Les biens de l'âme, unis et liés à la tempérance
2. les biens du corps ; 3. la richesse. C'est au sage de gouverner, à l'ignorant d'obéir, et par ignorance il faut entendre cette disposition de l'âme où, tout en jugeant qu'une chose est bonne et belle, au lieu de l'aimer on l'a en aversion ; et l'on est encore dans l'ignorance lorsqu'on aime et qu'on fait ce qu'on sait être mauvais ou injuste. Le bon législateur doit faire en sorte que l'État soit libre, uni, éclairé , ce qu'il ne pourra être que sous une légis-
lation mille et tempérée, où la puissance et le respect seront mesurés par les différents degrés des biens.
CliniaSt chargé de conduire une colonie à Magnésie et de lui donner des lois, prie l'Athénien d'exposer dans son entier le plan d'une législation qui serait fondée, comme on vient. d'en montrer la nécessité, sur la vertu, et particulièrement sur la tenàpérance, celle des vertus qui produit ou suppose toutes les autres. C'est par là qu'est amené le quatrième livre et la seconde partie de l'ouvrage, c'està-dire l'exposition précise de la constitution et des lois (1), dont les trois premiers ne sont guère que l'introduction générale.
Il s'agit donc de fonder un gouvernement, un État qui se rapproche autant que possible de la perfection. Cherchons à déterminer d'abord les conditions extérieures les plus favorables dans lesquelles il peut être placé.
Ce ne sera pas une ville maritime (2), car les cités adonnées au commerce, et surtout au commerce maritime, ne pensent plus qu'aux bénéfices et au gain, prennent le goût d'innovations incessantes, oublient dans l'ardeur del'espritmercantile labonne
(1) M. Cousin, d'après Boeckh., Min., p. 69, considère le quatrième livre comme appartenant à Tintroduction, et ne fait, comme lui, commencer le sujet véritable qu*au cinquième, p. 734, e.
(2) Cf. Cic. de Rep.^ Il, c. 3 et 4 . (Romulus) sensit ac vidit non esse opportun issimos situs maritimos urbibus ils, quae ad
* dintumitatis conderentur atque imperii.
foi et la cordialité, qui doivent partout et toujours présider aux relations des hommes, et perdent en outre la tempérance et*môme le courage, également incompatibles avec la vie des hommes de mer.
La question de savoir s'il faut désirer une population tout entière de même race, de même langue, de même religion, est plus difficile à résoudre. Sans doute il y a dans ces conditions plus de garanties pour la concorde, l'union, l'amour des citoyens ; mais il y aura aussi bien des obstacles à vaincre pour leur donner des mœurs et des institutions autres que celles de leur première patrie et de leurs pères. Le territoire doit être peu étendu, et mesuré sur les besoins de la défense et de l'alimentation de la population, qui ne doit pas excéder 5040 habitants. La fortune a une grande influence sur le succès des choses humaines : elle en a une grande sur le succès d'un État qui se fonde. Il est permis de compter pour la cité future sur quelques chances heureuses, et l'une des plus heureuses qui lui puisse arriver, est d'avoir à sa tête, outre un excellent législateur qui lui donne des lois, un tyran jeune, intelligent , énergique , magnanime , et surtout modéré , qui les fasse appliquer : car, sans modération ou tempérance, il n'y a pas de vertu durable.
Quelle forme de gouvernement doit avoir notre cité? La monarchie est l'État où le pouvoir est entre les mains d'un seul homme ; l'aristocratie , celui où il est entre les mains d'un petit nombre ; la démo-
cratie, celui où il est entre les mains du peuple. Le nôtre sera entre les mains, non d'un homme, mais d*un dieut le seul vrai maître des hommes, et ce dieu, comme autrefois Saturne {^ ), y fera'régner des lois qui ne seront que Texpression de la raison , qui seront faites en vue de la justice et du bonheur de tous, et non dans Tintérôt d'une faction quelconque dans TÉtat. C'est ainsi la loi , expression de la volonté et de la sagesse divine, qui sera maîtresse de notre cité (2). La garde des institutions et l'autorité nécessaire pour assurer l'exécution des lois , devront appartenir à celui qui se sera distingué par son obéissance ; car le magistrat , le chef de l'État , qui paraît commander, doit en réalité toujours obéir, mais obéir à la loi dont il est le ministre , c'est-à-dire le serviteur, et la loi n'est que le représentant de la raison. Il sera en môme temps modéré, parce que la tempérance est chère à Dieu , auquel il doit s'efforcer de ressembler, et parce que Dieu est la mesure suprême des choses (3). Enfin il sera religieux, et pourra, par son commerce avec les Dieux du ciel et des enfers , ayec les démons et les héros tutélaires de la cité , appeler la protection divine
(1) Ici se trouve un mythe très-court sur le règne de Saturne pendant lequel les hommes étaient gouvernés par debienfaisanis génies, p. 713, c. Gomp. le mythe plus étendu du Politique p. 209, a sqq.
