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ACTIVITÉ DU SYSTÈME NERVEUX CHEZ LES ANIMAUX

Intelligence chez les animaux. L'activité du système nerveux et le mécanisme des opérations intellectuelles sont les mêmes chez l'animal que chez l'homme et ne diffèrent que par leur degré de perfection. Il serait donc tout à fait inutile de les étudier à part si un préjugé assez répandu encore ne tendait à faire de l'animal, au point de vue intellectuel, une sorte de machine entièrement différente de l'homme. Mais il est bien reconnu aujourd'hui que c'est là encore une de ces illusions qui ne sauraient résister à l'examen.

« S'il est certain, comme le dit un de nos plus profonds penseurs contemporains, Herbert Spencer, que de la simple action réflexe par laquelle l'enfant tette jusqu'aux raisonnements compliqués de l'homme adulte, le progrès se fait chaque jour par degré infinitésimal, il est certain aussi qu'entre les actes automatiques des créatures les plus basses et les plus hautes actions conscientes de l'espèce humaine, on peut disposer toute une série d'actions manifestées par les diverses tribus du règne animal, de telle façon qu'il soit impos-

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sible (.le tliiv ii un icrlaiii iiiodhmiI de la sorit': ici coniiiiçiicr l'inlelligence. Si du savant (|ui poursuit ses recherches avec la pleine conscience des pioccdcs de raisonneniont et d'induclion (pi il (.'uiploie, nous descendons ii l lionune (rtine cducalion ordinaire, (jui raisonne l)ien cl dune manière intelligente, mais sans savoir comment ; si de là nous descendons au villageois, dont les plus hautes géncTalisations ne d(.^j)assent guère les laits locauv ; si de là nous tombons au\ races humaines inférieures (ju'on im peut considérer comme pensantes, dont les conceptions numériques dépassent à peine celles du chien; si nous mettons ii c(jlé les plus élevés des quadrumanes, dont les actions sont tout aussi raisonnables (]ue celles d'un petit écolier ; si de là nous arrivons aux animaux domestiques ; puis des quadrupèdes les plus sagaces à ceux qui le sont de moins en moins, c'est-à-dire, qui ne peuvent plus modifier leurs actions selon les circonstances et sont guides par un immuable instinct; puis si nous remarquons que l'instinct, qui consistait d'abord en une combinaison compliquée de mouvements produits par une combinaison compliquée de stimulus, prend des formes inférieures dans lesquelles stimulus et mouvements deviennent de moins en moins complexes ; si de là nous en venons à l'action réflexe et si, des animaux chez (|ui cette action implicjue l'irritation d'un nerf et la contraction d'un muscle, nous descendons encore plus bas chez les animaux dépourvus de système nerveux et musculaire, et que nous découvrions qu'ici c'est le même tissu qui manifeste l'irritabilité et la contractibilité, lequel tissu remplit aussi les fonctions d'assimilation, sécrétion, respiration et reproduction ; et si finalement nous remarquons que chacune des phases de l'intelligence, énumérées ici, se fond dans les voisines par des modilications trop nombreuses pour être distinguées spécifiquement, et trop imj)ei'ceptibles pour être décrites, nous aurons en une certaine mesure montré la réalité de ce fait: qu'on ne peut eirectuer de séparation précise entre les phénomènes de l'intelligence et ceux de la vie en général. » *

Le célèbre naturaliste Darwin soutient une opinion analogue

"" Tr. Eibot. Psych. anglaise.

dans son dernier ouvrage. * « Si considérable qu'elle soit, la différence entre l'esprit de l'homme et celui des animaux les plus élevés n'est certainement, dit-il, qu'une différence de degré, et non d'espèce. Nous avons vu que des sentiments et des intuitions, diverses émotions et facultés, telles que l'amitié, la mémoire, l'attention, la curiosité, l'imitation, la raison, etc., dont l'homme s'enorgueillit, peuvent s'observer à un état naissant, ou même quelquefois assez développé dans les animaux inférieurs. Ils sont capables de quelques améliorations héréditaires, ainsi que nous le montre la comparaison du chien domestique avec le loup et le chacal. »

