Développement inverse
Le développement de cette idée a suivi un chemin opposé dans les deux religions. Dans l'Iran, chez les Indo-Germains, elle est née du spectacle de la nature : le monde brûlera; pour Israël, chez les Sémites, elle est sortie de la foi en Yahvéh : le Seigneur viendra avec le jugement et délivrera son peuple. Dans l'Iran, le mythe de l'embrasement de même que celui du dragon sont pénétrés du sentiment religieux, de sorte que peu à peu ils passent au second rang. Chez Israël, l'attente de la puissante manifestation de la justice ou de la fidélité de Yahvéh parmi les peuples « païens » et en Israël emprunte avec une souveraine liberté à la nature des images pour s'exprimer. Très tard, par suite de certaines circonstances, le mythe de la nature, ou la connaissance de la nature, acquiert une certaine importance etprend une place assez indépendante. Ainsi dans l'histoire des mythes et des conceptions relatifs à la fin du monde et à son renouvellement, l'eschatologie mazdéenne nous montre en quelque sorte l'achèvement de la tendance à une interprétation morale et religieuse que nous avons étudiée dans le troisième chapitre. L'eschatologie du Yahvisme tient une place à part; car le point de départ même en est différent : religieux, non naturiste.
La fin de l'univers du mazdéisme est lointaine, un dogme de la piété et de l'église sans rapport immédiat avec l'histoire
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actuelle. À l'époque pehlvie seulement, au temps de l'oppression, celte croyance fut marquée à l'empreinte des événements historiques. En Israël, dès le commencement, le jour du Seigneur appartient entièrement à l'histoire. Dans les événements historiques et dans la situation de la nation d'Israël et des peuples qui l'entourent, lo prophète voit les actes du drame divin. Ce n'est que très tard que les théologies juive, chrétienne et mahométane ont perdu de vue le lien q . unissait l'histoire présente à la conclusion du drame, pour concentrer l'intérêt primordial sur le jugement et le salut de l'individu. Â la différence de l'adorateur de Mazda, « l'ennemi du démon », le prophète de Yahvéh met tous les fils dans les mains du Seigneur. L'histoire est pour lui l'œuvre de Dieu, dans un sens que le dualisme iranien n'a jamais pu atteindre. « Le Seigneur a fait tout cela », « depuis longtemps il a résolu cela » (Ésaïe, 22, 11). Les peuples païens sont l'instrument de Dieu à l'égard d'Israël. Les prophètes ont seuls conçu celte pensée vertigineuse et hardie. Ce n'est que plus tard que les afflictions sont attribuées, chez les Juifs, à la puissance d'un autre esprit 1 .
Ce que j'ai indiqué de l'interprétation de Fhistoire, particulière aux prédictions des prophètes dlsraël et des auteurs apocalyptiques pehlvis, en opposition avec la conception mazdéenne de la fin du monde, me semble si évident que je n'ai pas besoin d'y insister. Au contraire, il me faut reprendre et confirmer ce que j'ai fait pressentir, de Yopposilion du rôle du mythe de la nature dans les deux représentations de la finalité divine du monde.
Amos parle d'un feu qu'enverra le Seigneur (I, 4, etc.); la terre fond (9, 5). Néanmoins le mythe de l'incendie ne se trouve pas là-dessous ; l'idée du débordement de la mer (9, G) tient peut-être à un mythe, mais ici ce n'est qu'une image. Immédiatement avant ilestraconlé(9, 1) que les endurcis seront tués par les chapiteaux du temple et par l'épée. Le jour du
t. Ce développement a été fort bien décrit par E. Stave, Ueber den Emfluss des Parsismus auf das Judentum, p. 145 ss., quoique je ne puisse pas attribuer autant d'importance que lui à l'influence mazdéenne. Voir H. H. H, XL, 272 s.
