Le Politique, ou delà Royauté
Ce dialogue logique, d'après Thrasylle qui en fait la quatrième pièce de sa seconde tétralogie, forme la seconde de la seconde trilogie d'Aristophane.
Gomme«au Théétète est lié le Sophiste^ puisque ce dernier dialogue est supposé avoir lieu le lendemain du premier (1), et çntre les mêmes interlocuteurs, le Politique est lié au Sophiste; car nous y retrouvons encore les mêmes personnages, Socrate, Théodore, l'étranger d'Élée, Théétète, plus un jeune homme du nom de Socrate, qui avait assisté aux deux précédents entretiens (2), et la conversation est censée avoir lieu le même jour que celle du Sophiste. Seulement, c'est le jeune Socrate qui répond aux interrogations de l'étranger pour
(1) PolUic.f 258, a. BeatTi^Tcp (&àv oSv «Otoc te ayni\k\la x^^i SiàXâfcav.
(a) TMét., U7, c; Soph., Î18, b.
reposer Théélète des deux entretiens antérieurs dont il a supporté toute la fatigue (1 ).
Gomme on a cherché précédemment ce qu'était le Sophiste^ on cherche maintenant ce que c'est que le Politique , et on procède de la même manière, c'est-à-dire par la division successive et persévérante de ridée la plus générale sous laquelle on puisse l'embrasser.
La Politique est une science; les sciences se divisent en sciences pratiques et sciences spéculatives ; la science spéculative se divise en science de commandement et science de jugement; la science du commandement se divise en science du commandement qui préside à la production des êtres animés, et science du commandement qui préside à la production des êtres inanimés. La science du commandement qui préside à la production des êtres animés se divise en éducation particulière et éducation com-
(1) On veut trouver (StaUb., Prolegg, ad PoUtk.^ p. 37) dans les rapports extérieurs de ces trois ouvrages, un indice certain de la date de leur composition : « Sophist» et PoliUci arctior est cum eo (TheiBteto) copulatio, quam ut vd absolutionis vel editionistempus multum diversum esse potuerit. » Et pourquoi donc? Comment 1 trente ans, quarante ans après avoir écrit un dialogue f Platon ne pouvait pas eibécrire un autre qui eût les mêmes interlocuteurs, la même méthode, et qui fût censé avoir lieu dans le même endroit, et le même jour que le premier? Schleiermacher, Plat. Werke, vol. n, part. 11,151, et K. Pr. Hermann , Geseh. u. Syst^ p. 501 et 502, croient \e Politique trèspostérieur au Sophiste, 362, b. Mais qu*on en donne donc une raison l n est Impossible de prendre une mesure plus arbitraire et plus téméraire. L^histoire se compose de faits que Timagination ne peut pas deviner, ni le raisonnement découvrir.
m une. L'éducation en commun se divise en éducation des animaux apprivoisés et éducation des animaux sauvages (J). Les animaux apprivoisés et vivant en commun habitent les uns Teau, les autres la terre ferme. Les animaux terrestres se divisent en ceux qui volent, et ceux qui marchent ; ceux qui marchent se divisent en espèces à cornes, et espèces sans cornes; l'espèce sans cornes, en animaux qui reproduisent, et en animaux qui ne reproduisent pas en s'accouplant avec d'autres espèces : ceux-ci
(1) Ici se placent quelques règles logiques sur Tart de diviser, et particulièrement celle-ci : il faut que les parUes obtenues constituent de véritables espèces ; et plus loin , 266, d, on observe que la méthode seule est importante , et que le contenu auquel elle s'applique, noble ou vil, est indifférent. La logique platonidenneest donc formelle, et ne se confond pas, comme celle de Hegel, avec l'ontologie, ou science du contenu. On retrouve p. 284, etsqq., encore des observations sur la méthode dialectique des divisions, où Platon montre en quoi Ton pèche habituellement : d'une part, en se hâtant de réunir des choses distinctes parce qu'on s'imagine qu'elles sont semblables; d'autre part, en ne divisant pas en parties et en espèces celles qui sont contenues dans un même genre. La seule et vraie méthode consiste, après avoir reconnu dans une pluralité d'objets un caractère commun, à ne pas les abandonner avant d'avoir découvert, sous cette ressemblance, toutes les différences qui peuvent se trouver dans les«spèces diverses, c'est-à-dire, à diviser la pluralité en toutes ses espèces ; et, quant aux différences qu'on remarque dans cette pluralité, de poursuivre l'examen jusqu'à ce qu'on trouve un caractère commun, une ressemblance qui permette de les enfermer dans l'unité essentielle d'un genre. Enfin, p. 267, c, la règle de la dichotomie est posée : Il faut diviser par membres naturels, xaxà (&éXiQ, quand on ne peut pas diviser par deux, car il faut toujours, dans les divisions, choisir le nombre le plus près de celui-là.
