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CHAPITRE VIII

Réparation des pertes des organes. — Le sang est l'aliment véritable des êtres vivants. — La vie se retire immédiatement d'un organe lorsque le sang n'y arrive plus. — • Le sang peut rendre la vie à des organes que la mort avait frappés. — Formation du sang aux dépens des matériaux fournis par la digestion. — Composition du sang. — Rôle des matériaux divers qu'il contient. — Globules du sang. Influence de leur nombre sur la force de la constitution. — Composition, propriétés, naissance et mort des globules. — Les globules sont de véritables êtres vivants. — Ils constituent la partie vivifiante du sang. — Durée de leur existence.

Modifications éprouvées par le sang en traversant les organes. — Sang des

veines et sang des artères. — Action de la respiration sur le sang. — Transforformation du sang veineux en sang artériel. — Influence de l'activité des organes sur la coloration du sang qui en sort. — Température du sang. — Quantité de sang contenue dans le corps. — Modifications éprouvées par le sang dans les maladies.

— Variations dans la proportion de la fibrine, des globules, de l'eau, de l'albumine etc. — Modifications subies par le sang dans les afi'ections virulentes. — Modifications éprouvées par le sang dans l'anémie et la chlorose. — Transfusion du sang. — Imperfection des méthodes habituellement conseillées pour la pratiquer.

— Expériences de Brown-Séquart sur la possibilité de rendre la vie et l'intelligence à une tête complètement séparée du tronc. — Avenir de la transfusion.

Nous avons vu que les éléments des organes des êtres vivants sont détruits sans cesse. Si les pertes continuelles qu'ils éprouvent n'étaient pas à chaque instant réparées, une mort définitive les frapperait bientôt; mourir, se renouveler, puis de nouveau mourir, est la condition essentielle de leur existence.

C'est au moyen du sang que les organes réparent leurs pertes. Le rôle de ce liquide ne se borne pas uniquement, du reste, à cette importante fonction; non-seulement il apporte aux tissus les éléments nécessaires à leur entretien, c'est-à-dire l'oxygène qu'il emprunte à l'atmosphère dans les poumons, et les matériaux de la digestion qu'il reçoit dans l'intestin , mais encore il reprend à ces mêmes tissus les produits de leur désassimilation et les amène aux organes

chargés de les expulser au dehors, c'est-à-dire aux reins, aux poumons et à la peau.

La réparation des pertes des organes par les principes nutritifs que leur apporte le sang n'est pas une fonction intermittente comme on le croyait autrefois; la perte des éléments étant de tous les instants, leur régénération doit être perpétuelle; le liquide qui les baigne et forme le milieu où ils vivent, constitue une réserve alimentaire dans laquelle, sous peine de mort, ils doivent puiser constamment.

Le sang est donc le véritable aliment des êtres vivants. Quel que soit leur genre de nourriture, ils sont tous en réalité carnivores. Quand, par une cause quelconque, ce liquide cesse de baigner un organe, ce dernier cesse immédiatement de fonctionner. Il sullit de comprimer un instant l'artère principale d'un membre pour que ce membre devienne insensible et incapable de se mouvoir, c'està-dire qu'il cesse de vivre. Chacun sait que pendant la syncope, le sang n'arrivant plus au cerveau, les fonctions de cet organe se trouvent suspendues.

Des expériences fort curieuses exécutées par Brown-Séquart, il y a quelques années, et sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin, ont bien mis en évidence à quel point l'aptitude des organes à fonctionner est subordonnée à la présence du sang. Un membre séparé du corps revient à la vie lorsqu'on fait circuler du sang d'une façon continue dans les vaisseaux qui le traversent. Une tête séparée du tronc depuis un quart d'heure et dans laquelle les manifestations de la vie sont absolument éteintes, renaît à l'existence lorsqu'on pratique sur elle la même opération. Toutes les fonctions des êtres vivants, depuis les besoins de l'animalité les plus humbles jusqu'aux manifestations les plus élevées de l'intelligence et de la pensée, ne peuvent se pro:luire qu'à la condition que le sang vivifie sans cesse les organes qui les engendrent.

Nous allons étudier en détail, dans ce chapitre, la composition et la propriété de cet important liquide.