Seigneur sera ténébreux (S, 18) : le jour du Seigneur, c'est ici le jugement qui punit. Les couleurs sont choisies par le prophète sans être dictées par aucun mythe. La réparation ne se fera pas par le feu ou par l'eau. La maison d'Israël sera secouée, comme le blé est secoué dans le crible sans qu'il en tombe un grain par terre ; la demeure de David sera relevée.
Pour Ésaïe (5), le tremblement des montagnes, les ténèbres, la misère et l'éclair ne sont qu'un décor du tableau, formé par les événements politiques, interprétés d'une manière religieuse. Tel sera le jugement : la dévastation, l'abandon du pays, le gouffre du royaume des morts. Qui pourrait tirer une doctrine eschalologiquede la merveilleuse description du prophète, 30, 26 ss. : « La lumière de la lune sera comme la lumière du soleil; et la lumière du soleil sera sept fois aussi grande, comme si c'était la lumière de sept jours, au jour que l'Éternel aura bandé la plaie de son peuple et qu'il aura guéri la blessure et sa plaie. Voici, la colère de l'Éternel brûle, c'est un violent incendie; ses lèvres sont remplies de courroux et sa langue est comme un feu dévorant, son souffle est comme un torrent débordé » ?
L'Éternel sort de sa demeure, il descend et marche sur les hauteurs de la terre, et les montagnes fondent sous lui et les vallées s'ouvrent comme la cire fond au feu, comme l'eau coule sur une pente. Tout cela pour les transgressions de Jacob et d'Israël. Cette magnifique théophanie deMichée concorde avec la conception générale des Israélites, que Yahvéh se révèle par les éclairs et le tonnerre, comme au Sinaï (Ps., 68, 50, etc.). Mais ce n'est pas un souvenir de l'incendie du monde, c'est une application poétique de l'idée du pouvoir de Dieu sur l'éclair et sur le tonnerre comme du reste sur toute la nature. « Le soleil se couchera, le jour deviendra noir » (3, 6). Le jugement se manifeste dans le champ de l'histoire. « Samarie sera un monceau de pierres (i, 6) ». ce On change la portion de mon peuple » (2, 4).
« Le feu de la jalousie du Seigneur » consumera toute la terre, d'après Sophonie, I, 18 ; 3, 8. C'est seulement une des images du jour du Seigneur « qui sera une entière destruction », qui« sera un jour de détresse et d'angoisse, un jour de
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raine et de désolation, un jour de ténèbres et d'obscurité, un jour de nuées et de brouillards ».
11 est aussi évident qu'il ne s'agit pas d'un mythe arrêté ; l'imagination prophétique, nourrie par les conceptions populaires, se donne libre cours quand nous lisons, Zacharie, 9, 14, que les flèches du Seigneur sont comme l'éclair; et, Zacharie, 14, 4, que la montagne des Oliviers se fendra par le milieu sous les pieds de Dieu, si toutefois nous pouvons avec vonOrelli [Die ait testament liche Weissagung, 212ss.,38V n faire dater Zacharie 9-11 et 12-14 d'une époque antérieure à l'exil, et non d'un temps bien postérieure (^f 280 av. J.-C, selon E. Hiihn, Die messianischen Weissagungen,l, 70 ss.).