(2) LUdée de la justice n^est donc pas absente de la conception politique décrite dans les Lois , comme Taffirme Zeller. {Platon. Stud., p. 52.)
(S) 716, e. Platon cite la fameuse maxime orphique : Dieu t le commencement, le milieu, la fin de toutes choses.
sur la cité naissante (1) , et communiquer à ses concitoyens la piété envers les Dieux et la résolution ferme de pratiquer l'honnêteté, la vertu, la justice.
Avant d'entrer dans le détail de l'administration, il faut nous rappeler que nous faisons des lois pour des hommes, c'est-à-dire pour des êtres intelligents et libres; avant de leur donner un ordre impératif, avant de les menacer d'un châtiment, il convient de les avertir, de les éclairer, de les persuader; car on ne doit fonder Tobéissance que sur la raison. De là la nécessité de faire précéder la règle impérative de considérants, d'un exposé de motifs qui en explique le but , lequel doit être toujours moral ; et Platon en donne un exemple concernant le mariage, où la prescription légale est précédée d'un exposé des raisons et des intentions morales et religieuses de la loi. Le livre se termine par quelques prescriptions relatives au respect et à l'amour que l'on doit à ses parents.
V Livre. Le commencement de ce livre est consacré à l'exposition des principes généraux et des maximes morales (2) d'après lesquels doit se diriger la législation positive, dont il forme comme le préambule. Platon y parle de l'importance relative des biens du corps et des biens de Tàme, que toute bonne constitution a pour but d'assurer aux ci- Ci) Cet appel au sentiioent religieux eAi comme le préambule général de toute la législation.
(2) Le livre précédent s'est terminé par Texposition des principes religieux du nouvel État; voici maintenant les principes de sa morale.
4i0 LES ÉCRITS DE PLATON.
toyens. Après les Dieux, ce que rhomme doit surtout honorer, c'est son Ame. Honorer son âme, c'est la purger du vice, de Terreur, de la l&cheté morale qui la fait céder au plaisir , et la porte à éviter le péril et la peine que commsmde la vertu. Quant aux avantages corporels , d'une part , et aux biens extérieurs, de l'autre, tels que la richesse, les honneurs , le grand nombre d'enfants , la médiocrité vaut mieux que l'excès, qui nous inspire un sot orgueil.
Le bon citoyen doit 6tre respectueux envers les Dieux de sa race, tendre à ses amis, affectueux envers les hôtes et surtout les suppliants. Pour être heureux, il doit pratiquer la justice, et pour pratiquer la justice avoir une dose égale de colère et de douceur : de généreuse colère contre les vices incurables des méchants, de douceur miséricordieuse pour les fautes légères, car on n'est jamais méchant volontairement. Ce n'est pas assé% de pratiquer et d'aimer la justice , il faut la faire aimer aux autres, et les pousser, les forcer à la pratiquer eux-mêmes. L'égoïsme est la source des plus grands défauts de l'âme. L'homme a sa dignité à sauv^arder ; il ne doit pas l'abaisser en se livrant sans mesure ni au rire ni aux larmes. Dans Tadversité même, qu'il se garde du désespoir, qui est une impiété : il semblerait croire que l'homme de bien est abandonné de Dieu. A ces raisons divines qui nous recommandent la vertu, parce qu'elle est ce qu'il y a de plus honorable, il £^t en ajouter de plu8*humaines. Le plaisir * **♦ \ douleur sont les deux grands mobiles de Tâme ;
c'est ce qui nous tient le plus au cœur. Or on peut prouver que la vie qui contient le moins de doulçurs et le plus àfi plaisirs , c'est la vie vertueuse , parce qu'elle est tempérée, courageuse, sensée, salubre, tandis que l'autre entraîne la folie, la lâcheté, l'intempérance, les maladies.
