Êpameinon, ou Épameinondas, ou Amei
nias.
Diotime.
Euclide.
Euthydème
Stratoclès.
Isarque.
Maintenant la Chronique (VAUxandrie fait naître Platon
Le jour précis, que sembleraient fixer avec certitude les fêtes par lesquelles ses disciples en
OL 89, a, qui a eu pour archonte Isarque et correspond à l'année 424 de notre ère. Eusèbe place sa naissance OL 88, 4, c*e8tà-dire eu 425, sous Tarchontat de Stratoclès; ApoUodore, Plut., Symp. <,y\l\, I, 1 ; ApuL, de Dogm, Plat.; Hermodore, 01. 88, 1» c'est à-dire en 428 ; Athénée, 1. Y, p. 217, la fixe sous Tarchontat d'Apollodore, c'est-à-dire 01. 87, 3 = 430. Diogène, UI, 3, et Fauteur des Prolegg. grecs à la philosophie de Platon, c. 3, font, le premier, naître Platon et mourir Périclès sous Tarchontat d'Ameinias. Les AUemands changent dans le texte de Diogène le nom d'Ameinias en celui d'Êpameinon, se fondant d'une part sur l'Anonyme» d'autre part sur Athénée, V, 217. Saumaise, ad Solin., p. 157, avait, au contraire, changé dans Athénée le nom d'Épameinon , auquel il avait substitué in !!i(ieîvovoc; Meursius, de Àrchont, Athen,, 1. IH, c 3, a conservé le texte d'Athénée, et même restitué d'après cette leçon le passage du Scholiaste d'Euripide qui dans l'argument d'Hippolyte portait in' 'AftsCvovoc Le second fait naître Platon sous l'archonlat d'Ameinias, pendant que vivait encore Périclès. L'auteur anonyme des Olympiades ramène la naissance de Platon à l'archontat d'Êpameinon. Or nous savons que Périclès est mort dans l'automne de l'an 429, 01. 87, 4, dans la troisième année de la guerre du Péloponnèse, et Athénée, V, p. 218, nous apprend que cet événement eut lieu sous l'archontat d'Êpameinon.
Quelle date choisir entre toutes ces dates? Et comment, si ^ériclès est mort sous, l'archonte Épameinon, et si Platon est lé sous un autre, a-t-on pu signaler un synchronisme entre es deux événements ? L'année attique commençait au mois de jdllet; l'année romaine, qui est devenue la nôtre, au mois de jaivier, en sorte que chaque année romaine correspond à deux arhontats; par exemple : l'an 429 voit la fin de l'archontat d'^oUodore et le commencement de l'archontat d'Êpameinon* Il st probable que les chronologistes ont mêlé et confondu ccsdeux manières de ci)mpter, et c'est sans doute à cette con-
célébrèrent longtemps l'anniversaire (1), présente cependant des particularités qui éveillent de très-
foston que sont dues les différences de nombre dans les années et de nom dans les archontes, différences qu*ont augmentées encore ceux qui ont voulu les corriger.
La date de la mort est plus certaine : on s'accorde généralement à la placer 01. 108, 1, qui comprend la On de Tannée 348 et le commencement de l'année 347. Mais, comme la durée exacte de la vie est très-diversement appréciée , nous ne pouvons presque rien en conclure pour fixer la date de la naissance. Les uns en effet, comme Cicéron, de Senect,, 5, Denys d'Halicarnasse, de Comp, verb., font vivre Platon quatre-vingts ans; d'autres, et c'est le plus grand nombre, quatre-vingt-un ans, comme Hermippe, cité par Diogëne, III, 2 ; Lucien, Macrob., 20; S. Augustin, de Civ, Dei, VIIL 1 1 ; Censorinus, de Die nat.f 1 5 ; les Prolégomènes, c. 6 ; Sénèque, i7p., 58, 31. Athénée, V, p. 217 , porte ce nombre à quatre-vingt-deux ans, tandis que Valère Maxime, VIII, 7, extr. 3, et Néantbès, cité par Diogène, III, 3, le poussent jusqu'à quatre-vingt-quatre.
Enfin, pour en finir avec les renseignements chronologiques, Plutarqoe, Vit. Isocrat., 2, fait Platon de sept ans, et les Prolégomènes, c. 2, aussi bien que Diogène, III, 2, de six ans plus jeune qu'Isocrate, ne 01. 86, 1, c'est-à-dire en 436.
C'est ce dernier détail qui, joint au synchronisme de la mort de Périclës, nous invite à adopter l'an 429 de notre ère : Platon sera né 01. 87, 3, qui correspond au commencement de cette année; Périclës sera mort 01. 87, 4, qui en est la On; de la sorte Platon aura sept ans de plus qu'Isocrate, et, mort en 348 aura vécu quatre-vingt-un ans accomplis.
Consulter sur la question chronologique Corsini, FasHAttui, III, 229, b, et le mémoire de Die natali Platonis, ^us xtde et in Italiam ilineribus, imprimé dans l'ouvrage de Ant^i Gorio, savant antiquaire florentin, intitulé Symbolœ litterarp, opuscula varia complectentes, Florent., i75t,8, p 80. ;
(1) Plut., Symp, Qu., 1. VHI, 1, i ; Apul., de Dogm, Platï 1.
On a remarqué que le jour où il place la conversation d se
légitimes soupçons. Socrate était né le 6 du même mois thargélioD , et les anciens eux-mêmes avaient été frappés de ce rapprochement. « Le poëte Ion , » dit Plutarque (1), a a eu raison de dire que, malgré la différence qui se trouve entre la sagesse et la fortune, leurs effets sont très-souvent semblables. Du moins elles semblent avoir disposé fort à propos la naissance de Socrate et celle de Platon , en faisant d'abord qu'elles se suivissent de fort près ; ensuite, que celle du plus âgé, et qui devait être le maître de Tautre, précédât immédiatement dans Tordre des jours celle du second. » Malgré le doute que fait naître involontairement le rapprochement trop significatif de ces deux jours de la naissance de Platon et de celle de Socrate, il n'y a peut-être là rien que de fortuit, un jeu bizarre du hasard, qui a précisément cela d'étrange, de ressembler à une intention calculée. Mais il y a autre chose encore : tandis que Socrate était né le jour où Athènes célébrait par un sacrifice solennel la naissance de Déméter Chloé, jour propice entre tous, et où Ton purifiait la ^ille (2) , son disciple venait au monde le jour où Athènes et les colonies ioniennes fêlaient à Délos la naissance d'Apollon, le dieu des arts , de la poésie, de l'éloquence.
discute la grande question de la République était le 2P du mois Thargélion; mais que conclure de là?
(1) Plut., Symp. Qu,, 1. 1.
(2) Diog. L., Il, 44; JEl, Hist, var., II, 25. *H|Upa icoXXûv %a\ àYaOÂÂv afria. C'était également le jour de naissance d'Alexandre.
le dieu de Tharmonie, de la gr&ce et de la beauté. On connaît la prédilection des néo-platoniciens pour ces mythes symboliques destinés à exprimer sous une forme populaire et poétique certaines idées ou certains rapports. A cet amour naturel chez eux de l'allégorie et du symbole, se joignait le désir d'opposer aux légendes du christianisme naissant des traditions non moins merveilleuses, et de lui enlever le privilège de s'emparer des imaginations et des âmes par l'attrait prestigieux du surnaturel, toujours puissant, et à cette époque tout-puissant sur les esprits. De là toutes sortes de mythes, et particulièrement ceux dont Platon fut l'objet , et qui le rattachent tous à Apollon.
Ce jour de naissance, coïncidant avec Tanniver- * saire de la naissance d'Apollon, semble donc choisi, comme les autres mythes qui le concernent (1), pour exprimer l'impression que faisait son génie et l'idée qu'on en concevait : il est trop significatif, trop expressif pour ne pas être suspect (2). Un si beau génie ne pouvait être le fils d'un homme :
'AvSpoç ye ôvyitoîo Ttaî; IjAfxsvai, àXXà ôeolo.
(1) C'est ainsi que Favorin , Diog. L., UI, 2, le fait naître à Égine, dans la maison de Phidiadès, fils de Thaïes.
(2) Ottfr. MûUer, the Dorions, Engl. translation y vol. I, p. 336. « According to Delian tradition, Artemis and Apollo (é6do(&a« yévni) were born on tbesixth and seventh daysof thismouth; » et en note : r It is probably a fiction that (der roaieutiscbe) Socrates was boro on the former, Plato on the latter day. »
Il fut donc le fils â*Apollon^ qui avait ordonné au mari de sa mère de ne pas s'approcher de sa femme pendant les dix premiers mois de son mariage (1 ) : ce qui ne veut pas tout à fait dire, comme rinterprëte saint Jérôme, que les traditions grecques faisaient du prince de la philosophie le fils d'une vierge (2). Nous voyons ces myUies se reproduire à toutes les époques de sa vie. A peine a»t-il vu le jour, que ses parents vont faire un sacrifice sur le mont Hymette et consacrer leur fils à Pan , aux Muses et à Apollon. C'est là, pendant le sacrifice, que des abeilles viennent déposer leur miel sur la bouche de
(1) Diog. L., m, 2; Plut, Symp,, VIU, qu. 1; Olymp., Vit, Plat,; Apul.,{fe Dogm, Plat., 1; Orig.,c. Cels,, 1. 1, 37, etl. Vl,8. OrigèDe 'Compare la cooception surnatarelle de Jésus avec îe récit de la conception de Platon par Apollon, et dans un endroit (1. VI, 8) il est d*avis que des malintentionnés seuls peuvent douter de tels récits; dan^ Tautre passage (I, 37), il dit que le récit concernant Platon appartient aux mythes, parlésquels on a vouki expliquer la sagesse et la capacité extraordinaires de certains grands hommes ; mais il laisse ici de côté le récit de la conception de Jésus : il pose donc en fait la similitude des deux récits, donne à l'un une interprétation mythique et se tait surTautre. Ce qu'il y a de remarquable dans ces traditions, c'est que la légende parait s'être formée autour du nom de Platon, presque de son vivant, si du moins il faut eo croire l'assertion de Diogène, III, 2, qui nous affirme que le bruit courant k Athènes d'une naissance surnaturelle était attesté non-seulement par Anaxilidas, dont l'époque nous est inconnue, mais par Cléarque de Soles, disciple d'Aristote, et, ce qui est plus grave encore, par Speusippe, fils de la sœur de Platon (sororis Platonis filius. S. Jérôme, Àdv. Jovin., I, 23).
(2) S. Jérom., c. Jovin,, 1. I, 23. « Sapientiœ principem non aliter arbitrantur nisi de partu virginis editum. »
8 LA VtE DE PLATON.
l'enfant endormi, afin que se vérifiât en sa personne ce beau vers d'Homère :
Toû x«\ ^TTO *{ki*ia<rri^ {a^Xitoç •{kxtxlta^ ^fv au$i^ (4).
Le jour où son père le présente à Socrat^ , il se trouve que celui-ci venait de raconter à ses amis un songe qu'il avait eu la nuit précédente. Il lui avait semblé voir s'envoler de l'autel consacré à l'Amour, dans l'Académie, un petit cygne qui se réfugia dans son sein, et s'élança ensuite vers les cieux, charmant les dieux et les hommes d'une suave mélodie (2). Platon lui-même, quelques moments avant de mourir, se voit, en songe, transformé en cygne, — c'est l'oiseau d'Apollon , — et, pour échapper aux mains des oiseleurs, volant d'arbre en arbre (3). Enfin, on remarque qu'il a atteint dans sa vie le nombre sacré et parfait 81, ce qui annonçait, dit Sénèque, une nature plus qu'humaine. De là, en l'honneur de ses mânes, un sacrifice offert par des mages qui se trouvaient par hasard à Athènes (4). En effet, ce nombre de 81 est le carré de 9, et 9 est le nombre des Muses, filles et compagnes d'Apollon. Tous ces mythes semblent donc marquer l'impression que fit son génie sur les anciens et expriment l'idée qu'ils s'en formaient. Comme Homère, dont ils aiment à le rap-
(t) Prolgg,, c. 2 ; ApuL, de Dogm* Plat,, c 1; Olympiod., c. 1.
(2) Diog. L., ni, à; ApuL, de Dogm. Plat., 1. 1; Pausau.» Mtka,
(3) Prolgg,, c. 1; Olympiod., c. 1. ^icoX).b)vtax6v yàp ta 5pvcov.
(4) Sénèq., ep. 68. « Rati aiuplioris fuisse sortis quam humans, quia consummasset perfeclissimum numerum quem Dovem novies multiplicaia componuoL »
procher, Platon est pour eux le type vivant et humain de la beauté morale, de la mesure et de rharmonie dont Apollon est le type divin (1).
Sa généalogie réelle (2) lui donnait une origine non moins glorieuse que celle que lui attribuait cette mythologie symbolique : il appartenait aux plus grandes et plus illustres familles d*Âthënes (3), et par son père comme par sa mère était de race royale et même divine. Âriston, son père, faisait remonter l'origine de sa famille jusqu'à Godrus, fils de Mélanthus y lequel descendait lui-même de Nélée et de Neptune (4). Cependant, malgré ce sang divin qui coulait dans leurs veines, ni Âriston ni son père Âristoclès n'ont laissé de traces dans l'histoire. Suivant Tusage des grandes familles de son pays, Platon prit le nom de son grand-père Aristoclès, qu'il changea plus tard, pour prendre celui sous lequel il
(1) Prolgg., c. 1. Ostoc Sè^v 6 D^dTcov, xoU XicoXXa>yiax6c... Ire Ôè xàx TGV xaipoO Tfjc "^t^Mttai Ttx{iaipô|u6a auTÔv *AicoXX(i>vi«xàv 6vTa... xavràv yà^ ixdTepoc, H)(i,T)p6c tc xal m^dtcùv iceicovOaatv, 8ià xà ivap(i6viov otOtûv xt^ ^pdasMc.*» Olympiod., c. 6, le compare également à Homère : Auo ^àp aStaitl^x^ Xe^ovrac Y^veaOat icavapt&ovtot.
(2) Nous trouvons sa généalogie maternelle tout au long dans ProcluB, in 71m., p. 25, qui corrige ceUes d*IambUque et de Théon sur quelques points importants. M. H. Martin a dressé cette table généalogique, en en faisant remarquer les points obscurs: il s'agit de savoir si Dropide et Solon étaient cousins germains ou frères. Comp. Meursius, de Arch,, 1. I,
c Xlli.
(3) Suivant Antiléon, au U** livre de sa Chronologie^ il était du dème de Collyte (Diog. L., HI, 2), qui appartenait à la tribu yEgéide.
(4) Diog. L., III, 1.
est universellement connu, et qui lui fut donné soit à cause de là largeur de sa poitrine (1), soit à cause
(1) Platon était beau et fort, si l*on en croit Épictète, Dissert, 1, 8, 13, et un beau buste que Visconti, Iconog. grecq., I, 169, pL.XVIIIf considère comme authentique : il avait les épaules hautes, et ce fut pendant quelque temps la mode, parmi les disciples de son école, d'imiter cette attitude, comme on imita plus tard le bégayement d'Aristote et la tête penchée d'Alexandre. Plut., de Discern, aduL et amie. Sa voix était faible et grêle. Diog.L.» III, 5.
