le Phédon ou de VAme
Thrasylle , qui qualifie cet ouvrage de moral , le place comme la dernière pièce de sa première tétralogie, avec le Criton, V Apologie et VEuthyphron ; Aristophane en fait la seconde de sa cinquième trilogie, qui commence par le Criton et finit par les Lettres {l).
Le Phédon renferme un double dialogue, dont Tun se tient à Phliunte et Tautre à Athènes. Dans une conversation avec Ëchécratc , où paraissent assister des personnages muets que Stallbaum suppose être des pythagoriciens, Phédon raconte le dernier entrc-
(1) On a contesté Tauthenticité même dans Vantiquilc. Scholl. ArisU., p. 570; Ad. Arist. met,, c. 7, p. 991, b, 1. 3. Sur ces mots d'Aristote h $è t^ 4>aîS(i>vt oûtcdc XéYO{Acv, Asclépiade ob . serve : « Aristote montre ici clairement que le Phédon est de P]a« ton... Car un certain Panctius avait osé attaquer rauthenticité parce que, soutenant lui-même que Tàme est mortelle, et voulant tirer de son côté Platon, il trouvait dans le Phédon la doctrine de Vimmortalité de TÂme. Le PlMon est cité par Aristote, de Gen. et Corr.y H, 9; Met,, 1, 7, et XUI, 5; Mefeor., II, 2. Cicéron, Tttsc, 1, 32, se borne à dire que Panélius s*écartait de 1.1 doc/rinc de Platon sur ce point seulement.
tien de Socrate arec ^es disciples et ses amis, dans la prison où il devait subir le dernier supplice. Les interlocuteurs de cette scène tragique sont au nom* bre de huit ; les personnages muets sont plus nombreux encore (1).
Phédon d'Élis était de noble Tamille; fait prisonnier très-jeune, il fut acheté et rendu à la liberté, sur les instances de Socrate, par Alcibiade, ou Criton, ou Gébès (2). Il s*adonna à la philosophie (3), et ^écut avec Socrate dans une intimité étroite et tendre, comme l'atteste le dialogue où sa douleur est si vivement peinte, et où Platon nous montre le maître jouant avec les cheveux de son jeune ami (4). Il s'était i*endu à Phliunte auprès du pytha'goricien Echécrate (5), de Locres, qui avait été obligé de quitter sa patrie à la suite des persécutions violentes et des haines populaires soulevées contre les sociétés pythagoriciennes.
Apollodore n*est guère connu que par la mélancolie exaltée de son àme, qui lui avait fait don-
(0 Ce sont» parmi les Athéniens, Aristobule, Uermogène, Êpigcne, fils de Criton, iEschine» Ctésippe, Ménéiène et d*autres qui ne sont pas nommés ; parmi les étrangers, Pbêdondès, Euclide, Terpsion. Platon mentionne lui-même son absence, et Texplique dans le Phédon, 59, c, comme dans le Thnée, par la maladie.
(2) Aul. Gell., II, 18 ; Macrob.. SaL, I, 11; Diog. L., U, 31.
(3) Il fonda plus tanlTÉcole Éliaque, appelée aussi d*Êrélrie, du nom de la ville natale de Ménéxène, son successeur.
(4) Phéd., 89 b : HaiCcav é; xàc xpCxac
(3) Cic, de Fin., V, 29; Val. Max., VIll, c. 7, 3; Jambl., VU. Py(h., 7bOi Diog. L., VUI, 46.
ner le surnom de TEnthousiaste , t^ (asvixoç xaXcivô«i (1).
Criton, dont les fils, Critobule, Hermogène et Épigène (2), assistent à l'entretien, est le vieil ami de Socrate que nous connaissons déjà.
Simmias et Gébës sont deux amis , et pour ainsi dire deux frères, tous deux de Thèbes, où Platon veut qu'ils aient entendu Philolaûs discourir 4e Timmortalité de Tàme. Leur ardeur philosophique se traduit par les objections plus ou moins solides qu'ils opposent à la théorie de Socrate. Cébès surtout se montre fin, pénétrant, curieux, et moins facile à se laisser ébranler et convaincre (3).
