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PROPRIETES ET FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX

on reconnaîl (iiic liien (juc les ori^anes des sens dcineurenl parfaitement intiicls, ranimai a j)lm(Iu la faculté de percevoir les impressions qu'ils fournissent et le |)OUvoir de manifester, par une réaction motrice volonlaire, son activité cérébrale. Un oiseau privé de ses lobes cérébraux vole bien tjuand on le jette en l'aii-, marche quand on le pousse, ni^nge si on lui met de la nourriture dans le bec, mais ne marche pas, ne vole pas, ne mange pas spontanément. Ses allures sont celles d'un animal endormi. S'il marche après avoir été poussé, il ne s'écarte pas des obstacles placés devant lui et vient butter contre eux; si on lui met de la nourriture dans le bec, il l'avale, mais sans en apprécier le goùL, car il avale avec une égale facilité les cailloux qu'on substitue aux aliments.

JMemes résultats si à l'ablation de la couche corticale on joint celle de la substance blanche qu'elle recouvre et qui n'est composée, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois, que de fibres nerveuses jouant simplement le rôle d'organes conducteurs. Flourens a conservé dix mois un oiseau sans lobes cérébraux. « Une poule sans lobes cérébraux, dit-il, a réellement perdu, avec la vue et l'ouïe, le goût et le tact. Cependant nul de ces sens ou, pour mieux dire, nul organe de ces sens n'a été directement atteint. L'œil est parfaitement clair et net et son iris mobile. Il n'a été touché ni à l'organe de l'ouïe, ni à celui du goût, ni à celui du tact. Chose admirable ! tous les organes des sens subsistent et toutes les perceptions sont perdues. Finalement elle a donc perdu tous ses sens, car elle ne voit plus, n'entend plus, n'odore plus, et de plus ses instincts, car elle ne mange plus d'elle-même. Jamais elle ne se défend contre les autres poules, elle ne sait plus ni fuir ni combattre, il n'y a plus d'attrait pour la génération, les caresses du mâle lui sont indifférentes ou inaperçues. Elle a donc perdu toute intelligence, car elle ne veut, ni se souvient, ni ne juge plus. » *

* D'après tics expériences faites récemment par Voit de Munich, le cerveau enlevé à des pigeons se régénérerait au bout de quelques semaines. L'animal, éveillé alors de sa somnolence, ouvre les yeux, vole en évitant pai-faitemeut les obstacles et se sauve quand on veut le saisir. A l'autopsie on retrouve le cerveau reconstitué. Les physiologistes savent tous que les membres enlevés aux animaux inférieurs, comme la salamandre, par exemple, se régénèrent rapidement, mais aucune régénération d'un organe aussi compliqué que le cerveau n'avait été observée chez des animaux supérieurs. Ces expériences auraient besoin d'être répétées avec soin.

Les lobes cérébraux sont donc le siège unique des perceptions, des instincts et de l'intelligence.

L'absence de perceptions consécutive à l'ablation des couches corticales du cerveau ne semble pas au premier abord absolue. L'animai ainsi mutilé suit des yeux une bougie allumée, tressaille quand on fait détoner près de lui une arme à feu, mais ce sont là, croyons-nous, des actions automatiques. L'absence des cellules de la couche corticale rend impossible la transformation des sensations en idées. S'il tressaille quand il entend du bruits s'il mange quand on lui met des aliments dans la bouche, vole quand on le jette en l'air, marche quand on le pousse, c'est que les excitations produites sur le tympan par les ondes sonores, sur la muqueuse buccale par les aliments, sur son corps par le contact de l'air ou de la main, déterminent des réactions motrices automatiques qui ont leur siège, comme nous l'avons vu, dans la moelle, et les expériences précédentes, dont leur auteur ne semble pas du reste avoir nettement saisi toutes les conséquences, montrent d'une façon bien nette l'indépendance complète qui existe entre les phénomènes inconscients ayant leur siège dans la moelle épinière et les phénomènes conscients et volontaires placés sous la dépendance du

cerveau.

Les résultats produits par l'ablation de la substance grise du cerveau démontrent que c'est dans cette région que les impressions reçues par les organes des sens se transforment en idées ; ce sont ces idées qui, conservées plus ou moins longtemps par les cellules (phénomène nommé mémoire) fournissent à l'animal les matériaux de son jugement et de ses déterminations volontaires. De cette région partent également les excitations nécessaires pour la production des mouvements volontaires.

Les cellules de la couche corticale du cerveau ayant pour fonction de percevoir les sensations et de les transformer en idées,' on comprend que les altérations pathologiques qui s'y manifestent aient pour conséquence forcée de jeter un trouble plus ou moins profond dans l'ordre des idées et dans les divers phénomènes intellectuels. C'est ce qui s'observe en effet dans la folie, les méningites,, la paralysie générale, etc.

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Qimnil après jixoii' oiileve la couche supcilicielle du cerveau <m continue à dctiuiic mclhodiquenienl les diverses parties de cet organe, on observe les pliènoniènes suivants : Si la destruction se borne à la substance blanche, aucun eiïet ne vient s'ajmiter à ceux tielenninés par l'altération de la substance corticale. Si l'on enlève les couches optiques, la station et la j)rogression deviennent impossibles, mais les niendjrcs exécutent encore (\eri mouvements énergiques. Ces mouvements continuent si on ajoute à ces mutilations l'ablation du cervelet, mais aussitôt qu'on enlève la protubérance annulaire, ils s'arrêtent, bien que la circulation, la respiration, etc. puissent persister encore quelque temps, et l'anirual devenu complètement insensible ne réagit par aucun mouvement contre les irritations les plus douloureuses.

On peut, par l'éthérisation, produire sans mutilation une partie des phénomènes ([ue nous venons de décrire comme étant la conséquence de la destruction des diverses parties du cerveau. Dans la première période du sommeil anesthésique correspondant, suivant Longet, à la période d'éthérisation des lobes cérébraux et par suite de destruction temporaire de l'action des cellules corticales, l'animal s'éveille quand on le pince et réagit volontairement, par conséquent, contre les irritations extérieures. Dans la seconde période, dans laquelle, suivant le môme auteur, l'éthérisation aurait envahi la protubérance annulaire, l'animal est devenu absolument insensible ou du moins impuissant à réagir contre la douleur qu'il subit.

Fonctions des couches optiques. Nous avons vu que les couches optiques paraissent être un centre où vont aboutir toutes les fibres nerveuses venues de la moelle épinière et d"où partent des fibres qui irradient vers les cellules de la matière grise qui enveloppe le cerveau. Les premières lui apportent les impressions que recueillent les organes des sens sur tous les points du corps; par les secondes, ces impressions sont conduites dans les cellules cérébrales, qui les élaborent et les transforment en idées et en réactions excito-motrices. Peut-être pourrait-on comparer' es cellules des couches optiques aux cellules postérieures de la

moelle, qui reçoivent, comme nous le savons, les impressions sensitives, et les cellules de la substance grise de la couche corticale du cerveau aux cellules antérieures de la moelle, qui transforment les impressions en excitations motrices. Mais tandis que dans la moelle les excitations motrices sont inconscientes et suivent fatalement l'arrivée de la sensation, dans le cerveau, l'impression reçue n'est pas forcément suivie d'une réaction motrice ; elle est d'abord perçue, puis comparée h d'autres emmagasinées par la mémoire, et alors seulement la détermination motrice volontaire intervient. Je crois que des phénomènes analogues doivent se passer dans la moelle, c'est-à-dire qu'elle est douée de la mémoire des impressions antérieures et de la faculté de comparer ces impressions aux nouvelles. Tout acte difficilement exécuté d'abord et qui exige une longue éducation, comme la marche, par exemple, devient à la lin automatique; mais cette réception et l'analyse des impressions par les cellules de la moelle sont tout à fait inconscientes.

Rôle des fibres commissurantes, des pédoncules, des tubercules quadrijumeaux, de la protubérance, etc. Nous ne savons que fort peu de chose des rôles de ces diverses parties et nous nous bornerons par suite à résumer brièvement les fonctions qu'on leur suppose.

Les fibres commissurantes qui relient entre elles les cellules de la couche corticale de chaque hémisphère cérébral fusionnent sans doute en une impression unique les impressions reçues par les deux côtés du corps. Ce sont probablement les agents de l'unité d'action des deux hémisphères cérébraux.

Les pédoncules cérébraux et cérébelleux doivent probablement jouer un rôle en rapport avec la manifestation des mouvements, car leur altération a pour résultat des troubles plus ou moins profonds dans la locomotion.

Si on lèse un pédoncule cérébelleux inférieur, le corps fléchit du côté lésé. Si la lésion porte sur un pédoncule moyen, l'animal roule sur lui-même autour de l'axe longitudinal du corps.

La lésion d'un seul pédoncule cérébral a pour résultat la produc-

l'Kol'KIKTÉs KT F(JX(TI()\S DU SVSTKMK XKKVKUX. 78f

tion de .nouveinents rirculairv.s ou de nmui^^c ,lu coté opposé i, la losion.

Les tubercules <imul ri jumeaux ont un n)le ,|ui semble en rapport avec la v.s.on. Quan.l on les enlève, elle disparaît, lis sont, pour Longet, des centres de rellexion de reiïet centripète ih> nerfs optiques sur les nerfs moteurs qui président a la contraction de 1 iris. Aussi leur ablation a-t-elle pour résultat la paralysie de cette ni<Mn!.i-ane. En l'absence dQ>, hémisphères cérébraux, ils sont encore des loyers de perception pour les sensations visuelles, mais do perceplion incomplète, car il manque l'élaboration intellectuelle de la sensation.

La protubérance annulaire semble avoir un n^le assez complexe. Lorsque à l'ablation des lobes cérébraux on ajoute celle de la protubérance, les mouvements qui continuaient à se faire régulièremont cessent de se produire. Suivant l'auteur que nous venons de eiter et dont l'oj)inion est du reste partagée par Vulpian, «la production du principe excitateur des mouvements de locomotion est plus spécialement sous la dépendance immédiate de la protubérance, comme la production du principe excitateur des mouvements de conservation et ceux de la rosjjiration en particulier est sous la dépendance immédiate du bulbe rachidien. Relativement à la sensibilité, la protubérance est un centre de perceptivité qui, suivant les cas, agit seul ou avec le concours des lobes cérébraux. »

Fonctions du cervelet. INous ne sommes pas beaucoup plus avances dans l'étude des fonctions du cervelet que dans celle des diverses parties du cerveau et nous en sommes encore réduits à des hypothèses basées sur l'expérience, mais dont l'interprétation peut donner lieu à des explications très-difierentes.

Pour Flourens, cet organe est le siège exclusif du principe qui commande les mouvements de la locomotion. L'ablation de ses premières couches a en effet pour conséquence une démarche chancelante et désordonnée, analogue à celle de l'ivresse, et quelquefois des mouvements de recul. Son ablation totale rend toute position fixe impossible. Placé sur le dos, l'animal est complètement incapable de se relever, malgré les efforts qu'il fait pour y arriver.

Si on le pince, il se débat à la même place sans pouvoir se soustraire par la fuite à la douleur. Il a conservé la faculté de sentir, celle de se mouvoir et de vouloir, mais il a perdu celle de faire obéir les muscles à sa volonté.