Il est temps de passer à la législation proprement dite. Elle comprend deux parties : l'institution des magistrats , et l'établissement des lois qui doivent déterminer, fonder et contenir leur pouvoir.
Quelques précautions prâiminaires sont encore à indiquer. On choisira les citoyens du qouvel État exclusiveigent parmi des hommes vertueux ; le nombre en est limité à 5040 (4). Les terres de la colonie seront partagées entre eux et divisées, à cet efTet, en autant de lots parfaitement égaux. Le législateur devra respecter les temples consacrés, et se soumeir tra , en tout ce qui concerne la religion , aux prescriptions de l'oracle de Delphes, de Dodone, de Jupiter Ammon. La propriété est donc conservée , quoique entourée de réserves et contenue dans d'étroites limites pour empêcher le développement de la passion de la richesse. La propriété est un mal , mais un mal nécessaire, au moins dans la constitution présente.
Il y a trois formes politiques : Tune parfaite, reposant sur la communauté absolue ; mais c'est un État qui n'est ou ne sera habité que par les Dieux ou les fils de Dieux ; c'est un modèle irréalisable à
(1) Nombre choisi parce qu'il est an de ceux ^ui oM, le plus de diviseurs qui se suivent ; il en a S9.
4 «2 LES ÉCRITS DE PLAtON.
rhomme, et trop parfait pour sa condition actuelle, fxeiïiov ^ xQtT^ r9jv vuv Y^e<nv, mais sur lequel il faut avoir les yeux pour réaliser les autres. La seconde, peu éloignée de cet exemplaire immortel, est l'objet de l'entretien actuel. Quant à la troisième, le plan en sera exposé plus tard, si Dieu le permet (1).
En conservant la propriété dans notre État, il faut au moins en éviter leâ plus graves inconvénients, et c'est dans ce but que sont institués divers règlements concernant les lots de terre , qu'on ne pourra ni diviser, ni accroître, ni vendre. Il n'y aura pas de monnaie d'or ni d'argent. La monnaie étran* gère sera interdite, sinon dans des cas spéciaux. Il sera défendu de donner et de recevoir une dot , de placer ou de recevoir de l'argent à intérêt.
Malgré toutes ces précautions, et à cause de la faculté accordée aux habitants d'apporter des biens meubles avec eux ^ l'égalité de biens ne pourra pas être maintenue entre eux. On fera donc quatre classes de citoyens, déterminées par le cens; mais le plus pauvre devra avoir au moins son lot de terre, et le plus riche ne pourra pas avoir plus de quatre fois la valeur de ce lot.
Tout le pays, au milieu duquel est située la ville, est divisé en douze parties , les habitants en douze tribus, et la ville elle-même en douze régions, à chacune desquelles préside un dieu. Dans tous les règlements, il faut bien faire attention que toute
(1) Platon n*a dit ni fait entendre nuUe part quelle était cette troisième forme politique.
chose a sa mesure déterminée; les magistrats devront donc connaître la science des nombres , utile dans réconomie sociale et domestique et à la culture âe tous les arts; mais il ne faut pas la dégrader à n'être qu'une routine misérable , comme l'ont fait les Égyptiens et autres peuples, dont le penchant à la passion de s'enrichir tient peut-être à la nature des pays qu'ils habitent ; car il y a des lieux plus propres que d'autres à produire des hommes vertueux.
Le livre VI renferme les règlements relatifs à l'institution des magistrats , à la définition de leurs fonctions et de leurs pouvoirs, au mode de leur nomination.
L'élection est le mode de nomination de presque tous les magistrats. La liste électorale comprend tous ceux qui ont fait ou font encore le service militaire. On forme d'abord une liste de 300 éligibles , parmi lesquels on en choisit encore 100, et parmi ces 1 00 éligibles, on nomme enfin un conseil de 37 membres chargé du pouvoir politique exécutif : ce sont les vo(Ao:puXaxeç. On nomme ensuite les chefs militaires , élus par tous les citoyens sur la proposition des vofAo^uXaxeç ; les généraux ont le droit de proposition pour la nomination des officiers, qui sont élus par les soldats des armes spéciales auxquelles ils appartiennent.