Formation du sang aux dépens des matériaux fournis par la digestion. Le résultat des transformations subies par les

aliments dans le tube digestif est, comme nous l'avons vu, un liquide nommé chyle, qui renferme dans sa composition tous les éléments du sang, mais qui diffère notablement cependant de ce dernier. Où et comment se fait la transformation complète du chyle en sang? La physiologie n'est pas encore définitivement fixée sur ce point. Il parait probable aujourd'hui que les éléments les plus essentiels du sang, c'est-à-dire les globules , commencent à se former dans les ganglions lymphatiques et achèvent de s'élaborer dans la rate ou dans le foie.

Composition du sang. Le sang, tel qu'il circule dans les vaisseaux, est un liquide rouge à réaction alcaline, dont la densité varie de 1050 à 1060.

Lorsqu'on le laisse reposer quelques minutes dans un vase, il s'épaissit et se sépare en deux parties, une demi-solide, rougeâtre, nommée caillot; l'autre, liquide, transparente, verdâtre, nommée sérum.

Le caillot est un mélange d'une substance qu'on a nommée fibrine, bien qu'elle soit très-différente de cette matière, et de qIohules composés que nous étudierons plus loin. 1000 parties de sang contiennent environ un tiers de caillot, représentant 130 parties du même produit desséché.

Le sérum est un liquide verdâtre d'une densité égale à 1020 ; il est constitué par de l'eau tenant en suspension des composés fort nombreux.

Nous ignorons encore, malgré de nombreuses recherches, pourquoi le sang se coagule lorsqu'il est sorti des vaisseaux qui le contiennent; nous savons bien, par expérience, que cette coagulation n'est due ni à l'action de l'air, ni au repos, ni au refroidissement ; nous savons également que la fibrine ne préexiste pas dans le sang à l'état liquide et ne se forme pendant la coagulation que par dédoublement d'autres principes; mais nous ne possédons encore aucune explication satisfaisante des causes de cette transformation.

Diverses circonstances peuvent activer ou ralentir la coagulation du sang. Pour l'empêcher, il suffit d'ajouter à ce liquide quelques

millièmes d'une dissolution de soude ou de potasse. L'eau salée la retarde également; une certaine élévation de température la favorise, au contraire.

Le sang contenu dans les vaisseaux se coagule après la mort, mais seulement au bout de quelques heures, c'est-à-dire beaucoup plus lentement que dans les vases oii on le recueille.

Dans les cas d'asphyxie où la mort a été rapide, le sang reste très-longtemps lluide dans les vaisseaux; quand, au contraire, la mort a été lente, il se coagule rapidement et l'on trouve des caillots remplissant les cavités droites du cœur.

Pendant la vie, le sang se coagule quelquefois dans les vaisseaux, mais ce n'est que lorsque leurs parois ont éprouvé des altérations pathologiques ou lorsque le cours du sang y est suspendu ou considérablement ralenti. Le traitement des anévrysmes par la compression est basé sur ce fait. Le caillot qui se forme dans la tumeur par la suspension de la circulation obture le vaisseau et remplace la ligature de l'artère, opération dangereuse à laquelle on avait autrefois recours.

Le sang est un liquide fort complexe. La chimie a poussé assez loin son analyse, puisqu'elle y a constaté l'existence d'une cinquantaine de corps différents ; mais le rôle et le mode de formation de la plupart d'entre eux nous sont encore très-mal connus.

Parmi les substances que le sang contient, les unes, telles que les matières albuminoïdes, les corps gras, les substances sucrées et divers composés minéraux, sont destinées à entretenir l'existence des organes en s'assimilant à eux; les autres, telles que divers produits dérivés des matières albuminoïdes (l'urée, l'acide urique, l'acide carbonique, la créatine, l'azote par exemple) ou des matières grasses et sucrées (les acides acétique, butyrique, formique, lactique, carbonique notamment), ou encore des substances minérales (chlorures, sulfates etc.), sont des produits de l'usure des organes et doivent être expulsées du corps.