Pour Luys, le cervelet serait un appareil générateur d'influx nerveux qu'il déverse incessamment vers les régions motrices de l'axe spinal. Les mouvements de la locomotion après sa lésion ne deviendraient mal équilibrés que par suite de l'inégale distribution de l'innervation cérébelleuse dans chaque moitié du corps. Le cervelet ne serait donc pas, comme le dit Flourens, un appareil coordinateur des mouvements volontaires; cette incoordination que détermine son altération ne serait qu'un phénomène secondaire consécutif à une répartition inégale de son activité.

Gall faisait du cervelet le siège de l'instinct de la reproduction, ce qui ne l'empêcherait pas, du reste, de posséder toutes les fonctions que nous venons de lui décrire.

Quant aux parties de l'encéphale dont nous n'indiquons pas les usages, comme la glande pinéale, par exemple, nous avons pensé que, ne possédant absolument aucune expérience ou observation qui puisse nous donner la moindre idée de leur fonction, il était inutile de les mentionner. Les hypothèses conduisent souvent à la vérité lorsqu'elles peuvent être soumises au contrôle de l'expérience, mais quand par leur nature même elles échappent à toute vérification possible, leur inutilité est absolue.

Rapports existant entre le volume et la forme du cerveau et l'intelligence. Nous avons vu, par ce qui pjécède, que les mutilations des cellules de la substance grise du cerveau ont pour conséquence l'anéantissement des phénomènes intellectuels, et nous en avons conclu que ces phénomènes sont placés sous leur dépendance. On sait depuis longtemps, du reste, que la mémoire, l'intelligence et les diverses facultés intellectuelles s'affaiblissent avec les lésions de la substance grise cérébrale et qu'il suffit de gêner l'arrivée du sang au cerveau- en comprimant les carotides pour déterminer un état de torpeur qui ne cesse qu'avec la compression elle-même. On sait aussi que le développement de l'intel-

PROrRIETES ET FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX. 791

ligence suil pas ii pas cluv. ICnraiil le (l(.'\elui)pcMiienl du cerveau. L'expérience et l'observalioii piouvoiU donc de la manière la plus évidente (jue l'cncépliak' lient sous son entière dépendance les pli('noniènes inlellectuels.

L'anatoniie enseigne que chez les divers animaux le degré de rinlelligence est lié non-seulement au volume relatif du cerveau, comme nous l'avons vu dans le précédent chapitre, mais surtout à sa forme, et que plus la surface de substance grise est étendue, c'est-à-dire plus les cellules cérébrales sont nombreuses, plus l'intelligence est elle-même considérable. Chez les animaux supérieurs, comme l'homme et les espèces voisines, la substance grise forme un nombre considérable de replis — précédemment décrits sous le nom de circonvolutions — dont le rôle est d'augmenter sa surface. Ces replis sont plus nombreux chez l'homme que chez les animaux placés au-dessous de lui. A mesure qu'on descend dans l'échelle des êtres, les circonvolutions diminuent et bientôt s'effacent, et en même temps le cervelet et la moelle épinière présentent un volume de plus en plus considérable relativement à celui du cerveau. Enfin, chez les animaux inférieurs, le cerveau disparait et est représenté par une série de ganglions.

L'anatomie pathologique vient corroborer ces preuves diverses de l'influence de la forme du cerveau sur le degré de l'intelligence. Chez les idiots, les lobes cérébraux sont plus ou moins atrophiés et les circonvolutions cérébrales beaucoup moins nombreuses que chez l'homme à l'état normal. Chez les individus présentant des troubles intellectuels profonds, comme dans la paralysie générale progressive notamment, la couche corticale du cerveau est plus ou moins altérée. Sans doute, il existe quelques cas où, malgré des affections diverses ayant plus ou moins altéré tout un lobe du cerveau, les phénomènes intellectuels ont persisté avec leur intégrité apparente, mais ces faits sont relativement fort rares en présence de ceux dans lesquels des altérations des lobes cérébraux ont coïncidé avec des troubles intellectuels et peuvent s'expliquer en admettant que la lésion cérébrale, s'étant produite lentement, l'hémisphère sain s'est graduellement habitué à suppléer rhémisi)hère atrophié; toutefois, il est évident que, obligé de déployer une somme d'activité plus

CERVEAU ET SYSTÈME NERVEUX DANS LES PRINCIPALES CLASSES DU RÈGNE ANIMAL.

Fig. 2S4. Cerveau humain. — A) Hémisphères cérébraux. — D, B) Cervelet recouvert par les hémisphères. — C) Moelle épinière.

Fig. 285. Cerveau d'un chat. — A, Aj Hémisphères. — B) Cervelet. — C) Moelle épinière. — 0,0) Lobes olfactifs.

Fig. 28C. Cerveau d'un reptile. — A, A) Cerveau. — B) Cervelet. — C) Moelle épinière. — D) Lobe optique.

— 0; 0) Lobes olfactifs.

Fig, 287. Cerveau dun poisson. — A) Cerveau. — B) Cervelet. — C) Moelle épinière. — N, >') Nerfs optiques.

— 0, 0) Lobes olfactifs.

Fig. 288. Système nerveux des crustacés. — A) Anneau œsophagien. — Bj Ganglions. — C, C) Cordons interganglionnaires.

Fig. 289. Système nerveux des arachnides. — A) Centralisation des ganglions. — B) Ganglion splanchnique. — C) Cordons interganglionnaires.

Fig. 290. Système nerveux des artinilés. — A, B, D) Ganglions. — C, C) Cordons réunissant les ganglion,'.

Fig. 291. Système nerveux d^s rayonnes. — B, B) Ganglions. — C) Cordons nerveux réunissant les ganglions.

— D) Filets nerveux partant des ganglions.

Fig. 292. Système nerveux des mollusques. — A) Ganglion œsophagien. — B) Ganglion central. — C) Filets nerveux.

im;<)I'i;ih TKs i:t fonctions du SYSTKMK NKRVEUX. 70;:

Fig. 281.

Cerveau fnnnain.

Fig. 285. Fig. ^86.

Cerveau d'un Carnivore (Chat). Cerveau d'un Repaie-

Fig. 287.

Cerveau des Poissons.

Fig. 289.

Système nerveux des

Arachnides.

Fig. 288.

Fig, 290.

Système nerveux des Crustacés. Système nerveux des Animaux articulés.

Fig. 201. —Système nerveux des Rayonnes. Fig. 292. —Système nerveux des Mollusques.

»rande pour produire le même résultat que les deux hémisphères réunis, il doit forcément se fatiguer plus promptement, et c'est ce qu'en effet l'observation démontre.

A mesure qu'on s'élève des animaux à l'homme et des races humaines inférieures aux races supérieures, la partie antérieure du cerveau s'accroît constamment et s'avance sur la face, ce qui rend le front de moins en moins fuyant. Il a semblé naturel d'en conclure que le développement de l'intelligence est lié au développement de la partie antérieure du cerveau, tandis que les instincts sont sous la dépendance de sa partie postérieure.

Le fait de la coïncidence du développement de la partie antérieure du cerveau et de l'intelligence se constate non-seulement en

Fig. 293. Crâne d'Européen.*

Fis;. 294. Crâne d'un Malais.

comparant les crânes de races différentes, comme par exemple ceux d'un blanc et d'un nègre, mais encore en comparant des individus qui, étant de même race, sont de catégorie sociale différente. Les mesures comparatives nombreuses prises récemment à Pans, par M. le professeur Broca, sur des têtes de savants et des têtes d'individus illettrés (infirmiers ou manouvriers), ont montré que le crâne des premiers était toujours plus volumineux que celui des seconds et que l'excès de volume était exclusivement dii au déve-

* I) Frontal. — 2) Occipital. — 3) Pariétal. — 4, j) Temporal. — 6) Sphénoïde. - 8) Malaire. — 9) Os du nez. — 10) Maxillaire inférieur.

7) Maxillaire supérieur.

l'Rol'UlETES ET FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX. 795

loppement de la réi^Mou troulalc. Lv saviuil aiilliroi)oloi;i.stc croit même pouvoir conclure de ses observalions multij)liées que le cerveau se développe d'une ta(;on sensible par réducalion.

On mesure rapideinenl, mais d'une façon seulement approximative, le dcveloj)pLMncnt de la partie antérieure du cei'veau, en recherchant quel est l'ani^le que font entre elles deux lii^nes allant l'une de la lace antéi'ieure des incisives supérieures à la partie moyenne du iront, l'autre du bord alvéolaire des mêmes incisives au conduit auditif interne. Camper a donné à cet angle le nom d\ui(jle facial. Chez les races européennes, il est en moyenne de 80 degrés, chez les mongols de 75, chez les nègres de 70. Les anciens, qui avaient fort bien observé les rapports qui existent entre la forme de la tête et la puissance de l'intelligence, donnaient à la tète de leurs divinités et de leurs grands hommes un angle facial atteignant et quelquefois même dépassant 90 degrés.

L'angle facial ne donne que des indications insuffisantes sur la forme du crâne et par suite du cerveau. Il laisse de côté ses parois postérieures et latérales et ne nous dit rien, par conséquent, de différences de forme qui, au simple aspect, sont cependant profondes. Ces différences sont assez manifestes pour que les anthropologistes modernes aient divisé les races, suivant la forme de leur cerveau ou, ce qui revient au même, de leur crâne, en catégories complètement séparées. C'est ainsi qu'ils distinguent les races en dutichjcéplmles (de âohy.oç allongé et xecpalr] tête) et brachycépliales (de ^çuxiç court ei TiecpaXi] tête). Les premières sont celles dont le crâne, vu par sa face supérieure, ressemble à un ovale allongé, la plus grande longueur l'emportant toujours d'un quart environ sur sa plus grande largeur. Les secondes sont celles dont la tête a la forme d'un ovale aplati en arrière; sa plus grande longueur ne dépasse pas la plus grande largeur de plus d'un huitième. Par sa face supérieure, un crâne ainsi constitué ressemble à un carré à coins arrondis. Chacune de ces divisions a été subdivisée elle-même en orthognates (de oo^oç; droit et yva'd-oç mesure), c'est-à-dire dont le rebord alvéolaire des mâchoires est droit ou très-peu oblique, comme les races circassiennes; et en prognates (noo en avant et yva'Q-oq mesure), dont les mâchoires proéminent en avant, comme

celles des nègres de l'Afrique. Aux dolichocéphales orthognates appartiennent les Suédois, les Français, les Allemands du Sud ; aux dolichocéphales prognates les Chinois, les Japonais, les Esquimaux; parmi les brachycéphales orthognates on peut citer les Slaves, les Russes, les Hongrois, les Turcs, les Allemands du Nord, les Persans, les Mexicains ; parmi les brachicéphales prognates, les Tartares, les Mongols, les Malais, les Incas.

C'est surtout par la forme de leur tête et de leur face que se distinguent toutes ces races diverses. Il suffit de comparer leurs crânes et leurs physionomies (voyez fig. 295 et suiv.) pour comprendre combien, à ce point de vue, elles diffèrent entre elles. Ces simples différences de forme ont pour résultat que certaines races, dont le crùne est fait d'une façon déterminée, sont absolument impuissantes à saisir des idées que d'autres comprennent sans effort. Jamais un crâne organisé comme celui de la fig.' 29/i n'atteindra le degré de civilisation auquel peut s'élever celui représenté fig. 293. C'est avec une entière raison, je crois, qu'on a pu dire qu'il y avait inliniment plus de distance entre les hommes instruits de nos grandes capitales de l'Europe et certaines tribus de l'Australie qu'entre ces mêmes tribus et les grands singes les plus voisins de l'homme.