Le Recueil iconographique ôe Faber *^yiconologie de Canini ^, le Trésor des Antiquités grecques de Gronovius ' contiennent des images de Platon dont les antiquaires ont contesté, il semble avec raison, Texactitude et même Tauthenticité, uniquement fondée sur une inscription grecque, gravée sur un hermcs de ce genre * et qui est apocryphe. Ce ne sont que des tètes idéales et barbues du Bacchus indien. Winckelmann ^ croyait authentique une tête gravée sur une cornaline et oruée, audessus de l'oreille, de deux ailes de papillons, qu'il considérait comme devant signifier l'immortalité de Pâme : il supposait donc que c'était comme la désignation symbolique du philosophe qui avait développé cette doctrine avec le plus de force et d'éloquence, de l'auteur du Phédon. Mais, outre que ce symbole est commun à plus d'un sujet mythologique, et que la doctrine de Pimroortalité et de la renaissance de l'âme n'est pas exclusivement propre à Platon, il est difficile d'admettre, d'après les traditions constantes delà sculpture grecque, que cette tête bouclée et ornée de perles représente l'image d'un philosophe grec. Le seul buste que Visconti reconnaisse comme authentique est celui qui est gravé dans son Iconographie et qui appartient à la galerie de Florence : c'est un buste en marbre, de la grandeur de demi-nature, qu'on peut croire être le même qui fut trouvé près d'Athènes, et au-dessous duquel on lit le
> Imagines, ii<> 112.
» PI. xLvin.
3 T. lî, p. 85.
* Mus. Capitol., 1. 1, pi. 22.
» Mon. iiiediii, n* 109.
de la beauté de son large front, soit enfin à cause du caractère large et étendu de son esprit (1).
Atic ih ic^axif xa\ àvairenTafAEVov ttjÇ (ppdtacco;.
nom du philosophe : IIXaTinv. Il est représenté à l'âge où la vieillesse n'a pas perdu la pureté et la fermeté des lignes du visage, et où elle lui donne quelque chose de grave, de vénérable, de divin; la tête est sereine, noble, belle, et, de face, a quelque analogie avec ceUe d*Homère, dont elle se distingue par Tampleur du front et Tare fortement accusé des sourcils; elle est ceinte du cordon appelé strophium, marque ordinaire des têtes de dieu. Le profil, où le caractère du type grec est peut-être plus visible, laisse apercevoir également dans le mouvement des narines, de la bouche, cet air de vanité qui parait avoir été son principal défaut, et que la lettre XIII, qui lui est attribuée, ne fait pas difficulté de reconnaître. Il est probable que ce buste, comme la statue que Cicéron possédait dans sa villa de Tusculum {Brut., 6), cosune la statue qui ornait le gymnase de Zeuxippe, à Goustantinople (Cbristodore, Analect. Brunch, f t. II, p. 459), était une copie de la statue originale exécutée par Silanion, d'Athènes, sculpteur autodidacte, qui vivait après la guerre du Péloponnèse, et aux frais d*un satrape du Pont, qui la fit placer dans l'Académie avec cette inscription : Mt0pt8àTy)c 6 *Podo6dTou II^p^c àvdptdvTa iv^Oeto IIXaTcavoc, V £(XavCa>v inoir\<n. (Diog. L., 111 , 25 , d*après Favorin.) Visconti n'est pas éloigné de croire que la statue du gymnase du Constant inople, décrite par Cbristodore, ne soit la statue originale de Silanion : il est vrai que Silanion n'a travaillé qu'en bronze ; mais, comme Diogène ne mentionne pas la matière de la statue de l'Académie, son silence, s'il n'autorise pas cette conjecture, ne la renverse certainement pas.
(1) Anonym.; Diog. L., III, 4 ; Olympiod., Sénèque, ep. 58 ; ApuL, de Doçm, Plat. Init., 1. 1; Sext. Empiric, Adv, Math., I, 258 ; Hésychius, v. nUxcov, qui cite à l'appui du nom de Platon le vers de Timon : Tûv icàvToov d' Vj^etTo icXaTvaTaToc Tzetzès Chil., VL 419 ; XI, 853.
Nous voyons ici un double procédé de nomenclature des individus : Venfant, le fils, prend le nom de son grand-père et
La famille de sa mère, Périctione ou Potone, a joué au contraire un grand rôle dans l'histoire intérieure d'Athènes et dans ses révolutions et agitations politiques. Elle se rattachait par Glaucon et Critias à Dropide, frère ou cousin de Solon, qui descendait également de Codrus (1). Critias, fils de Galla^schros, son grand-oncle, Gharmide, son oncle maternel, avaient pris parti pour le gouvernement oligarchique, et après s'y être fait, le premier surtout, une triste célébrité, étaient morts le même jour dans le combat queThrasybule livra aux Tyrans (2), et dont le succès délivra enfin Athènes de leur violente et
non celui de son père; puis souvent il le change, tantôt pour prendre celui d'un étranger, hôte de sa famille, comme le fils de Clinias prit le nom dorren et lacédémonien d'Alcibiade, tantôt pour prendre un sobriquet, qui devient un nom propre, comme Théophraste, dont le vrai nom était Tyrtame, et qui reçut son honorable surnom Stà xà Oeiov Tti; çpdaccD;; c'est encore ainsi que, d'après Suidas, Tisias reçut le nom de Stésichore, qu'il avait mérité par d'heureuses innovations introduites dans la danse et le chant des chœurs.
(1) Dropide.
Critias I.
Callaeschros, Glaucon.
Critias II, Charmide, Périctione *.
Platon, Glaucon, Adimantus.
(2) Xénoph. , Hellen.y IJ, 4', 19. *AitéôjDtvov 8' èvTaûOa twv jnèv Tptâxovra KpiTtac ... twv 8' 2v neipatet 8cxa àp^ôvrcov Xap(jLt$T]ç 6
rXaûxu>vo;.
* Celle Périctione a dû dpouscr, en premières ou deuxièmes noces, oui te Ariston, père de Ptaton, un Pyrilampe, père d'AntiplioD, qai est appelé {Parm.t 120, 6) irère, par sa mère, d« Glaucoo et d*Adimauie.
sanglante domination. Platon avait donc les relations les plus intimes avec le parti aristocratique, et semble n'avoir pas été insensible à Tillustration de sa race, qu'il mentionne avec une certaine complaisance dans le C harmide {i) el le Timée (2). C'est par cette parenté, et par suite <le ses rapports intimes avec Critias et Gharmide, qu'on a voulu expliquer le caractère de ses idées politiques et ses préférences marquées, bien qu'accompagnées de réserves expresses (3), pour le régime aristocratique dont Lacédémone était le type. Sans nier l'influence des traditions de famille, je tiens à constater qu'elles n'expli-
(1) Charmid.t 155, a. nô^^coOcv 0(uv xô xaXiv Ondpx^^ ^^^ ^^ l6Xfa>voc ovYYCveCa; ..., et 157, e. ''H te Yàp'icarp^a 0(ûv olxia y 'A KpitCou Tov Ap(i>m2ov, xal On' ^vaxpéovTorç xai t-nà £6X(i>voç, xa\ ^* dDlXciiv RoXXîiÂv «oiTiTcôv i'pctxciititaviuvT) icapoidÉ2oTai i^jûv d>; oisf jpovva xôXXet te xoX dpct*^ xai t^ ôXX^ Xc^ouévio eu^i(iOvC^
(2) Tim. 20, d. Critias» parlant de Solon» dit « ^Hv fièv oSv olxtîoc xal vçôSpa ftXo; Vi(itv Apb>ir(Sou tov icponàmcov, ce qui semble exclare Thypothèse que Solon était le frère de Dropide.
Croirait- oq que cette nuance d*orgueil est une des raisons pour lesquelles Ast rejette le dialogue du Charmide, parce que ce sentiment ne lui parait pas conforme avec le mépris que doit faire un vrai philosophe des avantages de la naissance, et avec le mot que Sénèque (ep. 44) prête à Platon : « Plato ait neminem regem non ex servis oriundum, neminem servum non ex regibus? »
(3) Par exemple, l'éducation qui, à Sparte, négligeait Tâme et ne s'occupait que du corps , la politique ambitieuse et avide de domination , la passion guerrière, l'immoralité des femmes, sont sévèrement appréciées par Platon. Rep., YUl, 547, e. et 548 ; Icgg., II , 673, c; Legg., I, G37, c; VI, 781 a VII, 806, c; Rep., Vlll, 548 : Aià ti ty); àXvi6tvYi; Movot}ç ri); titxà Xoy<i>v xe xoil 91X090çCa; ^ucXvixÉvai xai icpea^uT^pw; yvpivaaTiy.i^v {louaixii; tctiiay)xftvat.
quent pas tout, et je réserve les libres déterminations de la personne morale. C'est surtout le propre des grands esprits de se dégager des influences extérieures et de se faire eux-mftmes et eux seuls ce qu'ils sont. La fatalité des causes purement externes ne pèse pas d'un si grand poids sur Thomme , surtout sur Tbomme de génie , et il n'est nullement nécessaire qu'il hérite des opinions et des préjugés de ses pères. La politique de Platon est dans un accord trop intime avec les tendances de son maître, avec les principes de sa propre philosophie, et particulièrement avec la théorie des Idées, pour avoir besoin d'une autre explication.
Platon avait deux frères , Adimante et Glaucon, qu'on a cru longtemps être les personnages de ce nom qui figurent dans la République (1) , et une
(1) G*étoii le senUment de Plutarque, de Fraiem» amwre , c. 12; de Proclus, t. IV, p. 67, éd. Cousin, iD-8% accepté encore par Groen van Prinsterer, Prosopographia Plat,, p. 2tl. Ces deux personnages, qu'on retrouve dan« le Parménide, avec un demi-frëre nommé Antiphon, ne peuvent être les frères de Platon, parce que les deux fils d'Ariston, de la République, figurent à un coinbat livré en 456, auprès de Mégare, et parce que ce dialogue est censé avoir lieu vers 480 av. J.-G , époque à laquelle les frères de Platon n'étaient pas nés. Quant au Parménide, comment Antiphon, s'il était frère cadet de Platon, pouvait-il se trouver, avec Pythodore, ami de Zenon, et chez lequel Parménide et Zenon étaient descendus, à une date où Socrate lui-même n'était qu'un jeune homme de quinze ou seize ans? On voit éatt» le ChamUde, 158, a., un Antiphon, fils de Pyrilampe, nommé l'oncle de Charmide, qui était le frère de la mère de Platon. On peut donc supposer, avec K. Hermanu , que Pyrilampe , père d'Antiphon , avait épousé une sœur de la mère de Charmide, et qu'Ariston, mari en premières noces de cette même sœur, et père
LA VIE DE PLATON. 1o
sœur nommée Potoue, dont le fils Speusîppe succéda à son oncle dans l'Académie (1).
Aucun des éléments qui , d*après les idées des Grecs, constituaient une parfaite éducation (2), ne lui manqua. Il eut pour mattre de gymnastique Ariston d'Argos, et Ton veut même qu'il ait assez bien profité de ses leçons pour remporter deux prix aux jeux Olympiques et aux jeux Istbmiques (3). La musique lui fut enseignée par Dracon, élève du célèbre Damon, et par Métellus d*Agrigente (4). Tous ses dialogues, et particulièrement le Timée^ attestent qu'il avait poussé fort loin les études théoriques de
d'AdimanVe et de Glaucoo , était le frère d'Aristoclès , grandpère de Platon. Adimante et Glaucon de la République et du Parménide, n'auraient été que les cousins germains du père de Platon, et ne sauraient être les frères du philosophe.
(1) Diog. L.,in,4.
(2) Olyrop., Vit. Plat. : Tpîa 5à xal TaÛTa inaideuovro ol *AOiqvi^ot ica(2ec , 9Y|(Aldè Ypà(i{iaTa, |iov9tx^v, icaXaieiv.
(3) Olymp., p. I, éd. Didot; Diog. L., IH, 4, Vit. Anonym., Porphyr. ap. CyriU. c. Julian., p. 208, d.; Servius ad Virg. y«»., VI , 688 : <c Athleta enim fuit qui post omnium victoriam se philosophiœ'dedit. » Ces renseignements sont peut-être suspects; mais nous n'avons aucun moyeu de les contrôler, ni aucune raison de les rejeter. K. Hermann observe qu'avant de connaître Socratc Platon était trop jeune pour se présenter à ces jeux ; et qu'après l'avoir connu il aurait rougi de le faire. C'est, je crois, juger d'après nos idées modernes, très-étrangères aux Grecs, des goûts, non-seulement populaires, mais encore très-nobles à leurs yeux. Euripide n'avait pas dédaigné ces exercices de la lutte ; Socrate, dans sa vieillesse , dansait encore. Il faut avoir de bons yeux pour découvrir dans le Criton , p. 52, b., l'origine de cette tradition qu'on veut trouver fabuleuse.
(4) Id, Plut., de Mus., c. 17. Ce nom latin est peut-être d'origine sicilienne.
cet art, qui , dans Tantiquité , se rattachaient étroitement aux mathématiques. Ce fut Denys le Grammairien, mentionné dans les Amants^ qui Tinîtiaà cet ensemble de connaissances libérales que les anciens appelaient la grammaire (4), et longtemps avant son voyage en Egypte il avait peut-être entendu à Athènes le célèbre . mathématicien Théodore de Cyrène (2), qui était venu visiter cette ville avant la mort de Socrate. L'importance des mathématiques a sans doute été grande à ses yeux; mais on a cependant beaucoup exagéré son opinion, et il ne leur a jamais accordé que le second rang dans la hiérarchie des sciences. Plutarque a déjà remarqué que le mot fameux <x«i YewjxeTpeïv rèv ôeov ne se trouve dans aucun de ses ouvrages (3), et c'est sans plus de fondement qu'on lui attribue d'avoir fait placer au-dessus de la porte de son école l'inscription : [xtiSeiç à^mikh^riioç tlckta (4), qui a plutôt une origine pythagoricienne. Toutefois Platon fut un des plus grands promoteurs de cette science (S), et s'il faut en croire une tradition rapportée par Proclus et suivie par Montucla, c'est à lui qu'est due l'invention de la méthode analytique et des sections coniques (6).
(1) Diog. L., m, 4.
(2) Diog. L., ni, 6; Thext,, 143, e.; Xén., Jf^m.,IV, 2, 10.
(3) Plut., Qu. Symp.j vni, 2, qui, cependaDt, lui trouve un caractère vraiment platouicien : Tov icXaTcovtxov xap'x^^'^îipôc iaxi.
(4) Tzetz., CA</., Vni.972.
(5) Cic, de Orat,, I, 60 : Platonem ouines in illis artibus (la Géométrie et la Musique) prsestantissimum fuisse fateutur.
