‹ La vieChapitre 16 sur 156 · SEMAINES · texte numérisé non relu

SEMAINES

correspondantes

de l'année

précédente.

Total des décës à Paris du 18 septembre 1870 au 24 février 1871. Total des décès pendant la période correspondante

Auormentation 42,176

de plus que pendant la période correspondante de l'année précédente. Parmi les affections qui ont le plus contribué à cette immense hécatombe, la dysenterie, les maladies de poitrine et la fièvre typhoïde tiennent le premier rang.

Le phénomène le plus constant de la privation complète ou partielle d'aliments est la dimmution du poids du corps. Les recherches de Ghossat ont prouvé que lorsque celte perte s'élève aux li/iO environ du poids primitif de l'animal, la mort en est le résultat.

Que l'animal soit insuffisamment nourri ou qu'il ne le soit pas du tout, le résultat est finalement le même. La mort arrive aussitôt qu'il a éprouvé la perte de poids que nous venons d'indiquer.

La diminution de poids constatée chez l'animal qu'on soumet à l'abstinence provient de ce qu'il se nourrit aux dépens de sa propre substance. Il continue ainsi à se dévorer lui-même jusqu'à ce que ses organes aient subi des altérations incompatibles avec la vie.

Tous les tissus ne concourent pas dans une égale proportion aux pertes supportées par les organes pendant la privation d'aliments. Dans ses expériences sur les animaux, Ghossat a constaté que la graisse se réduisait au dixième de son poids primitif et que le tissu musculaire diminuait de moitié. Les os et les nerfs , au contraire, ne subissaient que des variations très-légères, ce qui semble prouver que c'est dans les tissus graisseux et musculaire, ainsi que dans le sang, que les phénomènes de nutrition sont le plus actifs. Il nous paraît cependant probable que si le poids du tissu nerveux ne varie pas, c'est que son activité est telle qu'il se nourrit aux dépens des autres tissus.

Le temps pendant lequel les animaux peuvent supporter la privation d'aliments varie suivant leur espèce et leur âge. La vie dure davantage chez l'animal à sang froid que chez l'animal à sang chaud. Elle persiste également plus longtemps chez les individus âgés que chez les individus très-jeunes. En expérimentant sur des chiens âgés de quatre jours, Magendie vit la mort survenir après quarante-huit heures d'abstinence, tandis que des animaux âgés de

quelques années résistaient quelquefois à plus de trente jours de diète absolue. Le Dante, en nous décrivant dans son Enfer le supplice d'Ugolin, a eu raison de nous montrer les fils de cet infortuné succombant aux tortures de la faim avant que leur père en fût luimême viclime.

La résistance des sujets âgés à l'inanition ne provient pas de ce qu'ils peuvent supporter des perles plus considérables que les jeunes, mais seulement de ce que leurs organes, fonctionnant moins activement, éprouvent des déperditions moindres. C'est pour la même raison que les animaux à sang chaud, chez lesquels la nutrition est Irès-active, ne supportent pas longtemps la privation d'aliments, tandis que les espèces à sang froid, chez lesquelles l'activité des organes est lente, la tolèrent sans peine. En évitant tout travail musculaire afin de ralentir l'usure des tissus et en maintenant artificiellement le corps à sa température normale, on se placerait dans les meilleures conditions pour résister le plus longtemps possible aux effets d'une diète prolongée.

Les observations faites sur l'homme prouvent que dans l'état de santé il ne peut vivre plus de huit à quinze jours sans aliments. Pendant la maladie, il peut supporter un jeune beaucoup plus long, parce que l'activité de ses organes est considérablement ralentie. Mais la privation prolongée d'aliments n'en a pas moins des effets funestes, et à l'époque où, faute de notions physiologiques précises, le danger d'une diète trop longue n'était pas compris des médecins, cette méthode de traitement a fait de nombreuses victimes. La privation d'aliments est une cause de mort qui accompagne silencieusement toute maladie dans laquelle l'alimentation n'est pas sufiisante, et peut, si elle est continuée trop longtemps, amener la cessation de la vie avant la maladie ellemême.