en bipèdes et en quadrupèdes, et les bipèdes en bipèdes & plumes et bipèdes sans plumes : ces derniers sont les hommes.
Un mythe nous aidera à compléter et à rectifier cette définition. Toutes les traditions rapportent que le monde a éprouvé dans sa constitution et ses lois des changements profonds. Le monde (i) est un être \ivant, et doué d*un mouvement spontané, C&îovSv aùTOfAotTov. Il a reçu de celui qui Ta ordonné, ouvapfA({<ravTo<;, la raison. Tant que Dieu préside à son mouvement, il suit un mouvement régulier, et prend une direction sage; mais il est des périodes fatales, ai iccp{oooi Tou ir()o<rr|XovT<K, OÙ il faut (2) que cessc faction de Dieu sur le monde, qui reste alors livré à lui-même. Or, comme il a un corps, et que Timmutabilité, l'identité^ la persévérance dans l'être et l'essence n'appartiennent pas à ce qui est corporel , le monde livré à lui-même prend un mouvement contraire qui trouble et bouleverse la nature entière et fait sentir ses effets déplorables sur rhomme même (3). Ce mouvement est produit par une force innée, passionnée et fatale, tt(AapiAlyY) ts xal (u{A(puTo<; im^^kk (4). Et si Dieu> le temps voulu étant arrivé ( 5 ) , ne venait pas reprendre le gouvernail du monde un instant abandonné par lui,
(î) Î72, e, ttei.
(3) Gonf. Thnée, 27, h; 36, b, c; 3S, c; 68» e.
(5) npoeX06vToc txavoû xp^^ou ... iKtvM\ ndvTcov toOtwv Xfi^'^oç IreXeciaOY), xal tAtTa6oXi^v 16 ti y^T^cvOsi.
Tunivers, assailli par Teffroyable tempête du désordre, irait sombrer, échouer, comme un navire désemparé, dans Tabtme de Tantique chaos d'où il Ta tiré déjà (1). Dieu sauve le monde menacé, et reprend la conduite de l'humanité dont il est le pasteur sage et bon. Dieu est donc le vrai Politique, celui qui s'occupe de conserver et d'améliorer le troupeau des humains confié à sa garde. Il est du moins le type idéal et le modèle du vrai roi , du vrai gouverneur, tandis que nos hommes d'État actuels ressemblent plutôt aux gouvernés. Il ne faudra pas perdre de vue ce modèle exemplaire dans nos recherches suivantes qui ont pour but de définir la vraie royauté. La discussion est reprise, et, après avoir fait observer quelques erreurs commises dans les divisions précédentes, l'étranger d'Élée recommence , en appliquant la même méthode, et en rappliquant à l'art du tisserand pris pour exemple, à chercher la définition de la vraie politique.
On distingue trois sortes de gouvernements, dont les deux premiers se peuvent diviser chacun en deux espèces, ce qui porte le nombre des formes politiques à cinq :
(1) n est impossible de mieux marquer deux causes actives coDcourant, comme le dira le Timée, coopérant à Tétat du monde, ^iva(Tta. Le chaos primitif, l*antique et primitive nature, Tè Tvic fciXatiroTè ^^aew; (OvTpo^ov (concretum uatura) est la cause de tout ce (|u'il y a de laid et de mal ; Dieu, la cause de tout ce qu*il y a de beau et de bien dans le monde tel qu'il est 273, c.
1. La monarchie ou le gouvernement d*un seul, qui règne par le consentement des citoyens et conformément aux lois ;
2. La tyrannie ou le gouvernement d'un seul qui règne contre la volonté des citoyens , et n'a de lois que celles qu'il établit arbitrairement lui** môme;