(6) Diog. L., m, 24; Proclus, ad EucUd., II, p. 19 et 58 ;
D'après des documents de famille qu'avait conservés Speusippe , son esprit, dès Tenfance , vif et rapide, docile et modeste , ardent et laborieux , mit à profit cette éducation libérale (1); mais, malgré les espérances légitimes que pouvaient faire nattre et les grands appuis de sa famille et ses propres talents/ il renonça de bonne heure à la vie politique (2), la seule cependant qui fût digne d'un homme, suivant le sentiment de toute l'antiquité, et que lui-même considérait non-seulement comme le plus grand honneur , comme le plus grand devoir d'un bon citoyen, mais comme la perfection et pour ainsi dire le couronnement de la vie philosophique (3). Si Ton en croit la vu* lettre, dont l'authenticité est acceptée par quelques critiques, et dont le témoignage paraît considérable aux yeux mftmes de ceux qui la contestent, il aurait essayé de la politique, et même pris quelque part au gouvernement des Trente; mais il
Montucla, HisL des Mathém,, I, p. 164. Il ne dédaignait pas même les mathëmatiqaes appliquées ; Athénée, IV, 174, c, lui attribue Tinvention d'une horloge de nuit semblable à la clepsydre; et on connaît Thistoire du problème de l'autel de Délos, que le dieu avait ordonné.de faire du double plus grand. (Plut., de Gen. Socr.^ c. 7 ; de cl; c. 6; MarcelL, c. 14.
(1) Apu\,,deDogm. Plat., 2 : «SpeusippuSfdomesticis instructus documentas, pueri ejus acre in percipiendo ingenium et admirand» vereeundiœ indolem laudat , et pubescentis primitias labore atque amore stodendi imbutus refert, et in yiro barum incrementa virtutum'et ceterarum convenisse testatur. »
(2) On le voit prendre la parole non-seulement pour défendre Socrate, mais aussi pour défendre Chabrias que tout le monde abandonnait. Diog. L., III , 23.
(3) Rep.y VI, 496, a.-, VII, 519.
y aurait vite renoncé , dégoûté par les excès et les fureurs des partis (1).
Ce qu'Élien rapporte de la pauvreté de sa jeunesse, qui Taurait oblfgé de prendre du service comme mercenaire, ne mérite aucune confiance (2), *ei quoi qu'on doive croire qu'il a rempli à des époques et dans des circonstances qui nous restent parfaitement inconnues les devoirs militaires imposés à tous les citoyens (3) , on ne peut ajouter foi aux récits de Diogène et de ce même Élien (4), qui, en dépit de la chronologie , le font assister aux campagnes de Tanagre, de Corinthe et de Délium (5).
C'est probablement pour expliquer le caractère de son style ou quelques connaissances techniques qu*il
(1) Bp. vu, p. 324, c. \^Or,v ... iid xà xotvà tv); tcéXecdç eùOOc llvat. ConL Fréret., Acad, inscr,, t. XLVII, p. 258.
(2) Êlien , Hist. Var., HI , 27. Du reste, ÊUen, en rapportant le fait, déclare expressément qu*il n'en garantit pas l'exactitude.
(3) Élien, Hist. K., VII, 14; Diog. L.,m, 24. Tuèp ttiçicd. TpiSo; iaTpaTcuô(iTiv.
(4) Élien même se contredit, car il raconte ailleurs, ill, 27, que Socrate ayant rencontré Platon qui venait de s'équiper pour une campagne, le détourna du métier des armes, et l'engagea à se donner tout entier à la philosophie.
(5) Il y a eu deux batailles de Tanagre : Tune a eu lieu , 01. 80, 4 : Platon n'était pas encore né; l'autre a eu lieu 01. 88, 8 ; celle de Délium, 01. 89, 1. Ainsi, Platon avait quatre ans à la seconde , et six à la dernière. Perizonius , ad jEL, VII , c. 14 , suivi par Stanley , conjecture avec vraisemblance qu'on a confondu Platon avec Socrate, qui avaif, à Délium, remporté le prix du courage, ou avec un autre Platon. Il est vrai qu'il y a eu une autre guerre de Corinthe, en 394, à laquelle on le fait assister à son retour de Mégare ou d'Egypte.
montre dans ses ouvrages (1), qu'on veut qu'il se soit essayé dans presque tous les arts, dans la peinture comme dans la poésie , où il aurait abordé tous les genres , le dithyrambe, la poésie mélique, la tragédie, et même, au rapport d'Élien, l'épopée (2), poussé sans doute par cette orgueilleuse ambition qu'on lui prête d'effacer par sa gloire la gloire d'Homère (3). On ajoute même qu'il allait concourir avec une tétralogie (4) et avait déjà remis ses pièces aux acteurs, lorsqu'il entendit Socmte (5); cela décida de sa vocation; il jeta au feu ses drames et tous ses vers , qui ne valident peut-être pas grand'
(1) Olympiod. et Vit. Anonym. Ti^v ràv )(fitù^xtùy ycoixCXtiv (û|iv ix(ia6eïv povXo(&(voc, et Olymp. ajoute aussi Sior t6 ành tvic tpayixtic Yva>(&ixàv xa) (TC{ivèv xal x6 ^pcolxov.
(2) HUt. Var., L 11, c. 30; Diog. L., HI, 6.
(3) Dion^ HaL, Ep. ad Pomp., VI, 756, éd. Reisk.; Alhén., XI, segm. 116.
(4) La Trilogie projetée et eu partie exécutée du Sophiste , du Politique et du Philosophe, serait à la fois un témoignage et un résultat de ces goûts pour Fart dramatique.
(5) Olymp., Vit. Anon.; Diog. L., HI, 5; ^£1., Hist. Far., H, 30; Eust. ad Hom., H., I, y. 392. Il n'y aurait rien d'étonnant que Platon eût, dans un temps qui les voyait naître par milliers, au dire d*Aristophane, Aan., 69, ilrei, 1444, risqué quelques tragédies. 11 est plus probable encore qu'il avait composé quelques poésies lyriques, et il en reste quelques-unes, qu'on peut voir dans Diogène , et la délicieuse inscription sur Aristophane, que nous a conservée Olympiodore. Du temps d*Aulu- Gelle, on les considérait comme authentiques, et on les rapportait à la période poétique de sa jeunesse. N, Attic», XIX, 11. « Eos esse Platonis philosophi affirmant, quibus ille adolescens luserit, quum tragœdiis quoque eodem teoipore faciendis prfle>luderet. » Le caractère de ses poésies erotiques n'est malheureusement pas une raison suffisante pour en rejeter l'authenticité.
chose, (1), et se livra exclusivement à la philosophie : il avait alors vingt ans (2). Une fois qu'il eut été captivé par l'éloquence irrésistible de son nouveau n\attre, qu'il comparait lui-même à la voix enchanteresse d'une «irëne, il ne le quitta plus jusqu'à sa mort, qui arriva huit ou neuf ans après. Cependant une maladie lui ôta la consolation d'assister aux derniers moments de son ami (3) et d'entendre ce dernier entretien, dont il a fait le plus pathétique de ses dialogues, et peut-être le plus parfaitement beau (4).
Si Platon n'eut pas cette triste joie, il assista du moins à toutes les phases du procès; il était un de ceux qui s'étaient engagés à fournir caution pour
(1) A^u\., de Magla,c, 10. « Gujus nuUa carmina exslaat, nisi amoris elegia; nam cetera omnia , credo quod tam iepida non erantf igoi deussit. »
(2) Diog. L., III, 6. Suidas y qui n'a pas compris le passage, fait rester vin^t ans Platon auprès de Socrate.
(3) Près de mourir, il considérait encore le bonheur d*avoir vécu dans l'intimité de Socrate , comme le plus grand bienfait qu'il eût reçu des Dieux. Plut., Mar,, c. 46. nxdxcav (iàv oSv Yi^v) wp6ç rtù TeXevxSv Yevo{i.cvoc CjAvei tàv aOxoO 8a{(jL0va xal tiJ^v tv;(yiv 5ti fiiv dcvOpfamo;, ctTa ^'EXXyiv, où pàpSotpoc y^^^^'^ * ^P^C ^^ i^ou» Totç oTi TOtc XcdxpaTOuc XP^voiç àiiT)vtvi9ev ^ Y^vtatc auToO. Conf. Lact., Div. instit., UI, 19, 17, et Diog. L., I, 33,t)ui rapporte le mot à Thaïes.
(4) Phsdon , 59, b. OXàtuv U, olfiai , ^<r6év(i. Plutarque (de Virt, Mor., c. 10) semble attribuer cette maladie au trouble jeté dans cette Âme jeune et tendre par ce grand exemple de la cruauté et de l'injustice des hommes : « Qui oserait comparer les terreurs de Dolon à la crainte d*Ajax , et la douleur de Platon à la mort de son maître avec celle d'Alexandre désespéré de la mort de Clitus ? »
Socrate (1) , et probablement aussi un de ceux qui avaient offert à Crîton leur fortune pour favoriser révasion de leur ami commun (2); et même, s'il faut en croire Justus de Tibériade, cité par Diogène, il essaya,^au tribunal, de prendre la parole en faveur de Taccusé (3) ; mais, après les premiers mots, elle lui fut violemment retirée à cause de sa jeunesse : il avait alors cependant bien près de trente ans.
Quoiqu'il fût encore bien jeune quand il fit la connaissance de Socrate, on peut croire (4) qu'il
(1) Plat., Apol, sob fin. GW, comme le remarque DiogèDe, IIL 37, avec le Phédon, p. ô9, b, le seul endroit de ses ouvrages où Platon ait parlé de lui.
(2) Crit, 45, a^
(3) Diog. L., Il, 41, et Vit. Anon. On a contesté avec quelque raison cette anecdote, qui suppose que Socrate fut défendu par d'autres orateurs .encore : Neutatoc &v..., tûv ini tô p-nfia &va6àvT(«>v. Non-seulement, comme le fait observer K. Hermann , nous ne savons absolument rien de ces avocats , mais comment admettre que Socrate , après avoir refusé le discours de Lysias, ait consenti à laisser prendre la paroFé à des défenseurs qui pouvaient encore davantage compromettre sa dignité?
(4) Ce n*est pas cependant une nécessité. Aristote, Met., 1,6, nous dit que ses rapports avec Cratyle remontaient à sa jeunesse, i% V601I. Comme on ne veut pas qu'une fois admis dans le cercle des auditeurs de Socrate, il ait prêté Toreillc à d'autres maîtres, on est obligé de placer l'un de ces deux f^its avant l'autre. Sur ce point, d'ailleurs, Apulée, de Dogm. Plat, est formel : « Antea quidem Heracliti secta imbutus fuerat » verum quum se Socrati dedisset.... » Diog. L., Ill , 8, dit, au contraire, qu'il ne connut Cratyle qu'après la mort de Socrate; mais il avait ^lors près de trente aus, et cet âge ne s'accorderait guère avec les mots d'Aristote, ix vsou, pris à la rigueur; Proclus, in Cratyk,éd. Boiss., p. 4, se borne à mentionner le fait. Olympiodore et la Vie Anonyme suivent Diogcne, el^ le dernier de ces documents , au moius
n LA VlË DE PLAtON.
avait cependant déjà reçu quelque teinture de philosophie, et particulièrement qu'il avait été initié par Cratyle à la doctrine d'Heraclite. Mais il est impossible de s'jirréter un instant à Topinion qui lui donne encore pour maîtres de logique Paaménide et Zenon (1), puisque Athénée conteste même la possibilité chronologique de l'entretien de Socrate avec les représentants et les chefs de l'école d'Élée (2), M. K.-Fr. Hermann (3) ne veut pas que l'enseignement des sophistes, qui avaient hérité et abusé de la dialectique éléatique, et qui firent tant de bruit à Athènes, ait pu contribuer à éveiller chez Platon le goût des choses philosophiques, et à former son talent d'écrivain. Les raisons qu'il donne ne me persuadent pas ; il objecte que les plus illustres de ces maîtres d'erreur et d'éloquence n'étaient plus à Athènes au moment où Platon eût pu profiter de leurs leçons. Protagoras, en effet, était mort, si l'on suit les calculs de Fréret (4), en 41 0 avant Jésus- Christ : Platon n'a\ait alors que dix-huit ans et ne connaissait peut-être pas encore Socrate. Gorgias (5) , il est vrai , vivait encore ; mais c'est en Thessalie et non à Athènes que se passèrent les dernières années de sa longue carrière. Prodicus
par la succession des parties de son récit | semble placer le voyage en Italie avant la rencontre avec Cratyle*.
(l) Photius, Blbl. Cod., CGLIX.
(3) Atbén., XI) 505. Conf. K. Hermann^ 1. 1.
(3) Qesch, u. Syst, der Plat. Philos., p. 47.
(4) Acad. Iiwcr., t. XLVH, p. 277.
(ô) Foss., de Gorgla Leontino, Jlall.y 1828, p. 25.
enfin devait être à. cette époque à Thèbes, s'il est vrai (]jbe la captivité de Xénophon, pendant laquelle il a suivi dans cette ville les leçons du sophiste, tombe dans Tolympiade 92. Sans doute dans les dernières années de la guerre du Péloponnèse, Athènes, épuisée, irritée de ses défaites, inquiète de l'avenir, n'offrait plus à ces artistes de la parole le séjour agréable dont ils y avaient longtemps joui (1 ). Mais, quoique les livres fussent encore rares à cette époque (2) , qui pourra admettre que ces doctrines, professées avec un tel éclat, accompagnées d'un tel retentissemei^t et d'un engouement pour ainsi dire universel^ ne laissèrent, après le départ de leurs éloquents interprètes, nulle trace, nul souvenir, et qui pourra nier qu'elles n'aient pu , qu'elles n'aient dû susciter en Platon au moins l'instinct de la polémique et le goût de la philosophie? D'ailleurs, parmi les disciples de Socrate, qu'il connut sans doute môme avant de s'abandonner tout entier à la direction de leur maître commun, Antisthène, qui avait entendu Gorgias , Simmias et Gébès , qui avaient suivi les leçons de Philolafls, et peut-être aussi celles de Prodicus, Ëuclide, disciple des Êléates et son ami particulier , avaient pu donner quelques ouvertures à cet esprit chez lequel on doit soupçonner, sans trop de témérité, une curiosité et une ardeur précoces pour les questions scientifi'*
(1) Atbén., V, 59, p. 218. OGç oOx tlxàç iv 'AO^vaiç &(T(paX«âc
(2) Porphyr. in Euseb., Prxp. cv., X, ,1^ p. 4G8.
ques (1). Nous savons en effet que le développement du talent et du savoir fut rapide chez Platon ; car il publia, du vivant même de son maître, quelquesuns de ses dialogues^ parmi lesquels on place le Lysis (2) et le Phèdre^ qui fut, dit-on, son premier ouvrage (3). Enfin Critias, son parent, et qu*ii a trop souvent mis en scène dans ses dialogues pour qu^il soit téméraire de supposer entre eux d*intimes relations, aimait à fréquenter les sophistes aussi bien que Socrate et à se mêler aux controverses philosophiques ; quoi de plus naturel qu'il ait initié son jeune neveu à ces goûts et à ces études qui lui avaient valu à Athènes la réputation d'être
iSuoTTi^ ht f iXoco^oiç, cpiX(Sao^ \kht Iv l^icorai^ (4)?
