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PROPRIÉTÉS ET FONCTIONS DES FIBRES NERVEUSES ET DES NERFS

Distinction des nerfs en nerfs moteurs et en nerfs sensitifs. Les nerfs sont uniquement constitués, comme nous l'avons vu, par la réunion de fibres nerveuses, qui sont de simples conducteurs reliant les cellules. Parmi eux, les uns conduisent seulement les impressions sensitives; les autres les excitations motrices. Les premiers ont reçu le nom de nerfs sensitifs, les autres le nom de nerfs moteurs.

Cette distinction des propriétés différentes des nerfs fut faite au commencement de ce siècle par le physiologiste anglais Ch. Bell. IMais bien avant lui, et même depuis l'antiquité la plus reculée, on savait que certaines parties du corps peuvent conserver le pouvoir de faire des mouvements et perdre la sensibilité, ou récipro-

* Un publiciste distingue, M. Rambossou, a fait sur ce sujet quelques expériences intéressantes qui seront consignées, nous écrit-il, dans un important travail qu'il prépare. Plusieurs littérateurs, Brillât-Savarin, Balzac, Ch. Baudelaire, etc., ont fait également, sur l'action de divers excitants sur le système nerveux, des observations souvent fort curieuses et qui pourraient être utilisées par les physiologistes.

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queinent garder leur sensibilité, mais perdre la facnllë de se mouvoir, et on en concluait, du reste sans preuve expérimentale aucune, qu'il devait y avoir deux espèces d'organes nerveux, présidant, les uns aux seiilinicnls, les autres aux mouvements. Galien, (jui admettait rexisteiice de ces deux sortes de nerfs, en admettait aussi d'une troisième espèce, possédant ii la fois des propriétés sensitives et motrices, et il les considérait comme ayant une origine différente.

Ce Tut en coupant alternativement les racines antérieures, puis les racines postérieures des nerfs rachidiens, et en étudiant les eiïets consécutifs à ces opérations, que Bell reconnut les propriétés difîérenles dont ces racines sont douées. Il vit que la section des premières faisait perdre aux muscles auxquels se distribuent les nerfs qui en émanent la propriété de se mouvoir sous l'influence de la volonté, tandis que la section des secondes faisait perdre à ces mêmes parties leur sensibilité. Le membre dont le nerf moteur a perdu ses connexions avec la moelle épinière conserve toute sa sensibilité, mais quels que soient les excitants qu'on applique sur lui, quelle que soit la douleur qu'il éprouve, il est incapable de faire le moindre mouvement pour s'y soustraire. Inversement le membre privé de l'influence de son nerf sensitif conserve la propriété de se mouvoir, mais il reste absolument insensible aux irritations qu'on lui fait subir.

Les expériences qui mettent ces faits en évidence sont faciles à répéter. Que l'on coupe, comme l'a fait Muller, sur une même grenouille, du côté gauche les trois racines postérieures, et du côté droit les trois racines antérieures des nerfs destinés aux pattes de derrière, et l'on observera que le sentiment sera aboli dans la patte gauche et le mouvement dans la patte droite.

Des expériences analogues réussissent également sur de grands animaux, comme les chevaux et les chiens, par exemple. Si, après avoir mis la moelle à nu, on irrite avec un scalpel une racine postérieure, c'est-à-dire sensitive d'un nerf, l'animal accuse par ses cris et ses mouvements une vive douleur. Si on excite une racine antérieure, c'est-à-dire motrice, l'animal ne manifeste aucune souffrance, mais on observe dans les muscles auxquels se distri-

buent les nerfs correspondant au nerf irrité une secousse convulsive.

La séparation anatomique des nerfs en deux faisceaux, correspondant, l'un à la sensibilité, l'autre au mouvement, ne se prolonge généralement pas loin, ainsi que nous l'avons vu dans le précédent chapitre. Pour les nerfs rachidiens, les racines, au sortir de la moelle, s'unissent bientôt en un tronc mixte, sous une enveloppe commune, et il en résulte que chaque tronc rachidien possède ainsi des caractères propres à l'une et à l'autre racine ; aussi en les excitant produit-on en même temps, dans les parties où ils se distribuent, de la sensibilité et des mouvements. Il n'y a que les nerfs crâniens dont les fibres nerveuses et motrices soient pour la plupart complètement séparées dans leur trajet.