La forme du cerveau ayant une influence si parfaitement évidente sur le développement de l'intelligence, et le crâne se moulant assez exactement sur le cerveau, on comprend qu'on ait été conduit à rechercher si à certaines formes des diverses parties du crâne ne correspondraient pas des facultés déterminées.

C'est sur cette supposition qu'est basé le système imaginé par Gall et connu sous le nom de phrénologie. Mais au lieu de se borner a rechercher quelques faits généraux et de les vérifier par de nombreuses observations, ce célèbre anatomiste crut pouvoir assigner aux plus petites parties du cerveau une fonction déterminée dont le développement serait en rapport avec le plus ou moins de saillie de cette partie. N'ayant guère que des observations insuffisantes pour guide, sa théorie ne put résister aux critiques dont elle fut l'objet , et aujourd'hui elle est tombée dans un oubli complet.

l'KUPRIÉTÉS ET FONCTION tt DU «ÏSTÈME NERVEUX. 797

.î'^'lT^

Fig. 295. — Tile de Grec ancien (Apollon du Belvédère)

Fig. 296.— Têle de Chef Indien

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Fig. 298. — Tite de Japonais.

l'ROPRIETKS KT FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX. l'J'J

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Fig. 2!)9. — TUle de yègre africain.

Fig. 300. — liie de Patarjon.

bOO PHYSIOLOGIE HUMAINE.

La Phrénologie au point de vue scientifique. — Dans l'ëtat actuel de la science, nous ne possédons aucune iiveuvc qu'une seule des localisations tente'es par Gall soit exacte. Cependant, on doit reconnaître qu'on rencontre des individus doue's de plusieurs des qualite's ou des défauts qu'indique la forme de leur tête étudiée d'après la phrénologie, de même qu'on rencontre des sujets dont le caractère est bien en rapport avec les traits de leur visage étudiés d'après les règles posées par les physionomistes. Mais, de ce que la saillie de la partie antérieure du fi'ont se rencontre, je suppose, chez les individus doués de sagacité comparative, on ne serait pas plus fondé, je crois, à dire que la portion correspondante du cerveau est le siège d'une faculté dite de sagacité comparative, qu'on ne pourrait, dans le cas où on reconnaîtrait que les individus qui ont le nez très-aquilin ont réellement le caractère impérieux, admettre qu'il y a dans la saillie du nez un organe spécial produisant cette disposition spéciale du caractère. Le front saillant et la sagacité comparative, de même que le nez aquilin et le caractère impérieux, sont les extrémités d'une chaîne dont nous ne connaissons nullement les anneaux intermédiaires.

La connaissance des aptitudes individuelles et du caractère basée sur l'étude de la conformation cxtérieui-e des individus est une science aussi difficile qu'utile, et do^t les lois sont encore, malgré quelques tentatives ingénieuses, pour la plupart inconnues. Il est cependant certain que l'usage habituel de certains muscles correspondant Ji ces expressions diverses que nous avons décrites en étudiant le mécanisme de la physionomie, finit par donner à la face un aspect individuel qui fournit à l'observateur des indications souvent fort nettes sur le caractère des personnes avec lesquelles il est eu rapport. Si, à ces indications, on joint l'étude de la forme du crâne, celle de l'éducation, du milieu, etc., les résultats auxquels on peut arriver sont souvent très-précis. J'ai fait sur ce point un certain nombre d'observations que je me réserve de publier quelque jour. Mais je ferai remarquer, dès à présent, qu'il faut être doué d'un esprit assez pénétrant pour utiliser de pareilles indications. En constatant chez un sujet l'existence ou l'absence d'une seule aptitude déterminée, on apprend peu de chose et on est exposé à commettre des erreurs profondes. Les diverses facultés s'influent réciproquement et leur résultat est une résultante unique, que ne pourrait souvent faire prévoir le développement d'une seule. Deviner cette résultante, bien qu'on en connaisse les éléments, est souvent aussi difficile que de dire, en voyant à côté l'une de l'autre et en proportion inégale des couleurs sur une palette, quelle sera exactement la teinte qui résultera de leur mélange. Il est évident, pour ne citer qu'un exemple entre mille et des plus faciles, qu'un individu doué de mémoire, d'imagination et des plus heureuses facultés, mais manquant de persévérance ou de jugement, pourra beaucoup moins réussir dans la vie qu'un individu bien moins doué sous les premiers rapports, mais suffisamment doté sous les derniers. Le tempérament, l'éducation, le milieu, etc. sont des éléments importants qui viennent encore compliquer la question.

Si on néglige l'étude de ces éléments, on ne voit qu'un des côtés du problème, et quand bien même toutes les localisations de Gall seraient exactes, leur application faite en négligeant les facteurs que nous venons de mentionner, pourrait conduire aux plus grossières en-eurs. C'est ainsi, par exemple, qu'en examinant la tête du célèbre assassin de profession Dumollard, exécuté il y a quelques années, un savant médecin, ])arfaitement compétent en phrénologie, puisqu'il avait été préparateur du cours de phrénologie professé par Broussais, a été obligé de reconnaître que ce vulgaire assassin possédait très-développés les organes de la vénération, de la bienveillance et de l'ordre^ tandis que le développement de l'instinct de la destruction n'avait rien d'anormal. Il était cependant facile, sans avoir recours à aucune localisation phrénologique, de

rUOPUlÉTKS ET FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX. 801

cumniciidre, an siiii[)li' aspect tie la tête de cet iiuliviilu et étant connues l'etlncatiuii qu'il avait rc(;uc et la position sociale qu'il occn])ait, comment il avait pu devenir un criminel de la pire espèce. La partie antérieure du cnlne, dont le développement, ainsi que nous l'avons snllisamment démontre plus haut, est proportionnel ii l'intelligence, dtait très-deprimee, tandis que la partie postérieure, dont les dinKsnsions sont en rapport avec l'énergie des instincts, était très-développe'o. Avec des instincts violents et pas assez d'intelligence pour lui faire comprendre la nécessité de les réfréner ou lui donner les moyens de gagner par son travail de quoi les satisfaire , on s'explique facilement que le possesseur d'une tête semblable n'ait pas reculé devant le vol et l'assassinat.

Gall et Spurzheim étaient, comme le célèbre Lavater, doués d'une sagacité remarquable qui leur évitait les eiTeurs nombreuses dans lesquelles, en se fiant aux simples indications de la phrénologie, ils fussent nécessaii'cment tombés à l'égard des facultés qu'ils supposaient aux individus soumis îi leur examen. Outre sa pénétration extrême, Gall possédait une instruction scientifique fort rare ii son époque, et les eiTCurs de ce grand homme ne doivent pas faire oublier les services importants qu'il a rendus à la science. Nous devons à cet éminent anatomiste une description du cerveau qui laisse loin derrière elle celles de ses prédécesseurs. Le premier, il a recherché les relations des diverses parties de cet organe entre elles; il a très-bien vu comment les fibies qui le composent vont des couches optiques à la couche corticale, comment des fibres parties des circonvolutions gagnent celles du côté opposé en formant sur la ligne médiane le corps calleux. Au lieu de procéder à l'étude du cerveau par tranches, comme on l'avait fait jusqu'à lui, il essaya d'en suivre les fibres en les raclant. « Je n'oublierai jamais, dit M. Flourens dans un livre uniquement consacré à com- « batti'c la phrénologie, l'impression que j'éprouvai la première fois que je vis Gall « disséquer un cei'vcau. Il me semblait que je n'avais pas encore vu cet organe. »

Ce fut également Gall qui le premier mit bien en évidence ce fait, qui nous semble aujourd'hui avoir dû être toujours connu, que le cerveau est le siège exclusif des facultés intellectuelles. Mais, h son époque, rien n'était moins démontré. Pour Pinel, la folie avait son siège dans l'estomac, et les physiologistes les plus célèbres de ce temps plaçaient fort loin du cerveau des fonctions essentiellement placées sous sa dépendance.

Les médecins étant souvent questionnés sur ce qui concerne la phrénologie, nous pensons qu'il ne sera pas sans intérêt pour eux d'indiquer ici les localisations les plus admises aujourd'hui par les adeptes de cette théorie.

Nous empruntons notre figure et le tableau qui l'accompagne à un auteur, M. Haremberg, qui s'occupe depuis 30 ans de phrénologie. Nous choisissons sa classification entre plusieurs — car les phrénologistcs sont loin de s'accorder entre eux — non parce qu'elle nous semble meilleure que celles qu'elle a pour but de remplacer, mais parce qu'elle est moins compliquée. L'auteur croit devoir réduire à 14 les localisations que des disciples de Gall avaient portées jusqu'à 47. Evidemment il aurait pu aller plus loin encore dans cette réduction, car il est facile de voir que Y aliment ivité et la défeiisivité, par exemple, qu'il place à côté l'une de l'autre, ne sont que des formes diverses de l'instinct de la conservation, que la sympathie et Vamour, dont il fait deux instincts, sont des formes diverses du même instinct. Il semble avoir compris, du reste, que beaucoup de qualités, de défauts ou d'instincts, auxquels il ne reconnaît pas de siège particulier, sont, comme je le disais plus haut, de simples résultantes. C'est ainsi qu'il compose, par exemple, la discrétion avec la circonspection et la fermeté, la fidélité avec la sympathie et la persévérance, l'ironie avec un mélange de beaucoup d'esprit de comparaison et de peu de

sympathie et de respect, la peur avec une forte dose de circonspection et d'imagination, la perspicacité avec l'imagination et la pénétration, etc.

Voici maintenant le tableau des facultés primitives admises par l'auteur que nous venons de citer et dont nous avons eu soin, du reste, de rapprocher les divisions les plus importantes données par Gall. Les lettres qui précèdent chaque faculté indiquent la place qui leur est assignée sur la tête que nous reproduisons. Leurs limites sont la plupart indiquées par les sutures du crâne.

A) Allmentivité. — Instinct de se nourrir. Peut devenir, suivant son développement, tempérance ou gourmandise. Peut devenir aussi instinct de la destruction et du meurtre.

B) Défensivité. — Instinct de se défendre et d'attaquer. Peut devenir susceptibilité, bnitalité, cruauté.

C) Amour. — Instinct de la reproduction. Son plus ou moins de développement peut produire la chasteté ou la lubricité.

D) Sympathie. — Attachement aux personnes et aux choses. Peut devenir sentimentalité, disposition à contracter des manies, des habitudes.

E) Circoiispection. — Instinct qui pousse à fuir et se cacher. Produit la prudence, la sagesse, la timidité. Peut devenir mensonge, doute, irrésolution, hypocrisie, poltronnerie. Mais on ne s'explique pas du tout, comme le veut l'auteur de cette classification, que la circonspection puisse conduire au vol. Gall avait créé une faculté spéciale, nommée plus tard acquisivité, de laquelle il faisait dépendre la convoitise, l'amour de la propriété, le penchant au vol. Il la plaçait sous la circonspection, au niveau de la portion inférieure du pariétal la plus rapprochée du frontal.

F) Fierté. — Emulation, ambition, respect humain, amour-propre. Peut devenir vanité, ostentation, orgueil, fatuité, jalousie, etc.

G) Persévérance. — Force de caractère, fermeté, constance. Peut devenir entêtement, opiniâtreté, obstination.

