Knortz, Mârchen, p. 278. M
monde, à l'origine, était habité par une race d'Indiens si grands qu'ils pouvaient chasser les buffles à pied, mais ils ne croyaient pas à Tirawa. Quand il tonnait et qu'il pleuvait, ils montraient le poing au ciel et disaient de mauvaises paroles. Ils ne priaient pas Tirawa, mais se croyaient assez forts pour n'avoir besoin d'aucune aide. Ils s'endurcirent dans leur orgueil et enfin Tirawa fut irrité et laissa l'eau envahir la terre, en sorte que les champs devinrent marécageux et les hommes s'y enfoncèrent. On en trouve encore les os dans les prairies. Depuis, une race plus petite a été créée, qui est celle des hommes actuels 1 . Chez des Peaux -Rouges de l'Est de l'Amérique du Nord, on trouve la version suivante 1 : « Quand Yehl eut donné aux hommes la lumière, la nourriture et le feu, ils furent heureux pendant quelque temps, mais s'en fatiguèrent bientôt et souhaitèrent quelque chose de mieux. Longtemps Yehl n'accorda aucune attention à leurs prières, mais quand le mal empira, il résolut de les punir », par un déluge. Dans ce dernier récit, il y a un autre sujet d'intérêt : l'idée de la longanimité de Dieu, différant la punition. Cela rappelle les cent vingt ans que le Seigneur accorde aux hommes d'après la Genèse, 6, 3.
Inutile de continuer cette énumération; noire ouvrage n'est pas une statistique. Du reste on peut trouver une énumération des traditions du déluge impliquant un chàtiment r dans l'excellent livre de R. Andrée, p. 131. Nous n'ajouterons à ce que nous avons déjà rapporté que le récit du déluge grec, tel que nous le trouvons chez l'auteur de De syria dea. Les hommes étaient insolents, commettaient des actions défendues, ne tenaient pas leurs serments, transgressaient les lois de l'hospitalité, recevaient mal les suppliants. C'est pourquoi ils périrent tous par l'inondation. Parmi ces traditions d'une destruction dans le passé, une seule a un caractère particulier, celle de la Bible, parce qu'elle a été transformée, comme nous
1. Grinnell, Pawnee Hero-stories dans Magazinof American History, VIII, 354. M.
2. James Deans, The ravens place in the mythology of the northwest of America dans American Anthropologist, X, p. 277. M.
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l'avons déjà dit, par l'esprit rigoureusement monothéiste du judaïsme.
Des mythes d'une destruction de la terre sans l'idée d'une ▼engeance ou d'un châtiment. — Mais la calamité n'est pas toujours regardée comme une vengeance divine ou une punition de la race. C'est le cas dans la légende islandaise de la Gylfaginning. Les fils de Bur avaient tué Ymer et de son corps avait coulé tant de sang que toute la race des géants s'y noya. Bergelmer seul se sauva, avec ses parents, dans un bateau. De lui descendit la nouvelle race des géants.
Parfois, comme nous l'avons déjà observé, le déluge a pour but d'expliquer Y origine de lacs et de fleuves et de la salure de la mer % par exemple dans le Bundahis, 7, et dans les légendes de la Mongolie, que Prjevalski nous a fait connaître. Plus souvent encore ce ne sont que des narrations, sans autre but que d'amuser ou de raconter ce qui est arrivé. Dans les lies Marquises ', il y a un « chant du déluge », te-lai-loko, sur « le Seigneur Océan », Fatu Moana qui se prépara à déborder et à se promener sur la terre ferme. Une grande maison fut construite pour quatre femmes et quatre hommes et une paire de tous les animaux, qui repeuplèrent la terre. Il n'y a pas de châtiment là dedans, pas plus que dans la plupart des mythes des Peaux-Rouges. Certains Indiens expliquent le déluge comme un combat entre les dieux de la mer et ceux de la terre 9 . L'allemand « Sinliluth » ne signifie pas « un déluge à cause du péché »,mais, comme Luther l'a déjà remarqué, « un grand déluge général » '. Dans l'essence de ce mythe, il n'y a pas la moindre idée de châtiment. Ainsi, par exemple, nous n'en trouvons pas de trace dans les récits d'une destruction par le feu dans le Yucatan, le Rio Negro et chez les Yuracarès.