Au point de vue chimique, toutes les substances entrant dans la composition du sang peuvent être ramenées à quatre groupes: i° les substances albiimmdides (fibrine, albumine, caséine etc.); 2" les matières sucrées (glycoses) ; 3" les corps gras (oléine, margai'ine,

stéarine etc.) ; li" les principes minéraux (chlorures, phosphates etc.). Ces quatre groupes de substances sont, comme nous l'avons yu, celles qui entrent dans la constitution d'un aliment complet. Elles sont indispensables à l'entretien des organes et servent, entre autres usages, soit à constituer la trame des muscles, comme la fibrine, soit à donner aux os et aux dents leur solidité, comme le phosphate de chaux , le carbonate de chaux et le fluorure de calcium, soit à empêcher la dissolution des globules sanguins dans le sérum, comme le chlorure de sodium, soit encore à faire partie de tous les liquides et de tous les tissus, comme l'eau.

La fibrine, l'albumine et diverses substances organiques que le sang renferme présentent des différences de propriétés notables avec les composés analogues contenus dans les aliments, et si on les désigne habituellement sous le même nom, c'est que la chimie n'a pu encore préciser d'une façon bien nette la nature de ces différences.

Ainsi que nous le verrons plus loin, le sang présente les plus grandes variations de composition suivant l'âge, l'état de santé, le tempérament, le sexe des sujets chez lesquels on l'examine. Chez le même individu, sa composition se modifie suivant le lieu du corps où on le prend. Le sang qui sort d'une glande en fonctions est fort différent de ce qu'il était avant d'y entrer*.

*En prenant la moyenne d'un grand nombre d'analyses, Becquerel et Eodier ont attribué au sang la composition suivante :

Globules 135.00

Albumine . . . . • 70.00

Fibrine 2.50

Eau 781.50

Matières grasses et extractives et sels (cboleste'rinc, ure'e,

phosphates, chlorures, soude, fer etc.) 11.00

1000.00 8ous l'indication de )natières grasses et extractives et sels se rangent, en réalité, environ cinquante substances différentes, dont la nature est, ainsi que nous le disions plus haut, très-mal connue.

Outre les composés que nous venons de mentionner, le sang contient de l'oxygènC) de l'acide carbonique et de l'azote. L'oxygène provient de l'air absorbé par la respiration, et on admet qu'il existe principalement dans les globules, où il semble condensé. En effet, le sérum privé de ses globules absorbe beaucoup moins l'oxygène de l'air que celui qui en contient. Quant à l'acide carbonique et k l'azote, ce sont les produits ultimes de la désassimilation incessante des tissus. Dissous dans le sérum, ils s'échappent au dehors par les voies respiratoires, en raison de la faible pression qu'ils rencontrent dans les vésicules pulmonaires.

C'est au moyen des matériaux versés dans le sang par les vaisseaux chylifères et ceux de l'intestin que ce liquide est constamment renouvelé. Cet apport est considérable. Colin a vu, dans ses expériences, une vache fournir à l'embouchure du canal thoracique dans la veine sous-clavière 1 hectolitre de chyle en 2/|. heures.

La partie liquide du sang, tel qu'il circule dans les vaisseaux, c'est-à-dire non dépouillé de sa fibrine et de ses globules, est habituellement désignée sous le nom de plasma; c'est un liquide tenant en dissolution tous les corps précédemment énumérés, et en suspension les globules. Il est par lui-même incolore et ne doit sa couleur rouge qu'aux globules qu'il renferme. Il ne iaut pas le confondre avec le sérum, qui n'est que du sang privé de fibrine et de globules, c'est-à-dire un produit artificiel qui se forme, comme nous l'avons vu, quand le sang est sorti des vaisseaux qui le contenaient.

Globules du sang. Nous venons de voir que le sang tient en dissolution un grand nombre de composés représentant d'une part le résultat des transformations des matériaux introduits dans le tube digestif et d'autre part ceux provenant de la destruction des tissus. Outre ces principes, il tient en suspension une proportion considérable* de corps sphériqiies, nommés ^/o6w/e5 , qui nagent dans ce liquide sans en être imbibés et lui donnent sa couleur, absolument comme des poissons rouges feraient paraître coloré le liquide qui les contient, s'ils s'y trouvaient en très-grand nombre.

Ignorée des médecins de l'antiquité, l'existence des globules fut constatée pour la première fois par Malpighi , en 1661. On les aperçoit facilement en comprimant une goutte de sang entre deux lamelles de verre et en l'examinant au microscope.

Les globules du sang sont de deux espèces : les ylobides rouges (ju hématies , les globules blancs ou leucocytes.

Les globules rouges sont des disques aplatis à leur centre, formés d'une substance homogène sans enveloppe ni noyau apparent. Leur diamètre est de 6 à 7 millièmes de millimètre environ.

