L. c, p. 67 ss
4. Ce qui veut dire que Dieu a perdu tous les noms particuliers des di-
de la félicité ne se sépare pas de lui ; elle exalte, au contraire, la forme concrète d'une personnalité divine.
b) Le médiateur.
Ce qui est encore plus remarquable, c'est la position exceptionnelle que Jésus revendique pour sa propre personne lorsqu'il s'agit d'atteindre et de posséder l'éternelle félicité.
Dans les conseils que donne Gautama sur la manière d'arriver au Nirvana, lui-même ne joue aucun rôle si ce n'est celui d'un médecin qui donne un avis. Socrate dirige l'homme vers la philosophie. Lui-même demande seulement que son départ n'inquiète pas l'esprit de ses disciples. Lui et Gautama peuvent être oubliés sans que leur doctrine de la félicité souffre le moindre dommage. Jésus, avec une plénitude d'exigence en opposition frappante avec celle de ces docteurs de la sagesse, se présente comme absolument nécessaire pour que l'homme vainque la mort et possède le bien éternel.
Nous renvoyons aux citations de l'Évangile de Jean que nous avons faites aux pages 405 s. D'après cet Évangile Jésus est « unique », u.ovoYevife. Chez les Synoptiques aussi parait l'exigence de Jésus, unique dans l'histoire de la religion. N'est-il pas l'époux qui possède l'épouse? (Matthieu, 9, 15; Marc, 2, 19; comparez Jean, 3, 29). Les autres ne doivent-ils pas être fort reconnaissants de jouer l'humble rôle d'amis de Tépoux? Jésus a l'audace blasphématoire pour les Juifs, de se dire plus grand que le temple (Matthieu, 12, 6), plus grand que le roi Salomon et que le prophète Jonas (Matthieu, 12,
vinités populaires, sans perdre le caractère vivant et personnel exigé par le besoin religieux, mais en changeant l'appellation : «dieu » en un nom propre : « Dieu », c'est ce qui a été exprimé par Tertullien dans son traité De testimonio animae, chap. 2. « Te quoque palara et tota libertate, qua non licet nobis, domi ac foris audimus ita pronuntiare. Quod Deus dederit, et, Si Deus voluerit, ea voce et aliquem esse signiûces, et omnem illi conflteris polestatem, adcujus spectas voluntatem, simul et caeteros negas deos esse, dum suis vocabulis nuncupas, Saturnum, Jovem, Martem, Minervam. Nain solum Deum confirmas, que m tantum Deum nominas, ut et cum illos interdum deos appellas, de alieno et quasi pro muluo usa videaris ».
41 s.). 11 est le tils du propriétaire de la vigne et l'héritier en opposition avec les serviteurs (Matthieu, 21, 38), oui, il est le roi des Juifs (Luc, 23, 3). En lui sont accomplies les grandioses paroles des prophètes (Luc, A, 21). Jésus exige que tout lui cède le pas. Il nous fait remarquer qu'à cet égard, il ne parle pas de Dieu ou de la vérité, ni de rien de semblable, mais de lui-même. « Celui qui aime son père ou sa mère ou ses sœurs ou son épouse ou son enfant plus que moi n'est pas digne de moi » (Matthieu, 10, 37). Ces mots pourraient bien encore être mis dans la bouche du Bouddha ou dans celle de Socrate ; mais alors il faudrait changer « moi », par « la connaissance » ou par « la sagesse ». Jésus a plus de valeur que la vie. La parole suivante a une certaine ressemblance avec les paroles de l'Évangile de Jean, sur la vie éternelle, laquelle s'acquiert et est possédée en union avec Jésus. « Celui qui perdra sa vie à cause de moi, la retrouvera » (Matthieu, 10, 39; 16, 25).
Mais nous ne nous restreignons pas ici aux paroles qui expriment directement l'importance de la personne de Jésus pour la victoire sur la mort et la possession de la vie éternelle. Cette importance se lie aux exigences personnelles de Jésus en général. Dans les Synoptiques comme dans l'Évangile de Jean, Jésus englobe sa cause dans celle de Dieu. « Celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé » (Matthieu, 10, 40). Même le passage principal se rapportant à ce sujet (Matthieu, 11, 27; Luc, 10, 22) ressemble au témoignage de Jésus sur lui-même dans le quatrième Évangile : « Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Ainsi la valeur que Jésus assigne à sa propre personne dans l'acquisition et la possession du bien éternel, est non seulement en contraste frappant avec les enseignements correspondants du Bouddha et de Socrate, mais elle est un fait unique dans l'histoire de la religion. La proposition de Ritschl que Jésus occupe dans la religion chrétienue une position plus considérable que celle occupée parles autres fondateurs de religion dans leurs propres religions, m'a semblé être une
construction artificielle du maître de Gôllingen, jusqu'à ce que je fusse en mesure de la contrôler. Ritschl avait raison. C'est là une différence qui ne peut être niée par personne, qu'on la regarde comme une force ou comme une faiblesse pour la religion/chrétienne.