Après Ésaïe, Jérémie est le plus grand homme politique parmi les prophètes. Rien dans ses paroles prophétiques n'est dicté par des mythes naturistes ; elles s'appliquent à la vie des hommes et à leur histoire. Là se manifeste le peu d'accord qu'il y a entre la manifestation de la volonté de Dieu dans le monde des peuples telle que l'entendaient les prophètes et l'idée d'une catastrophe de la nature qui devait affliger le monde. Le soleil et la lune, 31, 35, le jour et la nuit, « les lois établies des cieux et de la terre », 33, 25, sont au contraire par leur stabilité une preuve de la fidèle justice du Seigneur, qui mènera son peuple et le monde au but déterminé. Une réflexion qui est en contradiction avec ce que nous avons vu dans ce chapitre et dans le troisième et que nous pouvons qualifier proprement de moderne est celle de Jérémie, 31, 36 : « Si jamais ces lois de la nature cessent devant moi, dit l'Éternel, alors la race d'Israël cessera d'être une nation devant moi pour toujours. »
Ézéchiel, le prêtre parmi les prophètes, s'est montré tellement préoccupé des choses finales que Valeton junior l'appelle « le père de l'eschatologie » f . Il parle pourtant comparativement peu des catastrophes de la nature. L'incendie des forêts « dans la plaine d'Israël » par exemple, incendie qu'on ne peut éteindre (20, 46 ss.), est un accident qui n'interrompt pas le cours de la nature.
1 Chantepie de la Saussaye, Lehrbuch, 2 e éd., T, 300.
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La croyance chrétienne d'èxîrufwatç, de l'embrasement final, ne peut pas non plus être justifiée par « le chant de Moïse >» (Deut., 32), comme le voulait Justin Martyr {Apologie, I, 60). Dans ce magnifique poème qui résume en quelque sorte la théologie prophétique (Cornill) », l'Éternel dit en effet, verset 22 : <c Le feu de ma colère s'est allumé, et il brûlera jusqu'au fond du séjour des morts ; il dévorera la terre et ses produits, il embrassera les fondements des montagnes. » Mais il ne s'agit que de la révélation habituelle de Dieu par le feu. II ressort de ce qui suit qu'il faut voir là un événement historique plutôt que cosmique. L'abbé Windischmann (Zoroastrische Studien, p. 259) n'a pas de meilleure raison de rapprocher Ésaïe, 34, 9; 66, 15, de la doctrine de l'embrasement futur. Déjà Justin Martyr (Apologie, II, 7) touche à la différence radicale entre les théophanies de l'Ancien Testament et l'incendie du monde, lorsqu'il fait une distinction entre rèxftupwsiç des chrétiens et l'embrasement des stoïciens. Mais il ne pousse pas sa pensée plus loin.
Les troubles de la nature jouent en effet un rôle beaucoup plus considérable dans les magnifiques poèmes connus conventionnellemcnt sous le nom de Second Esaïe. « Le ciel disparaîtra comme une fumée, la terre sera changée comme un habit et ses habitants mourront comme des mouches »(81,6). Je créerai un ciel et fonderai une terre (81, 16), « car voici je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre et on ne se souviendra plus des choses passées et elles ne reviendront plus dans l'esprit » (68, 17). « Les nouveaux cieux et la nouvelle terre subsisteront devant mon visage » (66, 22). « Tu n'auras plus de soleil pour la lumière du jour, et la lueur de la lune ne t'éclairera plus » (60, 19). « Voici, l'Éternel viendra avec le feu, et ses chariots seront comme une tempête; pour tourner sa colère en fureur et sa menace en flamme de feu » (66, 4 5). Et cependant, comme il serait hasardé de conclure à un mythe naturiste sur latin du monde! La différence entre