* A l'c'tat normal, on trouve de 300 à 400 parties de globules non desséches pou 1000 parties de sang.

Chez l'homme, ils sont circulaires; chez les oiseaux, les reptiles et les poissons, ils sont elliptiques et très-volumineux. En général, à mesure que l'organisme se perfectionne, leurs dimensions s'amoindrissent. Chez l'embryon, ils sont beaucoup plus volumineux et plus abondants que chez l'adulte.

Il n'existe pas de relation bien déterminée entre la dimension des globules et la taille des animaux. Chez la souris et le cheval, leur diamètre est le même. Ceux de la baleine sont plus petits que ceux de la grenouille. On remarque cependant que chez les animaux constitués sur le même plan fondamental, ils deviennent de plus en plus petits à mesure que les besoins de la respiration augmentent.

La quantité des globules rouges contenus dans le sang est considérable ; un millimètre cube renferme plus de 5 millions de ces corpuscules. Leur nombre varie, du reste, suivant les sexes et les tempéraments. Le sang delà femme en contient moins que celui de l'homme. Le sang des sujets sanguins et pléthoriques en renferme davantage que celui des individus lymphatiques et anémiques. La quantité des globules est en quelque sorte propoi'tionnée à la vigueur de l'individu. «La force de la constitution, dit avec raison (( Andral, est la condition de l'économie qui contribue le plus à éle- « ver les globules vers leui^maximum, tandis que la faiblesse con- « génitale ou acquise est la condition qui les abaisse vers leur mi- « nimum. »

Le régime a une intluence considérable sur le nombre des globules qui peuvent exister dans le sang. Pendant l'abstinence, ils diminuent et même se déforment. La saignée agit d'une façon analogue; mais en même temps que les globules diminuent, la fibrine augmente, ce qui fait que le sang se coagule plus rapidement. Milne Edwards, dans son bel ouvrage sur l'anatomie comparée des animaux, explique cette augmentation de la fibrine en admettant que le rôle des globules dans le sang est de la détruire. La diminution des globules entraînerait par conséquent son augmentation. La fibrine devrait être considérée en ce cas comme un produit de l'usure des tissus destiné à être rejeté au dehors.

L'eau gonfle les globules et les rend sphériques ; la teinture d'iode

étendue d'eau colore leur périphérie et les rend plus visibles; les alcalins, la bile et l'acide acétique les dissolvent.

Les globules rouges du sang doivent leur coloration à une matière cristallisable rouge contenant une forte proportion dé fer, et ayant une grande affinité pour l'oxygène, désignée successivement sous les noms àliématosine, dliémato-cnstalline , dliémato-globii- Une, cV hémoglobine *, qui forme les 86 centièmes de leur poids et sur la constitution de laquelle on n'est pas encore parfaitement fixé **. Par l'emploi de divers réactifs on peut la décomposer en une substance albuminoïde, analogue à la globuline, et une matière colorante brunâtre, ne contenant plus de fer, nommée hématine, qui n'est pas la matière colorante du sang, car on ne l'y rencontre qu'accidentellement, notamment lorsqu'il s'est épanché dans les tissus.

Les globules sont des êtres vivants ayant une existence individuelle et éphémère. Comme tous les êtres vivants , ils naissent, grandissent et meurent ; mais nous ignorons le lieu de leur naissance et celui de leur mort. Plusieurs physiologistes pensent comme nous l'avons dit, qu'ils commencent à se former dans les ganglions lymphatiques et finissent de s'élaborer dans le foie; en effet, après sa sortie de cet organe, le sang est plus riche en globules. Mais cette opinion a été combattue par d'autres observateurs, qui font naître les globules dans la rate. Kôlliker veut, au contraire, que ce soit dans Cet organe qu'ils se détruisent. S'il fallait risquer une hypothèse, nous dirions que les globules naissent des globules par scission ou par bourgeons, mode de reproduction commun à un grand nombre d'êtres inférieurs, et qui pourrait trouver dans le foie, la rate, le

* La solubilité de l'hémogloljine dans l'eau et divers liquides permet de l'obtenir facilement cristallisée. Il suffit d'ajouter, goutte à goutte, à du sang défibriné contenu dans un flacon qu'on agite constamment, de l'étlier jusqu'à ce que le liquide ait perdu son aspect opaque pour devenir transparent. Toute l'hémoglobine est alors séparée des globules. Après quelques heures de repos à basse température, elle cristallise, et sa forme — variable, suivant les espèces animales — peut être étudiée l)arfaitement au microscope.