Quelques animaux à sang chaud , tels que la marmotte par exemple, passent plusieurs mois de l'hiver engourdis et sans manger. Cependant les phénomènes de nutrition ne sont pas suspendus chez eux, ils sont seulement très-ralentis, et ces animaux se nourrissent en réalité aux dépens de leurs tissus. Les expériences de Valenlin ont prouvé que pendant leur sommeil hivernal les mar-

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mottes perdaient environ un tiers de leur poids, perte portant presque exclusivement sur la graisse et les muscles.

Chez l'homme, on a observé quelques exemples d'un sommeil prolongé ainsi pendant plusieurs mois. M. Blandet a communiqué à l'Académie des sciences l'histoire d'une jeune femme de 2/|. ans qui s'endormit le jour de Pâques 1862 pour se réveiller en mars 1863. Pendant ce temps, la respiration était à peine perceptible, la sensibilité nulle. Dès l'âge de 18 ans, cette femme avait eu un accès de sommeil léthargique qui avait duré quarante jours. Des faits de cette nature ont été constatés plusieurs fois. En 1868, le docteur Legrand du Saulle en a observé un dans son service de Bicêtre. Les individus ainsi endormis sont dans le cas des animaux hibernants; leurs fonctions étant excessivement ralenties, ils consomment fort peu et vivent aux dépens de leur propre substance.

Chez les animaux à sang froid, la résistance à la diète est vraiment prodigieuse. Des crapauds enfermés dans des blocs de plâtre y ont vécu plusieurs années sans paraître souffrir de cette privation absolue d'aliments. En 1862, Claude Bernard enferma un de ces batraciens dans un vase poreux entouré de terre saturée d'humidité et placé à une certaine profondeur dans le sol. Au bout d'une année, le crapaud était en vie. On l'enterra de nouveau, et un an après il vivait encore. A la troisième exhumation, répétée à un an d'intervalle, c'est-à-dire en 186/i, il était mort. D'après le savant physiologiste, la mort pourrait fort bien n'avoir été que le résultat du froid rigoureux qui régnait cette année et qui permit à la gelée de pénétrer plus avant dans la terre que les années précédentes.

Les crapauds ne sont pas, du reste, les seuls animaux qui puissent supporter des jeûnes prolongés. En 1866, j'ai pris, dans la forêt de Fontainebleau , une magnifique vipère que j'ai conservée quinze mois vivante, bien qu'elle n'ait voulu accepter d'autre aliment que de l'eau, j'ai voulu répéter la même expérience sur un orvet, mais au bout de trois mois il était mort.

L'homme et les autres animaux résistent moins longtemps à la privation de boissons qu'à celle d'aliments solides, et le sentiment de douleur déterminé par la soif est plus vif que celui que provoque

la faim. La bouche est d'abord pâteuse, la gorge desséchée, puis la peau devient brûlante et il se manifeste une fièvre intense accompagnée d'une accélération marquée des mouvements respiratoires et de conceptions délirantes relatives au besoin de boissons que le malade éprouve. La mort termine ces souffrances au bout d'un temps qui ne dépasse guère quatre ou cinq jours pour l'homme. A l'autopsie, on trouve les tissus desséchés, le sang épaissi et les divers viscères considérablement enflammés.

Nous voyons, par tout ce qui précède, que la faim et la soif constituent les plus impérieux des besoins dont les êtres vivants sont esclaves. Expressions de la nécessité où se trouvent les organes, usés par leur activité même, de se renouveler sans cesse sous peine de ne plus fonctionner, elles sont les aiguillons puissants que la nature a mis en nous afin que les plus indispensables des conditions de l'existence ne puissent être oubliées jamais.

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