A la mort de Socrate, c'est-à-dire en 399, Platon, alors Agé de près de trente ans (S), suivit à Mégare les disciples du sage, qui craignaient que le peuple n'étendit sur eux ses colères et ne se portât aux mêmes excès et aux mêmes violences (6). A Mégare
(1) Quaotà Anaxagore, Socrate lui-même avait dû le lui faire connaître.
(2) Diog. L., in, 35.
(3) Cest le sentiment unanime des anciens. Diog. L.,]II» 38; Anonym.; Olympiod.
(4) Schol. ad Tim., p^ 20. "Hictcto tï xal f iXo^oçttv avvov^twv xal IxoXctxo, X. T. X.
(5) Diog. L., III, 6, dit vingt-huit ans, d*aprè8 Hermodore; mais, Socrate étant mort en 399, Platon, né en 429» devait avoir bien près de trente ans.
(6) Hermodore, cité par Diog. L., IT, 106, et III, 6, dit que ce fut par crainte des tyrans. G*est évidemment une erreur historique, puisque le régime de la terreur oligarchique avait fini en 404, à moins que par une iulcrpréiatiou plus ingénieuse que
il trouva Euclide qui avait établi dans cette ville un centre d'études philosophiques, et qui , bien que disciple de Socrate, avait adopté en grande partie les théories des Éléates, du noioins la dialectique, dont son école abusa bientôt.
Là Hermdgène put Tinitier à la doctrine éléatique (1), s'il ne la connaissait déjà, soit par les livres, soit par les communications orales, comme il est certain, psirlePhédony qu'avaient déjà pénétré dans Athènes les idées pythagoriciennes. Quoi qu'il en soit, il est presque certain que la direction de son esprit dut être influencée par ce séjour à Mégare, où il vécut dans un commerce intime etpeut*6tre long avec des hommes voués à des doctrines que plus tard sans doute il a combattues, mais qu'il admit aussi en partie, en les modifiant et en les fondant avec ses propres idées (2).
natarelle oa ne veuille entendre parie mot xvpàwMv la tyrannie démocratique qui avait condamné Socrate.
Tandis que Platon et les autres disciples donnaient cette preuve de faiblesse, le rhéteur isocrate osait le lendemain même porter publiquement le deuil de leur maître commun.
n n'y aurait d*aiUeurs rien, d'impossible ou d'invraisemblable à admettre que Platon fût conduit à entreprendre ce voyage comme les autres, uniquement par amour de la science.
(1) Diog. L.y III, 6, et 01ymp.,la VU, Anon., au lieu du nom d'Hermogène, donnent cielui d'Hermippe, qui n'est probablement qu'une mauvaise leçon ; Tédition Didot rétablit le nom d'Hermogëne.
(2) C'est pendant ce séjour qu'ont été conçus et en partie exécutés, d'après Stallbaum, les dialogues du Thééièle, du Sophiste, du Politique, du Parménkie, qui rappellent, au moins
En quittant Mégare (1), où il resta on ne sait pas au juste combien de temps, il commença ses voyages (2). Le commerce avait établi des relations fré« quentes entre la Grèce et TÉgypte , l'Asie-Mineure^ la Sicile, Tltalie : des rapports intellectuels avaient dû nécessairement résulter des relations commerciales, et les sophistes avaient singulièrement contribué par leur système de conférences ambulantes à cet échange des idées et à la diffusion des doctrines. Platon pouvait ainsi connattre, même avant ses voyages, les doctrines qui avaient pris naissance à Tétranger. C'est donc une assertion peu fondée de prétendre, comme M. Stallbaum , que Platon était
les trois derniers, la manière sèche des logiciens de Mégare, mais qui ne purent être terminés, toujours d'après le même critique, qu'après ou pendant le voyage d'Italie» parce qu'ils contieonent des traces de pythagorisme, qui cependant ont échappé aux yeui de M. K. Hermann.
(1) Diog. L.» III, 6. ''EffsiTa cU Kup^vY)v... Comme il avait quarante ans à l'époque où il vint en Sicile^ d'après les renseignements de la lettre Vil, p. 334, a, si l'on ne veut pas admet* tre qu'il ait passé dix ans dans ses séjours à Mégare et en' Egypte, on peut admettre qu'il revint à Athènes, et que même il put y commencer son enseignement. Mais ce ne sont là qae des conjectures^ et je préfère m'en tenir aux faits attestés par ses historiens.
(2) Ce goût de lointains voyages, fréquent et vif chez les philosophes antérieurs^ est en opposition marquée avec les ha^ bitudes sédentaires de Socrate» qui n'avait fait d*autre voyage que celui de Corinthe, pour voir une seule fois les jeux Istbmi* ques. {Crit. p. 52, b.)
Eusèbe, à TOI. 97, 4 — 389, dit : « Plato philosophus agnoscitur. M Faut-il entendre cela de la réputation qu'il s'acquit à Mégare ou en Sicile?
complètement étranger aux théories pythagoriciennes avant d'avoir visité l'Italie ; et il est certainement téméraire de tirer de ce principe, si légèrement admis, la conclusion que Ton ne doit placer dans la jeunesse' de Platon aucun des ouvrages où se présentent des traces des doctrines de Pythagore, comme par exemple le Phèdre. Mais, sans aller jusqu'à ces excès de raisonnement, personne ne niera l'influence que ces voyages vraiment scientifiques ont pu exercer sur l'esprit de Platon et les tendances de sa philosophie, surtout si Ton réfléchit qu'une partie de ces doctrines étaient l'objet d'un enseignement secret, cachées souvent sous des formes énigmatiques (1), et exigeaient, pour être bien comprises, une véritable initiation.
S'il faut en croire Cicéron , notre témoin le plus ancien, quoique <léjà bien éloigné des faits qu'il atteste, son premier voyage fut celui de l'Egypte, qu'il commença par une visite à Théodore de Cyrène (2). Au dire de Strabon, on montrait encore de son temps à Héliopolis la maison que Platon y avait occupée , auprès du palais des prêtres , pendant un séjour de treize années, avec Eudoxe, son compagnon de voyages et d'études (3). La chronologie ne
(1) Par exemple : les symboles et les similitudes des pythagoriciens.
(2) Cic, deFin.y V, 29 : • Gur Plato iEgyptum peragravit? Cur, post, Tarentum? » De lîep.t I, 10 : « Primum in i£gyptum, discendi causa, post in Italiam et in Siciliam. » Cest aussi Tordre que semble adopter Valère Maxime, VUl» 7, 3.
(3) Strob., XVU, c. I, p. 446. Proclus, ad Euclid,, II, p. 19,
permet d'admettre ni le fait du voyage d'Eudoxe (t), ni le séjour de treize ans, que M. K.-Fr. Hermann réduit, par de bonnes et solides raisons, à trois (2), de 393 avant Jésus-€hrist, à 390. Diogène de Laôrte nous dît que Platon fut malade en Égypte,^et qu*il y fut soigné et guéri par les prêtres (3) ; et Plutarque prétend que, pour suffire aux dépenses de ce voyage, il avait fait dans ce pays le commerce des huiles (4),
attribue à Eudoxe d'avoir développé la théorie des sections coniques, dont le principe avait été trouvé par Platon. Un savant allemand, cité, par K.-Fr. Hermann, a prétendu qu'Eudoxe et Platon n'ont pas pu se trouver en même temps en Egypte^ quoique Clément d'Alexandrie (Strom*, l, p. SOS, c) connaisse par leurs noms les deux prêtres égyptiens qui ont initié les deux voyageurs aux mystères de la sagesse égyptienne. Au lien d'Eudoxe, par une erreur évidente, Diogène, Ul, 6, donne à Platon pour compagnon de voyage le poète Euripide> mort depuis bien longtemps, et envoie Eudoxe en Egypte, avec le médecin Chrysippe, porter au roi Nectabis des lettres d'Agésilas.
(1) Plutarque (de J>xm. Socr,, c. 7) place vers la même époque un voyage de Simmias, l'interlocuteur du Pfiédon, en Egypte.
(2) Quelques manuscrits de Tabrégé de Strabon donnent aussi ce nombre.
(3) Diog. L., m, 6; Plut., FW. Sol., 2.
(4) n n'y a rien là qui nous doive surprendre : les Athéniens paraissent fort étrangers à nos sots préjugés contre la noblesse du commerce et de l'industrie. Solon, qui avait inventé le pressoir à olives (Cic, de Finib., V, 29; Hor., ep. I, 12, v. 12, et les schoL), et dontFréret (Acad, Inscr., XLVII, p. 227) fait un marchand d'huiles, Thaïes, Hippocrate, s'étaient enrichis dans le commerce, et Plutarque, à cette occasion, rappelle le beau mot d'Hésiode, y. 287 :
Pline {Biit, no/., XXVni, 28) nous apprend que le commerce
industrie considérable et très-lucrative dans l'antiquité.
On ne peut guère admettre une influence directe de rÉgypte sur les idées philosophiques de Platon : nous le voyons célébrer comme des inventions égyptiennes la découverte des nombres, du calcul, de récriture, de la géométrie, de l'astronomie, du trictrac et des dés (1); il vante les procédés pratiques de leur système d'éducation (2) ; il loue leur sentiment religieux et l'intention morale qui leur a fait consacrer aux dieux des jours de fêtes, et sanctifier tous les arts , jusqu'à la danse , par la religion et la prière (3); il vante enfin ces lois qui déterminaient
des huiles avait également eoricbi Démocrite. On a voulu tirer de ce fait la preuve que Platon était pauvre. La pauvreté, sous l'influence des idées cyniques, fut, à une certaine époque, l'attribut et comme une vertu spéciale du philosophe : on ré« péta donc sur tous les tons, pour qu'il ne lui manquât rien des vertus philosophiques, que Platon était pauvre. Aul. Gell., III, 17 : Tenu! admodum pecunia familiari. Damasc., F. Isid., 168 : nivT)c Y«P ^v; Suidas, Apul., i£lien, III, 27, qui, du reste, met lui-même en doute Fexactitude du renseignement qu'il transmet. C'est par le même préjugé que Sénèque ne voulait pas qu'il fût de noble race. Platon , au contraire , appartenait à une famille illustre de grands propriétaires; il clait riche, tout le prouve : sa Chorégie , quoique Dion voulut en faire les frais ( Diog. L., 111, 3), l'acquisition de la bibliothèque de Philolaûs, son testament (Diog. III, 4i), sa manière de vivre (Diog. L., VI, 25; S. Jérôm., adv. Jovin., 11, 2u3), et j'ajoute même ses voyages, luxe qu'uu homme pauvre n'aurait pas pu se permettre. •
(1) Phxdr., 274, e; PhiU, 18, c.
(2) Xf^., vu, 819^ a. McTà naifitâç tt xol ijdovfic (lavOdvttv*
(3) Legg,, VU, 799.
en Egypte le type des productions de tous les arts, et, interdisant aux artistes toute innovation, les condamnaient à répéter servilement et éternellement le modèle une fois adopté (i). Mais ses éloges, on le voit, portent exclusivement sur des arts techniques, sur des procédés pratiques plutôt que sur des scien* ces, sur des directions politiques et morales plutôt que sur des idées philosophiques (2). Une philosophie égyptienne! On n'en trouve pas de trace, du moins dans Platon.
On a d*ailleurs exagéré son admiration pour la sagesse et les institutions des Égyptiens ; il a vu d'assez près ce peuple actif et industrieux pour le bien 'juger, et perdre, s'il en avait conçu à son égard, bien des illusions ; il les caractérise par l'expression peu flatteuse de «piXoypiqfjtaTov (3), et trouve que leurs arts méritent le nom d'une assez méchante industrie plutôt que celui de science iravoupYiav àvT\ (jo<pia(;(4). Il signale chez eux bien des institutions vicieuses (5);
(1) Legg,, M, 656, d.
(2) Cicéron, de Fin., V, î9; Apulée et les Prolégomènes veulent que ce soit en Egypte qu*il ait appris la géométrie; Diodore, I, 98, prétend que, comme Lycurgue et Solon, c'est aux Ég)'ptiens qu'il emprunte les principes et les applications de ses lois; Qtiintilien, I, 12, qu'il a été initié aux mystères de leurs prêtres. Il y a peu de fond à faire sur des témoins si éloignés.
(3) Rep., IV, 436, a. Il est très-remarquable même que dans ce passage Platon donne aux Thraéto et aux Scylhes pour caractère le courage, aux Égyptiens et aux Phéniciens l'amour de la richesse, aux Grecs seuls l'amour pur et désintéressé de la science, x6 çO.oiiaO^c
(4) legg.^ V, 747. Cf. Walcken., adAdon,, p. 357.
(5) Legg.^W^ 657, d. ^U'Irepa faûX' dtv supoïc aOrôOt.
on ne voit en lui aucune trace de ce fanatisme religieux qui poussait les Égyptiens à s'isoler des autres nations, et, dans ses rêves les plus chimériques de constitution politique, il ne fait aucune place à Télément sacerdotal, organe essentiel de leur gouvernement. Platon, malgré tout, est un Grec, et même un vrai Athénien (1); il ne voit dans le prêtre qu'un magistrat et un serviteur de l'État (2). D'Egypte, il alla en Phénicie, suivant Olympiodore (3) , dont les Pères de rÉglise (4) se sont empressés d'adopter le sentiment. Ce fut là qu'arrêté par la guerre, qui ne lui permit pas de pousser, comme il le désirait (5), jusque dans la Perse et dans l'Inde, il fut initié par les mages aux doctrines de Zoroastre, et par les Ghaldéens à l'astrologie (6).
On peut sans crainte placer ces récits au nombre
des fables; mais il est certain (7) qu'il visita l'Italie
(1) SoD mépris systématique pour la démocraUe, le pire d'entre les bons gouvernements, et le meilleur parmi les mauvais, n'étouffe pas toujours en lui le sentiment de la vérité et de la patrie; le coeur lui [)at aussi au souvenir de Marathon.
(2) Plat., Polit,, 290, d. Aiaxovou TéxvTj;.
(3) Et Vit. anonym.f et tous les auteurs ci lés par Ménage, ad Diog. L., HI, 6 et 7 ; Fabric, BibL grxc, t. 111, 62 ; Brucker, t. I, p. 635 et 148.
(4) Clem. Alex., Protrept., p. 46; Lact., JDIi;. /ns^, IV, 2 ; S. Aug., deCiv. /).,VI1I, ll,etXI, 21; deDoctrin. Chrlst„lh2S.
(5) Diog. L., ni, 7; Apul., de Pogm. Plat.; Cicéron, Ttucvl.f IV, 2, lui fait visiter ultimas terras.
(6) Pausan., IV, 32, 4; Plin., Nist. nat, XXX, 2, 9.