**M. Oréhant, a, publié récemment un résumé des leçons de physiologie expérimentale qu'il a faites en 1872 à l'école pratique, où se trouvent d'intéressants détails sur cette substance. Nous signalons, en passant, les leçons de ce physiologiste comme une des premières tentatives de vulgarisation en France de la pratique d'une science qui ne compte pas un laboratoire public chez nous et n'a guère été jusqu'ici l'objet que d'un enseignement purement théorique.

thymus, les capsules surrénales, ou dans tout autre organe, les conditions de milieu nécessaires à sa parfaite manifestation.

La durée de l'existence des globules rouges ne paraît pas dépasser quelques semaines. En injectant du sang d'oiseau , dont les globules elliptiques sont faciles à reconnaître, dans les vaisseaux d'un mammifère, Claude Bernard a vu que ces globules n'y persistaient que le temps que nous venons d'indiquer*. La masse entière du sang est probablement ainsi très-fréquemment renouvelée. Chez les êtres vivants, la matière se renouvelle sans cesse; les formes seules persistent.

Une des principales fonctions connues des globules rouges consiste à emmagasiner de l'oxygène et à le porter aux tissus , pour l'échanger contre de l'acide carbonique, produit de leur destruction. Gomme c'est précisément cet échange de gaz qui constitue la respiration , on voit que ce sont en réalité les globules qui respirent, plutôt que les poumons eux-mêmes.

Les globules constituent, du reste, la partie réellement vivifiante du sang. Les expériences de transfusion le prouvent d'une façon évidente : du sang privé de ses globules est complètement impuissant à ramener à la vie les animaux épuisés par une hémorrhagie.

Outre les globules rouges, le sang contient encore, comme nous l'avons dit, des globules incolores nommés globules blancs ou leucocytes; mais le nombre de ces derniers est très-minime, comparativement à celui des premiers ; on ne rencontre guère, en efîet, que deux ou trois globules blancs pour mille globules rouges. Ils existent non-seulement dans le sang, mais encore dans la lymphe et dans divers liquides de l'économie. On les rencontre chez tous les

* Il est probable que les globules du sang peuvent éprouver, dans le cours éphémère de leur existence, des modifications de structure susceptibles d'altérer leur vitalité d'une façon plus ou moins profonde; mais la science est peu avancée sur ce point. On sait notamment que leur matière colorante diminue dans la chlorose, ainsi que nous le verrons plus loin, et qu'ils se déforment dans l'abstinence et à la suite d'hémorrhagies prolongées. Nous avons plusieurs fois observé au microscope — observation facile à répéter sur des grenouilles — qu'en arrêtant la circulation dans les capillaires d'un membre par la compression de l'artère de ce membre, les globules se déforment et s'agglutinent entre eux, ce qui rend leur séparation très-difficile lorsqu'on vient à cesser la compression. Peut-être est-ce à, cette cause qu'il faut attribuer en partie la difficulté de ramener la circulation chez les asphyxiés.

animaux, tandis que les globules rouges n'existent que chez les vertébrés.

Le diamètre des globules blancs atteint un millième de millimètre environ. Ils sont constitués par un sac plein de liquide contenant un ou plusieurs noyaux, qu'on met en évidence facilement en ajoutant une goutte d'acide acétique au sang qu'on examine au microscope.

Les globules blancs changent constamment de Ibrme, surtout quand on les porte à la température du corps humain. Pour bien les examiner, on est obligé de les immobiliser en les tuant avec de l'acide acéti(]ue. Plusieurs observateurs, Claude Bernard notamment, les considèrent comme de véritables animalcules infusoires.

L'origine des globules blancs, leur mode de formation, la durée de leur existence et leurs fonctions nous sont absolument inconnus. On a supposé, mais sans preuves suffisantes, qu'ils sont une des formes par lesquelles doivent passer les globules rouges avant d'arriver à leur développement parfait. Ces derniers, dans cette hypothèse, seraient simplement constitués parle développement de leurs noyaux après la rupture du sac qui les contient.

