CŒUR
Le cœur est un organe musculaire composé de deux parties analogues adossées mais complètement distinctes. La moitié droite ou cœur droit reçoit le sang veineux et le distribue aux poumons ; l'autre moitié ou cœur gauche reçoit le sang artériel venu des poumons et le transmet à tous les organes par les artères. L'homme a, en réalité, deux cœurs réunis en un seul.
Fig. 70. — Rapports du cœur avec les poumons *.
Le cœur est placé au milieu de la poitrine, au-dessus du diaphragme, entre les deux poumons, en avant de l'aorte, de l'œsophage, de la colonne vertébrale, en arrière des côtes et du sternum, qui lui servent de bouclier. Il est maintenu en place par les gros
* 1) Ventricule droit. — 2) Ventricule gauche. — 3) Oreillette droite. — 4) Oreillette gauche. — 5) Artère pulmonaire. — 6) Artère aorte. — 7) Veine cave supérieure. — 8) Branche droite de l'artère pulmonaire. — 9) Branche gauche de la même artère. — 10) Veine cave inférieure. — 11, 12) Poumons. — 13) Trachée arlère-
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ng. 73. - Rapports du cœur et de l'oriçiine des fjros vaisseaux avec les parois du thorax*.
* I à X) Cotes. - I) Clavicule. - 2) Sternum. - 3) Larynx. - 4) Trachée. - 5) Corps thyroïde. - C) Carotide primitive. 7) Veine jugulaire interne. - 8, Plexus brachial. - 0) Artère so"S-clav.ere. - 0) Veu,. .ous-clavière. - 11) Poumon droit. - 12) Poumon gauche. - 13) Diaphragme.- 14) Ore.llelte droae - o) Votricule droit. - 10) Ventricule gauche. - IT) Oreillette gauche. - 18) Veine cave supérieure. - 19) Artère aorte. - 20) Artère pulmonaire. - 21) Foie. - 22) Estomac. - 23) Portion transverse du gros .ntesun.
vaisseaux auxquels il est suspendu par le péricarde, sac fibro-séreux dont il est entouré et qui est fixé par sa base au diaphragme, et par la plèvre , membrane qui enveloppe les poumons et le rerecouvre latéralement.
La longueur du cœur est de 10 centimètres environ ; sa largeur de 11 centimètres, son épaisseur de 5 centimètres. Son poids moyen varie de 250 à 300 grammes. Sa forme est celle d'un cône renversé, dont la pointe se trouve à peu près au niveau du mamelon gauche, c'est-à-dire à la hauteur de la cinquième côte.
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Fig. "i. — Cœur séparé en ses deux moitiés, ouvertes chacune pour inonlrer les orifices auriculoventriculaires et les valvules*.
Chaque moitié du cœur contient deux cavités : une supérieure,
♦CD. Cœur droit. — C G. Cœur gauche. — PC. Poumons. — 0,0. Oreillettes. — V, V. Ventricules. — A. Aorte. — A P. Artère pulmonaire. — V P. Veines pulmonaires. — S. Veine cave suijéricure. — I. Veine cave inférieure. — Les flèches indiquent le trajet suivi par le' sang. — Le sang veineux, amené de toutes les parties du corps à l'oreillette du cœur droit C D par les veines caves S, I, passe ensuite dans le ventricule droit, dont les contractions le chassent dans l'artère pulmonaire A P, qui le conluit aux poumons P C; après s'y être transformé en sang artériel, il se rend dans l'oreillette du cœur gauche C G parles veines pulmonaires V P et de là dans le ventricule gauche, qui le lance dans l'aorte A, dont les branches le distribuent à tous les tissus. Après avoir perdu à leur contact ses propriétés vivifiantes , il revient de nouveau au cœur droit par les veines, pour recommencer indéfiriimcnl le mi'me trajet.
nommée oreillette , dans laquelle se jettent les veines*, une inférieure, nommée ventricule, d'où naissent les artères **^. L'oreillette et le ventricule communiquent par une ouverture, orifice auriculoventriculaire, fermée par une soupape nommée valvule. La valvule qui ferme l'orifice auriculo-ventriculaire droit a reçu le nom de valvule iricuspide*** ', celle qui ferme l'orifice auriculo-ventriculaire gauche, le nom de valvule mitrale****. Ces valvules laissent passer le
Fig. 73. — Base des ventricules sur lesquels on voit les valvuies *.
sang de l'oreillette dans le ventricule, mais l'empêchent de remonter du ventricule dans l'oreillette. Ce sont des voiles membraneux qui s'insèrent sur le pourtour des orifices auriculo-ventriculaires. Leur face inférieure est recouverte de petits cordages tendineux qui vont s'attacher à des colonnes charnues existant sur les parois des ventricules et ont pour fonction d'empêcher la valvule de se renverser dans l'oreillette lorsqu'elle se ferme. Ces valvules constituent en réalité une sorte d'entonnoir dont la partie inférieure se resserre
* L'oreillette gauche reçoit remboucliure des quatre veines pulmonaires; l'oreillette droite celle des deux veines caves et de la veine coronaire.
**Le ventricule droit présente l'orifice de l'artère pulmonaire; le ventricule gauche l'orifice de l'aorte.
*** Très, trois; cuspis, pointe.
**** En raison de sa ressemblance avec une mitre d'évêque renverse'e.
* Fig. 75. — l) Valvule mitrale fermant l'orifice auriculo-ventriculaire gauche. — 2) Valvule tricuspide fermant l'orifice auriculo-ventriculaire droit. — 3) Valvules sigmoïdcs fermant l'artère aorte. — 4) Valvules sigmoldes fermant l'orifice de l'artère pulmonaire.