1. Soil qu'on le place avant ou pendant l'exil. Voir A. Bertholet, dans Kurzer Handcommen(ar.
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la connaissance indo-germaine de la nature, que le monde périra parle feu, ou d'autres mythes semblables plus ou moins religieusement interprétés, et le changement du monde, selon Deutéro-Ésaïe, est très caractéristique. D'un côté, il y a un mythe de la nature, une connaissance de la nature; de l'autre, une création de l'imagination du poète qui donne une forme à ses espérances et à son idée de l'œuvre de Dieu en s'appropriant les thèmes que lui fournissent le ciel et la terre. C'est une tentative maladroite que de chercher à tirer une doctrine des figures que lui inspire sa langue imagée? Comment le nouveau ciel et la nouvelle terre seront-ils formés? De quoi seront-ils composés? Dans le passage déjà cité, 81, 11, nous lisons : « Et les rachetés de l'Éternel retourneront et viendront à Sion avec un chant de triomphe et une allégresse éternelle sera sur leur tète, » « Bientôt l'homme courbé sera mis en liberté, il ne descendra pas dans la fosse » (81, 14). Le ciel et la terre qui doivent être créés de nouveau représentent une nouvelle formation morale et historique, ce n'est pas un mythe de la nature : a Je dirai à Sion : Tu es mon peuple » (81, 16) *. « Je vais créer Jérusalem pour n'être que joie, et son peuple pour n'être qu'allégresse » (68, 18). Le soleil et la lune ne seront pas remplacés par un autre soleil et une autre lune : « L'Éternel sera pour toi une éternelle lumière et ton Dieu sera ta gloire. Ton soleil ne se couchera plus et ta lune ne se retirera plus ; car l'Éternel sera pour toi une lumière perpétuelle, et les jours de ton deuil seront finis » (60, 19ss.).Lefeuauchap. 66, 15, n'est pas un incendie : « l'É-
1. Nous n'avons donc guère à voir dans ce nouveau ciel et cette nouvelle terre un emprunt fait au mazdéisme, comme le suppose Kohut dans Zeitschrift der deutschen rnorgenldndischen Gesellschaft, XXX, 716 s.
Cheyne, Duhm et R. H. Charles, A crilical history of the doctrine of a future Ufe, p. 122 s., note 2, considèrent Êsaïe, 51, 16 comme une interpolation. De même M. Charles trouve, /. c, que 65, 17, « où une nouvelle doctrine est professée, celle d'un nouveau ciel et d'une nouvelle terre », est impossible dans son contexte actuel. Mais cet auteur a cependant remarqué que « cette doctrine » a été préparée par celle de la destruction du ciel et de la terre présente. Il fait môme observer que Êsaïe, 51, 16, n'expose pas une « doctrine », mais qu'il n'y a là qu'une expression « purement poétique ».
lernel exercera son jugement contre toute chairpar le feuet avec son épée et le nombre sera grand de ceux qui tomberont. » Car le Seigneur sera irrité contre ses ennemis dans Israël et en dehors d'Israël. Les infidèles seront désignés pour l'épée et pour le banc d'égorgement (63, li). Quelques réchappes seront envoyés aux nations et aux lies éloignées pour publier la gloire du Seigneur. Manifestement les symboles du prophète n'ont pas de rapport avec les mythes de la fin du monde. — « Leur feu qui ne s'éteint jamais » (66, 24) est particulièrement remarquable. Celte représentation n'appartient pas à un mythe naturiste, mais elle appartient à la description du bonheur à venir pour Israël. De tous les coins du monde on viendra adorer dans Jérusalem; en dehors de la ville, entre les prières au temple, les pieux adorateurs contempleront les cadavres des hommes qui se sont révoltés contre Dieu 1 . « Car leurs vers ne mourront point et leur feu ne s'éteindra jamais et ils seront un eiïroi pour toute chair. » Il faut du reste nous souvenir qu'il n'est pas parlé là d'un châtiment éternel et d'un enfer éternel, mais d'anéantissement. Ce sont des cadavres qui se trouvent en dehors de la ville. Leur vue est un plaisir assez effrayant pour les bienheureux, qui n'aurait guère sollicité l'imagination d'un Iranien ou d'un Grec.
Malachie est en parfait accord avec la tradition prophétique, lorsque, sans qu'il songe à un changement de la marche de- la naluie, il compare le jour de la venue du Seigneur « au feu du fondeur », au « savon des foulons » (3, 2). « Il sera brillant comme un fourneau »; sur les hommes pieux se lèvera « le soleil delà justice » (4, 2).