Les disciples de Socrate devaient toute leur vie se regarder comme des orphelins, après que « le meilleur, le plus sage et le plus juste des Grecs » eut disparu. Mais le maître n'avait nullement indiqué qu'on ne pouvait le remplacer. La qualité de Bouddha fut acquise dans l'Inde par d'autres avant et après Gautama.'Même dans le bouddhisme postérieur qui fit de Bouddha un dieu, il n'occupa pas une place aussi exclusive que (la connaissance de) Jésus dans le christianisme. La révélation du Bouddha n'est pas terminée, mais elle sera suivie de plusieurs autres 1 . — Zarathustra est assurément le plus grand révélateur d'Ahura Mazda; mais il n'est ni le premier, ni le dernier, ni l'alpha, ni l'oméga. Il se présente à la suite de ceux qui ont connu la sainte loi d'Ahura Mazda, dans la relation qu'a Jésus pour certains théologiens qui donnent aux patriarches et à Moïse une telle connaissance de Dieu que, d'après eux, les prophètes n'ont eu qu'une faible part dans la révélation et Jésus une encore moindre. Zarathustra a été entouré du nimbe de la légende, mais il n'a jamais été élevé à la dignité divine, il n'a jamais été un avec Ahura Mazda ou avec les Amaàa-Spantas comme Jésus avec le Père. Dans le mazdéisme, la vie éternelle est dispensée par Amardlât et non par Zarathustra. On ne peut trouver dans l'Avesla, de la part du prophète, la prétention d'occuper la situation de médiateur permanent et nécessaire entre Dieu et les hommes, que nous constatons dans l'Évangile. Le rôle de Zarathustra était de donner la loi. Lui-même s'eiTace derrière son œuvre. Les nécessités de l'obéissance, les dons et la protection accordées au prophète par les puissances du monde, en lant'que conditions de la félicité, posées par Zarathustra d'après les Gâlhas, ne lui appartiennent pas en propre, mais appartiennent au système théocratique du zoroaslrisme â
i. H. Oldenberg, Buddha, 2 a éd., p. 352 ss.
Ces conditions peuvent se trouver dans la bouche de n'importe quel prêtre * et se retrouver dans un état historique parallèle, dans les exigences posées par les Rçis du Véda et par les brahmanes indiens postérieurs ou par les clergés de certaines églises chrétiennes, et de même par les dignitaires de la religion chez beaucoup de peuples civilisés ou non. Mais ils n'ont pas, comme Jésus, revendiqué pour euxmêmes une position à part. Le mazdéisme attend de nouveaux prophètes après Zarathuslra, en particulier les libérateurs suprêmes, Saosyant et ses deux prédécesseurs, tous trois, par une conception surnaturelle, les fils du prophète. — Dans le judaïsme, Moïse et les prophètes sont dépeints comme une lignée de témoins de Dieu, plus ou moins égaux l'un à l'autre. Le Messie n'est pas encore venu. — La position de Mani et de Mahomet est analogue. D'après Al-Sahristâni et d'autres, le second fondateur de religion de l'Iran, Mani, a enseigné qu'il faisait partie de la longue suite des envoyés de Dieu, des prophètes. Il se donne évidemment une place particulière comme Paraclet, comme « le sceau (la conclusion) des prophètes », selon Albîrùnt". Mais c'est tout autre chose que veut Jésus. — Nulle part Mahomet ne se présente comme quelqu'un qui puisse correspondre au « fils du père ». Il se place au rang de prophète de Dieu avec tant d'autres. Il avait pour but de renouveler la révélation déjà donnée à Mousa (Moïse) et à 'Isa (Jésus), mais déjà aussi falsifiée. La foi des Moslim comprend, à côté de la foi en Dieu, aux anges, aux livres saints, à la résurrection, au jugement, à la prédestination, ce qui est assez significatif, non pas notre foi du Symbole des apôtres en le prophète, mais la foi dans les prophètes. Les envoyés de Dieu et ses prophètes accomplissent» d'après l'orlhodoxie islamique, une large part de l'œuvre. Mahomet n'est qu'un des premiers d'entre eux. Les califes, ses successeurs, possèdent dans l'église mahométane une situation analogue à celle qu'a le vicaire du Christ pour les catholiques. Le protestantisme nie la possibilité d'accorder les
i. R. H. H., XL, p. 434 ss.