Modifications éprouvées par le sang en traversant les organes. — Sang veineux et sang artériel. — Influence de la respiration. Le sang qui sort d'un organe en fonctions diffère considérablement par ses propriétés de ce qu'il était avant d'y entrer. Les modifications qu'il éprouve dans diverses glandes , telles que la rate et le foie par exemple , sont probablement profondes ; mais la chimie a été impuissante jusqu'ici à nous éclairer sur leur nature. L'hypothèse probable que c'est dans ces glandes que les globules peuvent prendre naissance et mourir n'a pu encore être étudiée d'une façon sufïisante pour qu'on puisse la rejeter ou l'adopter.

Nous sommes plus avancés sur l'étude des modifications que le sang éprouve dans les autres organes. Au point de vue chimique, la différence qui existe entre le sang qui entre dans un organe, c'està-dire le sang artériel, et celui qui en sort, c'est-à-dire le sang veineux, est minime. Dans l'état actuel de la science nous savons

seulement que le sang veineux est un peu moins riche en oxygène*, en sels et en fibrine que le sang artériel; mais , au point de vue de l'aspect physique et des propriétés physiologiques surtout, la différence est profonde.

Le sang que charrient les artères est d'un rouge éclatant ; celui qui coule dans les veines est d'un rouge noirâtre. Le premier contient tous les matériaux de nutrition que la digestion et la respiration lui ont fournis; le second renferme, au lieu de ces matériaux, les résidus des métamorphoses des tissus. L'un peut entretenir la vie des organes; l'autre est impuissant à remplir cette fonction, et, quand le sang veineux vient se substituer au sang artériel , ce qui arrive dans l'asphyxie par exemple, la mort en est la conséquence rapide.

Quand on agite du sang veineux avec de l'air, ou mieux avec de l'oxygène, il devient rouge comme le sang artériel, et conserve cet aspect un temps d'autant plus long que la température à laquelle il est soumis est plus basse**. Quand on agite du sang artériel avec de l'acide carbonique, il devient noir et prend l'aspect du sang veineux. Chez les êtres vivants, la transformation du sang veineux en sang artériel se fait sous l'influence de l'air absorbé par la respiration.

La coloration du sang dépend donc de la nature, des gaz qu'il contient. En se combinant avec quelques-uns des éléments qui le constituent, ces derniers lui impriment des modifications spéciales encore inconnues , d'où résulte sa couleur.

Le sang artériel est rouge dans tous les organes et semble présenter partout une composition uniforme. Il n'en est pas de même du sang veineux : au lieu d'être noir dans tous les organes, il reste rouge dans quelques-uns. Le sang veineux venant d'une glande qui

* Le sang artériel contient 38 d'oxygène p. 100 d'acide carbonique , et le sang veineux 26 p. 100 seulement. Dans un litre de sang artériel Schoffer a trouvé 375 cent, cubes d'acide carbonique dissous et 203 cent, cubes d'oxygène. Dans un litre de sang veineux, 415' cent, cubes d'acide carbonique et 135 cent, cubes seulement d'oxygène.

*■" A la température de 0, le sang reste rouge plusieurs semaines; à la température de 38 à 40 degrés, il noircit très-vite. Il suffit d'échauffer un animal pour voir son sang artériel noircir rapidement.

t'onctionne est rouge et contient à peu près autant d'oxygène que le sang artériel ; il est noir lorsque la glande ne fonctionne pas. Le rein agissant sans interruption, le sang qui le traverse est toujours rouge. Le sang veineux venu des autres organes profonds, tels que les muscles par exemple, est au contraire d'autant plus foncé que l'organe traversé par lui a plus fonctionné^. Quand, au contraire, l'organe ne fonctionne pas ou fonctionne peu, comme il n'a rien à céder au sang artériel ni rien à lui emprunter, ce dernier ne se modifie pas en passant dans les veines. C'est ce qui arrive précisément pendant l'hiver chez les animaux hibernants, tels que la marmotte par exemple, dont les fonctions des organes se ralentissent considérablement sous l'influence du froid : le sang n'ayant pas à réparer les pertes des tissus, conserve sa composition et reste rouge dans les veines. Un phénomène analogue se produit dans la syncope et la mort par le froid. Chez le fœtus, le sang est rouge dans tous les organes.

