Die Worte Jesu
(I Thess., 4, 13 ss.). L'apôtre cherche à consoler ses Thessaloniciens bien-aimés en leur disant que Dieu ramènera par Jésus et avec lui ceux qui sont morts. Ainsi ceux qui meurent ne perdront pas l'avantage qu'auront les vivants d'assister aux événements eschatologiques qui ne devaient pas tarder à arriver. Mais il explique aussi les maladies et les morts qui affligent les chrétiens de Corinthe comme un châtiment de Dieu, comme une chose qui n'est pas dans Tordre (I Cor., II, 30 ss.).
Dans le christianisme primitif, la croyance que la mort n'existait plus puisque le Messie était venu, avait ainsi pris la forme d'une attente de la seconde venue du Messie au cours de la génération présente. Mais cette pensée des Synoptiques de la vie éternelle, future, commençant lors de la nouvelle venue du Messie, avant la mort de la génération actuelle, ainsi que M. E. Ménégoz* Ta mis en lumière avec sa précision et sa sagacité habituelles, aussi bien que la conception johannique de la vie éternelle actuelle, ont leur point de départ dans la conscience qu'avait Jésus d'être le Messie et par suite d'inaugurer une nouvelle époque où la mort ne serait plus. De là l'incapacité où était Pierre de comprendre que le Messie dût mourir. C'était pour lui une contradiction dans les termes.
Mais Jésus a fait de grands changements dans la dogmatique messianique et dans l'idéal messianique, changements qui ne pouvaient être compris même de ceux qui rapprochaient de plus près. 11 nous faut donc, comme M. Albert Réville, dans son livre sur Jésus de Nazareth, compter avec la possibilité que les Synoptiques ne l'aient pas entièrement compris, surtout en ce qui touche à l'apocalyptique. « On a trop souvent oublié que tout ce que nous savons de Jésus a passé d'abord par l'intermédiaire de la conscience de gens, qui étaient au plus haut degré influencés par les conceptions de la foi populaire*. » Il n'y a rien de certain dans ces questions.
1. Le salut d? après V enseignement de Jésus-Christ dans Publications diverses sur lefidéisme, p. 389 ss. {Revue chrétienne, IX, p. 401 ss.).
2. Erwin Preuschen, dans Zeitschrifl fur die neutestamentliche Wissen* schaft, 1900 (l), p. 12.
Mais je ne suis nullement convaincu que les Synoptiques avec leur prédication d'une messianité terrestre qui devait se réaliser lors de la nouvelle venue de Jésus-Christ, fussent plus près de Jésus que l'Évangile de Jean avec son interprétation spirituelle de la « vie éternelle ».
Jésus se trouvait en face d'un problème effrayant lorsqu'il vit qu'il devait mourir. La théologie du Messie ne s'accomplissait pas à la lettre. Peu de choses dans les Synoptiques sont aussi nettement déterminées que sa certitude grandissante qu'il marchait vers la mort. Par suite de cette conviction sa pensée de la mort corporelle devait se modifier. A-t-il même, en vue des siens, été conduit à changer le schéma messianique qu'ils ne mourraient pas corporellement? Â-t-il été conduit à spiritualiser cette idée, comme il l'a fait pour d'autres parties de l'idée messianique? Le verset 8 du chapitre 6 de Jean est-il seulement l'écho de la première conclusion qu'il ait tirée de la conviction qu'il avait d'être le Messie? S'est-il ensuite créé une idée claire et achevée d'une vie éternelle auprès de Dieu malgré la mort corporelle 1 ? Il est certain que pratiquement il a résolu la question en maintenant l'assurance qu'il était le Messie et le Fils bien-aimé de Dieu, bien qu'il sût qu'il devait mourir corporellement et il l'a maintenue jusque dans sa mort cruelle. La messianité était pour la conscience que Jésus avait de lui-même une forme qu'il traita avec une liberté souveraine. Le crucifié laissait à ses disciples, dans leur foi en la résurrection, la certitude « qu'il vivait et qu'eux-mêmes devaient vivre », èfw Ç<5 xal û[itfç Ç^tte {Jean, 14, 49).
Le royaume de Dieu, la messianité et toutes les idées escha-
1. Gomme nous avons déjà vu, p. 298, note 1, M. Pries prétend prouver que « résurrection » ne voulait pas nécessaire meut dire pour Jésus, résurrection à une vie terrestre, mais une résurrection, après le court sommeil de la mort, à une vie auprès de Dieu. M. Fries s'appuie surtout sur la réponse de Jésus aux Sadducéens, Marc, 12, 26 s. Jésus leur dit : « Quant aux morls et à leur résurrection, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, ce que Dieu lui a dit auprès du buisson : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob? Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants. » Les patriarches ne pouvant pas être censés de survivre sur la terre, il s'agit ici sans aucun doute d'une vie céleste chez Dieu.
tologiques que nous retrouvons dans la bouche de Jésus étaient plus ou moins répandues dans le monde juif que Jésus connaissait profondément par son expérience et par ses études. La révolution qu'il y a opérée ne consistait pas seulement dans ce fait capital qu'il était le Messie même, mais aussi dans les changements radicaux qu'il a apportés à la théologie messianique elle-même et à son interprétation. Il n'a transformé la théologie courante que lorsque quelque chose en elle paraissait contraire à son intuition religieuse; mais néanmoins il en a déplacé le centre de gravité qui n'est plus dans les faits extérieurs eux-mêmes, mais dans les conditions religieuses et morales appartenant à la messianité, au royaume de Dieu, etc. De même pour la vie éternelle. La chose principale était la vie nouvelle créée par l'union avec le Christ et le Père. Lorsque, instruit par les voies de Dieu, le quatrième évangéliste, ou plutôt Jésus lui-même, n'a retenu que le noyau religieux, la vie spirituelle malgré la mort corporelle, ce n'était pas en opposition avec l'esprit général de l'Évangile. La doctrine messianique de la disparition de la mort dans le royaume du Messie a été employée comme une forme de la foi chrétienne. Mais son contenu religieux demeure la doctrine propre du christianisme sur la vie future : la vie éternelle actuelle par Jésus-Christ. « Par la foi, l'homme entre dès ici-bas dans la vie éternelle \ »
2. — Comparaison avec les idées analogues du bouddhisme et du
socratisme.
Nous allons maintenant déterminer en peu de mots les points principaux où la conception chrétienne de la vie éternelle se sépare des idées bouddhiques et platoniciennes.
a) Dieu.
Dans « la vie éternelle » de lÈvangile y Dieu occupe une place souveraine. La félicité est dans sa main. Jésus se place lui-même et tous ceux qu'il gagne dans la dépendance abso-