Dans la description du rôle que doivent jouer les corps célestes et les éléments de la nature dans la vengeance divine, il y a quelque chose de plus que la théophanie de feu et de foudre et qu'une libre imagination. Pendant l'exil, où nous plaçons avec la plupart des exégèses modernes Ésaïe, 34-35, a paru la pensée que le ciel et la terre eux-mêmes prennent part aux péchés des hommes : « Et toute l'armée des cieux se
1. Dans la vallée de Hinnom aura lieu la désolation, d'après Jérémie, 7, 31 ss.; 19, 5 ss.
fondra et les cieux seront mis en un rouleau comme un livre et ils se faneront et tomberont comme une feuille sèche tombe de la vigne, comme une feuille flétrie lombe du figuier » (Ésaïe f 34, 4). La toule-puissance de Dieu se montre en ceci, qu'il peut changer tout, le ciel comme la terre (comparez Psaumes, 102, 21\Bébr. 1 12, 27). « L'épéedu Seigneur s'enivrera dans les cieux » [Ésaïe, 34, 5). Celte pensée s'est développée après l'exil, comme nous voyons dans un des plus remarquables morceaux de l'Ancien Testament au point de vue eschatologique, Ésaïe» 24-27. « La terre se fend et se brise, la terre se rompt, la terre tremble et tremble... La terre chancelle et chancelle comme un homme ivre, la terre vacille comme une cabane, son péché s'appesantit sur elle... Le Seigneur châtiera en haut formée den haut,.. La lune rougira et le soleil sera honteux quand le Seigneur Zebaot régnera sur la montagne de Sion à Jérusalem et devant ses anciens dans la gloire » [Ésaïe, 21). Au fond, il n'y a pas de mythe de la nature. Yahvéh gouverne même le soleil et la lune et toute l'armée des cieux et il humiliera « l'armée d'en haut », les dieux naturistes et païens qui lui disputaient la toute-puissance. La félicité n'aura pas lieu sur une « nouvelle » terre au sens donné au mot parle mythe cosmique; sur cette même terre, la nature s'épanouira plus riche et plus belle (Ésaïe, 38). Le feu qui tarira les fleuves d'Édom et changera sa terre en poix et en soufre [Ésaïe, 34) ne se rapporte pas à l'incendie du monde. Aussi dans Aggée, qui n'a probablement pas écrit longtemps après Ésaïe, 34-35, c'est-à-dire à l'époque qui a immédiatement suivi l'exil, le ciel et la terre prendront part à la convulsion générale* a J'ébranlerai le ciel et la terre et la mer et le sec, et j'ébranlerai tous les peuples païens ». C'est la puissance de Yahvéh qui s'étend à la nature aussi bien qu'aux nations. Il est impossible de reconstruire avec ces données un mythe naturiste.
Le Livre de Daniel est animé d'un nouvel esprit, de celui de l'apocalypse et non pas de celui des prophètes. La révélation de Dieu par le feu que nous avons vue chez les prophètes devient un élément fixe chez Daniel : « Son trône était comme des flammes de feu et ses roues comme un feu ardent. Un
fleuve de feu se répandait et sortait de devant lui » (7, 9 s.) 1 Saint Paul sait que « le jour » se manifestera avec du feu (I Corinthiens 1 3, 13). Le Seigneur Jésus paraîtra avec des flammes do feu (II Thess.y 1, 8)\ Un des caractères de l'apocalypse, c'est que l'avenir n'est pas seulement compris comme le royaume du bonheur sur la terre, dans Daniel, dans les Oracles sibyllins, dans les Psaumes de Salomon, dans le Livre des Jubilés, chez Philon, mais Test aussi comme une existence céleste, dans l'Assomption de Moïse, où il est dit d'Israël, dans le morceau poétique 10, 9 : et altabit te Deus et faciet te haerere coelostellarum,el dans Hénoch, 104, 6: les justes seront les compagnons des armées célestes après le jugement; ou bien comme une combinaison de l'état terrestre et de l'état