H) Configuration. — Mémoire des formes, des lieux, des peisonnes, des couleurs, de l'étendue.

I) Mémoire des sons ou mémoire des mots. Rend apte à l'érudition, permet d'aj)prendre des langues.

J) Harmonie. — Faculté d'associer les idées, les formes, les sons, etc. Rend apte aux arts, à la mécanique, aux beaux-arts, quand en même temps la configuration est développée. L'harmonie dans les sons fait le musicien. Avec la comparaison et la configuration, elle fait le mathématicien. Le génie du bien ou du mal serait dû à la faculté d'assembler, d'harmoniser toutes les idées et toutes les facultés. Les vrais savants, les grands philosophes, les ci-iminels célèbres devraient à la puissance de l'organe de l'harmonie les uns leurs découvertes, les autres leurs machinations.

K) Pénétration ou comparaison. — Faculté de comparer et de saisir les rapports entre la cause et l'eff^et. Gall la nommait sagacité comjjurative. Entre cette faculté et l'imagination, il plaçait la causalité ou esprit d'induction, mais elle peut être considérée comme le résultat de l'action simultanée de la comparaison et de l'imagination. Entre la comparaison et l'équité, il plaçait encore le sentiment de l'imitation.

L) Imagination. — Faculté de créer des suppositions, des fictions. Rend apte à l'espérance, peut devenir enthousiasme, instinct du merveilleux, superstition, etc.

M) Equité. — Faculté de discerner le juste de l'injuste ; on lui doit la conscience, la bienveillance, la sensibilité, la bonté.

N) Bespect. — Haremberg définit ce sentiment : « Amour du juste, du beau, du vrai », Gall le nommait théosophie ou instinct religieux, Spurzheim vénération , Cubi infériorivité ou désir de rendre hommage, de s'eff"acer. Cette dernière définition serait évidemment la meilleure et la première la plus mauvaise s'il fallait choisir

l'IlOPRIETES ET FONCTIONS DU SYSTEME NERVEUX. 80i{

entre elles, mais cela est inutile, car il est bien évident rjiie le respect n'est en aucune façon ce qu'au point de vue plire'nologiriuc on pourrait nommer une l'acuité liriniitive, nuiis bien \u\ 8cntin)cnt très-complexe et jjouvant être jjroduit par des causes fort dill'érintes : la crainte de l'individu respecté ou le désir de lui plaire l'aveu tacite d'une supériorité apparente ou réelle, etc. Souvent il n'est qu'une des formes de la pitié et la conséquence de la terreur secrète que nous inspire une situation dans laquelle nous pouvons tomber un jour; tel est le sentiment de respect qu'on a pour les vieillards et les infirmes. Trop développé, l'organe de la vénération produirait lu foi aveugle et la superstition.

Fig. 301. — Localisation des facultés d'apriis les phrénologistes.

Comme application des indications précédentes qui, nous le répétons encore, manquent absolumert de base scientifique, et que nous ne reproduisons qu'au point de vue de l'intérêt historique , nous avons fait représenter sur la fig. 301 le profil de diverses têtes auxquelles, d'après les indications précédentes, les phrénologistes supposent des facultés, des qualités ou des défauts divers.

Tète 1, 2, 3, 4. l^acultés toutes hien développées. — Esprit séi'ieux, élevé, solidement basé sur l'observation personnelle et doué d'un jugement sîir, si l'harmonie et la circonspection, dont le développement ne peut être représenté sur la figure, sont l)lus larges que l'imagination. Le sujet ainsi constitué sera en outre persévérant dans ses projets, ami sûr et constant.

Tête 1' 2 3' 4'. On voit, d'après les lignes, que la conjiffuration est ordinaire, \a,péné- Iration, Y équité et le respect très-gi-ands, la persévérance Gt\a fierté ïa.\h\cs,\3i sympatlde trop grande. Le possesseur de cette tête sera pour les phrénologistes un esprit prompt, bienveillant, sans ambition, aimant sans constance, ayant un caractère trèsriexible et en même temps rêveur et superstitieux si l'imagination est développée.

Tête 1" 2' 3 4'. — Fénétration, équité et respect très-faibles , fierté et sympathie trop fortes; tête aj^ant appartenu à une courtisane vulgaire.

Eli leriiiinant ce qui concerne les rapports du cerveau avec l'intelligence, nous ferons remarquer que ce n'est pas, sans doute, uniquement du développement de la surface de la substance

grise du cerveau que dépend l'état de l'intelligence, et qu'il est évident que l'épaisseur de cette couche, les rapports des cellules qui la composent, leur qualité, si on peut s'exprimer ainsi, doivent avoir aussi une influence considérable; mais comme nous ne possédons absolument aucun moyen d'apprécier la plupart de ces différences de structure, leur action nous échappe forcément et nous avons été obligé d'en négliger l'étude pour ne nous occuper que des parties accessibles à notre examen.

Il résulte de tout ce qui précède, non-seulement que le cerveau, et uniquement sans doute les cellules de sa substance corticale, est le siège des phénomènes intellectuels, mais encore que le degré de l'intelligence, c'est-à-dire la place plus ou moins haute qu'occupent dans l'échelle des êtres les diverses races et les individus qui les composent, est proportionnel à l'étendue de la surface cérébrale et surtout au développement qu'elle acquiert dans les parties antérieures, développement sur lequel l'éducation possède une influence considérable.

Ces résultats sont sans doute bien incomplets encore. On peut les comparer à des sentiers à peine tracés dans une forêt profonde; mais tout incomplets qu'ils sont, les conséquences qu'on peut déjà en tirer ont une importance extrême. Corroborant les lois de l'histoire, ils nous montrent que ce n'est pas, comme le font croire aux foules des rhéteurs ignorants de la nature humaine, avec de brusques révolutions dans les institutions et les lois, mais seulement par les lents et sûrs effets de l'éducation, qu'on peut réussir à diminuer les différences profondes, conséquence fatale de l'organisation même, qu existent entre les hommes.

CIIAIMTUH VII.

ACTIVITÉ INTELLECTUELLE ET REPOS DU SYSTÈME NERVEUX. (PHÉNOMÈNES INTELLECTUELS ET SOMMEILJ

§ !«"■. Eléments de VactlfUé Intellectuelle- du système nerveux. — Impressions l'um-iiies par les sens. — Formation «les idées. — Les impressions fournies p.ir les sens sont des signes dont l'expérience apprend la vîilcui". — Conservation des sensations transformées en idées. — Mémoire. — Evocation des idées sous l'iiitliience de l'attention. — En quoi l'idée ressemble h la sensation et en dilTcre. — Théorie des hallucinations. — Formes diverses de la mémoire. — Sans elle l'individu ne pourrait acquérir aucune connaissance. — jj 2. Elaboration des matériaux fournis par les sens et conservés par la mémoire. — Les sensations et les idées qui en dérivent sont des matériaux diversement utilisés suivant les aptitudes de lanimal. — Ce qu'il faut entendre par faculté. — La plupart sont constituées par des associations d'idées. — Influence de l'attention sur les facultés. — Jugement, raison, volonté. — Le libre arbitre. — § 3. Activité inconsciente du système nerveux. — Actes inconscients placés sous la dépendance de la moelle épinière. — Perfection extrême des actes automatiques. — Si la moelle épinière a conscience des actes placés sous sa dépendance. — Actes inconscients placés sous la dépendance du système nerveux. — Fréquence et valeur des raisonnements inconscients. — § 4. Activité consciente du système nerveux. — Phénomènes dont le moi a conscience. — Ce qu'il faut entendre par le moi. — 11 est constitué par la connaissance d'une série de phénomènes complexes modifiés incessamment. — Sans les sensations la notion du moi serait impossible. — § 5. Activité du système nerveux chez les animaux autres que V homme. — Erreurs habituellement professées sur rintclligencc des animaux. — Leurs facultés sont les mêmes que celles de l'homme, mais moins jjarfaites. — Kaisonnement, conscience, jugement, etc. chez les animaux. — '§ 6. Durée des opérations intellectuelles. — Temps nécessaire pour combiner un raisonnement et prendre une décision. — Comment ce temps vai'ie suivant la taille de l'animal. — § 7. Influence de Vétat des organes sur les idées et des idées sur les oryanes. — Influence de la quantité et de la composition du sang sur l'activité des éléments nerveux. — Troubles consécutifs aux lésions des éléments nerveux. — Influence des idées sur les organes. — Rôle considérable de l'imagination dans la guérison des maladies. — § 8. Source de Vactivité du système nerveux. — Mise en activité des éléments des tissus sous l'influence de l'action du système nerveux. — Les éléments nerveux empruntent leur force à l'aliment. — Les phénomènes intellectuels considérés comme transformations de force. — Leur équivalent calorifique. — § 9. liepos des éléments nerveux. — Nécessité du sommeil. — Théorie des rêves. — Pourquoi le rêve est pris pour la réalité — Nos idées habituelles ne diff"èrent des rêves que parce que leur comparaison avec des sensations vraies nous empêche de les prendre pour des réalités. — Somnambulisme et hypnotisme. — Rôle joué par la suggestion dans le sommeil hypnotique et dans l'état de veille.

Pour tous les êtres vivants doués d'un système nerveux, l'activité de ce système se traduit en dernière analyse par la con-

naissance plus ou moins complète du monde extérieur et par la manifestation de certains actes destinés à adapter ces êtres au milieu où ils vivent, c'est-à-dire à assurer leur conservation.

L'action du système nerveux sur les divers organes ayant été étudiée précédemment, nous n'avons à nous occuper actuellement que de celte forme spéciale de l'activité nerveuse dont le résultat est la série d'actes complexes désignés sous le nom de phénomènes intellectuels. Pendant longtemps la métaphysique a disputé leur étude à la physiologie, mais à mesure que les sciences expérimentales progressent, la métaphysique voit son domaine graduellement décroître, et ils appartiennent à une école aujourd'hui tombée sans retour , ces philosophes qui croient pouvoir encore discuter sur 1 ame et l'intelligence sans une connaissance suffisamment approfondie de la physiologie/

Les phénomènes intellectuels étant trop étendus pour pouvoir être complètement décrits dans l'espace dont nous disposons, nous nous bornerons à les étudier dans leurs parties les plus essentielles, c'est-à-dire dans celles où l'observation peut réellement servir de guide. N'appartenant à aucune secte philosophique, nous avons pu toujours aborder l'étude de la réalité sans idées préconçues, cherchant uniquement à voir les faits et leurs conséquences tels qu'ils sont et non tels que nous aurions voulu qu'ils fussent. Guidé par ces principes, nous ne saurions nous inquiéter des différences qui séparent nos idées de celles ayant cours dans les livres classiques.

* C'est uniquement en se basant sur la physiologie et sur les sciences expérimentales que l'école anglaise a fait faire depuis trente ans plus de progrès à la psychologie que cette science n'en avait accompli depuis Aristote. Cette école, à la tête de laquelle se voient des savants comme Stuart Mill, Herbert Spencer, Bain etc. est encore peu connue en France, mais on pourra facilement se rendre compte de ses procédés en lisant le livre publié sur l'intelligence par un de ses disciples, M. Taine, qui a adopté exclusivement les méthodes des auteurs que nous venons de citer et leur a emprunté la plupart de ses raisonnements. Sur les deux volumes qui conaposent cet ouvrage important, un volume entier est consacré à l'étude des sensations, et, comme chez les auteurs dont M. Taine s'est inspiré, on n'y voit guère cités que des phj'siologistes ou des médecins et les observations médicales y remplacent ces vaines dissertations des philosophes classiques, «marmottant, comme le « dit G. Lewes, d'une façon pitoyable, sur le moi, l'œil interne, l'infini, le vrai, le beau, «le bien.»