Le pouvoir législatif est confié à un sénat de 360 membres, élus par tous les citoyens, mais qui devront être pris par quart dans chacune des quatre classes de citoyens; toutefois les deux dernières
classes pourront se dispenser de présenter une liste de candidats qui leur appartiennent , tandis que cette obligation est sévèrement prescrite sous peine d'amendes aux deux premières (I ).
Les prêtres sont, les uns annuels, choisis par le sort ; les autres perpétuels, par l'élection.
Des magistrats spéciaux , élus , sont chargés de faire la police de la ville et des campagnes, de maintenir les règles qui doivent présider au commerce ; d'autres , de veiller à tous les intérêts municipaux.
Il y a des tpagistrats pour présider aux exercices de la musique et de la gymnastique, et leur autorité s'étend sur les écoles, les gymnases, les concours musicaux et gymniques , les représentations des chœurs ; d'autres sont chargés de l'ensemble de l'éducation, et ont à leur tête un chef nommé pour cinq ans , et élu par tous les autres magistrats, à l'exception des sénateurs et des prytanes.
Vient ensuite l'orgauisation du pouvoir judiciaire.
Les tribunaux ont trois degrés : 1. un tribunal d'arbitres nommés par les parties; 2. un tribunal civil jugeant des causes privées ; 3. un tribunal jugeant les causes publiques qui intéressent la société ou l'État. Les juges de ces deux derniers tribuns^ux sont nommés par l'élection, et responsables comme tous les autres agents du pouvoir. De plus, le jury
(i) On voit Ipercer jusque dans ce détail Tesprit général des Lois, qui est de tempérer Tun par Tautre Télément démocratique, libéral, ionien, par l'élément aristocratique, discipliné, dorien. Cest le milieu, essentiel à tout bon gouvernement, dit Platon lui-même, entre la monarchie et la démocratie.
est institué pour tous les crimes et délits politiques» et, autant qu'il se pourra, même eu iQatière civile, par la raison profonde et vraie que ceux qui ne participent point à la puissance judiciaire croient manquer totalement des droits de citoyen. Après l'institution des magistrats doit venir la législation, qui, rappelons-le encore une fois, ne doit avoir d'autre but que la vertu, considérée dans la vie privée et dans la vie publique.
Les fêtes religieuses, consacrées à chacun des Dieux qui président à chaque partie de la cité et à chaque tribu de TÉtat, seront en même temps des foires et des lieux de réunions , où les jeunes gens des deux sexes poun*ont se voir , se connaître et se choisir. L'âge légal du mariage est , pour les hommes, de vingt-cinq à trente-cinq ans. Des pénalités spnt fixées contre le luxe des fôtes nuptiales et contre le céUbat.
L'usage de la dot est supprimé : les convenances morales , dont les parents sont juges , doivent seules déterminer les unions. La règle qu'il faut suivre dans le choix d'une épouse est moins le goût personnel que l'utilité publique. Or l'utilité publique recommande d'unir des caractères différents pour les tempérer l'un par l'autre, comme on mêle le vin à l'eau pour obtenir un breuvage sain et excellent. Parjiîi les possessions permises se trouvent les esclaves , propriété nécessaire et à la fois dangereuse; il ne faut être envers eux ni trop bon ni trop sévère, mais toujours être juste.
Les jeunes mariés et leurs femmes devront assis-
ter aux syssities instituées pour guérir les trois grandes maladies de la nature humaine : la passion de la boisson, de la nourriture, de la volupté (i). On ne doit pas s'étonner de voir des règlements s'appliquer aux détails les plus intimes de la vie privée. C'est une funeste erreur de croire que le législateur doit rester dans les limites de la vie publique : tout ce qui n'est pas réglé fait tort aux règlements les plus sages.