(7) Rien n'est plus incertain que Tordre et la durée de ces voyages. Olympiodore met le voyage eu Italie avant celui d'Egypte, et Diog. L., UI, 6, Quinlilien, I, c. xiv, la Vie anonyme s'accordent avec lui. L'auteur de ce dernier document
méridionale , où il se lia avec Archytas à Tarente, Timée à Locres, Eudoxe de Cnide (1), et où il fît, mais peut-être plus tard, la coûteuse acquisition des trois livres de PhilolaOs (2). Après un séjour d'une durée ignorée en Italie, il passa à Syracuse (3), où
n'attribue même son désir de visiter TÉgypte qu'aux récits enthousiastes que lui auraient faits les pythagoriciens de la science et de la sagesse des prêtres de ce pays. J*ai suivi Tordre indiqué par Cicéron (de Fin.^ V, 29 ; de Rep,, L 10; Tuscul., I, 17) et adopté par K.-Fr. Hermann. Pour concilier les renseignements divergents Clinton (Fasti ffellen,, U , p. 366) suppose deux voyages en Italie, supposition qu'autorise Apulée : « Et ad Italiam iterum venit. »
(1) Diog., L. in,9; Gic, Rep,j I, 10; Aul. Gell., III» 17, évalue cette somme à 10,000 deniers, équivalant à loo mines attiques (Diog. L., VIII, 15) et à 40 mines d'Alexandrie. Diog. L., Vin, 85. Gonf. lamb., V, Pythàg., $ 199.
(2) Cicéron, de Fin., V, 29, nomme encore Êchécrate et Acrion ou Arion ; Valère Maxime, Cœtus; Apulée, Eurytus, et Diogène, Pfailolaûs, qui devait être mort à Tépoque de ce voyage.
(3) On donne aussi à ce voyage un but scientifique. Diog. Laêrt., IH, 18 : Karà Oeàv twv xpaT^po>v. Olymp., Diod. Sic, XV, 7. Atheu., XI, scgm. 118, p. 507. Ce qu'il y a de plus singulier, c*est que de nombreux écrivains prétendent que la réputation de la cuisine sicilienne n*y fut pas étrangère. Apul., Thémist., Orat., XXHL 285 : 'Enl xpi^l'Aat xal TpaicéCv). Diog.L., VI, 25 ; Atbén., XI, 507, b. Olymptodore {VU. Plat.) mentionne ce bruit tout en le réfutant, et soutient qu'il n'alla en Sicile que pour persuader Denys de déposer son pouvoir. CornéliusNépos, X, 2, et Diodore XV, 7, s'accordent à dire qu'il y fut appelé par Denys, à la prière de Dion, et c'est à peu près l'opinion de Plutarque (Dionj 4). La VI1« lettre, p. 324, a, 327, a, 336, b., prétend qu'il avait voulu connaître par lui-même la législation et les principes politiques qui gouvernaient la Sicile, et commencer cette grande coUection de constitutions, que réalisa plus tard Aristote.
il fut mis en rapport avec Denys TAncien , et se lia avec Dion. Une lettre qui lui esi attribuée (1) lui donne à l'époque de ce premier voyage quarante ans : c'était donc en 389 (2). Le philosophe, d'abord bien accueilli , ne tarda pas à se brouiller avec le tyran, qui ne l'épargna qu'à la prière de Dion et d'Aristomène ; mais, lié en ce moment avec Lacédémone, le tyran déclara Platon prisonnier de guerre, et le remit comme tel à Pollis, ambassadeur de Sparte. Celui-ci le vendit à Égine , où les fureurs trop légitimes des haines nationales contre les Athéniens firent courir à sa vie des dangers auxquels il n'avait échappé en Sicile que gr&ce à l'amitié et à l'influence puissante de Dion (3). La générosité dévouée d'Arinicéris, son hôte de Cyrène, le sauva. Racheté par lui au prix de 20 ou 30 mines , Platon put rentrer dans sa patrie, après dix ou onze ans d'absence, vers l'année 388 avant Jésus-Christ (4).
(i) £p. Plat., Vn, p. 324, c. M. V. Cousin, par une construction peu naturelle, mais possible, fait, il est vrai, rapportera Dion les mots a%s86v ivri TexTapeéxovTa ye^ovedc.
(2) Les calculs de Cicéron, qui fait tomber le voyage àTarente sous le consulat de C. L. Camillus et d*App. Claudius, c'est-àdire en 349, sont évidemment faux.
(3) Ce détail aide à fixer la date du retour de Platon à Athènes. La guerre dés Athéniens et des Éginètes, racontée avec détail par Xénophon, Hellen», V, c. i, est placée par Dodwell à roi. 98, 1, c'est-à-dire en 388, car elle précéda de très-peu de temps la paix d'Antalcidas, 01. 98, 2 — 387. C'est donc une erreur de Ott.3fûller, relevée par Stallbaum, de Tavoir fait descendre à Tannée 385.
(4) Diog. L., Jll, 18-21; Plut, Dion, c. iv et v, et de Exil,, p. 603, b, Luc, de Paras»', c. xxxv, rapporte, sur le témoignage
Là se réalisa un des plus ardents désirs de sa jeunesse : il inaugura dans le gymnase de TAcadémie un enseignement qu*il continua pendant près de vingt-deux ans(I).
Si Ton excepte Socrate, qui, à proprement parler,
d'Aristoxène, qu'il appelle peut-être eu riant itoXXoù Xo^ov dt^o^, que les deux disgrâces qu*cprouva Platou à la cour de Denys furent dues, la première à son incapacité naturelle, &fvfo^ la seconde à son ignorance, à|iaO(«, dans Tart du parasite.
(1) Diog. L., Iir, 5, ajoute qu*il le transféra plus tard dans un jardin qui lui appartenait, auprès de la statue équestre de Colon. Ëlien {Bisi.f V, m, 19) nous met sur la voie d'une interprétation naturelle de ce fait insignifiant, en racontant que Platon renonça à un certain moment aux leçons données en se prome* nant au dehors, ànodràç toO lltù icepiicÂTov, et se retirait dans un jardin à lui, réservé et intérieur, avec ses disciples particuliers,
iv$ov i6d5U|s oùv Totc éTaCpotc àvax<i>p^^ac 2v tc^ xVjicc)» t^
lautou. L'Académie était l'un des trois grands gymnases d'Athènes, tous trois bAtis aux frais de l'État, et lui appartenant; il était placé entre le Céramique extérieur et la statue de Colon. Outre les nombreux bâtiments nécessaires aux exercices de la jeunesse, il renfermait un grand jardin planté d'arbres, et surtout de platanes, que Platon avait, dit-on, consacré aux Muses : à Ventrée se trouvaient l'autel et la statue de l'Amour. Schol. Arist., Nub., v. lOOl; Pausan., I, 30; Olymp. et Vit, anonym. Outre deux terrains placés dans la même tribu Acamantis (Diog. L., III, 41), Platon possédait un petit jardin contigu à VAcadémie, qui,* devenu par héritage la propriété de Speusippe son neveu, fut légué par celui-ci à l'Ecole, et faisait encore, du temps de Proclus, partie delà propriété commune. Damasc, ap. Phot. Bibl., cod. 243 ; Apul. Plutarque, qui confond ce jardin avec TAcadémie, nous apprend que le Gymnase contenait des logements destinés aux professeurs et occupés déjà par Platon, Xênocrate et Polcmon; il ajoute même que Xcnocrate n'en sortait qu'une fois par an, pour aller en ville, le jour des nouvelles tragédies, assister aux grandes Dionysiaques.
ne tenait pas ^cole, tous les anciens philosophes, Pythagore et Zenon d'Élée eux-mêmes*, avaient fait payer leurs leçons. Platon trouvait que ce n'était pas là aimer la sagesse » mais tenir boutique de paroles, et donna le premier l'exemple d'un enseignement gratuit (1). Cette noble pratique, par laquelle il se distinguait des avides sophistes, fut constamment suivie par les philosophes de son école (2), qui, à cause de cela même, furent plus tard obligés de subir un autre joug et d'accepter un salaire de l'État. Ils devinrent donc des professeurs officiels, nommés et révocables par l'État, au lieu de rester indépendants et libres comme ceux des autres sectes le furent d'abord, jusqu'au moment où la centralisation romaine fit de l'enseignement une institution de l'empire , et où des chaires publiques furent établies pour toutes les écoles de philosophie et de rhétorique (3).
(1) Vit. Anon. KànioXoc fiôXXov Xo^cov tvyx^vcdv {) 9cX6<ro9oc*
(2) Les legs de Platon n'étaient pas assez considérables poar suffire aux traitements des profesbeurs. La fortune de l'École, quoique augmentée par les testaments de plusieurs disciples (Damasc., ap. Pbot.» Bibl. cod., 242 et Suidas), devint bientôt insuffisante , d'autant plus que des confiscations Tatteignirent plusieurs fois. Gonf. Olymp.» Comment, in Aie,., l ; p. 141 :
(3) Philoslr., SopA., Il, 2. Par Adrien à Rome, Antonin le Pieux et Marc-Aurèle dans les provinces, et particulièrement à Athènes. De même qu'uu décret les avait instituées, un décret les supprima; Justiuien,en 529 ap. J.-C, ferma les écoles de philosophie, et interdit renseignement public de ce qu'on appelait encore alors la Sagesse. Conf. Jean Mala, Mist Chron., II, p. 187; M. V*. Cousin, Fragm.de Philos, anCr Zenon, p. 79, éd. in- 18.
Après avoir séjourné dans sa patrie pendant vingtdeux années, qu'il consacra à renseignement et à la composition de ses ouvrages, Platon se laissa persuader par Dion de retourner à Syracuse, pour chercher à faire du jeune Denys (1 ) le modèle du prince, en en faisant un philosophe (2) : c*était au commencement de rhiver de l'année 368 : il confia son école et son enseignement à Héraclide d'Héraclée, et partit emmenant avec lui Speusippe, fils de sa soeur (3).
Mais Denys s'étant. brouillé avec son oncle, et l'ayant môme exilé, Platon renonça à ses chimériques espérances, de faire de la tyrannie un instrument de politique honnête, et quitta en 365 Syracuse oîi il eut l'imprudence ou le courage de revenir encore, quatre ans plus tard, à l'âge de soixanteneuf ans pour essayer de les réconcilier. Ses efforts furent inutiles (4) : il courut même encore une fois
(1) n avait succédé à son père en 368; chassé par Diou, en 357, de Syracuse, il y rentra après le meurtre de son oncle, en 347, mais il en fut de nouveau expulsé par Timoléon ; c'est alors qu*il se réfugia à Corintbe où il se fit, dit -on, maître d'école.
(2) Plat., Ep, VII, 327, e. Le but de réaliser, à l'aide du despotisme , la conception socialiste et communiste de la République^ est attesté par d'autres témoins qui ne varient que dans les détails. Plut., Philos.y c. princ, c. 4, et Dion., c. XI; Thémist, Orat., XVII, p. 215; Diog. L., IH, 21 ; Apul.
(3) Suid., v. 'HpaxX.
(4) Diog. L. 111, 21. Cornel. Nep., Dion., c. 2; Diod. Sic, XV, 7. Them,. Orat. IV; Athen., XI, dernier chap.; Apul., de Dogm. Plat. « Ceterum très ejus ad Siciliam adventus .... ille primo historia) gratia , ut naturam Minas et incendia concavi montis intelligeret; secundo petitu Dionysi; ... tertius ejus
des dangers que lui évitèrent difficilement les Pythagoriciens de la Grande-Grèce, ses amis (1), sur Tinvitation et sous la garantie desquels il avait entrepris ce voyage (2). Revenu définitivement à Athènes, il partagea ses dernières années entre renseignement (3) et la révision et la composition de ses dialogues (4), et mourut dans un banquet nuptial, suivant une tradition plus poétique que certaine (5), la treizième année du règne de Philippe, la deuxième année de la 108' Olympiade, l'an 347 avant J. -Christ. Les Athéniens lui firent, dit-on, de magnifiques funérailles (6); son tombeau,
adventus fugientem Dionem, impetrata a Dionysio renia; patriœ su» reddidit. »
(1) n y a quelque contradiction dans les témoignages: diaprés Piutarque , ce fut par Denys qu'Archytas et les Pythagoriciens de Tarepte avaient connu Platon ; d'après la VII* lettre de Platon, ce serait au contraire le philosophe qui, ayant fait antérieurement connaissance avec Archytas (Ctc, de Fin., V, 29, TarcDtum ad Arcbytam peragravit) , aurait mis en rapport d'hospitalité et d'amitié Archytas et Denys.
(2) Plat., Ep, VII, 338, c; Plut., Dion., c, 18 et 20; Aristid., Orat., n, p. 304; Diog. L., lU, 22.
(3) S'il faut en croire ÉUen, ff. V. Ul, 17, et Cicéron, de Orat, III, 34, il aida Diou dans sa tentative pour rendre la liberté à la Sicile.
(4) Ce soin d'artiste ne l'abandonna jamais, et c'est sans doute ce qu'il faut entendre par la phrase de Cicéron {de Senect,, V, 13), « scribens est mortuus ».
(5) Diog. L., III, 2. D'autres, au contraire, le font mourir d'une affreuse maladie, la fièvre vermineuse. Diog. L., III, 40. D'après Suidas, la mort vint le surprendre pendant le sommeil, Orcvâv àrcsSiaj, et sans souffrance, « sine «lia deductione ». Scncc. Ep. 58.
(6) Olympiod., p. 4.
placé dans le Céramique et près de TAcadémie (1), reçut sans doute une épitaphe que nous ne pouvons distinguer parmi toutes les épigrammes que nous rapportent ses historiens et dont nous ne donnerons qu'une seule :
Toîiç l\i 'AttoXXwv çpua' 'AaxXiqTriov ^\ IIXata>va, Tov fjiiv ïva <{'OX'J|v, xàv 8' fva awjMc aooi (2) :
« Ces deux grands hommes, Esculape et Platon, doivent le jour à Apollon, qui les fit naître, Tun pour guérir le corps, l'autre pour guérir l'âme. » Ses disciples instituèrent un banquet annuel (3) où ils
(1) Pausan., 1, 30.
(2) C'est celle que cite Oljrmpiodore : il y en a cinq autres dau5 Diogène, III, 43-45, qui est Tauteur d'une d'entre elles. Il y en a une sfxtèiQe dans l'Anthologie de Planude, III, 31, attribuée à Spcusippe, et ^^^ d'après la juste remarque de M. K. Hermann , doit avoir plus d'authenticité.