Le lendemain du jour où l'on apprit que la galère sacrée était de retour, tous ces amis, et d*autres encore, se réunirent pour la dernière fois auprès de leur mattre vénéré. Quand ils entrèrent, on venait de lui ôter les fers des jambes et de lui annoncer que c'était le jour du supplice. Sa femme Xantippe était assise auprès de lui avec un petit enfant. Â la vue des disciples qui venaient lui faire leurs adieux, Xantippe éclate en sanglots , et Socrate se sépare d'elle en la faisant reconduire à sa maison.
L'entretien commence alors par une remarque
(1) Plat., Conv,, 173, d.
(2) Son quatrième fils, Ctésippe, ne pent pas être le Ctésippe nommé dans le Phédon par Platon, parce qu'il était du dème de Pavanée, tandis que Criton et ses fils étaient du dcme d'Alopèce.
(3) Il est difficile de croire que le Tableau, IlCvai soit de ce Cébès, puisqu'on y fait mention des Péripatéticiens et des Critiques, à moins qu*on ne suppose que ces passages n'aient été
■^rés dans le texte par quelque interpolateur maladroit.
fine et plaisante de Socrate sur le rapport intime du plaisir et de la douleur, qui se suivent, se lient, et, pour ainsi dire, se confondent Tun avec l'autre. Gébès interroge le maître sur les motifs qui Tont poussé à faire un hymne à Apollon et à mettre en vers les fables d'Ésope^ lui qui ne s'éitait jamais occupé de poésie; puis il demande comment il se fait qu'on dise que la mort n'est point un mal , et que cependant nul n'ait le droit de se donner la mort.
A quoi Socrate répond d'abord que, s'il s'est occupé de poésie, c'est dans la crainte de n'avoir pas , en s'occupant de la philosophie, qui était pour lui la grande musique, suffisamment compris l'indication d'un songe qui lui avait ordonné de s'occuper de musique. Puis il aborde la difficulté posée par Gébès.
On enseigne dans les mystères , ^v (îiro^^totç X({- Yo; (1), que nul ne doit se donner la mort; parce que l'homme est sous la garde (2) et comme la propriété des dieux, et ne doit pas cpiitter sans leur ordre le poste qu'ils lui ont confié.
La mort n'est point un mal : si dans cette vie même l'homme est sous la protection des dieux , il doit être rempli d'une plus profonde espérance de
(1) On peut entendre ce mot soit des iDjrstères d^Êleusis» soit de la doctrine secrète des Pythagoriciens.
(2) Le iv 9povpêç peut se traduire encore par : Nons sommes dans le corps comme dans une prison. Les anciens eux-mêmes hésitaient sur le sens. Tvscul.y I, 30; Somn, Scip,^ p. 43; Cat, Moj,^ 20. Ce dernier sens est confirmé par Cratyl,^ 400> c, el BoDckh., PhUol, p. 151.
se retrouver, après la mort, sous l'œil de ces mêmes dieux , et dans une condition meilleure.
La mort n*est point un mal, surtout pour le philosophe : car la philosophie n'est qu'une préparation, une méditation, un apprentissage de la mort. Philosopher, aimer la vérité et la vertu, n*est autre chose que détacher les liens qui enchatnent Tâme au corps et la tourner vers Tamour et la contemplation de la sagesse, amour et contemplation que troublent les passions et les vices nés de nos sens. La mort est la séparation de Tàme et du corps , qui permettra à Tàme de connaître et de contempler la vérité elle-même , que nous ne pouvons ici-bas apercevoir qu'à travers les ténèbres des sens et les brumes de la terre. La mort qui nous donne, j'en ai, dit Socrate, sinon la certitude, du moins la ferme espérance, la mort qui nous promet un tel bonheur, ne peut donc être un mal.
Mais, après cette séparation, que devient l'âme? se dissipe-t-elle comme une fumée ou une vapeur? Non I une autre vie l'attend.
Ici commence le sujet principal du dialogue destiné à prouver l'immortalité de l'âme (1).