Le mariage a pour buf de mettre au monde des enfants : il importe donc de veiller à la procréation des enfants. De sages matrones donneront à cet égard aux jeunes époux les conseils et même les ordres nécessaires. Un registre des naissances et des morts est tenu. L'&ge du mariage des femmes est fixé de seize à vingt ans. Elles ne pourront exercer qu'à partir de quarante ans les magistratures , ouvertes à Thomme à trente. Le service militaire , qui commence pour l'homme à vingt ans et finit à soixante, ne commencera pour elles qu'après qu'elles auront eu des enfants, et durera jusqu'à cinquante ans.
Le VIP livre est tout entier consacré à l'éducation.
A peine l'enfant est-il né, et, pour ainsi dire, quand il est encore dans le sein de sa mère, il faut penser déjà à former son corps et son esprit. Les
(1) A ce propos une digression sur la vie des hommes primitifs, Tanthropophagie et les sacrifices humains conservés encore dans quelques pays, et les règles de la vie orphique qui I
sont comme une réaction contre ces excès abominables.
LES ÉCRITS DE PLATON. 4i7
règles qu'il faut suivre dans cette éducation première, si importante et si négligée, ne peuvent être appelées des lois ; c'est quelque chose de plus haut et de plus puissant encore , car ce sont des mœurs , des habitudes qu'il faut créer et que la raison et la persuasion peuvent seules faire naître : la contrainte légale serait , dans ces détails intimes de la vie domestique, à la fois ridicule et impuissante. Le but de toute éducation est de donner à Tâme et au corps toute leur beauté , toute leur perfection. C'est pour arriver à ce but que les femmes, dans les derniers mois de leur grossesse , doivent suivre elles-mêmes certain régime, et pendant les premières années doivent prendre certains soins de leurs petits enfants. Depuis Tâge de trois ans jusqa'à si% , on laissera jouer ensemble filles et garçons, sous la sui'veillance de femmes. A six ans, les sexes sont séparés, et une éducation plus sévère commence. Les enfants, même les filles, apprennent les exercices du cheval , de la course , de la lutte , des armes , d'une part , de la musique de l'autre. La gymnastique a deux parties : la danse et la lutte. La danse elle-même se divise en danse mimique, ayant pour objet d'exprimer par les gestes et les attitudes du corps les pensées déjà traduites dans les vers des poètes ; l'autre n'a pour but que de donner au corps de la souplesse, de Tagilîté et de la grâce. La lutte sera l'objet de règlements qui auront leur place plus loin. La danse, partie intégrante du chœur, nous conduit à la musique. Toutes les danses, toutes les poêsi«»s chantées doi-
418 LESISCRITS DE PLATON.
vent avoir un but religieux et être consacrées à célébrer quelque divinité. Chaque Dieu aura ses chants spéciaux, examinés par un tribunal de censeurs, fixés par les magistrats (1), et il sera interdit d*y rien changer, car le changement ^ en toute chose, est mauvais en soi. Les chants sont des lois,
VOfAOl (2).
De dix à treize ans, Tenfant étudie la grammaire ; de treize à seize, il apprend à chanter et à jouer de la lyre.
Pendant ce temps il est formé dans les gymnases aux exercices gymniques et militaires; nous en avons déjà indiqué Tutilité et l'objet. Mentionnons seulement deux genres de danses : la pyrrhique ou danse militaire, Temmélie ou danse pacifique. Quant aux danses tragique et comique , elle^ ne seront tolérées dans TÉtat qu'après un examen sévère des magistrats supérieurs. La jeunesse doit être initiée au moins aux premiers principes de Tarithmétique, de la géométrie, de Tastronomie. Parmi les exercices et les divertissements , il faut interdire la
(1) Gomme la race des poêles est incapable de distinguer le bon du mauvais, il faut bien que les magistrats les contraignent d'observer dans leurs productions la regîe du juste, du bien et du beau.
(2) Au milieu de ces règlements laborieux Platon jette une réflexion méprisante et amère sur la vie humaine qui ne mérite guère qu'on s'occupe tant d'elle; car l'homme n'est qu'un misérable jouet entre les mains de Dieu, une ombre vaine, qui n'a qu'une faible étincelle et parcelle de vérité..., p. 803 et 804, b. Cf. de Legg., I, p. 644, d. M. Cousin, au lieu de OaûpLaTa, prie* stigiosae imagunculœ, a lu avec Ast a!Ùx6\t.axa, des automates.
pèche et la chasse aux oiseaux , et ne permettre que la chasse à courre et à pied.