Beaucoup de sentiments et de passions qui semblent propres à l'homme se rencontrent aussi chez les animaux quand on les étudie attentivement. « Un chien portant le panier de son maître manifeste, dit Darwin, un haut degré d'orgueil et de contentement de lui-même. Il n'y a pas à douter, ajoute-t-il, que le chien n'éprouve la honte distincte de la crainte et quelque chose qui se rapproche fort de la modestie, lorsqu'il mendie trop souvent sa nourriture. Un gros chien n'a que du mépris pour le grognement d'un roquet; c'est ce qu'on peut appeler de la magnanimité. Plusieurs observateurs ont remarqué que les singes n'aiment pas, certainement, qu'on se moque d'eux.» Enfin, le même observateur allirme être d'accord avec le plus célèbre naturaliste de l'Amérique, Agassiz. pour reconnaître que plusieurs animaux, comme le chien «possèdent quelque chose ressemblant beaucoup a une conscience. »

L'animal sait aussi délibérer, et il semble posséder ce que l'on nomme habituellement le libre arbitre. Un chien, à la poursuite d'un lièvre et que son maître rappelle, fait d'abord la sourde oreille, hésite, puis cédant au sentiment du devoir, plus vif que le désir de posséder le lièvre, revient vers son maître. Un faible oiseau défend ses petits contre un animal plus fort, mais ce n'est pas sans hésitation manifeste. Il y a délibération entre l'instinct de la conservation et l'instinct de l'amour maternel, jusqu'à ce que la plus faible des deux impulsions cède à la plus forte.

On a soutenu aussi que l'homme seul est capable d'amélioration,

* On the origine of man and sexual sélection. Tr. Moulinier, 1872.

mais c'est là encore uiu' ciieur proloiulc; les vieux aniniauN: sii\(Mil bien niieuN. déjouer les embûches de leurs ennemis (jue les jeunes. Bien que ces derniers «lient déjii été rendus déliants par leurs i)arents, i\m leur ont appris, sans doute, (pie riiumme serait pour eu\ une bêle fort méclianle, l'expérience ne les a pas assez instruits pour (juils puissent se défier suflisamment de ses embûches. L'expérience est aussi nécessaire à l'animai qu'a l'honune, et, pour l'un comme pour l'autre, elle est toujours la meilleure des conseillères. Reugger rapporte qu'ayant donné un jour ii un singe un cornet de "papier contenant une guêpe vivante , au lieu de morceaux, de sucre qu'il y mettait habituellement, l'animal fut pitiué par la guêpe; mais plus tard, toutes les fois qu'on lui donnait un cornet , il le portait d'abord à son oreille pour s'assurer que rien ne remuait dans son intérieur.

On a dit aussi que l'homme seul se servait d'outils , mais celte opinion n'est pas plus soulenable que la précédente. Les singes se servent de pierres pour casser leurs noix, et Brehm a vu des babouins se construire des parasols pour se préserver du soleil.

La sociabilité existe chez les animaux à un haut degré; ils se rendent une foule de services , savent se prévenir d'un danger, se concertent pour l'éviter et s'entr'aident mutuellement. Sans doute, on les voit quelquefois expulser du troupeau l'individu blessé , et même l'achever, mais, comme le fait très-bien observer Darwin, <( leur conduite n'est pas alors beaucoup plus coupable que celle «des Indiens de l'Amérique du Nord, qui laissent périr dans la «plaine leurs camarades faibles, ou des Fulgiens, qui enterrent (( vivants leurs parents âgés ou malades. »

Indépendamment de notre vanité naturelle, c'est en partie l'habitude de comparer l'animal à l'homme civilisé qui nous fait croire qu'il existe une diilerence si profonde entre eux. Mais la distance diminue si nous prenons pour type le sauvage de l'Australie, qui sait à peine compter jusqu'à cinq. Elle se réduit encore si, remontant dans l'histoire, nous arrivons à ces âges lointains oîi, réfugié au fond des cavernes, l'homme ne connaissait pour instruments de civilisation et pour armes que quelques fragments de silex grossièrement taillés.

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