(3) Ces repas communs, où les Grecs, et les Romains à leur exemple , introduisaient non-seulement la poésie , le chant, la musique, la danse, les représentations dramatiques, maiâ encore des conversations littéraires, morales et phUosophiques, étaient déjà institués du temps de Platon, comme le prouve la sctee même de son Banquet, et le fait cité par Athénée, X, 410, qu^ Timothée y fut invité par Platon : sic tô év ^xa^|i^q^au(iic6atov.V, Athénée semble même dire, Xn, 548, que « ces réunions, à la fois ^ gastronomiques et académiques , avaient été instituées par lui , iTTOtVjaavTO Ta; auvoSovç tavtaç ot icepl IIXdTtdva xal £7ctuat7cirov ^ 1 dans un but religieux, de cordialité dans les relations , de dis- ltraction et d'étude. » On peut^ponclure du passage que nous \ analysons que ces banquets, associés à des sacrifices aux Muses, avaient lieu tous les mois, le dernier jour du mois, et que Ton en couvrait les dépenses au moyen d'une cotisation individuelle. Il faut , il est vrai , pour cela , transporter à l'Académie toat ce
célébraient Tanniversaire de sa naissaDce par des hymnes dont on nous a conservé un vers (1), et Aristote lui éleva un autel : c'était en effet à Aristote qu'appartenait le devoir et l'honneur de lui rendre ce pieux témoignage d'admiration, de respect et de reconnaissance (2). Platon ne s'était pas marié (3) : il laissait pour héritier, aux termes du testament que Diogène de Laerte nous a conservé, un petit enfant irat^iov, qu'on a peine à croire son fils, si l'on rapproche l'âge que désigne ce diminutif, de l'âge auquel est mort Platon : Ménage croit qu'il s'agit d'un fils de sa sœur, qui d'ailleurs vécut peu (4). L'hé-
qui est dit par Athénée des banquets de Lycon le péripatéticien. Ailleurs , 1 , 4 , le même grammairien nous apprend que Platon avait limité à vingt-huit le nombre des convives ^e cette syssitie, de ces Deipuosophistes, ol iv t$ TIXàTcovoc avcaixii^; y a-t-il quelque sens mystérieux dans ce chiffre, ou cela veut*il dire simplement que Platon n'admettait à Tintimité de sa table et de son enseignement que vingt'huit de ses meilleurs écoliers, ou qu'il n'avait en tout que vingt-huit disciples? Aristote, Speusippe et Xênocrate avaient écrit une règle pour ces repas communsy dont on élisait tous les dix jours le président Voir sur ce détail Athén., I, 3, p. 18e b; Diog. L., V, 4; Jonsius, Script, H, PfUL, î, XI, Set 6; Eschenbach, de Sympos, SapUrU,; Lehrs, de Aristarchi Stud, Hom., p* 213.
(1) Vit. Anon., p. 8.
(2) Diog. L., III, 18-21, avec les notes d'Aldobrandini et de Ménage. Olymp., Vit. anon.; Prolegg. Philos. Plat.; Plut., Qu. Symp.y VIII, 1; Marin., yi^. Ptodif Boissonade, p. 114; Vit. Aristott. Macrob., Saturn., I, 11 ; ApuL, de Dogm. Plat,
(3) Suid. : OÛTC yà\Lov Ttvà 8e^à(jisvo;.
(4) MeUé ad Diog. L., III, 41 : "Eotco k6et{iàvTou tou TtaidCou. « Accipio de filio Adimanti Platonis ex sorore nepote.» Un certain TbéophUacte Simocatta^ de Locres, sophiste du sepUème siècle
ritage passa bientôt à Speusippe, autre neveu de Platon, qui en mourant te légua à Técole fondée par son oncle et son maître.
§ 2. Le Caractère.
Cette biographie, dans ses points les plus importants, nous montre le disciple de Socrate assez peu fidèle, dans tes habitudes de sa vie, à l'exemple de son illustre ami. Tandis que Tun limite sa curiosité intellectuelle aux principes directeurs de la vie morale, et, satisfait de l'observation intérieure, ne quitte jamais, si ce n'est une seule fois, sa ville natale pour recueillir les fruits de l'expérience acquise chez des peuples étrangers, Platon, tourmenté du désir de tout voir et de tout savoir, embrasse dans son activité le cercle entier des sciences, et toute l'étendue des pays connus de son temps. Ce contraste nous apparaîtra plus vif encore, si nous parvenons à retrouver quelques-uns des traits qui composent la physionomie morale de notre philosophe, aspect sous lequel il serait pour nous plus intéressant encore à connaître que celui oîi nous l'avons jusqu'ici considéré.
Notre t&che serait facile et douce à remplir s'il était vrai qu'on peut et même qu'on doit juger l'homme moral d'après le caractère moral de ses
après J.-C., parle cependant, Ep, 40, d'un fils de Platon tué par les Barbares.
LA VIE DE PLATON. 4i
idées et de ses ouvrages (1 ) ; mais je ne puis me résoudre à accepter cette hypothèse, quoiqu'elle soit aujourd'hui devenue, sous sa forme convertie, le principe généralement admis de la critique littéraire : l'expérience de la vie, l'histoire de la philosophie et des lettres, et ce qui est plus certain encore, l'observation de notre propre conscience et l'examen de notre propre nature sont d'accord pour nous dire que la vie de l'imagination est profondément distincte de la vie réelle, que notre nature morale n'explique pas complètement notre personnalité littéraire et intellectuelle, et réciproquement que notre esprit ne donne pas la vraie mesure et ne montre pas la vraie cause de notre caractère et de nos mœurs. Chez l'un le cœur vaut mieux que l'esprit; chez l'autre l'esprit vaut mieux que le cœur. Ce serait donc un portrait de fantaisie qu'on tracerait, en allant chercher dans la beauté, la sérénité, la grandeur, l'harmonie, dans la perfection esthétique de l'œuvre intellectuelle de Platon, l'image de son caractère moral et réel. Il faut bien le dire : ce n'est pas ainsi que nous le dépeignent la plupart de ses contemporains, dont ses admirateurs eux-mêmes nous ont conservé les témoignages. Des voix nombreuses signalent, outre des mœurs suspectes, un esprit critique, mordant, satirique, une conduite malveillante et des sentiments jaloux envers la plupart des disciples de Socrate, un amour-propre excessif et irritable, prenant souvent
(1) Senec., Ep. 114. « Talis hominibus oratio qualis vita. »
la forme d'un orgueilleux dédain, la passion de l'argent, le goût des élégances et d'un certain luxe de la vie comme des relations aristocratiques; son mépris de la liberté et sa prédilection pour la tyrannie et pour les tyrans, une impudence effrontée à piller ses ouvrages dans les livres des autres philosophes et à leur en ravir la gloire, enfin des indiscrétions et presque des calomnies qui pouvaient porter atteinte à la mémoire de Socrate. Et ce ne sont pas des reproches qui, par le vague et la généralité des termes, ne mériteraient pas d'arrêter les regards*: on articule des faits précis et souvent significatifs qui, s'ils étaient bien prouvés, justifieraient peut-être les accusations portées contre son caractère.
Les épigrammes erotiques que Diogène nous a conservées comme son ouvrage semblent prouver qu'il n'avait pas échappé à cette odieuse confusion de l'amour et de l'amitié, dont le nom et les détails souillent quelques-unes des pages de ses plus beaux dialogues (1). J'ai de la peine à trouver quelque ombre d'excuse pour les ignobles et cyniques aveux qu'ifmet dans la bouche d'Âlcibiade, et les épithètes d'alSi^fAcov et de xo<T(At<K (2), données par un
(1) Diog. L., Uly 29. Aristippe nomme Aster et Dion ; d'autres Phèdre, d'autres Archéanassa, courtisane de Colophon. L'épigramme à Dion est une épitaphe , et on a fait observer qu'à la mort de Dion, qui fut assassiné à l'âge de soixante ans, il en avait lui-môme soixante-treize; mais qu'est-ce que cela prouve sur leurs relations de jeunesse?
(2) Diog. L., ni, 26.
Grec à un Grec, ne me rassurent que médiocrement. Antisthène dans un dialogue d'une violence outrageante l'appelait Sathon (1), et Ton sait ce que ce mot désigne en grec : ÔTroxopiorjjLa lia icQciSiMv app^vujv, im tou aiooiou (2). Ce qui peut diminuer Teffet de ces diffamations cruelles, c'est que ceux qui en sont les auteurs sont connus pour être ses ennemis personnels, et les advei^ires déclarés de ses doctrines. Athénée qui lui est si hostile reconnaît qu' Antisthène, d'ailleurs violent et outrageant envers tout le monde, ne pouvait supporter Platon (3); les injures qu'il lui adresse paraissent, même à ce critique si malveillant, à<rupâ>c xal (popTuuoc^ aussi méprisables que grossières (4), et nous n'en devons pas, j'imagine, faire plus de cas que lui. Mais Athénée, à son tour, attaque vivement le caractère de Platon qu'il qualifie par les plus dures épithètes : malveillant, jaloux, méchant envers tout le monde , il le fut surtout envers les autres disciples de Socrate (5), et à tel point qu'Hégésandre de Delphes avait fait un traité spécial Ilepi
TÎjç Tcpoç iwavr»; tou IlXarcovo; xoawrfitioLç. Outre que
dans ses ouvrages on le voit calomnier tous les
(1) Atbén., XI, 507 ; Diog. L., UI, 35.
(2) Hésycb., v. La calomnie fit son chemin, et bientôt Hérodicus, dans des vers attribués à Aspasie, n'épargna pas Socrate lui-même. Atbén., Y, 216.
(3) Atbén., XI,507.
(4) Atbén., V, 220.
(5) Atbén., XI, 506. Aucfjivy); irpà; àicavxac ....; 507, Hp^c t^ xaxoviOeCop fOovzpàcxal xaxà x6 ^Oo; oOda(&ô»;sOSoxt{ieTv.
poêles, sans respecter même la gloire d'Homère, il dénigre les plus grands citoyens de sa patrie; et tandis que le souvenir de Salamine ne protège pas Thémistocle, tandis que la réputation universelle de son intégrité et de sa justice ne défend pas Aristide, il loue Ménon qui avait trahi les Grecs au détriment de ceux qui les avaient affranchis. Dans les relations sociales , il se conduit avec la même jalousie acerbe. Gorgias, en lisant le dialogue qui porte son nom, ne pouvait s'empêcher de s'écrier, sous l'impression vive de cette blessure terrible et de cette puissante ironie : « Quel satirique que ce Platon (1)! » Un jour que le sophiste revenait de Delphes où il avait été consacrer au dieu sa propre statue en or, Platon le salua en ces termes railleurs : «Voici venir à nous le beau Gorgias tout en or (2) ; » à quoi le sophiste répondit non sans esprit : a Voici le nouvel et bel Archiloque d'Athènes. » Eschine était pauvre, et n'avait qu'un seul écolier, Xénocrate : Platon le lui enleva; et, le rencontrant en Sicile plongé dans la misère, lui refusa l'appui de son influence alors puissante , et des secours que le voluptueux Aristippe lui donna généreusement (3). Non content de cela, il lui enleva l'honneur d'avoir fait auprès de Socrate une dernière tentative pour le sauver, et l'attribua à Criton. Envers Phédon, il fut plus cruel encore; il lui intenta un
(1) Athén., XI » 505 : *Û; xoXw; olÔ£ màTwv lajji^eiv.
(2) Athén., XI, 505 : '0 xaXè; tb xal xfivco^j^ ropyia;.
(3) Diog. L., n^ 61.
procès pour lui faire perdre ses droits et son état légal d'homme libre : enfin, envers tous ses anciens condisciples, on peut dire qu'il a été comme une marâtre, pitiTpuiffç (l). Socrate l'avait deviné : Platon lui était apparu en songe transformé en corneille ; perché sur sa tête chauve, tout en frappant du bec la peau de son cr&ne dénudé, il croassait d'un air insolent (2). 11 n'est pas difficile de répondre à ces accusations : mettons *de côté d'abord le rêve de Socrate, qui n'est évidemment que la copie parodiée de la légende qui avait transfiguré Platon en cygne et semble comme le revers de la médaille. Les théories politiques de Platon expliquent suffisamment la sévérité et si l'on veut l'injustice de ses jugements contre les poètes et les grands citoyens d'Athènes ; on ne lui fera pas un crime d'avoir employé contre les doctrines pernicieuses des Sophistes l'arme du ridicule, que les honnêtes gens ne doivent pas s'interdire, et quant à sa conduite avec les autres disciples de Socrate, et particulièrement avec Eschine, loin d'être prouvées, les anecdotes qui la présentent sous un jour odieux sont contredites par Plutarque, qui raconte un assez long entretien du philosophe avec Denys, pour l'amener à faire du bien à Eschine, c< l'un des plus vertueux amis de Socrate (3). » Démétrius soutient qu'en disant qu'Aristippe était resté à Égine, pendant les derniers jours de la vie
(1) Alhén., XI, 507.
(2) AtbéD.,Xl, 507.
(3) Plut., de AduL et Amie., c. 26 : Xvi^p t^ts î^Oft tcap' 2v tivoûv Twv ScoxpéTouc ixatpfaiv imsixiic.
de Socrate, Platon veut faire allusion aux orgies voluptueuses dans lesquelles il se plongeait en ce moment même (1) : mais n'est-ce pas prêter à son langage des intentions gratuites? en constatant Tabsence d'Aristippe, ne constate-t-il pas aussi la sienne? et enfin, si ce que Démétrius nous rapporte était vrai , le reproche ne serait-il pas mérité, et l'indignation contenue dont il serait l'expression bien modérée ne lui ferait-elle pas plutôt honneur? D'ailleurs, à la cour de Sicile, où, dit-on, ils se rencontrèrent, rien n'atteste leur mauvaise intelligence , et Athénée se borne à dire que Platon raillaitquelquefoîs Aristippe (2). Quant aux rapports de Xénophon et de Platon, quelle qu'en ait été la nature, on ne peut en tout cas en faire retomber la responsabilité sur ce dernier, puisque, d'après les conjectures les plus autorisées, les ouvrages de Xénophon où l'on croit saisir les traces d une certaine inimitié étaient antérieurs à ceux de Platon qui aurait été ainsi l'attaqué (3).
(1) Démétr., de Eioc.f d, 306 ; Diog. L., H , 65 ; Athén., XII, 644, d.
(2) Alhén., XI, 607.
(3) Sur ceUe question, déjà très-coDtroversée chez les aDdens, et qui ne Test pas moins chez les modernes, voir Athéu., XI, 604 ; Diog. L., III, 34 ; Aui. Geil. XIV, 3 ; M. Bôckb, De simultate qux Plat, cum Xenoph. intercessisse fertur.
Les raisons qu'on allègue pour affirmer leur inimitié réciproque sont des plus faibles et des plus bizarres. Atbénée, XI, 60Ô, se fonde, probablement d'après Hégésandre : t. Sur ce qu*ils rapportent de Cyrus : Tun disant qu'il avaW
reçu, dès sa jeunesse, une éducation parfaite; l'autre que Cyrus
Je ne voudrais pas répondre que Platon fut aussi
avait été un bon général, mais que son éducation laissait à désirer; Xénophon accuse le Thessalien Ménon d'avoir été cause, par sa trahison, de Tassassinat de Cléarque, et le traite d'homme dur et débauché, tandis que Platon, faisant allusion à ces critiques, lui donne un démenti complet : OOx Ux' iTv(jLoc Xôyoc oStoc, et, contrairement à ses habitudes de dénigrer tout le monde, comble Ménon de ses louanges.