L'instruction dans la musique et Tart de la guerre est obligatoire. Ce ne sont pas seulement les exercices de Téducation de la jeunesse qui doivent être déterminés par la loi , c'est Tèmploi même de toute la vie du citoyen, à qui il faut prescrire un ordre d'actions depuis le lever du soleil jusqu'au lendemain matin, c'est-à-dire pendant la nuit comme pendant le jour.
Le VIII* livre institue les fêtes religieuses, pour lesquelles il est nécessaire de consulter Toracle de Delphes, et les jeux publics, musicaux, gymniques et militaires qui les accompagnent. Platon s'élève, à cette occasion , contre les ignobles amours que ne punissaient pas les lois des Lacédémoniens et des Cretois. Puis il expose les lois qui ont rapport à la vie des citoyens : lois sur l'agriculture , c'est^-dire tout un code rural contenant un règlement complet sur les irrigations ; lois sur l'industrie et les métiers manuels, exclusivement réservés aux étrangers et aux métèques ; lois sur le commerce , qui est soumis à une surveillance jalouse et sévère.
Le IX" livre contient le code criminel et le code pénal.-
Chaque loi est précédée d'un exposé de motifs , d'un préambule explicatif. Platon y passe en revue le sacrilège (le jugement, dans ce cas, doit avoir lieu sur des pièces de procédure écrites), les crimes contre l'État, le yol, le meurtre avec et sans préméditation , le suicide , les coups et blessures , les vio-
lences. Deux digressions ramènent à démontrer la nécessité de lois écrites , et à contester le caractère prétendu volontaire de Tinjustice.
L'homme n'est jamais volontairement méchant. Il ne faut donc pas distinguer l'injustice en volontaire d'une part et involontaire de l'autre; il faut distinguer seulement l'injustice d'une part et le dommage de l'autre. Le dommage , ou tort , peut être volontaire ou involontaire ; quand il est volontaire, il constitue l'injustice, qui de sa nature est involontaire. Il faut donc la traiter comme une maladie de l'âme qui a sa source dans la colère, le plaisir et surtout l'ignorance ; l'ignorance , c'est-à-dire l'aberration de ^nos désirs et de nos opinions au sujet du vrai bien. Le châtiment n'a pas d'autre but que de la guérir, c'est-à-dire de la rendre meilleure ou moins méchante. Quant au dommage, il est nécessaire et en même temps facile d'obliger le délinquant à le réparer.
Les lois écrites sont nécessaires dans un État bien ordonné, parce qu'il faut un maître dans l'État, si l'on veut que l'intérêt général , objet de la vraie politique, y domine l'intérêt particulier. Si ce maître nécessaire est un homme, cet homme, par suite des faiblesses morales et intellectuelles de l'humanité , ne saura plus distinguer l'intérêt général de son intérêt personnel, ou n'aura pas la force de sacrifier au bien de tous et de la justice son orgueil, ses passions et ses plaisirs. L'individu qui pourrait seul être maître de l'État devrait être moralement et intellectuellement infaillible.
LES ÉCRITS DE PLATOiN. 42 i
La loi , qui ne tient compte d'aucune personnalité, et généralise toutes ses prescriptions en les déterminant d'après la notion de la justice, est donc le seul maître que puissent reconnaître les hommes dans une vraie société. Toutefois la loi, qui ne peut ni tout prévoir ni tout distinguer, doit laisser une. certaine latitude aux juges, et d'autant plus grande qu'ils sont plus éclairés et plus vertueux. Tout jugement doit être public ; tout jugement doit être rendu au milieu d'un silence grave et respectueux.
Le X* livre a rapport aux crimes d'impiété, qui se * manifestent, soit par une violation des choses divines et sacrées, soit par de mauvais traitements exercés contre les parents. Les attaques ouvertes contre la religion et les Dieux ne peuvent provenir que des opinions fausses que les hommes se font sur ce grave sujet. Ces erreurs sacrilèges et blasphématoires se peuvent ramener à trois :