‹ La vie future d'après le MazdéismeChapitre 14 sur 242 · Le séjour des morts · texte numérisé non relu

Le séjour des morts

11 ne faut pas croire non plus que ce système admette pour toutes les âmes le même traitement de l'autre côté de la tombe. La croyance populaire des Iraniens nous Ta déjà appris.

a) Un seul lien pour tous.

En plusieurs endroits, il est parlé d'un lieu où sont rassemblées et retenues toutes les âmes. Ce royaume des morts est pour tous également sombre, tel le Scheôl des Hébreux, la terre des morts des Chaldéens et des Phéniciens, ou également joyeux, tel le pays de la mort des Dahoméens 1 , l'Ambondrambé des Malgaches, le paradis des Péruviens*, la vie d'outre-tombe des Yuracarès,« dans laquelle ils auronl abondance de chasse et où tous, sans exception, doivent se retrouver »... et où du reste ils n'ont rien à attendre d'une conduite plus ou moins vicieuse*. Même chez lesNorrois, d'après Adolf Noréen\laValhç>ll= « la salle des tués » n'était pas originairement autre chose qu'un euphémisme désignant la Hel = « la tombe », Hel ayant désigné la tombe même avant de devenir la reine du sombre royaume des morts. Mais il y a pourtant des allusions à un autre sort pour quelques morts, ceux qui passent avec Oj&enn, dans la tempête, « la chasse sauvage d'Oj&enn ».

1. Voir L. Marillier, La survivance de l'âme et Vidée de justice chez les peuples non civilisés 9 p. 3.

2. Velasco, Ternaux-Compans, XVIII. 104, parle de « punition et de récompense », dans les lieux des Péruviens, « pour l'âme immortelle ». Mais rien ne prouve cette interprétation chrétienne.

3. A. d'Orbigny, L'homme américain de l'Amérique méridionale, I, 365,364.

4. Fornnordisk religion, mytologi och teologi, dans Svensk Tidskrift, 1892, p. 178.

Mais bien plus souvent, dans ce stade de la vie future dont nous traitons dans ce chapitre, les morts occupent deux ou plusieurs lieux et subissent plusieurs conditions.

b) Survivance des plus aptes.

Parfois la continuation de la vie après la mort est un privilège pour quelques-uns. Les autres s'anéantissent dans la mort. M. Petavel-Ollif qui a écrit deux gros volumes pour démontrer la thèse du conditionalisme, « la survivance des plus aptes m (I, 160), en opposition avec la théorie de la survivance de tous, qui est l'immortalité de l'âme, aurait pu en trouver des preuves chez beaucoup de peuples, dans leur période religieuse primitive. Chez les anciens Égyptiens, à l'époque memphitique, la survivance après la mort était le lot des riches seulement et non des pauvres 1 , puisque ce privilège était assuré par une suite d'usages funéraires que ne pouvaient accomplir que les riches et les puissants 2 . J'ai déjà cité les paroles de Perrot sur les croyances de certains Indiens fixés entre le Mississippi et le Saint-Laurent il y a deux cents ans. Beaucoup d'âmos étaient noyées sur le chemin du royaume des morts. On trouve des idées semblables chez les Indiens de la Virginie au commencement du xvn e siècle '. Les chefs, après leur mort, ont leurs armes, fument et dansent avec leurs ancêtres. Les humbles pourrissent dans la terre comme des chiens. De même, chez les Indiens Cheyennes* de l'Amérique du Nord, nous apprenons que ceux qui ne sont ni pendus ni scalpés vont dans les heureuses terres de la chasse. Le sort des autres n'est-il pas le néant? Si nous nous transportons dans les mers du Sud, nous voyons que chez les habitants de Futuna 1 , ceux-là seuls qui ont tué leurs ennemis à la guerre

1 . G. P. Tiele, Geschiedenis van den Godsdienst in de Oudheid, I, 42.

2. H. 0. Lange chez Chantepie de la Saussaye, Lehrbuch der Religionsgeschichte, 2 e éd., I, p. 132.

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