2. Tous deux ont écrit un Banquet ^ et, dans leur ouvrage , Tun introduit des joueuses de flûte que Vautre renvoie , l'un fait boire à Socrate de petites coupes de vin , l'autre le fait boire dans une coupe énorme, et cela jusqu'à l'aurore.
3. Enfin Platon, dans son PA^^ef on , énumérant tous les amis de Socrate réunis pour lui dire adieu , n'a pas même nommé
[ Xénophon.
Diog., III, 34 , pour preuve de la rivalité et de la malveillance de ces deux hommes, se borne à dire qu'ils ont écrit sur des sujets semblables : un Banquety une Apologie de Socrate, des Traités de morale, celui-ci la République, l'autre la Cyropédie, que Platon appelle une fiction.
Aul. Gell., XIV, 3, reprend quelques-unes des raisons précédentes, et y ajoute des détails nouveaux. Suivant lui, Platon avait publié d'abord et séparément les deux premiers livres de sa Biblique, et Xénophon les réfuta en opposant à la meilleure des républiques la monarchie parfaite. En outre, Xénophon soutient que Socrate, qui, dans les dialogues de Platon, parle si souvent physique , musique et géométrie , ne s'était jamais occupé de ces sciences que les Grecs appellent mathématiques. La conclusion d'Aulu-Gelle est toutefois plus sage. Entre deux beaux génies contemporains, il y a, dit-il, toujours une apparence de rivalité à laquelle il ne faut pas ajouter foi légèrement. Platon et Xénophon, représentants illustres de la philosophie socratique, ont paru, par leur grandeur même, des rivaux; mais ce fut la faute de leurs partisans et non la leur : c'étaient les autres, qui disputaient de leur supériorité relative. M. Bôckh s'est donné la peine, peut-être superflue, de réfuter sérieusement ces critiques paradoxales ; il a doctement prouvé :
innocent des sentiments d'orgueil un peu fier et de certains dédains aristocratiques qu'on lui prête :
1. Que le but de Plalon et de Xénophon, danà leurs ouvrages, n*étant pas le même , ils pouvaient et devaient , sans motifs de rivalité ou de jalousie , présenter Socrate, Ménon , Cyrus, sous un jour différent, et leur prêter des opinions et des thèses qui ne sont pas identiques.
2. Cornarius signale dans le Banquet de Xénophon un discours de Pausanias , qu'il suppose tiré du Banquet de Platon , et (tont Xénophon , par la bouche de Socrate, combat les conclusions. 11 trouve là, d'abord, une preuve de l'hostilité des deux philosophes, ensuite une preuve du peu de fondement qu'il faut faire de leurs assertions; car, dit-il , Pausanias ne dit rien de tout cela dans le dialogue de Platon, et on ne connaît aucun ouvrage de Pausanias, ni aucun autre ouvrage où Pausanias soit introduit traitant de celte matière. 11 faut donc croire ou que Xénophon a menti , ou qu'il avait entre les mains un texte du Banquet de Platon différent de celui que nous avons.
Mais rien n'autorise Cornarius à supposer que les paroles de Pausanias étaient tirées du Banquet de Platon. Comment, d'une hypothèse gratuite, conclure à des faits calomnieux?
3. Enfin, si Platon n'a pas nommé Xénophon au nombre des amis de Sonrate qui figurent dans le Phédon^ peut-on lui eu faire un reproche^ puisqu'à ce moment Xénophon était eu Asie? Il en a fait autant pour lui-même, et, en l'expliquant par une maladie , il a témoigné sa propre absence. Si le nom de Xénophon ne se trouve dans aucun de ses ouvrages, on peut seulement en conclure que dans ces deux hommes , dont la vie et le caractère ne diffèrent pas moins que l'esprit, il y avait peu d'analogie et peu de penchants réciproques.
4. Il est faux que Xénophon n'ait pas mentionné le nom de Platon ; il le cite même avec éloge, Mém.^ III, 6, 1, et rapporte que c'est par nmitié pour lui et pour Charmide, sou oncle , que Socrate détourna Glaucon de se mêler des arfaires publiques.
5. 11 n'y a dans le passage des Mémorables, IV, 7, où Soorate
il aimait la gloire (1) et ne savait pas s'en taire. L'bonnète homme, disait-il, doit laisser en mourant un souvenir, soit dans ses amis, soit dans ses livres (2) ; et Taraour de la renommée, suivant lui, est le dernier vêtement dont les hommes se dépouillent (3). Diogène le Cynique , qu'il appelait avec quelque raison un Socrate fou (4) , se vantait de fouler à ses pieds sa vanité et son orgueil (5) ,
déclare qu*i1 avait renoncé aux sciences mathématiques après les avoir profondément étudiées, rien qui semble faire allusion à Platon, et, s'il y avait une allusion, elle s'adresserait plutôt k Aristophane.
6. Il n'y a pas lieu de s'arrêter un instant à la lettre supposée de Xénopbon , Stobee, Florileg., IH , p. 106, où Tauteur fait évidemment allusion h Platon. Comme l'ont déjà vu Eusèbe, Prxp, Ev.f XIV, 12, p. 745, et Théodorel, Grxc. Aff. Car,, II, p. 734, c'est évidemment l'œuvre d'un faussaire, tout aussi bien que la 16** d'Allatius et d'Orelli , où Platon est nommé, et accusé d'imaginer, sans fondement historique, tout ce qu'il dit de Socrate, tandis que l'auteur oppose à ces fictions poétiques la sincérité et la fidélité de ses propres mémoires. *H{ietc lASvTot ça^iv , ÔTi ToiaÛTa oOx àxY|xôa{iev , àXX* ôrt ToiaÛTa où 6uvâ(«.e6a à7io(jivT){;LOveveiv * ovoè yàp l<r(jLiv noiTiTal, âaTcep xat aOroc. Ces deux lettres ont été complètement inconnues d'Athénée, de Diogène et d'AuIu-Gelle, qui n'auraient pas man* que de s'en servir à l'appui de leurs assertions sur l'inimitié prétendue de Platon et de Xénophon, et leur silence s'ajoute à toutes les preuves critiques qui en démontrent l'inauthen licite.
(1) Diog. L., m, 38. 'Ovôfiatoç 6eï Tux«îv. *
(2) Diog. L., III , 40. Cela ra|)pelle le proverbe anglais : Aie un enfant, plante pn arbre ou fais un livre.
(3) Athén.,XI, 507.
(4) Diog. L.,VI, 54.
(5) Diog. U, VI, 26. Ti^v nXârwvoc MvooicoudCon», ou tôv tvçôv.
mais il s'attirait cette verte repartie : a Quel orgueil tu montres par cette affectation à paraître sans orgueil(l) ! » qu'on rapporte encore autrement : a Que ta simplicité serait belle, 6 Diogène, si elle était simple (2) 1 » Aristote raconte un mot qui confirmerait • nos soupçons. Aristippe entendant Platon s'exprimer d'un ton trop tranchant , à ce qu'il croyait : (( Ce n'est pas ainsi, lui dit-il, qu'aurait parlé notre bon maître (3). » Après la mort de Socrate, tous les disciples étant réunis dans un repas^ il prit en main la coupe et leur dit de ne pas perdre courage : car il se sentait en état de remplacer celui qu'ils avaient perdu. Apollodore, à qui il venait de boire et à qui il voulait passer la coupe, la refusa en s'écriant avec son exaltation habituelle : a J'aurais plus de plaisir à recevoir des mains de Socrate la coupe de poison, que des tiennes cette coupe de vin (4). » Eschine disait que son orgueil était si grand, que non-seulement il faisait peu de cas des plus grands hommes, tels que Miltiade, Thémistocle, Cimon, Périclès , mais que son mépris s'attaquait même aux dieux (S) . Enfin on sent déjà, dans ses rapports avec son maître, percer quelque chose de ce senti-
(i) Diog. L., VI, 26; El., H. K., L XIV, 33.
(2) Théon, Progymn., 205.
(3) Arist., Rhet., 11, 23. *EiraYY»^fixœTep6v ti.
(4) Alhén., XI, 507.
(5) Aristid., OraL II, Platonic,, t. III, p. 474, sqq.; Ganter. Mrj 8Tt IleptxXéovc ^aSicoç âv Onepçpov^aotvxa, &)Jià Totoûtov, &9O* 6 Y^ Alax'VYK 9^0^ icepl aùtoû , âxt xxv xot; Scofiexa Oeoic ^urTa èiciTt|iT)9S , To<roÛTov auTcjp 9poviQ(LaTo; iceptYJv xal toû (&Y)8cva |iv)- 2ev6; àÇtov elvat vo(i.(Cetv.
ment de supériorité. L'ayant entendu un jour, dans un repas nombreux , réprimander sévèrement un de ses disciples, Platon ne craignit pas de lui faire une observation : « Ne valait-il pas mieux, lui dit-il, lui faire ces reproches en particulier? — Et toi, lui répondit Socrate, n'aurais- tu pas pu attendre, pour me donner cette leçon , que nous fussions seuls (1)? »
Il semble aussi qu'à cette fierté un peu hautaine il se soit mêlé quelque vanité aristocratique. Ou connaît l'intimité de ses relations avec les deux Denys et Dion , qui furent à la tête du gouvernement de Ta Sicile. Speusippe nous confirme qu'il était fort lié avec Archélaûs (2), quoiqu'il l'ait accusé d'avoir tué son maître; et nous apprenons d'ailleurs qu'il avait fourni à Philippe les moyens de s'emparer de la royauté (3). 11 paraît certain du moins qu'il fut lié avec ces princes (4), et , en acceptant ces relations, il dut en accepter les conséquences ; c'est-àdire que, comme Sénèque, il fut peut-être obligé de
(1) Plut., de Aâul, et Amic,^ c. 32. Quels qu'aient pu être le sentiment de sa valeur et la conscience de son génie, il n'est pas permis de croire ou de dire avec Denys d'Halicarnasse , qu'il voulut croiser lie fer avec Homère lui-méme,>t aveclAristoxëne, qui se montra aussi acharné contre lui que contre Socrate, qu'il avait eu TinlenUon d'acheter tous les livres de Démocrite pour les brûler (Diog. L., IX', 40). Au cas même où cette anecdote serait moins suspecte, on pourrait l'attribuer à une passion moins basse que la jalousie. La haine de ces petites églises qu'on appelle des sectes philosophiques suffirait à l'expliquer.
(2) Athén., XI, 506.
(8) /rf.,lrf.
(4) El., ff. F., IV, parlant de Philippe : HXéTwva Se WjjiTidev.
o2 LA VIE DE PLATON.
subir leurs bienfaits. Je dis peut-être : en effet, Diogène nous dit bien qu'il reçut de Denys plus de 80 talents (1) ; mais il semble ailleurs se contredire en prêtant à Aristippe , accusé de recevoir de l'argent de Denys tandis que Platon n'acceptait que des livres, la réponse suivante : « C'est, dit-il, que j'ai besoin d'argent et que Platon a besoin delivres(2). » Plutarque nie positivement le fait : Denys lui offrit beaucoup, Platon refusa tout (3).
Socrate, malgré ses opinions, par la simplicité de ses habitudes et de .ses goûts , par son mépris des élégances raffinées de la civilisation, était un homme populaire et démocratique : Platon évidemment ne fait pas cette figure. Il est puéril de prétendre qu'il n'a fait tant de voyages en Sicile que pour vérifier par lui-même si les cuisiniers de ce pays méritaient leur grande renommée (4); mais il pourrait bien se faire qu'il eût aimé une bonne table et un certain
(1) On lui a beaucoup reproclic ses rapports avec Denys. Un certain Molon, qui le détestait, disait avec esprit et méchanceté : Ce qu*ii y~a d*étonnant, ce n'est pas de voir Denys à Corintbe , c'est d'avoir vu Platon en Sicile.
(2) Diog. L., n , 81 .
(3) Plut, JDio, C. 19. MiQdàv )Mt(jL6àvovTi.
(4) Diog. L., III, 9; Thém., Or., XXUI, 285. Il était allé en Sicile , in\ xpiQ(iotai xai xpaicéCip. Ëphippe, le Comique, dans le Naufragé, lalllait Platon et quelques-uns de ses disciples, i!>c in àpYv»pC()) a\>xo9avToûvTac. Mais quel fond faire sur les libertés de la comédie grecque, qui allaient jusqu'à désigner Socrate comme un coupeur de bourse ? Une lettre, évidemment supposée, de Xénophon (Stob., /Yori/., Meinek., t. III, p. lOC), lui reproche d'avoir aimé la tyrannie, et, au lieu d'une vie frugale et simple, tftxsXtwTic '^aax^h^ àit^tpou tpaicéCa.
luxe élégant et de bon goût dans toute sa manière de vivre (1). Cela ressort de plusieurs traits conformes de sa vie (2).
Ce n'est plus son caractère , c'est la tendance de son école et la direction de ses principes politiques qu'on attaque, lorsqu'on prétend , pour lui comme pour son maître, que leurs disciples se sont montrés impies et tyranniques, et ont cherché, par corruption ou par violence, à détruire la liberté de leur pays et à y établir la tyrannie. C'est, dit-on, dans les belles leçons de la Républiqtœ et de ces Lois illégitimes, Twv 7wip«voji.wv NoîJu»>v, quc s'instrulsircut au crime ce Callippe d'Athènes, qui, pour s'emparer de la royauté de Sicile, égorgea Dion, son ami; cet Évagore de Laropsaque , ce Timée de Cyzique, ce Chéron de Pellène, qui, après une vie scélérate et ignoble (3) , ont cherché et réussi à opprimer , à trahir, à vendre leur patrie (4). N'est-ce pas une injustice flagrante que de mettre à la charge d'un philosophe non-seulement les doctrines, mais la conduite et le caractère de ses disciples; et ne pourraiton, par cette seule fin de non-recevoir, repousser les griefs dont on veut le charger? Mais il faudrait au moins être complet, et, à côté de ces indignes disciples , cit^r ceux qui ont honoré leur maître, et ceux dont les actes et les fureurs coupables prou-
(1) Athén., XI , 609. noXvTsXcùç ^oxowvto xal TÎiç eùiJiopçCa; ... icpôvoiocv éTCOtoÛvTO.
(2) piog.L.,YI, 26.
