LE VARA DB T1MA ET L'HIVER DE MAHRKUSA
De même que l'homme voyait la mort briser l'existence de l'individu, de même les révolutions de la nature, sous leurs formes diverses et dans les différentes parties de notre terre, pouvaient éveiller dans son esprit l'idée que le monde, tel qu'il le voyait, aurait, lui aussi, une fin. Mais pas plus que pour l'individu cette « mort » n'impliquait une fin définitive, c'était seulement un passage à une autre existence. A l'ordre de représentations inspirées par cette conviction se rattachent le mythe de l'hiver de Mahrkùsa et de l'enceinte, le Vara, de Yima. Nous exposerons donc ici les mythes de Yima contenus dans le second fargard du Yendîdàd.
Il y a deux chants distincts, dont ce fargard nous a conservé des fragments. Le rédacteur du texte actuel a fait des additions en prose et remanié le tout de manière à changer quelque peu les mythes originaux. Karl Geldner a restauré* les restes des deux vieilles légendes poétiques.
De la première, versets 1-20, les fragments métriques se retrouvent aux versets 1-5 a, 6, 8A-H, 12 A-15, 16 i-19 d'après Geldner. Les morceaux en prose des versets S b 9 7, 8 a, ainsi
1. Dans Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung , éditée par A. Kuhn, E. Kuhn et J. Schmidt, t. XXV, p. 179 ss.
que les commencements des versets i 2 et 16 seraient alors ajoutés par le rédacteur.
Dans son édition de l'Avesla, Geldner semble attribuer les versets 15-19 tout entiers aux additions prosaïques.
Vendtddd) Fargard II.
1. Zarathustra interrogea 1 Ahura Mazda : a Ahura Mazda, esprit le plus bienfaisant, créateur des êtres corporels, saint, que) a été le premier des hommes par qui, ô Ahura Mazda en dehors de moi, Zarathustra, tu t'es fait interroger 1 , le premier pour qui tu as proclamé la religion du Seigneur (Ahura) et de Zarathustra? »
2. Alors Ahura Mazda répondit : « Yima, le beau, le bon berger 1 , ô saint Zarathustra, a été le premier des hommes par
3uimoi, Ahura Mazda, je me suis fait interroger en dehors e toi, Zarathustra, et pour lui j'ai proclamé Ta religion du Seigneur et de Zarathustra. 3. Moi, Ahura Mazda, je lui ai dit, ô Zarathustra : « Beau Yima, fils de Vîvanhat, accepte de moi d'étudier et de porter la religion ». Alors, ô Zarathuélra, le beau Yima me répondit : « Je ne suis pas créé, ni ne suis instruit pour étudier et porter la religion. » 4. Alors, Zarathustra, je lui dis, moi, Ahura Mazda : « Si toi, Yima, tu n'acceptes pas de moi d'étudier et de porter la religion, alors fais prospérer mes êtres, fais progresser mes êtres, accepte de moi d'entretenir, de protéger et de gouverner mes êtres. » 5. Alors, ô Zarathustra, le beau Yima me répondit : « Je ferai prospérer tes êtres, je ferai progresser tes êtres, j'accepterai de toi d'entretenir, de protéger et de gouverner tes êtres. Dans mon empire, il n'y aura pas de vent froid, pas de vent chaud, pas de maladie, pas de mort. » 6. Alors, moi, Ahura Mazda, je lui apportai deux instruments, un anneau d'or et une épée incrustée d'or.
l.pdrisat.
2. apdrd&d. Paras désigne la forme de la révélation dans l'Avesta : soit catéchisme, demandes et réponses ; donner la révélation par questions et par réponses. Paris, au moyen : « en se laissant interroger par quelqu'un et en lui répondant », K. Geldner, Zeitschrift de Kuhn, XXY, 181, note 1.
3. hvqtova, « pourvu d'un bon troupeau » ou« gouvernant bien le troupeau ». Berger est employé habituellement et naturellement pour désigner les princes (Ezéchiel, 34 ; Zach. 13, etc.). Cfr Tcot^v Xa&v; aussi dans les inscriptions assyriennes, H. Zimmern, Archiv fur Bel. Wissensehaft, II, 173,
7. Yima est en possession de l'empire. 8. Sous l'empire d'Yima s'écoulèrent trois cents hivers. Alors la terre fut remplie de petit bétail, de gros bétail, d'hommes, de chiens, d'oiseaux et de feux rouges et brûlants. Le petit bétail, le gros bétail et les hommes ne trouvèrent pas place sur la terre 1 . 9. Alors je fis savoir à Yima : « Beau Yima, bon berger, pleine est la terre, remplie de petit bétail, de gros bétail, d'hommes, de chiens, d'oiseaux, de feux rouges et brûlants. Le petit bétail, le gros bétail n'y trouvent pas place. » 10. Alors Yima s'avança en splendeur vers le midi, vers le chemin du soleil, il imprima sur la terre son anneau d'or et la perça de son épée incrustée d'or : « Bienfaisante Armai ti *, élargis- toi, je t'en
Erie, en avant et de côté, par amour, pour porter du petit étail, du gros bétail et des hommes! » 11. Ainsi Yima élargit la terre d'un tiers en plus de sa grandeur et dès lors le petit bétail et le grand bétail et les hommes s'avancèrent sur elle selon leur volonté et leur désir, quel que fût son désir 1 . »
Après trois cents hivers il fallut encore que la terre fût agrandie d'un tiers (12-15). Après trois cents autres hivers, il fallut encore qu'elle s'agrandit d'un tiers (16-19).
La terre s'était ainsi doublée par les soins de Yima, mais il restait encore cent années sur la période de mille ans. Nous reprenons la traduction après les deux passages 12-15 et 1619 qui, selon l'habitude de ces sortes d'écrits, répètent mots pour mots le passage 8-11, en changeant seulement les chiffres.
Maintenant nous sommes transportés sur une autre scène. Au verset 20 commence le second des deux chants sur Yima, dont ce fargard du Vendtdâd nous a conservé des fragments et auxquels l'auteur a fait des additions.
Geldner, dans la revue de Kuhn % XXV, p. 186 ss., a voulu reconstituer les restes de la vieille légende poétique qui serait conservée sous une forme métrique, aux versets 21-26, 30 6-34, 38 b. Les autres morceaux sont en prose et contiendraient des additions. Dans son édition de l'Avesta M Geldner n'indique une forme métrique que pour les morceaux 24, 26, 30 b, 34 et 38 b.
1. Mot à mot ; ils ne la trouvèrent pas en place, gdtvô loc. t