ÉLÉMENTS DE LACTIWITÉ INTELLECTUELLE OU SYSTÈME NERVEUX. ~ IMPRESSIONS FOURNIES PAR LES SENS.

Impressions fournies par les sens. — Origine des idées. \x'> .soiilcs foiuiiiissimccs (jiie ikhis pui.^.sioiis avuir du ijjonde extérieur et de nous-mêmes ont pour éléments les impressions reçues par les sens. Transmises d'abord par les nerfs à la substance iîrise de la inoelle épinière oîi elles subissent une première élaboration, les impressions sont ensuite conduites au cerveau où elles sont perçues et transformées en idées. Conservées par la mémoire, ces idées deviennent les éléments de nos connaissances et de nos Jugements.

Dans un précédent chapitre nous avons fait voir que toutes nos sensations ne sont en dernière analyse que la perception des moditications que font subir à nos sens les agents extérieurs et que la nature réelle de ces agents nous est profondément inconnue. Nous y avons vu que les propriétés des corps sont toujours relatives , et que nous ne percevons que des rapports. Nous définissons un corps comme l'or, par exemple, en disant qu'il est lourd, jaune, a une saveur métallique etc., c'est-à-dire produit sur nos sens telle ou telle modification que nous nommons pesanteur, lumière, saveur etc.; mais il est évident que ce sont là des propriétés qui n'existent pas en elles-mêmes, et sont relatives au milieu où l'or se trouve et aux corps avec lesquels il est en contact. Quand je dis que l'or est pesant, j'exprime un fait qui n'a rien d'ab.solu et qui indique simplement comment ce métal se comporte à l'égard du milieu où il est. Placé à une distance de la terre suffisante pour le soustraire à l'attrcWtion , il ne serait pas entraîné vers le centre de cet astre et par suite ne pèserait plus rien. Transporté sur la planète Jupiter, le même morceau d'or y pèserait plus du double de ce qu'il pèse à la surface de notre globe. Sur la surface de la lune, il pèserait, au contraire, six fois moins. Ce que nous disons de la pesanteur peut se dire

aussi des autres propriétés des corps, qui sont également relatives. Solide à une température, l'or est gazeux à une autre; jaune quand on le regarde par réflexion, il est vert quand on le voit par transparence.

Toutes les propriétés des corps ne peuvent donc se définir que par l'indication de la manière dont ils se comportent relativement à d'autres corps , et la façon dont ils se comportent n'est appréciable pour nous que par la perception des impressions qu'ils produisent sur nos sens.

En se basant sur ce fait incontestable, que nous ne percevons en réalité que les modifications que les corps font subir aux organes des sens, l'évêque Berkeley en était arrivé, par un raisonnement célèbre, à nier complètement l'existence de la matière.*

Sans doute nous ne savons rien du monde tel qu'il est, et ce que nous en apercevons n'est qu'une apparence. Maison ne saurait nier que derrière cette apparence se trouve quelque chose. Nous sommes à l'égard de ce quelque chose comme serait un observateur étranger aux lois de l'optique en présence des apparitions fantastiques créées par un appareil de fantasmagorie. Sans doute il pourrait prouver facilement, par l'étude des images qu'il observerait, qu'elles ne sont que des apparences; mais bien qu'ignorant la cause qui les produit, il arriverait certainement cependant à conclure que derrière ces apparences existe une réalité , quoique cette réalité fût inconnue pour lui.

Au point de vue de nos connaissances, il importe peu que nous percevions la réalité même ou son apparence, car cette apparence est en rapport intime avec la réalité. L'expérience nous enseigne en effet que, dans des circonstances identiques, les mêmes

*«La matière peut être définie une possibilité' permanente de sensation, dit Stuart << Mill. Si l'on me demande si je crois à la matière, je demanderai si Ton accepte '< cette définition; si on l'accepte, je crois à la matière, et ainsi font tous les Ber- «keleycns. Dans tout autre sens, je n'y crois pas, et j'affirme avec confiance que « cette idée de la matière renferme toute la signification qu'on y rattache en géné- «ral, k part les théories philosophiques ou théologiques.» Des possibilités et des nécessités de sensations, répète après Stuart Mill M. Taine dans son livre De V Intelligence, à cela se réduisent les pouvoirs et partant les propriétés, partant la substance même des corps.

ACTIVITÉ ET REPOS DU SYSTEME NERVeUX, 809

(•()r[)S |)i<)(liiiseiU (U's cllcls st'iiildalilcs sur nos S(;ii.s. Nous pouvons donc, et cY'lail lii le iml de notie démonstration, considérer comme des éléments de connaissance suMisamment j^récis les matériaux dont nos sensations transformées en idées constituent la trame.

Les impressions et les idées qui en sont les images ne sont que des silènes dont rexpérience nous apprend la valeur et (jue nous contrôlons l'un par l'autre. Quand j'entends le son d'une cloche, l'expérience m'a appris que les vibrations plus ou moins nombreuses qui se produisent dans mon oreille correspondent au bruit d'une cloche, et au lieu de localiser ce bruit dans la membrane du tympan où il s'engendre réellement, je le reporte instinctivement a la cloche. L'image du monument que je crois voir devant moi est en réalité au fond de mon œil, et si elle était ailleurs, le monument serait invisible pour moi; mais l'expérience m'a fait voir qu'à une telle image correspond un objet d'une forme déterminée situé à une distance également déterminée , et cette image perçue par le cerveau me fait immédiatement connaître les dimensions du monument et la distance à laquelle il se trouve. L'aveugle de naissance auquel on vient de rendre la vue n'a pas une telle expérience ; aussi quand il voit un objet, fùt-il à plusieurs centaines de mètres, il croit que cet objet touche ses yeux, semblable à l'enfant qui , trop jeune encore pour avoir appris à connaître la valeur des signes fournis par les sens, veut saisir les objets dont l'image vient frapper sa rétine, étend les bras pour prendre les jouets hors de sa portée ou la lune dont il voit les blafards rayons briller sur son berceau.

Conservation des sensations transformées en idées. — Mémoire. La sensation apportée aux centres nerveux par les nerfs y produit une modification inconnue, mais qui possède ce caractère fondamental de pouvoir être conservée par eux et se reproduire dans des circonstances déterminées. La sensation perçue forme ce que l'on nomme une idée. Le phénomène en vertu duquel se produit sa conservation a été désigné sous le nom de mémoire.

Nous ignorons absolument la nature des changements que les impressions sensorielles peuvent faire éprouver aux cellules nerveuses, mais il faut sans aucun doute que ces modifications soient profondes, car la cellule arrivée au terme final de son existence les lègue à la cellule qui la remplace. La durée de la mémoire est évidemment beaucoup plus longue que la durée éphémère des éléments de nos organes.

Grâce à cette propriété des cellules nerveuses de conserver les impressions fournies par les sens et de les représenter à l'esprit sous l'influence de l'attention ou de tout autre excitant convenable, nous pouvons à volonté revoir par la pensée les événements passés, souvent aussi vivants que lorsqu'ils frappèrent nos sens pour la première fois.

Un peintre habile peut revoir assez fidèlement dans son esprit le modèle qu'il a vu une fois pour copier exactement ses traits sans autre guide que le souvenir. Mozart ayant entendu un jour le miserere de la chapelle Sixtine le nota de mémoire. Pour que cette opération fût possible, il fallait évidemment que sa mémoire lui répétât toutes les sensations innombrables produites par l'ensemble des notes compliquées qui composaient ce morceau.

Avec ce degré de mémoire, le souvenir de la sensation diffère si peu de la sensation elle-même qu'on arrive souvent à ne plus les distinguer et alors l'hallucination commence. C'est ce qui arriva dans l'exemple que nous avons cité de ce peintre qui revoyait à volonté, sur la chaise où il faisait poser ses modèles, les individus qu'il y avait vus une fois et qui finit à la longue par ne plus distinguer la réalité de l'apparence.

A l'état normal, nous distinguons l'idée de l'objet dont elle est l'image par sa comparaison avec des sensations vraies. Dans le rêve, alors que nos sens ne fonctionnent plus, cette comparaison est impossible, et nous acceptons comme des réalités les idées qui se présentent à nous et nous semblent aussi vivaces que des sensations vraies, parce que rien ne détourne notre attention de leur contemplation. Dans l'hypnotisme et le magnétisme, on arrive par certaines manœuvres à détourner tellement l'attention du

sujii ploiii;»' dans ccl diil. (\\i"\\ a('{'0[)tc coMinic le ivveur loutes les idées qui se pivscnlt'iit ;i lui ou (|u"(in lui su.i,'i?ère.*

L'expérience la plus vuli|;aire nous montre (pie les cellules des centres nerveux ne sont jias aptes chez tous les individus à retenir au même dei^ié les diverses idées produites par les sensations. Il y a des personnes qui ont la mémoire des formes et non celle des couleurs ou des sons; d'autres, celle des mots et non celle des faits. Ld premièie est commune chez les peintres et les sculpteurs; on la rencontre aussi chez les joueurs d'échecs qui conduisent plusieurs parties sans regarder le jeu et voient à chaque coup, comme dans un miroir intérieur, l'échiquier lui-même et l'ordonnancement de toutes ses parties. Il en est de même pour les calculateurs de mémoire, qui écrivent mentalement sur un tableau imaginaire la série d"oj)érations partielles exécutées par eux pour arriver au résultat définitif.

La mémoire sert à retenir non pas seulement les idées qui dérivent des sensations, mais encore les mots ou les signes qui par des artifices de langage sont destinés à remplacer les sensations.

Pour un musicien les mots do ré mi réveillent dans l'esprit des

*Noiis avons déjà mentionne ces faits dans notre chapitre des sensations. En raison de leur intérêt nous en indiquons de nouveau quelques-uns. «Un certain G. H. étant hypnotisé, on plaça devant lui un verre d'eau pure qu'on l'amena à prendre pour du brandy. Il le loua comme excellent. Cette eau avait ])icn pour lui le goût du brandy et il en demanda d'autre tout en buvant avec avidité. Dans un second cas, J. K. étant dans le même état anormal, fut invité à boire un peu d'eau fraîche, et tandis qu'il obéissait, l'opérateur eu but lui-même un peu qu'il cracha aussitôt en employant une expression de dégoût et d'horreur. Immédiatement cet acte suggéra fortement au sujet que cette eau était mauvaise ou même empoisonnée, si bien que dans cette persuasion il la rejeta aussi avec horreur. Même illusion quand l'image suggérée est celle d'une sensation de tact. C. D. étant hypnotisé fut amené à croire qu'il était couvert d'a])eillcs. Tout aussitôt il ajouta foi à cette suggestion et jigit exactement comme ferait une i)ersonnc piquée. Il donna tous les signes de la douleur, secoua ses cheveux, se frotta le visage avec les mains d'une manière frénétique et se dépouilla ensuite de sa veste pour se débarrasser de ses ennemies imaginaires. Il souffrait évidemmeut d'une hallucination de la sensibilité générale. Ou peut encore dire la même chose d'une autre personne, E. T., qui dans les mêmes conditions de somnambulisme fut amenée par suggestion à croire qu'elle avait une violente odontalgic. L'opérateur augmentant l'effet de ses paroles en appliquant son doigt sur la joue du sujet, celui-ci se pressait le visage dans les mains et s'agitant de droite Ji gauche, se tordait dans la douleur.» {Annales médico-psycholof)iques, et Taine, De V Intellî>jence.)

sons déterminés. A la lecture d'une partition , un artiste habile entend non-seulement les accords successifs dont elle se compose, mais encore le timbre des instruments. Le signe est alors tout à fait identifié avec la sensation et la remplace, ce qui nous permet de comprendre comment des musiciens, comme Beethoven, ont pu arriver à composer des chefs-d'œuvre bien qu'absolument sourds.