(3) Athén., Xl^ 509. &vo9(&>c xalà2oÇa>c pioôvTCC
(4) Athén., XI, 608.
vent que le sentiment démocratique , Tamour de la patrie et de la liberté n'étaient point étoufiés par les leçons de l'Académie; il fallait rappeler Timothée, Phocion, qu'il eut le courage de soutenir dans son procès, Chabrias, grands citoyens et grands patriotes (1); Héraclide et Python d'OEnos, qui essayèrent d'affranchir la Thrace, leur patrie, par le meurtre du tyran Cotys (2); Chion (3) et Léonidès, meurtriers du célèbre tyran d'Héraclée Cléarque (4) ; Aristonyme, qui donna des lois aux Arcadiens; Phormion, qui en fit pour les habitants d'Élis, et Ménédème (Athén.^ II, 59, c.) , le législateur des habitants de Pyrrha; Délius d'Éphèse , qui fit avec Alexandre l'expédition de la Perse (Philostrat., ^ojoA., 3, 485); Euphrœus, le favori de Perdiccas {Ep. Plat.^ V, Athén., XI, 506, c. 508, d.); Démosthène (Cic, de Orat., 1, 20), qui l'aurait abandonné pour suivre les leçons de l'orateur Callistrate (Aul. Gell., III, 13); Hypéride (Diogène L., III, 46); Lycurgue (Vit. X Orat, VII, 2); Isocrate même (Diog. L., III, 8 ; Phœdr.^ 278, e.), quoiqu'il ait pu s'éloigner de lui plus tard (Isocr., Panath., 118, Philipp., 42). Surtout il ne fallait pas oublier que^ suivant une tradition qui les honore tous deux, de même que
(1) Diog. L., HI, 23.
( Diog. L., III, 46.
(3 Sous le nom duquel on a quelques lettres évidemment apocryphes.
(4) Justin., XVI, 5;Suid., v. KX. Ce Cléarque était Iui-mêm0 un disciple de Platon.
Périclès avait été le disciple d'Anaxagore, le plus grand orateur de la Grèce, Démosthène, avait été le disciple de Platon {^)^
Athénée nous rapporte que dans sa Diatribe contre Platon Théopompe disait : « La plupart de ses dialogues sont sans valeur et pleins de mensonges. Le plus grand nombre ne lui appartiennent pas, et sont tirés des travaux d' Aristippe ; quelques-uns, de ceux d'Antisthène, beaucoup de ceux de Bryson d'Héraclée (2). » Apulée, interprétant trop librement une épigramme où le satirique sillographe Timon avait donné carrière à sa médisance, Taccuse d'avoir emprunté son Timée anx livres du pythagoricien Philolaûs (3) , tandis qu'Aristoxène et Favorin soutiennent qu'il a copié dans les Antilogies de Protagoras toute sa République (4). Si ce reproche pouvait se justifier par quelques analogies, ce que nous sommes hors d'état de constater, il serait facile d'expliquer par le caractère large de sa philosophie les ressemblances de ses doctrines avec celles de ses adversaires; mais il semble presque puéril de faire un pillard impudent, vivant de compilations cachées et de rapines audacieuses, Tun des écrivains les plus originaux de la Grèce , et l'un de ses plus grands
(1) Plut., Dem.f 2 ; Cic, de Orat,, U 20; Diog. L., UI, 46.
(2) AthéD., XI, Ô08.
(3) Diog. L., Vni, 85; A. GelL, Hl, 17. Timon se borne a. dire , sans nommer le Timée, que c^est dans les livres de ce philosophe qu'il a appris à écrire : ''OOsv ànapxof^svoç y^à^m 2Si2dxOT)ç.
(4) Diog. L. m, 37 et 57.
penseurs. De telles imputations sans preuves ne sauraient porter atteinte ni à sa gloire ni à son caractère. Ce qu'il y a de plus cruel dans les attaques dont il a été Tobjet, c'est le reproche d'avoir méconnu même envers Socrate les droits de la reconnaissance, du respect et de l'amitié. Pourquoi révéler ces cyniques détails des rapports d*Alcibiade et de son maître, qui avaient échappé aux regards clairvoyants et jôloux des poëtes comiques ? Pourquoi faire dire à Socrate lui-même qu'il avait eu pour mère une rude sage-femme, pXodupSç ^xaCoçç, et pour épouse une femme d'une humeur intolérable et d'une violence inouïe (1)? Je ne pardonne nullement à Platon la liberté de ses peintures du Banquet; mais il faut pourtant reconnaître qu'elles ont pour effet précisément et peut-être qu'elles avaient pour but de rehausser la vertu de Socrate , et de montrer dans un jour lumineux la pureté de ses mœurs, sa force d'âme, et la chasteté parfaite de ses sentiments et de ses rapports avec la jeunesse. On en peut dire autant du portrait de Xantippe que Xénophon n'a pas ménagée davantage^ et il y a longtemps que Casaubon a relevé le contre*sens peutêtre volontaire d'Athénée, qui veut prendre en mauvaise part le terme de pXo<jup8k fxaiaç, dont le sens naturel est simplement : une maîtresse femme.
Non, le ciel en soit loué ! nous n'avons pas ici le douloureux spectacle d'une de ces profondes mésintelligences entre l'esprit et le cœur, entre la
(!) Athén.,V. 219.
beauté du caractère et la beauté du génie, que donne, hélas I quelquefois l'histoire de la poésie, des lettres, des sciences, et aussi, soyons sincères, de la philosophie. Que Platon ait prêté à Socrate beaucoup de choses qu'il n'a pas dites et qu'il n'a pas faites (1), je croirai difficilement qu'il s'en soit plaint, et on peut affirmer qu'il n'a pas eu à s'en plaindre. Sa tendresse respectueuse et passionnée (2) se manifeste par tous les moyens : il est un de ceux qui s'offrent pour caution de l'amende à laquelle Socrate consent à se condamner; malgré sa jeunesse , il tente un dernier effort pour éclairer des juges irrités, et lorsqu'on étouffe sa voix et qu'on lui ferme la bouche (3) , il ne peut pas rester devant ce tribunal odieux, et s'éloigne accablé de douleur, n'ayant pas la force d'entendre leur arrêt sanguinaire (4). S'il n'assiste pas, comme il le dit lui-même , aux derniers moments de son maître chéri, c'est qu'il était malade (5), et peut-être de douleur et de désespoir (6) . Enfin tous ses ouvrages , à l'exception de trois, semblent consacrés à faire de Socrate le type idéal de la sagesse , de la science , de la vertu , et sont un monument éternel de sa piété, de son admiration et de son amour (7).
(1) Diog. L., ni, 36; Anonym.; Athén., XI, 607.
(2) Anon., p. 6. EOvov<rraTo; tcû liùxpâxti
(3) Diog. L., II, 41. Sur l'autorité de Justus de Tibériade.
(4) Anonym,, p. 0.
(ô) Phadon, p. 69, b.
(6) Plut, de nrtut. Mor., c. 10.
(7) Les faits fabuleux qui accompagnent la première rec-
Ajoutons que dans ces témoignages de son respect il faisait preuve de quelque courage; et ce courage du dévouement et de Tamitié, il le montra encore dans l'affaire de Ghabrias , accusé par le sycophante Crobyle, et que seul il osa défendre (1).
S'il fut dévoué envers son maître et envers ses amis, les rares documents que nous possédons nous autorisent à dire qu'il ne fut pas moins bienveillant envers ses disciples , et se plaisait à témoigner de leurs talents et de leurs vertus. Il est vrai que, tout en reconnaissant les vertus de Xénocrate , il trouvait une austérité trop sévère dans ses habitudes et lui conseillait en souriant de sacrifier aux Grâces (2) ; mais il proclamait bien haut que la vie seule de Speusippe était une leçon de tempérance et de sagesse (3).
Sans prétendre que Platon réalisa le modèle de perfection dont il nous a tracé la magnifique et idéale image, en admettant même qu'à un certain sentiment fier de sa supériorité et de son génie se soit ajouté un goût pour des habitudes élégantes et aristocratiques qui contrastent avec la tradition de Socrate, on doit reconnaître sans fondement les
contre de Platon et de Socrate semblent attester au moins un goût prononcé de ce dernier pout son jeune élève , et nous sa* vons par Xénophon^ Mem., III» 6, qu'il Pavait en grande considération.
(i) Diog. L., IIIj 23 et 24.
(2) Plut, Conjug. Prxcept, p. 314, trad. fr.
(8) Plut.) de Àdul. et Amie., c. 82.
allégations qui portent atteinte à son caractère. L'homme moral en lui, s'il n'égale pas Técrivain et le philosophe, du moins ne le dément pas ; et ce n'est pas sans une joie sincère, qu'après une discussion complète des faits on arrive à cette conviction que Platon, que recommandent assurément déjà sa gloire de penseur et son génie d'artiste, a droit au plus grand titre de respect qu'il y ait en ce monde, celui d'avoir été un honnête homme.
J'aurai terminé tout ce qui a rapport à la biogragraphie de Platon , quand j'aurai ajouté quelques considérations générales sur le temps où il a vécu. L'homme est soumis à d'autres influences que celles delà famiUe et des relations personnelles. Les événements contribuent à l'élever, et les faits de la vie générale ont leur contre-coup inaperçu et peut^tre imperceptible dans les individualités les plus énergiques. Sans attribuer une part trop grande à cette action invisible du milieu général où l'individu nécessairement se développe, il ne faut cependant pas la nier, et il est bon de l'apprécier dans une juste mesure. II n'est pas indifférent, même pour le plus libre et le plus philosophique esprit, de nattre dans un temps de révolutions politiques, morales ou religieuses , ou dans une période relativement calme^ où des principes incontestés gouvernent et dominent l'intelligence et la vie ; de voir le spectacle et de respirer l'air de la liberté ou de l'anarchie, d'une monarchie réglée ou d'un despotisme sans contrôle et sans limites , d'assister aux défaites ou aux triomphes de la patrie.
Sous ce rapport, Platon a été moins heureux que Socrate. Il est né vers le commencement de la guerre du Péloponnèse, terminée par Thumiliation et l'abaissement d'Athènes , qui ne s'en releva jamais complètement. A la suprématie de sa ville natale il voit succéder la grandeur passagère de Thèbes et les débuts de la domination des rois de Macédoine. L'oligarchie des Quatre-Cents, la tyrannie des Trente, attristent les premières impressions de sa jeunesse , et la victoire de Thrasybule ne suffira pas pour effacer de sa mémoire l'horrible souvenir de ces déchirements et de ce régime de terreur. Du moins, à défaut de Tempire qu'elle a perdu , Athènes a retrouvé la liberté intérieure, et le temps n'est pas encore venu oîi ira sombrer, d'abord dans la monarchie macédonienne, puis dans la grande république romaine, cette dernière consolation de son ancienne puissance. Platon a donc vécu dans un pays encore libre où le gouvernement appartenait à la puissance de la parole, c'est-à-dire, en lin de compte, à la raison. La liberté, outre ses autres bienfaits, a encore le mérite de faire du gouvernement une école, une école de politique et de morale. La grande politique d'Athènes , ces beaux débats publics qui exaltaient et passionnaient les esprits et les âmes, mais ce qu'il y avait de plus noble en eux, ont exercé une salutaire influence sur Platon , et , sans le garder de toutes les erreurs , l'ont préservé de quelques-unes. C'est au précepteur d'Alexandre qu'il est réservé de tenter l'explication philosophique, sinon la justification de l'esclavage. Platon se-
rait-il l'auteur des Ijois et de la République sans Périclès (1)?
Sous un point de vue plus spécial, cette liberté, cette licence , cette anarchie , comme il rappelait, lui a été plus salutaire encore. Tout aussi bien que Tart, et peut-être plus que lui, la philosophie a besoin non-seulement du droit, mais du droit pratiqué journellement, de l'habitude de tout examiner, de tout critiquer, de tout juger, de tout penser, de tout dire : car qu'est-ce que la philosophie, si ce n'est précisément la liberté de la pensée, et par conséquent la libre expression de la pensée , nécessaire à sa pleine conception? C'est un misérable sophisme de prétendre que la pensée reste libre quand on peut — et comment imaginer qu'on ne le puisse pas? — la formuler dans le secret de son cœur ou l'exprimer dans le silence et l'isolement de son cabinet d'étude. La pensée cesse alors d'être vivante , et, quand l'homme a cessé d'espérer que sa pensée vivra, agira, agitera, il cesse dépenser. La pensée n'est complète, pleine, entière, que lorsqu'elle a dans Fftme d'un auditeur ou réel ou imaginaire, mais possible, un écho qui non-seulement la renvoie , la répercute, mais la modifie et l'achève. Toute pensée est un dialogue, comme le dit Platon ; le monologue n'est qu'une pensée altérée et faussée.
L'esprit individuel n'est pas un tout parfait et com-
* (1) L^établissement des tyrannies dans la Macédoine et la Sicile a dû exercer quelque inHucnce sur ses conceptions politiques.
plet : rbomme vivant et même rbomme pensant est un système, et il fait partie d'un système; il faut qu'il reste en communication perpétuelle avec les autres êtres pensants , pour rester un être pensant. C'est une chatne électrique et magnétique : si un anneau est isolé, il perd sa vie et sa vertu. Il faut sans cesse que l'homme plonge dans le grand réservoir de la pensée et de la vie universelle, qu'il donne et qu'il reçoive le coup et Tétincelle ; vouloir l'isoler, soit de la vie, soit de la pensée générale , suspendre ces rapports essentiels et substantiels, le séparer de ce système, de ce non-moi où il se prolonge, se continue, se limite, où il se détermine et à la fois se complète, c'est tout simplement le tuer. Les individualités , détachées du tout qui les^ faisait vivre et qu'elles faisaient vivre, ne sont plus que des membres morts d'un organisme expirant, et l'organisme vivant du monde moral est ramené à une immense mécanique où il n'y a plus de mouvement et de vie que dans le moteur. Il n est pas plus possible de penser que de parler dans le vide. Platon a joui et profité de cette liberté féconde et salutaire même aux philosophes, et l'on peut affirmer que si le sort l'eût fait nattre à Sparte, sous ce régime dont il nous a trop vanté la tyrannie bienfaisante, c'en était fait de son génie et de sa philosophie. Mais il n'en fut pas ainsi du libre citoyen d'Athènes, qui, outre les souvenirs des grandeurs passées, outre le spectacle de la liberté en action, se trouvait comme au cen^ tre de toute la vie intellectuelle de la Grèce. Les poôtes tragiques et comiques, les historiens, les ora-
leurs, les sophistes même, développent à son insu ce jeune et beau génie et contribuent à donner à sa pensée et à Tensemble de ses idées la mesure, la grâce, i*harmonie. L*art plastique, dont les inimitables chefs-d'œuvre ravissaient ses regards, ne fut pas uon plus étranger au développement complet et harmonieux de cette rare intelligence, et la recherche des influences du génie de Phidias sur le génie de Platon (1) a pu, non-seulement fournir un sujet de thèse spirituel, ingénieux et piquant, mais encore mettre en relief une de ces causes réelles et obscures qui agissent sur le développement moral et intellectuel des individus, avec une puissance qu'on a exagérée, mais qu'on ne doit pas méconnaître. Le spectacle des œuvres du grand statuaire ne pouvait manquer de développer et d'épurer le sens et le goût du vrai beau dans Timagination d'un artiste, et quel artiste que Platon I La profondeur de l'impression qu'il en ressentit n'a pas été étrangère, on peut le croire, au rôle considérable qu'il accorde à la beauté dans la philosophie comme dans la vie, et à la notion si pure et si sublime, et en même temps si originale et si vraie, qu'il en adonnée le premier.
(1) Thèse de M. Ch. Lévéque : Quid Plato PhidUs debuerU.