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et se ferme lorsque la contraction des ventricules comprime le liquide qu'ils contiennent sur leur surface.
Les orifices qui font communiquer le ventricule droit avec l'artère pulmonaire et le ventricule gauche avec l'aorte sont également fermés par des valvules , valvules sigmoïdes ou semi-lunaires, qui livrent passage au sang quand il se rend aux artères, mais l'empêchent de refluer dans les ventricules. Elles sont formées par trois petits replis qui, en s'adossant, obstruent complètement l'ouverture des vaisseaux.
A l'exception de la veine cave inférieure et de la veine coronaire, l'ouverture des veines dans les oreillettes n'est point munie de valvules.
Le cœur est composé de fibres musculaires analogues aux muscles des membres. Elles s'insèrent sur des anneaux fibreux qui se trouvent aux orifices des ventricules.
Fig. 78. — Coupe horizontale du cœur au milieu des ventricules*.
Les parois du ventricule gauche sont beaucoup plus épaisses que celles du ventricule droit. Elles ont aussi, comme nous le verrons dans un prochain chapitre , à effectuer un travail beaucoup plus considérable que ces dernières. Les oreillettes, qui ont un travail encore moindre à remplir, sont beaucoup moins épaisses et moins volumineuses que les ventricules.
Le cœur reçoit pour sa nutrition deux petites artères , nées de l'origine de l'aorte, nommées artères coronaires ou cardiaques, qui
* <) Cavité du ventricule droit. — 2) Cavité du ventricule gauche. — 3) Cloison. — 4) Parois du ventricule gauche (ejles sont plus épaisses que celles du ventricule droit). — 5) Parois du ventricule droit. — 6,7) Masse graisseuse dans laquelle on voit la coupe des vaisseaux coronaires.
se distribuent à ses parois et se continuent avec des veines du môme nom s'ouvrant dans l'oreillette droite.
Le cœur reçoit également des nerfs, dont l'origine a été longtemps ignorée; on sait aujourd'hui que les filets nerveux de cet organe sont fournis par le pneumogastrique et le grand sympathique. Ils se réunissent au-dessous de la crosse de l'aorte pour former un ganglion, ganglion de Wrisberg, d'où partent des rameaux très-fins qui pénètrent dans le cœur et dont nous aurons à examiner plus loin les fonctions.
3Ialgré les nerfs qu'il contient , le cœur est, à l'état normal, un organe parfaitement insensible. On peut le comprimer, le piquer, sans provoquer aucune douleur. Cette insensibilité, fréquemment observée sur les animaux par les physiologistes , a été également
Fig. 79. — Coupe horizontale de la poilrine *.
constatée sur l'homme par l'illustre auteur de la découverte de la circulation, Harvey. Ce célèbre médecin, ayant eu occasion d'examiner un seigneur de la cour du roi Charles I", qui avait reçu dans sa jeunesse une blessure telle que le cœur était resté à nu et qu'il avait fallu le protéger en recouvrant la poitrine d'une
* i) Cœur enveloppé de son péricarde. — 2,2,2) Artère pulmonaire el ses branches se dirigeant vers les poumons. —3,3) Aorte coupée. — 4) Veine cave supérieure. — 5) OEsopIiage. — 6,6) Bronches. — 7) Troisième vertèbre dorsale. — 8, 9) Plèvre (on a figuré une ligne noire entre les deux feuillets de cette membrane). — 10) Péricarde.
plaque de plomb , reconnut qu'on pouvait pincer et comprimer cet organe sans produire la moindre douleur.
Les cavités du cœur sont tapissées par une membrane mince , nommée endocarde, qui se continue avec la membrane interne des artères et des veines et dont les replis constituent les valvules.
Le cœur est enveloppé par une poche, le péricarde, qui se compose d'une lame fibreuse tapissée par une membrane séreuse. La lame fibreuse est fixée inférieurement au diaphragme; elle se prolonge supérieurement sur les vaisseaux et se confond bientôt avec leur tunique externe. La membrane séreuse est constituée, comme toutes les séreuses, par un sac aplati sans ouverture. Un des feuillets de ce sac adhère intimement à l'enveloppe fibreuse, l'autre au cœur. C'est entre ces deux feuillets que se font les épanchements liquides dans l'affection nommée péricardite.
Dans toute la série animale , le cœur est le premier organe où apparaissent les manifestations de la vie; il est également le dernier chez lequel elles s'arrêtent. Dans l'œuf de poule, il se montre 26 à 30 heures après l'incubation, sous forme d'un petit point dans lequel se produisent bientôt des battements , premiers indices de la vie à son aurore. Son activité devient promptement assez grande pour qu'il puisse distribuer aux organes qui vont naître les éléments dont ils seront formés, éléments empruntés par l'intermédiaire des vaisseaux, soit au contenu de l'œuf lui-même, s'il s'agit des oiseaux, soit au sang de la mère , s'il s'agit des mammifères. Quand , sous l'influence de l'âge, des maladies ou de diverses causes, les autres organes cessent de fonctionner, et alors que la vie ne se traduit plus que par de fugitives lueurs, le cœur lutte encore; son premier battement était l'indice certain de la vie, son dernier sera le signe fatal de la mort.