La mémoire permet aussi de se rappeler des mots sans que ces mots représentent des idées bien définies. Cette mémoire des mots est en réalité une mémoire des sons. Elle donne à l'individu qui en est doué une grande facilité pour apprendre et s'exprimer même sur les choses qu'il ne comprend pas. Rarement, comme l'avait déjà fort bien remarqué Aristole, on la rencontre avec une grande intelligence. Il semble que la faculté de retenir les mots sans peine empêche l'esprit de faire les efforts nécessaires pour en approfondir le sens. C'est à cette faculté utile mais dangereuse que sont dus les petits prodiges de nos collèges , les lauréats des concours universitaires, les avocats qui dissertent indifféremment sur tout, esprits superficiels habitués à ne considérer que la forme, aussi im- |)uissants à réfléchir profondément qu'à bien comprendre, et qu'on voit apparaître en foule dans les nations aux heures de leur décadence.

La propriété qu'ont les cellules nerveuses de conserver les impressions des sens peut se perdre sous des influences diverses. Chacun sait qu'elle diminue avec l'âge. Certaines substances , comme la nicotine, la détruisent plus ou moins. Elle disparaît aussi dans diverses maladies. On cite dans plusieurs ouvrages l'histoire d'un savant qui, au moment de partir pour un voyage, fit une chute dont le résultat fut de lui faire perdre la mémoire au point qu'il oublia pendant quelque temps l'endroit où il voulait aller, son nom, celui de ses parents et toute l'instruction qu'il avait acquise.

J'ai comparé dans mon chapitre des sensations la mémoire à la plaque photographique qui , si courte qu'ait été la pose, contient l'image de l'objet qui s'est trouvé devant elle et qu'un révélateur suflisamment énergique finit par faire apparaître. Si courte qu'ait été l'impression faite sur nos sens, il semble que les cellules nerveuses puissent en garder toujours la trace. Les faits d'individus

ACTivni: i:t kepos du système nejjveux. sis

Iiiirl.ml (hiiis uiif iiialadit' des laiiicin's <|irils ne cMiiMiiissiiicnt pas. mais (|ii'ils avaient enteiulu parler dans leur jeunesse, pioiixcnl l'existence de celle propriété.

Sans le pouvoir (jue |)ossédcnt les cellules nerveuses de conserver le souvenir des sensations ou de leurs signes et de les représenter à l'esprit lors(iu'il en a besoin, l'homme serait impuissant à acquérir aucune connaissance et serait perpétuellement dans l'état de l'enfant qui vient de naître. La parole notamment serait absolument impossible, et si l'absence de la mémoire était réellement complète, on peut cerlainement aflirmer (ju'une foule de mouvements qui semblent tout naturels chez lliomme et ne sont en réalité que le fruit d'une patiente éducation, comme la marche par exemple, seraient complètement impossibles.

ÉLABORATION DES IVI ATÉRIAUX FOU R N IS P A R LESSENS ET CONSERVÉS PAR LA MÉMOIRE.

Elaboration des impressions sensorielles. Les impressions des sens sont, comme nous venons de le voir, l'origine de toutes nos idées, et ces idées, conservées par la mémoire, sont la base de toutes nos connaissances. En dissociant les éléments de l'idée la plus complexe, on y retrouve toujours la sensation comme élément primitif.

11 ne faudrai as cependant croire que ces deux éléments, sensation et mémoire, soient suffisants pour l'édification de nos connaissances. Un grand nombre d'animaux ont des sens et une mémoire au moins aussi parfaits que ceux de l'homme, et cependant ils lui sont très-inférieurs. Les sensations ne sont en efTet que des matériaux; on peut les comparer à des couleurs étalées sur une palette et qui ne peuvent constituer un tableau qu'à la condition d'être convenablement associées. Bien que les matériaux soient les mêmes, les résultats seront bien différents suivant la main de l'artiste qui les aura maniés. Le bloc de marbre dont le maçon ne saurait que faire revêt les formes les plus variées dans les mains du

Statuaire. Les éléments dans ces divers cas sont restés les mêmes, leur élaboration seule a varié.

C'est au moyen de nos facultés que nous élaborons les matériaux fournis par les sensations, c'est-à-dire les idées. Sans les idées, les facultés seraient aussi inutiles que le serait au sculpteur son talent s'il n'avait pas un bloc de marbre à ciseler. Chez l'enfant, dont le cerveau est vierge d'impressions, ce n'est que lorsque les images des objets qui se présentent à lui sont devenues les idées de ces objets et qu'un nombre suflisant de ces idées ont été fixées par la mémoire que l'entendement peut commencer à fonctionner.

Les facultés avec lesquelles nous utilisons nos idées ne sont pas ces entités mystérieuses que la vieille philosophie plaçait au fond de notre conscience comme des individualités douées chacune de propriétés distinctes. Elles représentent simplement à nos yeux les aptitudes héréditaires ou acquises que possèdent nos centres nerveux à utiliser d'une façon déterminée les matériaux fournis par les sensations.

Anciennes classifications des facultés. — L'importance que l'école anglaise a donne'e k l'étude de la sensation lui a fait négliger l'étude des facultés, et nous voyons le fidèle disciple de cette école, M. Taine, consacrer deux volumes à l'étude de l'intelligence qu'il prend pourtant comme synonyme de connaissance, sans mentionner seulement lïnflucnce de nos facultés sur l'utilisation des sensations. Je crois qu'en négligeant cette étude, il serait tout à fait impossible de comprendre pourquoi un lapin ou un dromadaire, dont les sens sont cependant aussi parfaits que ceux de l'homme, n'arriveraient pas à raisonner aussi bien qu'un Pascal ou qu'un Newton.

Sans doute, comme je le montre, du reste, dans ce chapitre, les facultés sont des résultantes plus ou moins complexes et la division de l'intelligence en départements séparés est toujours fictive. Mais les fictions de cette sorte sont indispensables pour la netteté du langage. Elles correspondent d'ailleurs à des faits déterminés dont nous ne pouvons nullement contester l'existence.

Toutes les tentatives de classification des facultés faites jusqu'ici n'ont qu'une valeur minime et leur discussion serait sans utilité. Nous croyons cependant intéressant au point de vue historique de donner la classification créée par G-all, modifiée par Comte et reproduite par Béraud et Robin dans leur Traité de physiologie :

Instinct de la conservation de l'individu, d'où. ... 1'' Instinct nutritif.

T i- ^ 1 -1 .. 1 ,1 - -,, < ( 2° Instinct sexuel.

Instmct de la conservation de 1 espèce, d ou. . . .\ ^o T r t te nel

Instinct de perfectionnement par destruction, d'où . 4° Instinct militaire. Instinct de perfectionnement par construction, d'où 5" Instinct industriel. Ambition temporelle, besoin de domination, d'où . 6'' Orfjueil.

ACTIVITI': ET KEPOS DU SYSTEME NERVEUX. 815

Ambition spiiitucllo, besoin d'approbation, d'oii . . 7" l'anUé.

AfTection iiuliviilucllo diîsintéressjfe, d'où 8'^ Attachement.

Soumission, respect, d'où 9° Vém'ralion.

'-^" ( Amuiir universel, sympatliie, d'où 10° Bonté.

Observation relative aux êtres, d'où 11° Etiprit de synthèse.

Observation relative îiux éve'nements, d'où .... 12" Esprit (Vanalyne.

Méditation induetivc, d'où 13o Esprit de comparaison,

d'où yént'raHnat.ion.

Méditation deductive, d'où WEiprildecoordlnation,

d où syste'mat isation.

E.xpression mimique, orale, écrite, d'où Ifjo Esprit de communication.

Activité conduisant à entreprendre, d'où 10» Couraye.

Activité conduisant à. diriger, d'où IT» Prudence.

Activité conduisant à accomplir, d'où 18» Fermeté, d' oh persévérance.

La plupart des opérations de l'esprit peuvent se ramener à des associations d'idées idcMitiques ou différentes, et c'est de la plus ou moins grande capacité à associer les idées et à percevoir leurs analogies ou leurs différences, que résulte le plus ou moins d'intelligence.

En raison des rapports qui relient entre elles les cellules nerveuses, toutes les t'ois que deux sensations et partant deux idées se seront produites simultanément ou se seront immédiatement succédé^ il arrivera ensuite que (juand l'une se re()résentera à l'esprit , l'autre s'y présentera aussitôt. Lorsque chez l'enfant la vue d'un objet est accompagnée d'un signe ou d'un son déterminé , la vue nouvelle de ce signe , l'audition de ce son réveilleront plus tard l'idée de l'objet (}ui lui était primitivement associé. C'est sur cette faculté d'association qu'est basée la connaissance du langage, qui sans elle serait impossible. Nous avons vu aussi dans notre chapitre des sensations que c'est sur l'association des idées qu'est fondée toute l'éducation, l'éducation morale surtout, qui consiste à associer habituellement certaines idées à certaines autres comme l'idée de honte ou^de punition aux actions mauvaises, de façon que l'évocation des dernières entraine aussitôt la production des premières. C'est également par l'association des idées que la production d'une sensation, le réveil d'une idée tendent à ramener dans l'esprit toutes les idées analogues [)roduites parles impressions antérieures.

Si tous les objets qui se présentent aux sens étaient perçus par les centres nerveux avec une intensité égale, l'entendement serait embarrassé par cette masse\de matériaux, et, obligé de se répartir sur leur ensemble, il perdrait en profondeur à mesure qu'il gagnerait en étendue; mais grâce à une aptitude spéciale nommée Vattentioh, nous pouvons obliger nos sens à s'occuper uniquement de l'objet qui les intéresse et les fermer aux autres impressions. Le chasseur ne voit pas les objets qui entourent le gibier qu'il poursuit, bien que leur image se trouve cependant dans son œil. Le savant, absorbé par une expérience difficile, n'entend pas les bruits qui se passent dans la rue , et qui cependant ébranlent son oreille. Le soldat, dans le feu du combat, ne sent pas souvent les blessures les plus profondes.

li peut donc arriver, lorsque l'attention est suffisamment détournée, que les sensations ne soient pas perçues , mais il arrive aussi que lorsqu'elle est concentrée sur un sens ou sur une faculté, elle augmente considérablement leur puissance. La perfectibilité d'un sujet dépend en grande partie, pour cette raison, de la somme d'attention dont il est capable. On raconte que le directeur d'une ménagerie ambulante, habitué à acheter ses singes au Jardin zoologique de Londres, doublait le prix qu'il donnait de ces animaux quand on les laissait quelques jours à sa disposition avant l'achat. Cet industriel avait très-bien observé que les animaux les plus capables d'attention étaient aussi les plus faciles à instruire. Lorsque le sujet se laissait facilement distraire par une cause légère, comme le vol d'une mouche, par exemple, il n'essayait jamais d'entreprendre son éducation.