Température du sang. En étudiant la chaleur animale, nous aurons à parler de la température du sang dans les différentes parties du corps. Nous dirons seulement maintenant que ce liquide est de tous ceux de l'économie celui dont la température est la plus élevée. Elle varie de 38 à 40 degrés chez les mammifères. La température du sang artériel est supérieure de 2/3 de degré environ à celle du sang veineux. Dans certaines veines cependant, telles que la veine rénale et les veines sus-hépatiques, le sang est plus chaud que dans les artères correspondantes, par suite de l'action des phénomènes chimiques qui s'accomplissent dans les organes d'où pro-

^'Lc sang qui traverse un organe, glande ou muscle, y e'prouve des modifications qui le dépouillent d'une partie de ses principes nutritifs et le transforment plus ou moins en sang veineux. Si le sang qui sort d'une glande en activité est rouge, tandis qu'il est noir lorsqu'il vient d'un muscle, cela tient probablement à ce que ies modifications que la glande fait subir au sang pour le transformer en divers liquides : lait, larmes etc., ne portent ])as principalement sur l'oxygène qu'il contient. 11 est encore possible que l'accéle'ration de lu circulation dans la glande pendant qu'elle fonctionne oblige le sang à la traverser en quantité telle qu'il n'ait pas le temps de s'y dépouiller de tout son oxygène. Qviand la glande ne fonctionne pas, c'est-à-dire ne sécrète rien , elle est seulement traversée par la quantité de sang nécessaire pour la nourrir, et alors le sang qui en sort est noir comme il l'est toujours après avoir noun-i les tissus.

vient le liquide qu'elles contiennent. Le sang veineux contenu dans le ventricule droit est plus chaud que le sang artériel contenu dans le ventricule gauche, ce qui résulte du refroidissement éprouvé par ce dernier dans les poumons.

En traversant la tête, les mains, les pieds, les poumons et, en général, tous les organes situés à la périphérie du corps, le sang se refroidit. Pour que sa température reste constante, il faut qu'il s'échauffe quelque part. Claude Bernard a reconnu que c'est en traversant les divers organes de l'appareil digestif, le réseau capillaire du foie notamment, qu'il acquiert une température plus élevée.

La température du sang varie aussi suivant l'état des organes où il se trouve. Il est plus chaud dans l'organe en fonction que dans l'organe à l'état de repos.

Chez les vertébrés, la température du sang n'éprouve que des variations minimes, quel que soit le degré de chaleur ou de froid de l'atmosphère. Chez les animaux dits à sang froid, au contraire, le sang suit les variations de température du milieu ambiant, et l'activité des fonctions a une marche correspondante. S'accomplissant avec énergie pendant l'été , elles sont ralenties ou même complètement suspendues pendant l'hiver.

Quantité de sang contenue dans les organes. La quantité de sang que le corps contient est très-variable ; suivant Claude Bernard , elle peut , après un repas , devenir le double de ce qu'elle était à jeun. Plus on s'éloigne de la digestion, plus la proportion de ce liquide contenue dans les organes diminue. D'après des expériences faites par Colard de Martigny sur des lapins, la quantité de sang, qui est de 30 grammes environ chez ces animaux à l'état normal, n'est plus que de 20 grammes après 3 jours d'abstinence et de 7 grammes seulement au bout de 10 jours.

Selon plusieurs physiologistes, la quantité totale du sang existant dans les organes serait égale en moyenne au dixième environ du poids du corps. Suivant Lehmann et Weber, elle serait seulement égale, chez l'homme, au huitième de ce poids. Un individu pesant G^ kilogrammes aurait donc 8 kilogrammes de sang. La méthode suivie par ces observateurs est très-simple : ils pèsent un

honjine qu'on va décapiter, le pèsent de nouveau après la décapitation, lorsque récoulemeat du sang a cessé, et obtiennent ainsi par différence le poids d'une partie du sang contenu dans les vaisseaux. Pour évaluer la quantité qui y est restée, ils y injectent de l'eau distillée jusqu'à ce qu'elle sorte incolore. En pesant le résidu de i'évaporation du licjuide, on a la proportion de matériaux solides qu'il contient, et il est facile d'en déduire la quantité de sang a laquelle ces matériaux correspondent. En ajoutant à cette quantité celle que l'on a obtenue plus haut par la pesée du sujet avant et après la décapitation , on a le poids total du sang contenu dans le corps .

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