L'observation ayant prouvé qu'il y avait des nerfs spéciaux pour conduire les sensations et des nerfs spéciaux pour conduire les excitations qui produisent les mouvements, on crut d'abord pouvoir en conclure qu'il y avait une différence profonde entre les deux classes de nerfs et qu'un nerf moteur devait avoir des propriétés tout à fait différentes de celles d'un nerf sensitif. Mais les expériences de Flourens, Yulpian, etc., ont démontré, contrairement aux anciennes théories de Gluge, Thiernesse, etc., qu'il n'en est rien , et que leurs propriétés ne dépendent pas de leur constitution, mais uniquement de leurs connexions. En réunissant ensemble deux nerfs de fonctions différentes, on reconnaît que les excitations communiquées à l'un sont parfaitement transmises par l'autre. En coupant, par exemple, chez un chien le nerf hypoglosse, nerf moteur de la langue, et le lingual, nerf sensitif, puis en réunissant le bout périphérique du premier avec le bout central du second, on observe, lorsque les deux nerfs se sont complètement soudés, que l'excitation du bout central du lingual détermine des mouvements dans la langue, ce qui aurait été impossible avant l'opération. Le nerf lingual, qui était d'abord un nerf sensitif, s'est ainsi, par suite de ses relations nouvelles, transformé en nerf moteur.

La propriété conductrice des tubes nerveux est donc identique pour les nerfs sensilifs et pour les nerfs moteurs. Les attributions différentes qu'ils remplissent tiennent uniquement à ce que leurs

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Transmission des impressions et des excitations dans les nerfs. L'e\eilation porlee en un jjoint quelconque d'un nerf chemine dans toute son étendue et a pour conséquence un mouvement dans le nerf moteur et une impression ou une douleur dans le nerf sensitif. En comprimant le nerf cubilal en un point quelconque de son trajet, derrière le coude, jjar exemple, on produit une douleur toujours rapportée par le sujet à l'extrémité terminale du nerf du petit doigt.

La propagation des excitations dans les nerfs se fait dans des sens diflerents pour les nerfs sensitifs et pour les nerfs moteurs. Dans les premiers elle est centripète, c'est-à-dire va des organes aux centres nerveux; dans les seconds, elle est, au contraire, centrifuge, c'est-à-dire va des centres nerveux vers les organes. Si on coupe dans leur partie moyenne les racines postérieures, c'està-dire sensitives d'un tronc nerveux, et qu'on irrite le bout séparé du tronc, l'animal ne manifeste aucune douleur, tandis qu'il témoigne, au contraire, de vives souflrances si on irrite le bout resté en connexion avec la moelle. Si nous répétons maintenant la même expérience sur des racines antérieures, cest-à-dire motrices, nous observerons des résultats précisément contraires. L'irritation du bout séparé de la moelle produira des mouvements dans les muscles auxquels se distribuent les nerfs en relation avec les racines séparées, tandis que l'irritation du bout adhérent à la moelle restera sans elïet.

Les tubes nerveux dont se composent les nerfs sont des conducteurs qui, bien que réunis sous une enveloppe commune, semblent parfaitement isolés et destinés à agir séparément. Si l'on coupe un tronc nerveux et que l'on isole quelques-unes des libres qui le constituent, l'irritation de ces fibres ne fait apparaître des contractions que dans un petit nombre de muscles ou dans quelques

fibrilles des muscles auxquels le nerf se distribue. Leur indépendance d'action est dinainuée du reste par ce fait, qu'un même nerf se distribue à des muscles antagonistes. On sait aussi que la volonté peut, dans certains muscles, comme ceux des doigts, animés par le même nerf , faire exécuter des mouvements partiels ; elle agit sur la fibre nécessaire de même que le doigt sur la touche d'un piano ; mais comme les fibres sont très-rapprochées, elles peuvent souvent être simultanément afiectées, absolument comme cela arriverait si les touches d'un piano étant très-étroites, le doigt en frappait plusieurs à la fois. C'est sans doute pour cette raison que les mouvements de certains muscles, ceux de la face, par exemple, se produisent difficilement d'une façon isolée.

Centre de nutrition des nerfs. Lorsque les nerfs ont été coupés, leur propriété conductrice s'éteint graduellement et finit au bout de quelques jours par disparaître. Quand on coupe la racine motrice d'un nerf, le bout périphérique du nerf s'altère, mais le bout central, c'est-à-dire celui qui est en relation avec le centre nerveux, ne subit aucune modification. Si la division porte sur une racine sensitivCj on voit au contraire le bout central s'altérer et le bout périphérique rester intact. Il semble rationnel dès lors de supposer que les parties qui se trouvent du coté du nerf non altéré exercent une influence plus ou moins profonde sur sa nutrition. D'après Wàller, les nerfs moteurs de l'axe rachidien auraient leur centre de nutrition dans les cellules de la moelle et les nerfs sensitifs dans les cellules des ganglions rachidiens.

La dégénérescence, ou au moins la modification des nerfs consécutive à leur section est bientôt suivie de leur régénération. La myéline qui était devenue opaque et s'était segmentée se reproduit; la gaînede Schwann qui s'était plissée et rétractée reprend son calibre; les filaments qui s'étaient atrophiés reparaissent. Pour que cette régénération ait lieu, il n'est même pas nécessaire que les deux bouts des nerfs coupés soient mis en contact ; séparés par des intervalles de 2 à 3 centimètres, ils se réunissent bientôt et reprennent leurs fonctions. Le fait a été plusieurs fois observé sur les animaux et sur l'homme.