Les modifications subies par l'attention dans les affections mentales sont généralement profondes. Le monomane ne peut détourner son attention de l'objet sur lequel elle est concentrée, le maniaque ne peut la fixer sur rien, le dément ne peut la maintenir longtemps sur le même objet, l'imbécile et l'idiot sont incapables d'attention. Pour Esquirol la monomanie se caractérisait par la concentration de l'attention, la manie par sa dispersion, la démence par son engourdissement, l'idiotie et l'imbécillité par son absence.

ACTIVITE ET liEl'OS UU SYSTEME NEKVELX. 817

Les diverses notions fournies j)ar les sens sont soiivenl erronées et ont besoin d'être coniplélées par celles des autres sens ou par le rapproclieinent des idées résultant de sensations antérieures. Un bâton plongé dans l'eau parait brisé; un individu éloii,'né semble beaucoup plus petit ([u'il ne l'est réellement; les arbres dun paysage regardés de rintérieiii" d'un wagon en inoiivernent semblent fuir à toute vitesse; plusieurs échantillons du même rouge placés sur des surfaces blanche, jaune, bleue et noire paraissent de teintes absolument dilTérentes, bien >jue provenant d'un morceau homogène. Alors intervient le jugement qui comjjare les sensations entre elles, les rapproche d'idées remémorées et, toujours par association d'idées, perçoit leur analogie ou leur différence.

C'est grâce au jugement, faculté très-complex.e puisqu'elle implique la mémoire, l'attention, la comparaison etc., que nous arrivons à nous former une idée relativement exacte des choses. A mesure que nous avançons dans la vie, les impressions nouvelles viennent compléter et toujours plus ou moins modifier les impressions anciennes, et c'est ainsi que l'expérience se forme. Soutenir que dans l'appréciation de divers faits on n'a jamais changé d'opi-nion, c'est montrer qu'on n'a rien appris depuis le jour où celte opinion première s'est formée.

L'ensemble des aptitudes diverses qui nous conduisent à la manifestation de nos actes volontaires est habituellement désigné sous le nom de raison. Si on la considère comme faculté unique, son existence ne saurait être admise. La raison est le résultat d'un ensemble d'aptitudes exigeant le concours de facultés fort nombreuses, et de même que la vie de l'individu est la somme d'une multitude de vies appartenant chacune en propre aux divers éléments de l'organisme, de même aussi la raison est la résultante d'une série de phénomènes fort complexes. Pour en comprendre le mécanisme, il faut l'étudier non chez l'individu à l'état adulte, mais au début de son évolution ascendante, c'est-à-dire aux premiers âges de la vie, alors que les éléments de toutes nos connaissances ne sont constitués encore que par la perception de quelques sensations.

Ce que nous disons de la raison on peut le dire aussi de la

volonté: elle est le résultat de toute une série de phénomènes dont l'un est déterminé par l'autre.

((La volonté, dit Bain, est un mécanisme fait de détails; elle réclame des acquisitions aussi nombreuses et aussi distinctes que l'étude d'une langue étrangère. L'unité qu'on s'imagine exister dans le pouvoir volontaire et qui est suggérée par l'apparence qu'elle présente a l'âge mûr, alors que nous semblons capables, sur le plus petit souhait, de produire un acte, est le résumé et le comble d'un vaste ensemble d'associations de détails, dont l'histoire a été perdue de vue ou oubliée. »*

Il faut une longue éducation à l'animal , en effet, pour plier ses organes à l'action de la volonté. L'acte si simple de cracher volontairement exige tant d'efforts, que ce n'est que vers la fin de sa deuxième année que l'enfant peut l'exécuter.

(( L'expérience démontre, écrit un de nos philosophes spiritualistes les plus convaincus, M. Vacherot, dans son livre Science et Conscience, qu'il règne une telle constance, un tel ordre dans la succession de certains phénomènes moraux, qu'il est possible d'en prévoir le retour , sinon avec l'absolue certitude qui s'attache aux prévisions de l'ordre scientifique, du moins avec une très-grande probabilité. Etant donnés tel esprit, tel caractère, tel instinct, telle passion, telle idée, on peut prédire le genre dévie de l'homme ainsi fait sinon dans les plus minces détails, du moins dans les principaux traits qui le caractérisent. »**

* Tr. Ribot, Psychologie anglaise.

** Un des plus illustres savants de l'Angleterre, Huxley, va encore plus loin dans cette voie. « Tous les êtres animds ou inanimés, dit-il, dans un compte rendu du livre de Hseckel sur l'histoire naturelle de la création , sont le résultat de l'action mutuelle, d'après des lois définies, des forces appartenant aux molécules qui composaient la nébuleuse de l'univers. Si cela est vrai, il n'est pas moins certain que le monde actuel existait virtuellement dans la vapeur de cette nébuleuse et qu'une intelligence suffisante des propriétés des molécules de cette vapeur aurait pu prédire, par exemple, l'état de la faune de la Grande-Bretagne en 1869 avec autant de certitude que l'on peut dire ce que deviendra la vapeur de l'haleine par un jour d'hiver.

« Considérons une de ces horloges que nous appelons des coucous. Elle a un tictac bruyant, marque les heures, les minutes, sonne, etc. Quand elle est montée, tous CCS phénomènes sont virtuellement contenus dans son mécanisme, et un horloger habile pouiTa prédire ce qu'elle fera après en avoir examiné la structure.

« Si la théorie de l'évolution est vraie, la structure moléculaire du gaz cosmique se trouve avec les phénomènes du monde dans le même rapport que la structure de l'horloge avec les phénomènes de cette dernière.» {Bev. Scientifique, 1870.)

Acrivni: i: r iir.i'os dc systkmk nkiivki'x. sr.t

Ce sont là des fiiits dont l'évidence ne saurait être niec en eiïet, «.'t à ilelaut (lu simple raisonnetiient, la slalis(i(|uo nous montre ;i {[uel poinl riioiiime, comme tous les aiiimaiiK du reste, suhit linlluence de soiiorf^auisalion. et île sou milieu. Sur un i,'rand noudjre d'individus soumis aux mêmes iulluences, on peut, comme l'a prouvé Quetelet, déterminer rii^'oureusement d'avance le nombre d'espèces diverses de crimes, d'actes vertueux^ etc. commis dans un temps donné, (((le qui semble être l'elFet de la volonté libre, des [)assions. ou de l'intelligence plus ou moins i,Tande de l'hoimue. dit à ce propos l'illustre Liebig, est cependant lié à des lois aussi fixes, aussi éternelles et immuables (jue les lois des phénomènes matériels. Personne ne connaît le jour ou l'heure de sa mort, et rien ne sendjle plus fortuit que la naissance d'un garçon ou d'une fille ; mais on sait aussi bien, et même mieux qu'aucune vérité humaine, combien d'individus meurent sur un million dans l'espace de 10, 20, liO ou 60 années, combien un million de naissances donne de filles ou de garçons.

(( La statistique des tribunaux démontre le retour régulier des mêmes crimes. Il en résulte ce fait incompréhensible pour nous , parce que la contingence des eirets nous écha[)pe , que, dans chaque grand pays , le nombre des crimes et de leurs différentes variétés peut se prédire , pour chaque année à venir , avec la même certitude que le nombre des naissances et des morts naturelles. Pour 100 accusés comparaissant devant la cour suprême, il y a en France soixante et une, en Angleterre soixante et onze condanmations. Les variations ne s'élèvent, terme moyen, qu'à un centième du chi fifre total. On peut de même prédire avec vraisemblance, pour une période de 15 ans, le nombre des suicides en général, par les armes à feu ou par la corde.

(( Tous les phénomènes de la même espèce qui se manifestent périodiquement en grand nombre conduisent à un rapport invariable, c'est cette loi du grand nombre à laquelle obéissent toutes choses, h laquelle sont soumis tous les événements sans exception ».*

Un acte quelconque ne pouvant se produire sans motif, les déterministes considèrent comme certain que les actes volontaires

* Liebig. Lettres sur la chimie.

sont toujours consécutifs à des antécédents, et qu'avec une connaissance suffisante du caractère des individus et des circonstances qui agissent sur eux, nous pourrons prédire leurs actes avec autant de certitude que nous arrivons à prédire un grand nombre de phénomènes. Lorsque, par hypothèse, nous nous représentons ayant agi autrement que nous ne l'avons fait , nous supposons toujours une différence dans les antécédents de l'acte/

* La psychologie anglaise et le libre arbitre. — Il ne sera pas sans iute'rêt d'examiner ici comment les psychologistes anglais essaient de concilier la liberté qn'il semble e'vident que nous possédons de choisir un projet, de faire certaines actions etc. avec la nécessité d'agir d'après un motif déterminé. Après avoir montré que si, quand nous prédisons les actes d'un individu, nous ne regardons leur production que comme vraisemblable, c'est que nous ignorons une partie des causes en jeu, et que si nous les connaissions toutes nous pourrions prédire ces actes avec une entière certitude, Samuel Bailey ajoute: «Deux faits sont incontestables: 1° Les ac- " tions volontaires résultent des motifs et peuvent êti-e constamment prédites; 2° en « accomplissant ces actions nous n'en faisons pas moins ce qui nous plaît, nous agis- <• sons avec une parfaite liberté. Je ne sais, continue-t-il, pourquoi on voit d'ordi- '< naire une incompatibilité dans ces deux faits; pour ma part, je n'en vois aucune et '< il ne peut y en avoir, si tous deux sont des faits réels. Pourquoi serait-il incompatible <i que vous fassiez ce qu'il vous plaît, ctqueje prédise moi cequc vous ferez ou même " que je sois cause que vous désiriez le faire? Je produis en vous le désir de faire M une chose, ce qui implique naturellement que je prévois votre action; mais ce « n'est pas vous forcer h la faire. Les mêmes actions humaines peuvent être voulues « avec une libei-té parfaite par l'auteur, et prédites avec une entière confiance par « l'observateur. »

Bien qu'adopté par Bain, ce raisonnement me semble difficile à admettre; si je produis chez quelqu'un le désir de faire une chose, bien que je ne le force pas à la faire, ce désir sera le motif déterminant de son acte qui ne peut plus dès lors être considéré comme réellement libre. En approchant un tison enflammé de la figure de quelqu'un, je ne le force pas assurément à s'enfuir, mais il n'en est pas moins évident que mon action sera pour lui un sérieux motif de fuite. Si, en réalité, il ne fuit pas, c'est qu'il sera retenu par un motif plus fort que la crainte de la brûlure, comme par exemple, le désir de me montrer son courage, de me prouver qu'il est libre de fuir ou de ne pas fuir, etc.

A l'argumentation de Bailey, je préfère celle de Morell: « Remarquons, dit-il, que " le motif, c'est ce qui précède immédiatement notre détermination; mais un motif, « à parler exactement, ce n'est qu'un certain état de notre esprit. Nous pouvons, par << suite, agir d'après un motif tout en restant parfaitement libre ; car cet état mental « que nous appelons motif ne dépend pas seulement des circonstances extérieures •< sur lesquelles nous n'avons aucun pouvoir, mais aussi de notre spontanéité, de << notre personnalité lesquelles sont une partie de notre constitution dont on ne peut <■ nier l'existence, sans se mettre en désaccord avec toute vérité psychologique. »

Malgi-é ces explications plus ou moins ingénieuses, il est à croire que la question du libre arbitre restera encore longtemps, comme le dit Bain, « la serrure brouillée de la métaphysique, » un problème, du reste, mal posé.

