Voir comment Ja notion générale, Vidée du genre 8*accorde
G*est-à-dire apercevoir le rapport de différence qui sépare les uns des autres les individus, les espèces, et les genres.
En un mot, saisir l'identité comme la différence dans Tanalyse et la synthèse, voilà la fonction du dialecticien.
Maintenant, si nous appliquons cet art de division et de synthèse, cette perception des rapports de convenance et de différence aux cinq genres du mouvement et du repos, du même et de Tautre, et enfin de l'être, nous verrons que la nature de l'autre^ se trouvant dans tous les genres, rend chacun d'eux autre que l'être, et en fait par conséquent du non-être, puisqu'il n'est pas ce que sont les autres.Le non-être dont nous parlons ici, le non-être logique, n'est pas le contraire de l'être : c'est quelque chose d'autre. Il n'est question que des différentes significations d'un même mot (1), de différences logiques et verbales. Le non-être est donc, puisqu'il 'est l'autre. Le non -être ne supprime pas l'être
avec et péaètre dans leë espèces ou geores ioférieurs différents.
2. Comment les espèces ou genres inférieure sont contenus dans le genre supérieur ou universel.
3. Comment chaque Idée en soi forme une unité, en liant dans Tunité toutes les parties qui la composent.
4. Comment sedistinguent entre elles et se différencient une pluralité d'Idées.
(i) SopMsLf 2S1. Conf. Plut., adv. Coiot,, o* 15. « Platon a merveilleusement démontré que le t& (&^ tUan diffère de toO (&4 Sv ttvat, en ce que Tun supprime toute Texistence, et Tautre marque seulement la différence du participant et du participé,
LES ECRITS DE PLATON. 2b5
des choses auxquelles il s'applique : au coutraire, il le pose plutôt, puisqu'il établit simplement leur différence, c'est-à-dire leur donne une essence, une nature différente de Tessence des autres choses. Quant au non-ètre absolu, au néant, nous n'essaierons même pas de discuter s'il existe ou non, s'il peut ou non être défini. Il nous suffit d'avoir montré que foutre existe, c'est-à-dire que les choses contiennent un élément de différence ; que la nature de l'autre, que l'Idée de la différence pénètre dans tous les êtres quand on les compare les uns aux autres, et chacun à chacun; enfin que c'est cet élément de différence, comparé à l'être des autres choses, que nous appelons le non-être. En ce sens, de même qu'on peut dire que le non-être est, on peut dire aussi de l'être qu'il n'est pas, puisque toute chose qui est est différente de toute autre chose, et par conséquent n'est pas ces auti*es cho-* ses. La négation qui précède un mot ne signifie pas le contraire, mais seulement quelque chose de différent et d'autre (1).
Maintenant, après avoir prouvé que le non-être existe, et comment il existe, nous dirons que Terreur vient de ce que le non-être se mêle à nos pensées (2) et au langage qui en est l'exprès-
(1) C'est évidemment de ce passage qu'Aristote a Uré sa double définition du non-étre, qui tantôt signifie négation pure, àn^ ^aoK, et supprime l'existence de la chose, tantôt est relative e privative, et nie seulement quelque attribut de l'objet. Metaph,, 111, 63.
(3) Puisqu'on peut affirmer que les choses sont autres qu'eUes
sion (1), et le sophiste, dont nous cherchons la définition, est prëcisémenit celui qui mêle au hasard le non-être à ses pensées et à ses discours, ou qui possède Tart d*imiter et de produire, à l'aide de la parole, des simulacres, c'est-à-dire des imitations des choses, faites sans la connaissance vraie des choses imitées. Telle est la race et tel le sang, comme dirait Homère, du vrai sophiste (2).
Je n*ai pas hésité à donner avec une certaine étendue l'analyse de ce dialogue, aussi considérable que dirûcile. Il renferme :
ne sont, c^est-à-dire qu'elles sont ce qu'elles ne sont pas, ou ne son! pas ce qu'elles sont.
(1) C'est dans le développement de ces idées que se trouve la belle définition de la pensée : un dialogue de T&me avec ellemême, 2A4> a.
(2) A Toccasion de cette définition, on trouveencore dans Platon une division importante que nous devons laire connaître. 11 y a une puissance qui est cause que ce qui n'était pas devient , qui produit par exemple les êtres vivants, les végétaux, les métaux. On peut attribuer cette puissance poétique, créatrice, soit à la nature, considérée comme une cause mécanique et aveugle, soit à une cause douée de raison et de science, c^cst-à-dire à un dieu. Pour nous, le devenir est Pouvrage d'un dieu, xarà 0e6v aOxà yCYv€<rOai, p. 265. Mais la puissance de production de Dieu se divise en productions d'œuvres réelles et en productions d'ffuvres apparentes, telles que les songes, et la puissance de production de l'homme se divise de même en productions d'œuvres réelles, telles qu'une maison, et d'œuvres apparentes, telles que les ta* bleaux de la peinture, qui ne sont qu'une espèce de songe de notre composition, à l'usage des gens éveillés; et cet art d'imiter se divise encore suivant qu'on connaît scientifiquement ou non les choses qu'on imite ou qu'on copie, et qu'on croit ou non les savoir. Ces distinctions sont importantes, et nécessaires même, pour comprendre les théories esthétiques da Platon.
i® Une méthode de divisions et de définitions que, tout en les plaçant dans la bouche d'un Éléate, et en se permettant ainsi de les exagérer un peu et d'y mêler une légère, nuance d'ironie, Platon adopte pour son propre compte, comme il le montre ailleurs (1);
2*" Une critique des principes logiques et métaphysiques des écoles d'Élée et de Mégare ;
3"" Une exposition de la nature et des sources de Terreur, fondée sur une profonde
i"* Doctrine de Tétre et du non-étre qui n'existe qu'à la faveur de l'être, et n'est que la différence d'essence.
C'est dans cet important ouvrage que Platon, s'arrêtant sur la voie de l'idéalisme éléatique, montre que l'être, et Fétre parfait, n'est pas substance pure, nue, vide, mais vie, pensée, force, cause, par conséquent mouvement, par conséquent rapport : c'est-à-dire que l'absolu enveloppe le relatif, l'immuabilité le mouvement, la permanence le changement, l'identité la différence, l'action la passion ; en un mot, que l'être est l'unité où se concilient les contraires.
Cette profondeur d'analyse n'a pas empêché Socher de contester Tauthenticité du Sophiste (2), qu'il croit contraire au platonisme, et qu'il attribue à un mégaricien. M. Stallbaum, qui combat avec
(1) Phxdr., 265, d ; PolUic., 285, a; PhUeb., ip, c.
(2) Aristote y fait clairement an usion, Met., Y, 3. A\6 Ukixm xpéicov Tivà. oO xaxcôc ictpl t^v 9o; lottxi^v rà \kii 6v f tot^ev.
raiàon cette opinion, a tort, suivant moi, de ne voir qu'une critique ironique dans la pratique de la méthode des divisions. Outre l'édition de ce docte interprète de Platon, je ne connais à recommander que celle de Heindorf, Berlin, 1810. Porphyre avait écrit sur le Sophiste des commentaires cités par Boëce, et qui sont ou perdus ou enfouis ignorés dans les manuscrits des bibliothèques. On trouve dans Thémiste, Orat. xxm, une imitation peu pro* fitable de certaines parties de cet ouvrage*