céleste [Baruch, IV Esdras), ou comme un état intermédiaire entre les deux {Apocalypse de saint Jean). Mais il ne s'ensuit pas que ce fût une destruction du monde par le feu ou par l'eau. Malgré les libertés que prennent les voyants dans la description de leur avenir idéal, on peut déjà parler d'une dogmatique cschatologique. Elle comprend aussi des signes et des catastrophes dans la nature. « Le soleil s'assombrira et la lune n'enverra pas ses rayons et les étoiles tomberont du ciel et les forces des cieux seront ébranlées » (J/arc, 13, 24 s.). « Le ciel et la terre passeront » (v. 31). Ces paroles ne signifient pas quily ait là un mythe cosmique. Selon sa tendance à reproduire les images antérieures, l'apocalyptique a cueilli dans les prophètes des images diverses et les a rassemblées à sa convenance. H. Gunkel ^dans Schôpfitng und Chaos 9 286 ss.) a montré le lien qui, en dépit des exagérations de l'imagination, unit les matériaux des apocalypses. Mais il méconnaît un peu en faveur de la tradition apocalyptique la part de l'imagination personnelle des prophètes. A l'époque de l'apocalyptique, les images et les créations individuelles des prophètes
i. Comparez E. Schûrer, Geschichte der jiidischen Volkes, 2« éd., Il, 546, note 6t.
2. « Die Idée, dass ein Feuerstrom von Golt herstrômt, staramt wohl aus Daniel 7, 14 », W. Bousset, Der Antikrist, p. 163. Mais à en juger d'après ce qui suit, l'auteur a parfaitement observé que cela n'est pas suffisant pour expliquer l'embrasement du monde dans la dogmatique postérieure.
se fixent comme des événements réels et scellés dans la construction des voyants.
Mais ni même la monlagne toute en feu ni l'étoile ardente comme un flambeau (comparez le gôcihar du Bundahis, 30) qui tombe sur la mer et sur les fleuves, ni la mer de soufre brûlante (Apoc. saint Jean, 8; 14, 10; 19, 20; 20, 10, 14; 21, 8) n'ont aucune connexion avec l'incendie général du monde. Ce sont des représentations purement apocalyptiques et localisées qui n'ont pas leur origine dans un mythe naturiste. Au chapitre 14, 10, la mer de soufre est plutôt en rapport avec le vin de la colère de Dieu, qui est versé pur dans le calice de sa colère, et « qui sera bu par ceux qui adorent la bête et son image ».
Je ne parle pas ici du mythe cosmogonique babylonien de la lutte de Marduk avec le monstre de la mer, Tiamat 1 , dont M. Gunkel a constaté, après d'autres savants, qu'on peut en trouver des traces dans l'Ancien Testament, et qui d'après sa remarquable démonstration, se trouve même dans l'eschatologie juive, par un changement qui Ta transporté du passé à l'avenir. Aussi G. A. Bartona montré (dans Proceedings of the American Oriental Society, 1891, 1 ss.), la ressemblance entre Tiamat et le dragon de l'Apocalypse de saint Jean (12, 13, 17, 21). Dans ce mythe de la mer, la nature s'est déjà effacée devant le monstre lui-même, le dragon (ou les dragons), quand il paraît à la fin du monde. Il reste alors peu de choses de la mer et de la destruction finale par submersion. L'intérêt se rattache à l'ennemi final lui-même. Lorsque dans les suppléments du Livre d'Eslhor (LXX, 1, 4-10; Gunkel, p. 318) l'inondation joue un rôle principal, au lieu de détruire, cette immersion sauve. Le mythe a été entièrement transformé.
Ce n'est pas le mythe de la mer des Sémites, mais la croyance indo-germaine de l'incendie final du monde qui était appelée à prendre une place considérable dans l'eschatologie chrétienne.
Pour la première fois dans P eschatologie juive et chrétienne un mythe de la nature joue un rôle indépendant dans la se-