ACTIVITÉ ET UEPOS DU SYSTEME NEUVELX. 8J1

Actes inconscients placés sous la dépendance de la moelle épiniére. Les nerfs sensitifs apportent, comme nous le savons, à la substance grise de la moelle éj)inière les impressions rerues par les sens, et les fibres blanches qui partent de cet axe les conduisent au cerveau, où elles sont perçues et élaborées; niais toutes les impressions n'arrivent pas ainsi ii la couche corticale du cerveau. La moelle épiniére est un centre nerveux indépendant qui tient sous sa dépendance, non-seulement tous les actes de notre oriianisme : circulation, respiration, etc. qui s'accomplissent absolument à notre insu et sans l'intervention du cerveau, puisqu'ils subsistent en son absence, mais encore une foule d'actes intellectuels. Si j'enlève le cerveau à une grenouille, ses diverses fonctions : digestion, circulation, respiration etc. continuent à s'accomplir, mais nous voyons aussi s'accomplir certains actes qui nous semblent ne pouvoir être habituellement déterminés que par le raisonnement et par suite placés sous la dépendance du cerveau. Si nous posons une goutte d'un acide sur l'animal, il cherche à l'enlever avec une de ses pattes; si on coupe cette patte il fait quelques efforts pour se servir du moignon, mais reconnaissant que ses efforts sont inutiles, il se sert bientôt de l'autre patte.

L'expérience nous enseigne que, lorsqu'un acte se répète fréquemment, il finit par s'accomplir très-régulièrement sans l'action de l'intelligence , c'est-à-dire sans que le cerveau prenne part à sa manifestation. Que d'efforts au début de la vie pour apprendre ces mouvements compliqués qui constituent la marche et l'écriture, par exemple, tandis que plus tard nous n'avons plus conscience des mouvements nécessités par ces opérations. Dans la marche nous savons alors proportionner sans aucune attention les mouvements des membres à l'eftort qu'ils doivent accomplir, et en écrivant nous pensons, non comme l'enfant ({ui apprend à écrire, aux caractères

que nous traçons, mais uniquement à l'idée que nous voulons traduire. Il est probable que lorsque certains groupes de fibres et de cellules sont simultanément excités par la volonté, ils peuvent à la longue devenir assez solidaires pour que l'excitation des uns entraîne toujours l'activité consécutive des autres.

Dans les exeniples que nous venons de citer, comme dans tous ceux du même genre, l'exercice semble avoir pour résultat de placer sous la dépendance de la moelle épinière, c'est-à-dire de rendre inconscients pour nous, le plus grand nombre d'actes possible et de diminuer ainsi d'autant l'action du cerveau. C'est là le but auquel tend chaque éducation spéciale; à force d'être répétés, certains actes finissent par devenir automatiques, c'est-à-dire que, sous l'influence de l'habitude, ils s'accomplissent sans le moindre effort. Voyez la recrue maniant gauchement son fusil, malgré l'extrême attention qu'elle prête aux explications qui lui sont données, et voyez le vieux soldat exécutant les mêmes mouvements d'une façon si inconsciente, qu'il pourrait soutenir avec un camarade une conversation animée sans nuire en rien à leur précision. C'est le cerveau qui fonctionne dans le premier cas, la moelle épinière dans le second.

Tous les actes automatiques, et par suite inconscients, ont, comme je l'ai dit déjà dans mon chapitre des sensations, un caractère spécial de perfection. Il suflit pour s'en convaincre de voir l'oiseau retrouvant sans boussole son chemin à travers l'océan, ce dont serait incapable le navigateur le plus habile, l'abeille construisant son alvéole régulière etc. ; mais cette perfection si totalement incompréhensible pour nous ne doit pas nous sembler étrange quand nous voyons la régularité extrême avec laquelle s'exécutent toutes les fonctions placées sous la dépendance de la moelle épinière : digestion, circulation, respiration, renouvellement des tissus, etc. Dans ces actes d'où la vie découle et dont l'interruption momentanée serait la mort, pas d'influence de la volonté ni du cerveau, et partant jamais d'hésitation dans leur accomplissement.

Ces actes automatiques, que la moelle épinière dirige et dont la perfection est telle^ qu'après plusieurs milliers d'années d'étude

nous commençons a (Xîine à saisir leur merveilleux mécanisme, sont habituellement qualifiés d'inconscients parce que le moi n'a pas enéctivemenl connaissance de leur accomplissement. Mais nous ne pouvons nullement en inférer que la moelle épinière n'en ait pas conscience. II est évident, au contraire, qu'elle a conscience par les nerfs sensitifs de l'état des organes placés sous sa dépendance. Il serait impossible autrement iJe comprendre comment elle jKJurrait j^ropui tionner son action au\ elFets a accomplir, effets si variables selon l'état des organes. Suivant les circonstances, le cœur doit acœlérer ou ralentir ses battements, l'estomac sécréter plus ou moins de suc gastrique, les éléments des tissus se renouveler avec une rapidité variable etc.

Tous ces actes de la vie organique exigent, en réalite, une influence constante et toujours proportionnée a leurs besoins^, des éléments nerveux sous la déf^enJance desquels ils sont placés, et en définitive l'action de ces derniers, quel qu en soit le ressort, a rxjur conséquence des résultats bien supérieurs k ceux auxquels pourraient nous conduire les raisonnements les plus parfaits.

Actes inconscients placés sous la dépendance du cerveau. L Cit en nous fondant sur 1 aûatoujie descriptive qui nous enseigne que les nerfs vont dans la moelle épinière avant d'aller au cerveau, sur l'anatomie comparée qui nous prouve que la moelle épinière denent d'autant plus volumineuse et le cerveau d'autant moindre que l'animal descend davantage dans la série des êtres, et enfin sur la physiologie expérimentale qui nous montre la production d'actes réguliers adaptés à un but déterminé en l'absence du cerveau, que nous avons divisé les sensations et les actes qui en dérivent en phénomènes conscients et inconscients, et placé les premiers sous la dépendance du cerveau, et les seconds sous celle de la moelle épinière. Mais en établissant cette division, nous n'avons nullement voulu dire que toute l'activité du cerveau fût forcément consciente. Un grand nombre des actes cérébraux, je dirai même la plupart, se passent, au contraire, entièrement k notre insu, et nous n'avons guère conscience que de leurs résultats. Dans ses recherches sur ce qu'il a appelé la céréùration inconsciente, Carpenter a

montré comment l'intelligence peut résoudre à notre insu des questions très-compliquées sans que le raisonnement ait à intervenir. « Beaucoup de nos jugements, dit ce physiologiste, sont basés sur une expérience acquise à l'aide d'un travail dont nous sommes tout à fait inconscients. De même que des changements visuels peuvent s'opérer dans la rétine sans que nous y soyons sensibles, par suite d'une inactivité temporaire du sensorium, ou bien parce que l'attention est tout entière absorbée ailleurs, de même il peut se faire dans le cerveau des changements d'idées auxquels nous pouvons être insensibles pour le moment par un défaut de réceptivité de la part du sensorium, mais dont les résultats peuvent plus tard se présenter h notre conscience sous forme d'idées élaborées par un travail automatique que nous ignorons complètement. »

C'est pour cette raison que dans le sommeil nous trouvons souvent la solution de problèmes vainement cherchés pendant la veille. Dans ce cas, comme dans tous les cas analogues, l'activité inconsciente est en rapport avec le cours habituel de la pensée et exprime le résultat de l'éducation et de toute la discipline antérieure de l'esprit ; un musicien ne résoudra jamais automatiquement un problème d'algèbre et un mathématicien ne groupera pas spontanément des notes de façon a constituer un chef d'œuvre-musical.

L'activité automatique des centres nerveux se manifeste, du reste, dans les actes les plus habituels de l'intelligence.. Souvent quand, après avoir cherché vainement un nom oublié, la solution d'un problème difficile, nous cessons de nous occuper de cette recherche, le nom oublié, la solution cherchée se présentent spontanément à l'esprit. Le travail commencé volontairement par nous s'est continué automatiquement dans le cerveau.

«Cette action inconsciente du cerveau, dit l'auteur cité plus haut, s'excerce souvent en donnant à nos jugements une tendance que nous pouvons ignorer tout à fait; c'est ainsi que presque chacun de nous se trouve plus ou moins sous Tinfluence des habitudes de pensées et de sentiments qu'on lui a imprimées de bonne heure. Le sens commun est, pour ainsi dire, une intuition acquise, car c'est la résultante de toute l'activité antérieure de l'esprit jointe à

celle du (vrvoaii iiui cii est rinslruiin'nl ; sa valeur (le|)(,'n(Jra consé- (|U(Mnmeiil de la iialure de réiliicalion et de la discipline qu'<jnt reçues les facultés iutellecluelies. »

Phénomènes dont le moi a conscience, l'ar activité consciente du système nerveux on doit entendre, comme nous l'avijns dit précédemment, celle dont le moi a connaissance.

Ce moi auquel nous rapportons tous les événements extérieurs fut considéré longtemps comme une sorte de personnalité mystérieuse placée au fond de nous-mêmes, juge suprême et régulateur de nos actions; mais une étude plus approfondie de la réalité a montré que c'était là encore une de ces illusions métaphysiques qui ne sauraient résister à l'analyse, et il suflit pour s'en convaincre d'examiner ce que le moi deviendrait en dehors du milieu où nous sommes placés. Un animal n'ayant aucun sens serait inférieur, quelles que fussent les aptitudes héréditaires qu'il pourrait posséder, au dernier des êtres; aucune idée ne naîtrait jamais en lui. Plongé dans une sorte de somrneil perpétuel sans rêves, de quoi son intelligence pourrait-elle avoir conscience?

Ce que nous nommons le /?io/est uniquement la connaissance que nous avons d'un nombre variable d'impressions recueillies par nos sens, transformées en idées, puis associées et comparées à des sensations antérieures conservées par la mémoire. Echo- plus ou moins fidèle des impressions produites sur nos organes par le monde extérieur, le moi ne pourrait pas plus exister sans elles que l'image vue dans une glace sans les objets qu'elle représente. Reflet mobile de tout ce qui nous entoure, il n'a rien d'absolu et est aussi changeant que les organes auxquels est liée sa fragile existence. Comme les eaux d'une source qui se renouvelle toujours en restant la même source, il n'a de stable que son apparence. Sans cesse il se transforme; et en nous reportant par la pensée aux divers âges de notre existence, nous pouvons facilement nous rendre compte à quel point

le moi de notre enfance ou de notre jeunesse diffère du moi d'aujourd'hui.

Nous avons vu que l'activité consciente du système nerveux est placée sous la dépendance du cerveau, mais que tous les actes cérébraux sont loin d'être conscients. En réalité , nous n'avons conscience que de la plus faible partie d'entre eux. Nos acles les plus conscients sont toujours plus ou moins la résultante d'une série d'actes inconscients. Les idées qui se présentent à nous dans une discussion ou un discours sont la suite d'une élaboration intellectuelle, dont nous n'avons nullement conscience et dont nous ne percevons que les résultats, absolument comme un individu ignorant la mécanique voit l'étoffe tissée par une machine sans avoir la moindre idée du procédé au moyen duquel a été construite sa trame.

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