‹ La vie et los éerits de PlatonChapitre 34 sur 73 · L'Euthyphron, ou de la Sainteté · texte numérisé non relu

L'Euthyphron, ou de la Sainteté

II forme la seconde pièce de la quatrième trilogie d'Aristophane, la première de la première tétralogie de Thrasylle, et est qualifié par ce dernier de dialogue peirastique, d'épreuve, d'essai.

Le devin Euthyphron, sans doute le même personnage q}xe\eCratyle{2) nous fait connaître comme

(1) Oxford, 1784.

(2) 396, d. Nous ne connaissons le personnage que par Platon, et ç^eside lui que Numénius (Eusèb., Praep. Ev,^ XHI. p. 65 i, a) et Diogène, II, 29, tiennent les renseignements qu'ils nous en donnent. Vaniteux et orgueilleux, il était, d'après la peinture qu'il nous en laisse, un sot et presque un insensé. Il s'était occupé d'Homère, et ses interprétations allégoriques et étymologiques du poème, particulièrement des noms mythiques des divinités homériques, étaient ineptes et ridicules. On voit qu'il se donne des airs de théologien profond et savant. Euthyphr,,, c. 16:

IntiZrnKt^ x6l y g OéTa xiXXtara 91J); el$évai &v6pcoico>v. Diogéne de L., II, 29, raconte qu'après cet entretien, il renonça à son projet de

appartenant au dètnede Prospalta (1), rencontre, sous le portique du Roi^Socrate qui y avait été appelé pour répondre à l'assignation de Mélétus, et lui apprend qu'il intente contre son père une accusation d'homicide, en soutenant qu'il agit en cela conformément aux devoirs et à Vidée même de la sainteté. La conversation s'engage sur ce mot et les deux interlocuteurs cherchent en quoi consiste précisément ce qui est saint, analysent Tidée, l'essence même de la sainteté (2). La théologie positive, que représente Euthyphron, nous enseigne qu'il faut croire à l'existence des dieux, et ce qu'il en faut croire. Or, suivant Euthyphron, la sainteté est ce qui est agréable aux dieux. Si les récits mythologiques nous montrent les dieux divisés d'opinions sur certaines actions, c'est qu'elles ne sont ni saintes ni impies, et on peut compléter la définition , en disant que le saint est ce qui plaît à tous les dieux sans exception . Maintenant le saint plalt-il aux dieux parce qu^il est saint, ou n'est-il saint que parce qu'il platt aux

poursuivre en juftice son père, ce qui serait donner une réalité historique à cet entretien de Socrate avec Euthyphron, qui n*en a sans doute pas plus que les autres.

(1) M. V. Cousin a pris , par eireur, ce mot pour le nom de son père. Eupolis avait donné à Tune de /ses comédies le nom de ol IIpooicaXTCoi. C*est par une simple conjecture , et qui ne se fonde sur nen, que Bergk (de Corn, Attie. reliq., p. 357) a soutenu qu'Enthyphron y jouait un rôle.

(2) P. 6 , e. *£xeTvo a0t6 ta t^Ôoç^ ^ tauta xè Saia 6<na iortv ; l(pio^OL yé.p Ycou (i(^ l^^ xâ xt àvoata àvéata ttvat , %ol\ ta 6^ta , 6ffta .... Tttu'niv Tifiv l^iov .... On voit ici paraître la langue et la théorie des Idées .... L'Idée est appelée même icop dt2eiY(ia.

dieux? En un mot la vérité de Fidée morale et du^ sentiment moral dépend-elle de la volonté des dieux, ou se légitime-t-elle par elle-même? C'est là une grande question.

Plaire aux dieux, dit Platon, n'est pas Fessence et la nature même de la sainteté, ce n'en est qu'une propriété ; sans doute le saint plaît aux dieux» mais il a un titre à leur amour : c'est précisément qu'il est saint. Qu'est-ce donc que cette essence de sainteté? C'est la justice, non pas la justice tout entière, mais celle qui regarde les rapports de l'homme aux dieux. En quoi consistent ces rapports? dans des sacriûces et des prières, c'est-à-dire qu'ils aboutissent à donner aux dieux quelque chose afin de recevoir d'eux davantage. Ce serait donc une espèce de trafic. Dans ce trafic, l'on voit bien l'avantage des hommes ; mais quel est celui des dieux? Si l'on dit que le saint a la favevir des dieux , c'est-à-dire qu'il leur plaît, on retombe dans la définition précédente qui a été détruite, et on ne sait plus comment sortir de la difficulté. Le dialogue se termine en effet sans solution positive apparente, comme tant de dialogues de Platon. Mais il n*en pose pas moins tous les principes. L'idée du bien, du juste, est par ellemême sainte et sacrée, et nous lui reconnaissons ce caractère imprescriptible, non pas dans les traditions religieuses et les dogmes positifs, qui souvent la défigurent, la déshonorent ou l'abaissent, mais dans la conscience et la raison. A cette critique des superstitions païennes qui corrompaient le sens moral et la notion de la vraie piété, se mêle indirectement une

apologie de Socrate, accusé d'irréligion et d'impiété par ces mêmes hommes qui se faisaient une idée si fausse et si grossière de la religion et de la sainteté. Cette intention visible de l'auteur a sufQ à Ast (1) pour rejeter l'ouvrage, qu'il trouve d'ailleurs d'une pauvre exécution : car, dit-il, il est contre les principes du Gorgias que l'honnête homme accusé doive se défendre. Mais c'est là une interprétation erronée du GorgiaSy qui prouve seulement que l'honnête homme accusé justement doit avouer sa faute et courir au-devant de la réparation qui l'efface. Schleiermacher (2) a eu la singulière idée de lier ce dialogue au Protagoras qu'il complète , suivant lui, et au Parménide qu'il prépare et annonce. 11 faut avoir de bons yeux pour découvrir ces rapports. Stallbaum en trouve de plus naturels avec le Lâchés, où il est traité du courage, et avec le CAarmide, où il est traité de la tempérance , et même avec le Ménon, où il est traité de la sagesse : ces quatre dialogues semblent épuiser en effet la discussion sur les quatre idées morales, les quatre vertus de la tempérance, du courage, de la piété, de la sagesse. On pourrait y joindre le Criton, si la vertu de la justice n'y était pas envisagée d une façon trop populaire et trop peu philosophique.

Éditions spéciales : Forster, Oxf., 1745 et 1752, et Fr. Fischer, Leips., 1783.

(1) Platon's Leberit p. 469.

(2) Tom. n, part. H, p. 53.

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