Traduction de M. Blochet, R. H. B., XXXI, p
276 LA. VIE FUTURE d'àI'RÈS LE MAZDÉISME
dans leurs affaires et leur conduite. Les gens de basse naissance seront plus puissants que les nobles et les prêtres. Les personnes mensongères seront crues, les paroles inconvenantes et les faux serments profaneront le nom d'Aûharmazd. La pluie ne tombera plus, l'eau des fleuves et des sources tarira, les chevaux ne seront plus aussi rapides, et le bétail donnera un lait moins bon. La vie perdra sa joie, les hommes réclameront la mort comme un don précieux; on ne verra plus désormais un enfant bégayer ou se réjouir. Les fêtes religieuses seront célébrées, les prières récitées, le culte des fravasis et celui des saisons seront observés, mais la foi aura disparu*. Même les sectateurs de la bonne religion seront atteints de l'esprit d'incrédulité, beaucoup d'entre eux adopteront la fausse religion '. « La sûreté de l'Iran, sa renommée et son bonheur, le bien-être et les métiers, le pays aussi bien que les familles, les fleuves, les rivières et les sources passeront aux peuples qui ne sont pas iraniens », peuples qui commettent effrontément les péchés, que l'Àvesta punit le plus sévèrement. « Le méchant deviendra plus violent et plus tyrannique à mesure qu'il approche de sa chute». Chacun doit faire attention aux signes des temps et délivrer son âme ! Car l'état des choses sera encore pire qu'aux temps d'Aii Dahâk et du Touranien Frâsiyâb.
Le temps est si mauvais que chacun souhaite d'être mort avec les siens. Après les Turcs aux ceintures de cuir, viennent les chrétiens. Tous deux avec les Arabes s'abattront sur les peuples de ITran, pendant ce malheureux millième hiver du millénaire deZarathustra.
Mais la délivrance est proche. Les ennemis seront battus en telle quantité qu'il y aura mille femmes pour embrasser un homme. A la (in des temps, ces hommes seront détruits comme les feuilles d'un buisson auquel une nuit de froid a fait perdre ses feuilles. Le fameux Pêsyôtan (Posôtanu), fils de Vlslâsp, rétablira la religion, détruira les temples des idoles; tous les démons et tous les mauvais hommes descendront dans les profondeurs de l'enfer. La religion des adorateurs de Mazda
i. Comparez Zarthûàt-nâmah chez Wilson, The Parsi religion, p. 514 ss.
fera de nouveaux progrès. Le Seigneur invitera les èlres célestes à marcher au secours de Pèsyôtan. Mihir (Milhra), le seigneur des vastes pâturages, Srôs le fort, Rasn le juste, Babrftm le puissant, Àstât le victorieux, viendront à son aide.
Il est dit que Bahrâm Yarjâvand apparaîtra dans toute sa splendeur, et établira Pèsyôtan comme grand-prêtre et suprême gardien de la religion. 11 rétablira les pays que le Seigneur avait créés. Le démon sera troublé comme tous ses soutiens. Pèsyôtan relèvera son trône, car le millénaire de Hûsêtar commencera. Les animaux malfaisants seront détruits, les hérétiques et les trompeurs abandonneront la terre, les êtres deviendront heureux.
A la fin du millénaire de Hûsêtar se manifesteront des signes du même genre. Les peuples de la terre seront rassemblés encore une fois sur les rives de l'Euphrate pour se livrer un grand combat. L'eau du fleuve deviendra rouge de sang, les survivants le traverseront et son niveau montera jusqu'à la sangle de leurs chevaux. Mais Pèsyôtan reviendra deKangdez encore une fois, et le second libérateur Hûèètar-mâh, commencera son œuvre avec son aide. Son époque de bonheur est marquée dans le Bah m an Y as L et ailleurs par un trait que nous retrouvons dans le royaume du Messie selon Ésaïe, 11, 6 ss. et Osée, 2, 48 et qu'on trouve dans Virgile, qui l'avait emprunté aux prophètes par l'intermédiaire de la Sibylle : les animaux féroces se promèneront au milieu des hommes comme s'ils étaient apprivoisés.
Nous trouvons une nouvelle note, un ton plus grave et plus puissant dans cette description. Nous pourrions nous croire chez les prophètes d'Israël, ou chez les auteurs des apocalypses juives ou chrétiennes. Où avons-nous jusqu'ici dans le mazdéisme entendu quelqu'un mépriser la joie de la vie et souhaiter de mourir, tant est grande la dureté des temps? Où avons-nous senti un contact aussi proche avec les événements historiques? Est-ce un emprunt? Non. Le mazdéisme a eu le même maître que le judaïsme, la nécessité des temps. Et en dépit des profondes différences dans leurs croyances, la même élasticité de la foi a maintenu ces deux religions, seules entre
toutes les religions nationales sémitiques et indo-germaines, malgré les calamités qui ont affligé leurs sectateurs en les privant de leurs patries et de leur existence nationale. Le Bahman Yast et la littérature apocalyptique pehlvie en général sont doublement remarquables dans l'histoire de la religion de l'Avesta.