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Fonctions des divers nerfs crâniens, racliidiens et du grand sympathique. Les lonclions des dillercnts nerfs étant intimement lioi'S il leur dislnbulion analoiiii(iuo, nous avons dû examiner le rùle de cliacun d'eux en indi(iuant les parties dans les- (|uelles ils se ramilient. Nous renvoyons donc le lecteur au chapitre précédent j)()ur ce qui concerne les lonctions des douze nerfs crâniens, des trente-une paires rachidiennes et des nerfs du grand sympathique.

Les dilTérents nerfs décrits jusqu'ici ont tous pour fonction de transmettre des impressions ou des excitations motrices. Existe-t-ii en outre des nerfs qui auraient une action directe sur les sécrétions et la nutrition, ou l'inlluence incontestable du système nerveux sur ces fonctions tient-elle uniquement à l'action des nerfs moteurs sur les muscles des vaisseaux, c'est-à-dire à ce que, en raison du plus ou moins de contraction de ces muscles, les capillaires sont plus ou moins dilatés et apportent |)ar suite une projjortion variable de sang aux organes? C'est là un point sur lequel la science n'est pas encore suftisamment fixée. Mais quel que soit le rôle du système nerveux sur la nutrition, la respiration, la circulation et toutes les fonctions, ce rôle, bien qu'indirect, comme nous le verrons dans un prochain chapitre, est considérable. Nous avons indiqué quels troubles profonds amenait dans la nutrition la lésion de certains nerfs, tels que le trijumeau, par exemple. Longet a vu, plusieurs mois après la résection du nerf sciatique chez des chiens, les pattes perdre leurs poils et leurs griffes, se couvrir de plaques gangreneuses, et les muscles éprouver un commencement de dégénérescence graisseuse.

Rôle de la sensibilité dans l'organisme. L'expérience démontre que ce sont surtout les altérations portant sur les nerfs sensitifs qui ont pour résultat des modifications plus ou moins profondes de la nutrition, que ces nerfs agissent directement sur elle ou qu'ils soient simplement en relation avec les vaso-moteurs qui régularisent le cours du sang dans les vaisseaux.

La sensibilité, c'est-à-dire la propriété qu'ont les cellules nerveuses de recevoir des impressions par l'intermédiaire des nerfs.

joue un rôle immense dans tous les actes de l'organisme. « Elle préside, dit Claude Bernard, aux phénomènes de la vie de relation, et dans le domaine de la vie organique elle provoque l'activité du grand sympathique et donne ainsi le signal qui accélère ou ralentit le mouvement de la nutrition. »

C'est à la sensibilité qu'est due en grande partie la coordination des mouvements volontaires. La condition essentielle de leur harmonie est dans la sensation de leur accomplissement ; un individu a-t-il perdu la sensation des mouvements exécutés par ses membres, ces mouvements deviennent irréguliers. Il suffit de couper à un animal les racines sensitives des nerfs d'un membre, c'est-à-dire de supprimer chez lui les sensations correspondantes à ces nerfs, pour rendre les mouvements de ce membre incertains. On sait combien sont irréguliers les mouvements dans l'ataxie locomotrice progressive, affection anatomiquement caractérisée par la dégénérescence des régions sensitives de la moelle.

La sensibilité semble agir sur le système nerveux central de façon a l'avertir de l'état des organes et l'obliger ainsi à régler son action d'après cet état. Si, quand nous saisissons un objet ou que nous posons le pied sur le sol, les centres nerveux n'étaient pas prévenus par la sensibilité, ils ne sauraient pas envoyer aux muscles une excitation proportionnelle à l'efïbrt qu'ils doivent accomplir. La main laisserait tomber l'objet qu'elle aurait saisi ou le serrerait outre mesure, la jambe raserait le sol en heurtant les obstacles ou serait lancée beaucoup trop haut, comme cela arrive aux individus atteints d'ataxie locomotrice. Si une irritation quelconque venait frapper le membre, il ne ferait aucun effort pour s'y soustraire et subirait son action, ce qui nous montre en passant l'utilité de la douleur.

Il en est sans doute de même pour les organes soustraits à l'action de la volonté, tels que ceux de la circulation, de la nutrition, etc. Ce n'est que grâce à leur sensibilité que les centres nerveux ont notion de l'état de ces organes et qu'ils peuvent proportionner à cet état l'action qu'ils exercent sur eux, ralentir ou favoriser l'arrivée du sang, exciter ou modérer les contractions, etc.

(( Les excitations morales sont, au point de vue physiologique.

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