceptions. Nul médecin, avant lui, nul de son temps et, longtemps après lui, nul médecin n'a employé tant de méthode pour observer une maladie, tant de conscience et de soin dans la recherche des antécédents, tant de délicatesse dans le diagnostic ; et s'il se laissa trop souvent emporter aux opinions courantes et d'ailleurs difficilement discutables d'une physiologie fantaisiste, du moins fut-il un des plus érudits propagateurs des préceptes d'hygiène contre la tourbe des chercheurs d'une panacée à tous les maux, tandis que d'autre part la richesse et la variété de ses formules en font en thérapeutique un maitre qui resta longtemps indiscuté et l'un des pères de la médecine chimique.

Quel que soit d'ailleurs le point de vue auquel on puisse se placer pour le juger, et la rigueur que l'on y mette, il est un fait contre lequel ne prévaudront jamais les critiques les plus sévères : trois siècles ont vécu avec le respect d'Arnaud de Villeneuve ; médecine, chimie et physique ont conservé et perpétué la mémoire de son nom qui figure dans des milliers d'ouvrages, peut-être, dont beaucoup suscités par son influence. Arnaud a partagé cette gloire avec plusieurs autres dont la philosophie, les sciences et les lettres se sont longtemps réclamées, avec Albert le Grand, et Roger Bacon avant lui, avec Paracelse et van Helmont plus tard. Notre siècle, analyste et grand démolisseur, s'est efforcé d'enlever à tous ces noms l'auréole dont le temps les avait entourés. Je ne crois pas que, jusqu'à ce jour, le même effoi't ait été fait contre Arnaud de Villeneuve dont la gloire était sans doute moins offusquante; mais le fût-il, il resterait aussi stérile que ceux qui se sont attaqués à ces personnalités représentatives d'une idée ou d'une époque, aussi insignifiants qu'eux devant la foule des intelligences qui n'ont vécu que de l'œuvre de ces hommes, qui se sont

CONCLUSION

formés à leur enseignement, ont transmis leur parole, multiplié leur action, attestant par cela même l'originale puissance de leur pensée et la juste gloire de noms désormais consacrés pour l'avenir.

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