Sentiment eschatologique. — Là, nous trouvons pour la première fois un véritable accent eschatologique au sens propre. La puissance du mal s'élève de plus en plus haut. Le monde s'assombrit autour du prophète. Le péché doit être noyé dans le sang. Quand paraîtra la lumière avec l'éclair qui tue ou avec la clarté qui console? Même sous le règne d'Aii Dahâk et du Touranien Frâsiyâb, le pouvoir du mal n'était pas aussi grand [Bahman Yast, % 62, Zarthùht-nâmah y etc.).
L'eschatologie mazdéenne comprenait déjà dans l'Avesta l'explosion du mal avant chacun des trois sauveurs finaux. Mais c'était de la théologie. Nous n'entendions jamais là l'écho d'une sombre réalité historique. Et en effet, même cet accent eschatologique de l'apocalyptique pehlvie n'est qu'un épisode qui n'a pas laissé une profonde empreinte sur le mazdéisme. L'eschatologie mazdéenne a gardé son idée du progrès, cette pensée optimiste et lumineuse, qui nous a frappés en analysant l'eschatologie de l'Avesta et qui sépare si profondément le mazdéisme de l'eschatologie juive ou chrétienne. La conclusion ne vient pas comme un deus ex machina, quand la situation est la plus désespérée. Le jour du Seigneur ne vient pas comme une violente catastrophe, effrayante d'obscurité et remplie de la^terreur du jugement. Le Sauveur ne vient pas comme un voleur pendant la nuit ou comme un éclair dans le ciel sombre. Au contraire, la fin du monde est une frasôkarati, une continuelle action progressive. Le monde marche en avant et s'achève pas à pas par les efforts unis de Dieu et des fidèles. Ils sont tous des « bienfaiteurs », des saosyants. Et quand le « bienfaiteur » par excellence arrive avec l'immortalité et avec un éternel bonheur, l'humanité y est déjà préparée, elle est purifiée et spiritualisée, de sorte qu'elle glisse dans l'état parfait sans changement brusque. Le métal en fusion a perdu ce qu'il avait de redoutable après le temps des
Gâthas. Et quand l'antique monstre mythique sera délivré de ses chaînes, il ne passera pas par la mort, mais par les trois jours de purification de l'enfer pour entrer dans le nouveau monde! Le jour du Seigneur est un jour de lumière et non un jour de ténèbres (Amos, 8, 20).
Caractère historique. — Dans la version du Bahman Yast que nous possédons, l'écho de fhistoire est visible aussi comme nulle part dans l'Avesta. L'auteur n'est pas un prêtre qui prédit le jugement final pour donner plus de force à ses discours, ni un théologien qui couronne son système par une harmonieuse image de l'époque finale; c'est un prophète qui interprète les malheurs du temps présent à la lumière de la foi, et remet l'histoire dans les mains de Dieu. Même Saosyant reçoit dans le Dînkart, VII, II, un caractère plus historique. Il viendra de la mer Kanyisâ (Kqsava) avec mille garçons et vierges et il battra les hommes tyranniques et mauvais.
CONCLUSION
Pour résumer l'évolution de la doctrine relative à la fin du monde dans l'Iran, il y a à l'origine le mythe indo-germain qu'a inspiré le spectacle de la nature et qui est celui de la destruction et du renouvellement du monde par le feu. Dans les Gâthas ce mythe de la nature prend une signification religieuse, se transforme et devient une ordalie par le feu. Dans TAvesta postérieur, le mythe de la nature et le jugement de Dieu par l'ordalie du métal fondu s'effacent devant d'autres éléments religieux du drame final : la résurrection, l'assemblée du jugement, les châtiments qui purifient — dérivant en partie de l'antique mythe naturiste et de l'ordalie parle feu — )l immortalité et la félicité de tous, événements eschatologiques où le Sauveur, Saosgant, joue un rôle principal. Enfin l'apocalyptique pehlvie se déroule sur le terrain de Y histoire réelle. L'intérêt se concentre sur la fin du millénaire actuel et sur l'œuvre de Htisëlar; l'antique mythe naturiste a disparu.
ÉTUDE COMPARATIVE AVEC l'aCTRE ESCHATOLOGIE, CELLE DU JUDAÏSME,
DU CHRISTIANISME ET DE L'iSLAM.
La même pensée germa et mûrit dans le peuple d'Israël. La marche du monde est dirigée par Dieu vers le but qu'il lui a assigné.